Introduction à Moi laminaire... d

Introduction à Moi laminaire... d'Aimé Césaire

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Livres
278 pages

Description

"En 1982, Aimé Césaire fait paraître, ce qui sera son dernier recueil de poésie publié : Moi, laminaire... Cet ensemble en trois parties, constitue à maints regards, un bilan de son oeuvre poétique et de sa confrontation à la vie et à l'histoire. Un bilan souvent désenchanté, même s'"il n'est pas question de livrer le monde aux assassins de l'aube". Les textes du recueil qui les rassemble dans un désordre lui-même battu par le vent et les vagues ont été écrits sur une période de quinze ans. Mamadou Souley Ba, René Hénane et Lilyan Kesteloot (dépositaire d'une vingtaine de poèmes) manuscrits, ont reconstitué la genèse de Moi, laminaire." Jean-Pierre Orban

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Date de parution 01 décembre 2011
Nombre de lectures 43
EAN13 9782296475533
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Introduction à
Moi, ’aminaire…
d’AiméCésaire©L'HARMATTAN,2011
5-7,ruedel'École-Polytechnique;75005Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55672-0
EAN : 9782296556720M.SouleyBA,RenéHÉNANE
etLilyanKESTELOOT
Introduction
àMoi, ’aminaire…
d’AiméCésaire
UNEÉDITIONCRITIQUE
L’HARMATTAN1AVERTISSEMENT
Lorsque trois chercheurs se sont penchés durant plusieurs années sur
l’œuvre d’un poète, et lorsqu’ils se réunissent pour en élucider une partie, et
singulièrement son dernier recueil, il n’est pas surprenant que chacun d’eux
enait une perception qui luiest propre.
On ne s’étonnera donc pas que ces différences d’interprétation,
commede lafaçond’en parler,apparaissentdans les textes qui introduisentà
la poétiquedeCésaireetaux poèmesdeMoi laminair e…
Maisdifférences ne sont pascontradictions.
Ce sont des manifestations plutôt de nos personnalités, de nos
visions personnelles, qui nous ont fait privilégier telle ou telle tendance
profonded’une œuvre si riche qui les transcende toutes.
REMERCIEMENTS
Toute notre gratitude àPierreBruneletàDanielMaximin
Le traitement, la mise en page et les transcriptions diplomatiques des
manuscrits sont dus à la compétence et la gracieuse collaboration de
DominiqueRudelle.
Nous sommes profondément reconnaissants à Lou Laurin-Lam et Heskil
Lam qui nous permettent gracieusement de reproduire les sept eaux-fortes
deWifredoLam,Annonciation.
Nous remercions également Jean-Pierre Orban pour ses conseils et sa
relecturedes textes.
Image de couverture : … sous la surveillance d’arbres à hauts talons…
(par tous mots guerrier-silex) Photo : René Hénane, Le Gros Morne,
Martinique.
1Les définitions des mots, en notes de bas de pages, sont extraites de : René Hénane,
Glossaire des termes rares dans l’œuvre d’AiméCésair e,ÉditionsJean-MichelPlace, 2004.2INTRODUCTION
2Lescitationsd’AiméCésaire sontencaractères italiques.Les mille morts du phénix
’écriture poétique d’Aimé Césaire convoque sans fin le réel historiqueLplacé tout entier sous le signe du chaos en ajuste les fragments, en
combine leséclatsà la recherched’un modèled’interprétation susceptiblede
rendre compte du pourquoi et du comment de ce procès manqué, de ce
piétinement catastrophique et leurrant, faux devenir en somme, afin de
permettre de penser la catastrophe autrement que comme
catastrophe.Celleci ne signifie pasautrechose, mais signifieautrement.
C’est une stratégie du signe dont il s’agit, sans laquelle et sans la
mise en œuvre de laquelle par un sujet d’énonciation il n’a point
d’historicité.Car l’Histoire est texte, et elle s’accomplit au milieu du signe.
Lire, c’est alors s’ouvrir à sa propre historicité en rejoignant le dynamisme
herméneutique d’un texte devenu milieu d’interprétation dans lequel le
décryptage des signes d’histoire et l’exégèse des signifiants textuels se
spécularisent, par miseenabîme réciproque.
Appel à l’herméneutique que cette présence allusive, mais insistante
de traits mythistoriques référant à des figures hétérogènes (Prométhée,
Orphée, Christophe, Lumumba, Christ, Caliban, Phénix, Louis Delgrès,
etc.), mais qui, passant les uns dans les autres à travers tout un système de
correspondances isotopiques, de symétries et de parallélismes, réunissant
ensemble les conditions d’allégorisation de l’Histoire. Ces traits
mythistoriques qui courent tout le long du texte, l’écriture poétique les
entrelace inextricablement, non pour développer... leurs figures respectives
mais l’infinité de figures ou de modes de la même rencontre du Sens et de
l’Histoire.
Le texte évoque et invoque ces personnages mythistoriques, leur
confère l’aura qui les constitue en «répondantsallégoriques » de la parole
interpellante :
du meneur de cœur
du briseur de l’enfer (Statue deLafcadioHearn,Ferrements).
Ceux qui, exposés aux coups du sort, ont dû dans l’adversité
absolue, au sein de la plus insupportable dissymétrie, reconquérir ce qui, en
eux, est plus qu’eux-mêmes, maintenant envers et contre toute l’exigence du
Sens, deviennent l’incarnation matinale de ce mouvement de reprise du sens
quiest l’objetdu texte poétique.
La parole poétique plonge du côté de la perte, mais pour permettre
d’y faire face. La pulsation poétique est déjà ébranlement, résistance au
tragique, si bien qu’un texte césairien ne s’épuise jamais en une exténuation
immobile d’un procès homogène, simple enregistrement d’un réel sans
dépassement, mais impulse toujours vers un au-delà du tragique, ce qui
l’amène à se disposer constamment comme un lieu vers lequel convergent
7des événements opposés et au contact duquel ils trouvent leur champ
allégorique. Chaque poème est agencement d’une dialectique en attente,
c’est-à-dire est la construction hypothétique d’une structure ascendante qui
pose la valeur à l’autre extrême ; par là, forfait historique est
3irréversiblement intriquéà l’ascensionde la liberté .
Ce n’est pas tant cependant le retournement des rapports de forces
qui importe que l’annonced’un sensà veniret sensd’autant plusespéré qu’il
est improbable. Le poème ne parle pas au nom du présent, ni même de
l’immédiat avenir de l’action, mais au nom d’un temps qui les déborde tous
et à partir duquel s’éclaire l’intelligibilité générale de l’Histoire. L’essence
entière du texte se recueille alors dans le jeu splendide de l’anamorphose,
cette superposition incessante du non-encore-advenu et du déjà advenu
consacrant l’abolition du temps dans l’absolu d’une écriture au sein de
laquelle le passé contient toujours le futur, qui lui-même le contient déjà, et
permet l’accèsàce poste suprêmed’où l’Histoire, juge l’histoire :
là l’origine des temps
là la fin des temps (À hurler,SoleilCouCoupé).
De cette position de surplomb, d’où se récapitule le point de vue
superlatif de l’Histoire sur elle-même, il n’est de signe opaque qu’en attente
du sens qui lui manqueet quiest susceptiblede se retourneren révélation : il
n’est point de chute sans possibilité de rédemption, point de péril sans sa
promesse de salut, point de déchirement du vécu qui ne soit occasion de
réunification. (La relève imminente et légitime,Moi laminaire...). Chaque
signe d’Histoire apparaît frappé du sceau de la réversibilité et de la
conversion,et,dans sonéclatdouble, s’inscritet inscrit le textedans unautre
tour.
Le lecteur se découvre prophétisé par un poème qui lui fournit en
accéléré le mode de lecture de l’Histoire: à lui de tout remettre en
perspective en généralisant à toute l’Histoire ce principe de double
circulation du sens qui enjoint de percevoir sous chaque signe l’indication
critiqued’un sens supplémentaireàdécouvrir,et grâceauquel lesaberrations
de l’Histoire, ses leurres et ses apories, l’énigme de ses injustices sont
renverséesetdirectement réinscritesdans unautre système signifiant.
La parole prophétique,Blanchot l’a noté, n’est pas simplement celle
qui dit l’avenir, mais a partie liée constitutivement avec un principe
3cf. … et les ressacs abyssaux nous ramènent / dans un paquet de lianes / d’étoiles et de
frissons (Spirales,Ferrements)
… un enfant entrouvrira la porte (En vérité,Ferrements)
…tâtant le futur de nos gueules claquantes de bouc émissair e (Le bouc émissaire,Soleil cou
coupé)
…splendides nous font un toit (Maison-Mousson,Ferrements).
84d’interruption:elle nedit pas seulement la nécessitéde secouer l’ananke de
l’Histoire pour en réveiller un autre cours, mais plus fondamentalement,
comme coupe dans le temps et saut hors du temps, elle exemplifie en
permanence ce miracle vivant du futur antérieur, miracle d’un procès selon
le mode entièrement paradoxal d’une antériorité à venir et dans lequel se
construit tout le programmede réinstaurationdu sens.
Ce quiaeu lieu unefois necesse pasd’avoir lieu :
… et le tumulte debout dans l’ombre des oreilles
aura vu pour une fois sur la blancheur du mur
gicler la noirceur de ce cri sans oubli
(Viscères du poème,Ferrements).
L’avenir doit se replier voluptueusement sur le passé. D’où ces
stupéfiantes prophéties du passé (comme dans le poème intitulé An neuf.
Soleil Cou Coupé) que le lecteur doit écouter se dérouler en lui, non pas
comme une simple réminiscence, mais comme garantie et préfiguration de
l’avenir. Il y est dit que si le cours des choses est un contresens, il nous est
impartide pariercontre lui.
Le texte césairien, qui s’ordonne presque spontanément en parcours
dialectique, rompant sans cesse toute menace d’immobilité de son
développement pour se convertir en itinéraire où apparaissent les différents
moments de l’avenir, est la reconduction indéfinie de ce pari en faveur du
Sens. Il appartient au lecteur de décider, ici et maintenant, à même le texte,
de la suite narrative qu’exige l’Histoire, il lui appartient de prendre le parti
de la résurrection de l’inaccompli ; charge à lui, pour «qu’enfin l’avenir
commence » (Moi laminaire...), de s’identifier à l’étoile neuve qui déjoue le
fatum qui se marquaitdans lesastres ;
…une étoile de toujours se lève grand err e
et sans laisser de lie
s’éteint pour mieux renaître au plus pur…
(Viscères du poème,Ferrements).
Tel est le sens du « phénicisme » deCésaire: à reprendre sans cesse
les signes morts à l’Histoire pour les livrer au libre jeu de l’immémorial, à
devoir mourir soi-même sans cesse à une Histoire arrêtée et close pour
ressaisir une image de soi dans l’ordre des surgissements ; le lecteur à son
tour se découvre en permanence comme acteur du drame exposé dans le
poème et, comme tel, contraint d’en capter l’« energeia» (en son sens
premier d’acte qui constitue la vie), pour s’y refaire. Le lecteur est engagé
dans une aventure métamorphosante qui, en un raccourci initiatique, l’oblige
à faire preuve de sa capacité de disposer du réel et de se disposer autrement
afin que l’Histoire s’ordonneau poétique.
4Ananké: mythologie grecque,Ananké, déesse duDestin, de la fatalité, de la nécessité. Mot
gravé sur l’un des piliers de la cathédrale, dans le roman de Victor Hugo, Notre-Dame de
Paris.
9Une éthique de la construction, au regard de laquelle importe moins
le sens que la force de donner sens à partir de soi, et qui se bâtit sur le feu
d’une écriture (…instruite depuis longtemps à jouer avec le feu entre les
feux… Faveur, Moi, laminaire...), qui alimente sans cesse chez le lecteur
cette énergie insurrectionnelle prompte à heurter et à briser le monolithe de
l’Histoire.
Le poème, qui restitue aux figures mythistoriques leur statut de
légende (étymologie: «ce qui est à lire »),devenant cet espace
eschatologique où le temps se magnifie en éternité et les confusions de
l’Histoire se transmuent en révélation, égale le mythe, l’un contre l’autre,
lieuexemplairede monstration.
Tout le poème césairien doit se lire comme une initiation sans fin à
ladialectiquede la liberté.
Ce dernier recueil publié atteste que Césaire n’a jamais renoncé à
5l’activité poétique . Celle-ci s’est poursuivie à côté des autres activités de
dramaturge ou d’essayiste et leur a survécu. Ce recueil composé de pièces
diverses se révèle cependant doté d’une unité thématique et d’une cohérence
d’ensemble autour de l’exigence de cerner au plus près et au plus juste
l’expérience de la poésie, de s’expliquer avec le moi qui s’y adonne et de
mettreen perspective ledialogueentre l’histoireet l’époque.Ces poèmes qui
portent le sceau d’une époque de désenchantement constituent un retour
réflexif sur lacréation, un momentdebilanetd’introspection poétique.
Prendre la mesure: tel est l’élément moteur ou le nœu d
organisationnel de cette œuvre qui réfléchit, selon un bilan distancié, sur ses
propres marques et ses propres déterminations. Une forte unité thématique et
formelle se fait autour de la réflexion sur l’expression poétique elle-même,
sa nature, sesdangers, son impouvoir, permettantàAiméCésairede remettre
sur le métier les obsédantes et térébrantes questions qui le taraudent, de
prendre la mesure de ses leurres, et de poursuivre la recherche sur la valeur
et le sensde sa propreactivité.
Ce décisif recentrement sur l’acte créateur réaffirme la poésie
comme entreprise de mise à nu, comme quête inlassable, constamment
relancée, quête au cours de laquelle le poète Césaire rend hommage à ses
pairs créateurs, fait son deuil de l’histoire, procède à un inventaire sans
concessiondu réelantillaisetexplore le territoire poétique.
Se tissent au sein du texte césairien, en un tissu continu et très serré,
des liens qui s’établissent entre tous les éléments de la trame poétique, des
réseaux étroits de correspondances et de réminiscences qui cristallisent le
sens de l’entreprise. Ces figures, à travers des reprises, variations,
expansions, se superposent et dessinent des motifs récurrents qui portent et
manifestent le paysage poétiquecésairien.
5Aimé Césaire, Écrire, lire et parler. Dix années de littérature mondiale et 55 interviews
publiéesdansLireet présentées parBernardPivot,ÉditionsRobertLaffont, 1985, p.174.
10Aimé Césaire, dont c’est le propre d’être si intensément présent en
chacune de ses paroles, livrée toute à l’afflux d’une forme aiguë de
conscience où le langage reste à l’affût des possibles et de leurs limites,
enracine la probabilitéde sa proprecréationaucœurdeMoi, laminaire…
La voix poétique césairienne est ici saisie, conduite et scandée par
unedynamique spéculaire.
Moi, laminaire… a un peu une allure de bilan, je n’ose pas dire de
testament.J’ai l’impression, en effet qu’une boucle est bouclée.Et si
j’examine ma vie avec un œil critique, je m’aperçois que j’ai
toujours parlé d’une seule et même chose : de moi, bien sûr, mais
6aussi et surtout de mon pays .
Ce retour réflexif sur la création articule divers plans d’un recueil
dont l’évaluation est le maître mot, le motif central sur lequel se croisent, se
partagent en tous sens, significations, itinéraires et enjeux du texte. De là,
précisément, l’insistance tout le long du texte d’instruments de mesure
(gradient, titre initialdu recueil,calendrier lagunair e,épacte),figurationsde
cette visée évaluative dont ils condensent et résument les enjeux tout comme
ilsen ordonnent leschaînes thématiques.
Le registre de la mesure apparaît comme le mobile même de cette
activité d’écriture, en quête d’un dire exact, à même de cerner au plus juste
l’état des lieux, de revenir sur les erreurs et les périls, d’explorer dans sa
totalité l’acte poétique. Une volonté de justesse et d’exactitude – l’action
poétique qui se confond avec un acte de mesure pour déterminer avec
précision et accrocher au plus près ce qui se joue en elle, se transforme en
véritable scanner du sens.Elle se livre à une prise de mesure généralisée qui
s’attache à inventorier, fixer, déterminer, établir les valeurs, les
significations. L’activité poétique questionne sans cesse sa nature, sa raison
d’être et son devenir. Une introspection généralisée au cours de laquelle le
poème radiographie ses failles, établit ses faiblesses pour savoir où exercer
sa vigilanceefficacement,et lecaséchéant, porter lefer.
Au centre névralgique de cette activité poétique se compose et se
recreuse une expérience intime dans laquelle le temps se trouve mis en
perspective ; et c’est très précisément dans l’écart temporel entre le passé de
la parole poétique et le présent de la désillusion que se construit une écriture
qui lance des coups de sonde pour prendre conscience de l’état des lieux, de
l’ampleurdudésastreetdesformes qu’il revêt.
Posture réflexive et superposition des temps actionnent des
mouvements évaluatifs affectant toutes les instances, la communauté,
l’histoire, le sens et jusqu’à la poésie elle-même. L’action poétique est
amenée à analyser son propre devenir, à se retourner sur sa provenance et sa
trajectoire, en une épreuve de vérité au sein de laquelle la vigilance toujours
en éveil du poète traque sans cesse les mensonges et les masques. La parole
6AiméCésaire, ibid. p.174.
11poétique qui ne cesse de se déployer à partir de cette exigence d’évaluation,
de ce qui est en jeu en elle-même et dans l’histoire, et qui s’écrit à partir de
ce que le poète voit autour de lui et de ce qu’il observe concrètement, ne
s’emploie plus à construire le sens et la vérité de l’histoire selon une
perspective eschatologique et messianique, mais au contraire, prend acte de
ladisparitiondes mythologiesde l’histoire :
… poussière de rites de mythe
mémoire mangée aux mythes
fou farfouillement de sources
La vision prométhéenne de l’histoire ainsi que les figures héroïques
qui l’incarnent, s’effacent d’un texte attaché à rendre raison de l’anarchie de
l’histoire, de son absurdité. L’écriture ne dit pas seulement cette faillite des
théodicées de l’histoire, mais elle en actualise les figures dans le texte
devenu espace de tensions et de contradictions non résolues. L’écriture qui
s’ajuste au devenir réel de l’histoire cesse d’être devenir en avant pour faire
du surplace. La voix poétique ne déploie plus une révélation de l’histoire
mais œuvreàen montrer les ruines, les ratageset ladiscontinuité.La matrice
héroïque dans laquelle elle avait couvé son œuvre ou la vérité de son œuvre,
explose ; l’humilité devient le sol même de son texte. Il s’y enracine. Il n’a
plus d’utopie d’un avenir radieux sur quoi se clôt le poème. Un mouvement
d’anéantissement frappe les poèmes, les fait résister à la spirale dialectique
et leur impose unfinaledysphorique.
… ainsi
toute nostalgie
à l’abîme
roule (abîme)
Les incertitudes de l’histoire la rendent multiforme et vertigineuse,
et laissent le poète avec la conscience accrue de ce qu’il veut et de ce à quoi
il ne parvient pas. L’extrême attention à la réalité conduit à un diagnostic
sans complaisance de l’état présent du monde, d’où une écriture rivée au
présent, qui capte cette usure du temps, cette vacuité de l’espace et confie à
l’écriture le soind’en répercuter leséchos.
…On tourne en rond.Autour du pot
Le pot au noir bien sûr.
Noire la mangrove reste un miroir… (la condition-mangrove)
Une coloration sombre baigne ce recueil et dissémine tout le long
d’un texte qui a cessé de faire signe en direction de l’avenir et qui ne
ressasse plus qu’une horizontalité sans espoir et sans surplomb. L’énorme
pari, ici, est de dire ce désenchantement, de faire passer en texte cette inertie
du réel, sa persévérancedans sonêtrebrut, sonétrangeté.
127Les éléments les plus prosaïques entrent en force dans l’espace
poétique chargé de signifier ce qui est, de dire ce qu’il y a, de se limiter à
enregistrer et à transcrire. Une chape de réel s’abat sur le texte, interrompt le
faux éclat de la poésie, générant une écriture du ressassement tout en
déception et en désenchantement, seule susceptible d’approfondir la relation
au réel antillais. Une écriture de désublimation qui raille les contorsions,
dénonce la pesanteur qui engendre cuistrerie et prétention, fustige toutes les
figuresde ladomesticationetde l’inauthenticité.
L’œuvre qui confronte sans cesse le réel à l’illusion, le possible à
l’impossible, est poussée à faire le deuil de son propre imaginaire. Le texte
introduit une distance entre le poème et sa propre écriture, entre le lecteur et
sa propre culture, dynamitant fausses promesses et fausses espérances afin
de promouvoir uneéthiquede lacirconspection.Le modèleépico-lyrique qui
était au cœur du texte césairien est vidé de sa substance: l’agressivité
fougueuse, les impératifs, exhortations et ordres cèdent au doute et au
désarroi ; de même les colères, les indignations, les révoltes se tassent dans
le temps même où les envolées prophétiques se raréfient. Seule subsiste la
tension d’une écriture toujours résolument hostile à toute forme d’abandon
élégiaque.
Ici, en outre, est dénoncé en permanence tout abri, toute illusion
lyrique qui protégerait du désastre et de sa nudité. Et c’est paradoxalement
dans cet approfondissement de sa relation au réel que le poème reprend pied
dans le présent, débarrassé de l’épique. Ainsi chaque poème constitue un
point d’échappée contre l’engourdissement général, le contraire même de
tout esprit de résignation, de toute conduite conventionnelle, de toute
macération grégaire de l’instinct. La mangrove, surface d’eau stagnante,
représente l’image clé d’enfoncement, d’envasement, l’empiègement dans
l’ordre du marasme, le symbole de toutes ces figures du cauchemar pourri
8qui le hante et contre la prolifération duquel il déploie son écriture afin de
contrecarrer les vertus anesthésiantes et avilissantes de la routine et de la
roublardise.
Ce parti pris de prosaïsme cherche à arracher ce qui était au cœur
même de l’œuvre césairienne, et qui lui conférait une identité mythique,
prise dans un arrière-plan héroïque. Les thèmes traditionnels aux accents
hyperboliques disparaissent pour laisser la place à une tonalité qui n’est ni
plainte, ni regret, ni crainte, ni compromission mais lucidité tarière qui
colore tout le texte.Le poète se livrecorpsetâmeàcette lucidité.
Comme aventure du langage valant par elle-même et impliquant un
engagement de l’être tout entier, l’activité poétique devient alors le centre de
7Aimé Césaire écrit: … je sais la merde (et sa quadrature) mais merde (Par tous mots
guerrier-silex)
8Daniel Delas, «Le pourrissement de la racine ou l’échec d’une poétique. Lecture de Moi,
laminaire… d’Aimé Césaire », in : Convergences et divergences dans les littératures
francophones, L’Harmattan, 1992, pp. 121-133.
13gravité du recueil. C’est la puissance créatrice qui est célébrée de part en
part.Les textes procèdentà uneexaltationdes valeurs physiqueset magiques
de la parole, explorent les rapports multiples et variés du poète avec les
mots.Cedernierassisteà l’action (au sensdramatique)des motset se livre à
un corps à corps avec eux au cours duquel le poète stratège prémédite,
manipule mais où ilestaussidébordé par la pousséedes rythmes.
… c’est ma créature mais rebelle…
petit mot qui m’atteste je te lance tiaulé
dans le temps et les confins
assistant à ton assaut sévèr e
spectral et saccadé… (internonce)
Le poète porte un vif intérêt à la matière verbale, au rapport concret
avec les mots, aux jeux multiples entre lui et ses créatures. D’où une
présence de l’univers créole plus marquée dans ce recueil (flore, faune,
tournures syntaxiques).
L’expérience poétique apparaît comme le fil secret de ce recueil qui
construit une sacralitéde lacréation.
Ce sont les créateurs (Léon-Gontran Damas, Frantz Fanon,
MiguelAngel Asturias) et non les héros de l’histoire qui font ici figures de
répondantsallégoriquesde la parole poétique.
C’est l’activité de création qui est déclinée selon des paradigmes
épiques.D’où ces tombeaux des amis poètes et créateurs qui ne scellent pas
uneaventure mais manifestent le surgissement vers lesconstellations.
Dans ces tombeaux qui invoquent les ombres des poètes disparus et
miment leur écriture, les textes organisent un bond, un rebond, un élan qui
permetde surmonter la mort pour s’élancer vers la lumière.
Un tissage puissant entre la mort, la vie et l’éternité transforme la
disparition des alliés en leur devenir étoile. Le vrai tombeau du poète, c’est
la poésie elle-même. L’œuvre poétique, saisie au plus haut des références, se
révèle laforme suprêmedu sensdu monde.
Chaque poème commémoratif met en scène, sous l’aura de la
sublimation, l’ascension du corps glorieux d’un être ressuscité en tous ses
traits. La poésie, vie prolongée, continuée, par-delà l’opposition vie-mort,
réintègre son auteur dans le courant vital et lui permet de poursuivre son
chemin vers la lumière.
…MiguelAngel dévêtit sa peau de dauphin
et se changea en arc-en-ciel… (Quand Miguel Angel Asturias
disparut)
La mort constitue l’illumination ultime qui transforme les poètes
disparus en sentinelles, en veilleurs qui transmettent la lumière, qui
observent le présent et veillent sur l’avenir. L’écriture commémorative
consiste à passer une série d’alliances, à définir des repères et allumer des
14signaux, comme autant d’appels ou d’éclats que le poème se charge de
retransmettred’étoileenétoile,dans uneamitié stellaire.
Résonne dans ces monuments commémoratifs voués à la fixation de
l’immémorial, l’exigence d’une métamorphose continue au cours de laquelle
les poètes disparus, se retrouvent réinsérés dans le jeu du monde jusqu’à s’y
rejoindreà l’infini.
Ce recueil,Moi, laminaire…, qui fait porter le poids du sens sur
l’actioncréatrice, prend laformed’undialogueavec la peinturedans lecycle
Wifredo Lam.Ce n’est pas une simple lecture de la peinture de Lam par la
poésie de Césaire, mais une mise en abîme du faire poétique (en son sens
générique et étymologique de création) par laquelle le travail créateur
s’exposeen trainde sefaireet se nourritde ses propres références.
De cette co-opération où le mouvement créateur, en chacun de ces
gestes,engage lacréationde sonêtreet guette ses propres traces, le poèmeet
le tableau permettent de saisir sur le vif, l’essence même de la création,
c’est-à-dire ce passage du néant à l’existence, l’advenue de la vie même, son
surgissementénigmatique.
L’expression poétique et l’expression picturale prises en chiasme
l’une sur l’autre, déploient ensemble ce jet, cette poussée, bref ce précipité
existence qui produiten raccourci le proprede toute vie.
Une véritable initiation. Une introduction du lecteur dans le mystère
éternel qui recouvre la circulation secrète de la vie, sa venue, son départ, la
succession des énergies vitales qui se lèvent dans le tableau et dans le
poème, iciet maintenant,dans l’éclatde leur présence.
… rien sinon que le cycle des genèses vient sans préavis
d’exploser et la vie qui se donne sans filiation
le barbare mot de passe… (WifredoLam)
L’acte de création est la scansion de l’apparaître qui fait percevoir
toutes les chances du passage, de l’échange et de l’illimité, et dont tout
l’avoir lieu du sens est dans la restitution sans fin de la pulsion de vie, de
l’impulsion d’énergie et de la pulsation d’être au monde, en toutes ses
résonanceset toutes ses tonalités.
Le poème et la peinture font cercle, dans une dynamique inventive,
pour susciter,à même lesformes, la venue toujours renouvelée dece miracle
d’existenceetde sens, quiest le sens mêmede l’acte poétique.
La posture autoréflexive qui est au principe même de ce recueil
oblige le poème à repasser sur ses traces, en une sorte de feuilletage de son
propre syntagme, au cours duquel les images resurgissent investies de
significations inédites.
L’enchaînement secret de ces images vers lesquelles le texte est sans
cesse reconduit, assure une continuité poétique dans le temps même où elles
construisentetalimentent la mythologie personnellede l’auteur.
15La prégnance de ces images à valeur obsessionnelle qui se croisent
et se superposent,est révélatricede l’imaginaire particulierdu poète.Elles se
détachent de leur référent direct pour devenir des motifs césariens et
constituer des mises en réseaux et des points de repères nécessaires où se
ressource lacréation poétique (dragon, soleil, morne, volcan, germination).
Tous ces symboles sont ici repris modifiés, infléchis par une
variation constante des contextes d’association, en une volonté de les
régénérer, de leur insuffler une force d’impact et une énergie soutenue, au
pointde les transformerenemblèmesdu poète lui-même.
Ces images forment des constellations symboliques qui sont toutes
l’expression d’une vitalité qui se tient en lieu de croisement des éléments
cosmiquesafinde retrouver lacirculation secrèteet persistantede la vie sous
les nappes de malheur et d’obscurité, et de maintenir ainsi une relation
9ouverte, nondéterminéede l’avenir.
La vérité qui illumine l’unité de Moi, laminaire… est que chaque
parole poétique est un efficace contrepoison à opposer à cette période
d’abattement. Ces symboles, figurations du principe de jaillissement et du
jaillissement comme principe, exemplifient une genèse éternelle. Par eux, le
poème, unité métamorphique où tout est rapporté au surgissement
10inaugural , parole de vie qui tient parole et qui tient en vie, saisit le souffle
de la vieen trainde naître,en trainde reprendre sesdroits.
Le poème constitue un réservoir d’énergie, une puissance de
libération, de nomination et de convocation dont le mouvement créateur
libère des flux qui circulent d’un lieu à un autre, les fait communiquer,
expérimente des branchements multiples, des transferts de forces, des
transmutations, des transports, établissant un courant vital continu contre
tout ce qui opprime, entrave, enferme. Le verbe poétique qui renoue avec
toutes les figures de l’élémentaire et fait corps avec elles, ouvre l’espace de
cette libérationet rythme le tempsdes métamorphoses.
La dynamique conjointe de la suppression et de la dérivation des
images offre un aperçu en trois dimensions de la propre source créatrice du
poèteet une topographie précisede ses profondeurs psychiques.
L’identité de la poésie césairienne, belle parce que rebelle s’impose
par l’évidence et la souveraineté de ces images, chiffres moteurs de ces
visions matricielles qui s’enracinentdans sonexpérience vécue.
9 Ernest Pépin, « les figures antagoniques:dur/mou, soleil/ombre, vitalité/inertie,
révolte/sommeil, autour desquelles s'organise un réseau de sens induisant un discours non
démissionnaire », in: Aimé Césaire, Une pensée pour le XXIème siècle, Centre césairien
d’étudesetde recherches,Présenceafricaine, 2003, p.298.
10 René Hénane, …S’entremêlent les corps, les membres, les racines, la sève la matrice
féminine et les entrailles de la terre, gorgées de minerai – véritable cosmogonie de la
fertilité… », in: «AiméCésaire: une passion germinale »,Autre Sud, N° 29, juin, 2005, pp.
51-64.CecommentairedeRenéHénane,d’un passagecélèbreduCahier peut se généraliser à
toute l’œuvre poétiquecésairienne.
16Ce dernier recueil, aboutissement de l’itinéraire poétique d’un
11homme engagé dans les combats de son époque , fait entendre la voix de la
maturité et confirme que Césaire, en toutes circonstances, a pris le parti du
poème. Lui dont la vie est consubstantielle à l’œuvre, a voulu, dans cette
enquête sur la réalité poétique, étendre son domaine de vigilance à tous les
secteursde l’existence:au monde réel,à l’histoire,au moi,aux hommes.
Par la mise en vigueur d’un principe d’examen, tout se trouve passé
au crible, soupesé, comparé, mis à l’épreuve, confronté, reconstruit,
consolidé. Ce recueil correspond au moment oùAimé Césaire, chez qui le
projet poétique et la conduite de l’existence se confondent, se mesure à
l’actionet met sa propre raisond’êtreà l’épreuvedufeu.
12Le titre, par la présence d’un moi assumé , par l’inscription de ce
moi poétique dans une généalogie, fût-elle mythique, réaffirme
l’indéfectibilité de son point d’ancrage dans la poésie. Césaire n’a jamais
répudié l’Histoire,cependant, ilestconduit, par sa propre rigueurévaluative,
à ne pas s’enfermer dans le déni du réel mais à admettre, à reconnaître, à
scruter intensémentetàcontresigner ses proprescontradictions.
Son écriture tournée vers lui-même, vers le lecteur, affronte le
présent, rien que le présent dans son insignifiance, fixé en son sens du
présent. Ce n’est pas l’échec d’une poétique, mais sa requalification, la
recontextualisation de ses enjeux, la détermination de ce qu’il faut exiger
d’elle, de ce qu’on peut en attendre, la requalification enfin de l’homme
qu’ellechercheà mettredeboutà tout prix.
Dans la conscience vigilante des enjeux, malgré la fragilité et
l’inquiétude qui s’alimentent en lui, ce recueil apparaît d’abord et
prioritairement comme résistance du poète à son propre désenchantement, et
engagement à réévaluer, à réarmer, à redonner sens, à affirmer l’inentamable
certitudede l’exigence poétique, sa mission, sa vocation, safinalité.
Au centre de l’acte poétique rayonne ce primat accordé à la
puissancecréatricecomme pari sur tous les possibles.
La puissance d’exaltation et l’emportement insurrectionnel semblent
ici céder la place à la perplexité et à l’exaspération ; mais l’énergie de la
11 … Il y a une identification fondamentale qui s’est accomplie entre moi et mon pays. Je vis
mon pays avec tous ses handicaps, ses ambigüités, ses angoisses, ses espérances et, où que
j’aille, je reste un nègre déraciné desAntilles, où que j’aille j’emporte avec moi mon pays, je
reste liéàce rocher volcanique qui s’appelleLaMartiniqueet quifinalementest un petit point
à peine lisible sur une carte, rien d’autre. Mais le paradoxe c’est que mon aventure poétique
est une tentative pour reconstruire le monde à partir de ce rocher, pour retrouver l’universel à
partir de ce point singulier. Dès le Cahier d’un retour au pays natal, j’ai dit mon pays avec
ferveur, lyrisme, espérance, avec la fougue de ma jeunesse.Aujourd’hui, plus de quarante ans
ont passé, quarante ans où il fallait traverser la vie et ses innombrables difficultés, et ce Moi,
laminaire… c’est un peu l’arrivée, la fin du voyage…AiméCésaire,Écrire, Lire et en Parler
– Dix ans de littérature mondiale en 55 interviews, Bernard Pivot, Robert Laffont, 1985,
p.174.
12 Papa SambaDiop écrit à propos de Moi, laminaire… : « … le sujet écrivant en constitue le
cœur palpitant… », in: La poésie d’Aimé Césaire. Propositions de lecture, Honoré
Champion, 2011, p.170.
17pulsation poétique la projette hors d’elle-même et propulse sans cesse un
sursautdu sens.
Telle est l’éthique deMoi, laminaire… que l’expression poétique, en
son invincible singularité verbale, est chargée d’assumer et d’acheminer: ne
jamais abdiquer, toujours faire front (y compris contre son rêve héroïque),
continuer l’Histoire en s’accrochant aux moindres prises, délivrer le sens et
sedélivrerde ses hantises.
Le geste poétique, forme la plus achevée de la posture prophétique,
témoigneainsi superlativementde sa nécessitéà travers sa persévérance.
1813Césaire exarque desavalanches
…Il pensa à la logique du marécage…
…Il pensa au plomb fondu dans la gorge de la chimère…
t nous pensons, nous, à la logique d’un destin. Aimé Césaire engluéEdans la «condition- mangrove » de ces îles dont le temps ne cesse
d’accentuer la dépendance, la contingence, l’insuffisance.Et nous pensons à
cette pesanteur brûlante de l’histoire qui, inlassablement, étouffe le
démiurge.
Il se voulait «exarque des avalanches», «archange du grand
temps», «guide du troupeau en transhumance» etmême plus
modestement: homme-stylet, tambourineur de la liberté:«homme
rabordaille ».
Il se retrouve seulement créateur d’illusions et son chant est
recouvert par les « limaces coiffées de leur casque à venin ». - «sourde la
sape, toujoursdifféré l’assaut ».
« on tourneen rond, la naïvetéestd’attendre qu’une voix vousdise par ici
la sortie ».
Mais quelque chose en lui, comme l’instinct de survie, refuse de
désespérer.
Il ne lui reste plus qu’à entonner « le grand air de la déchirure ».
Laminaire, ildemeurealgueaccrochéeà son rocher
De plus en plus Césaire se sert de la poésie pour respirer,
simplement respirer.
Naguère c’était surtout pour exploser – cela lui arrive encore du
reste ; mais dans Moi, laminair e… le poème se mue souvent en exorcisme,
moyen verbal de conjurer les fantômes et fantasmes, de rompre le cercle
vicieux du destin, de l’histoire, du sous-développement… de la pensée, de
l’âge. «C’est par le poème que nous affrontons la solitude » dit-il à
C.Rowell. Celle qui s’avance avec l’âge et le retrait progressif du député
puis du maire. Sa mutation en mythe national une ou deux fois par an, et en
vieux monsieur le restedu temps.
Moi, laminair e…: Titre surprenant d’un recueil qui devait d’abord
se nommerGradient.
C’est la première fois que Césaire se met à ce point en évidence :
Moi,et sedéfinitaussitôt: laminaire.
Les laminaires sont ces algues qui s’accrochent aux roches
sousmarines des îles Caraïbes. Battues par les flots et le ressac, il s’y reconnaît
suffisamment pour lesdésigneren tant que symbolede son identité.
Les thèmesabordés ici, ni le style, ne surprendront lesfamiliersde la
poésie césairienne. Ces textes brefs d’une demie, plus souvent que d’une
13
exarque: du grec ex, au dehors, et archein, commander.L'article qui suit a été publié une
premièrefoisdans la revueÉthiopiques (Dakar)en 1983.
19page,furentécrits sur une périodede quinzeansetdans un ordre qui n’a rien
14à voir avec celui qui a été choisi pour la présente édition. C’est pourquoi il
serait tout à fait vain de spéculer sur la structure du recueil ou sur les
sentimentsexprimésenfonctionde la successiondes poèmes.
Par contre jamais autant que dans ce dernier livre, Césaire ne s’est
confié, livré sur sa poésie, sur la valence des mots, vecteurs de forces
inaccessiblesà lui pard’autres voies.
Et c’est pourquoi nous axerons cette réflexion non les idées ou les
symboles comme nous avions coutume naguère encore de le faire, mais sur
les mots, les rapports de Césaire avec les mots de ses poèmes, d’où
l’importanceaccordéeauxdonnées lexicales.
Car les mots sont en définitive les seuls outils du poète, et aussi ses
seuls trésors. Voyezcomme il s’en sert selon les nécessitésde sa quête: il les
entassedans ses réserves :
Capteurs solaires du désir … à dispenser aux temps froids des
peuples (sentiments et ressentiments des mots)
Ouencore il lescuitdans une lentealchimie :
patienter le mot or son orle
jusqu’à ignivome
sa bouche (pour dire…)
Ou il s’en sertcomme viatiquedans ses plongéesde souffrance :
il faut savoir traverser toute l’épaisseur du sang
avec trois syllabes de fraîche eau - (saccage)
Parfois des poèmes entiers s’épanouissent sur les mots, comme le
très beaumot-macumba ; les mots présentés comme les loas du vaudou qui
chevauchent leursadeptes sur la transe :
le mot est père des saints
Le mot est mère des saints
avec le mot couresse on peut traverser un fleuve peuplé de caïmans
il m’arrive de dessiner un mot sur le sol
avec un mot frais on peut traverser le désert d’une journée
il y a des bâtons-de-nage pour écarter les squales
15il y a des mots shango
il m’arrive de nager de ruse sur le dos d’un mot dauphin
14Il s’agitde la premièreéditionLeSeuil, 1982.Ilfaut noter queL.K.est un témoindirectde
la genèsedece recueil,Moi, laminaire… qu’ellea retranscrità la machineàécrireà partirdes
textes manuscrits que luia remis le poète.
15Shango: Mythologie vaudou: Dieu de la foudre et de la guerre, représenté armé d’une
hache double. - Les notes explicatives des mots créoles et du vocabulaire spécifique à la
cultureafricano-caraïbe sont situés plus loinapréschaque poème.
20Ce sont des périodes de bonheur où le poète voltige dans une
jonglerie verbale dont il a le secret, et qui fait songer à Nietzsche, à son
apologiede ladanse…
Mais cet état de grâce n’est pas permanent, tant s’en faut et souvent,
le poète se heurte à l’incapacité d’un dir e.
À d’autres moments, les mots le trahissent et ne sont plus que des
grands fagots de mots qui s’écroulent dans un coin.
Penaud, le poète reste alors avec le sentiment d’« avoir perdu
quelquechose, uneclef, oud’être quelquechosede perdu » (éboulis).
Son langage s’embarrasse, se traîne, se vulgarise ;c’est :
ça le creux
ça ne s’arrache pas…
ça s’effilocherait plutôt…
(s’avachissant ferme)…
ça se rampe - (ça, le creux)
le ça déglutit rumine digèr e
je sais la merde (et sa quadrature)
mais merde - (par tous mots guerrier-silex)
même tabac cette grande balafre à mon ventre… (les fleuves ne sont
pas impassibles)
Ainsi s’englue le verbe pris par la vase mal sade et fade, la salive
ravalée du ressac. Nombreux sont les poèmes enlisés dans les torpeurs et les
marécages, sous le signedu mauvaisange.
Pourtant là encore «c’est la rancœur des mots qui nous guide » et
Césaireen proieauxcauchemars, utilisealors les motscommeexorcismes :
le mot oiseau-tonnerr e
le mot dragon-du-lac
le mot strix… - (sentiments et ressentiments des mots)
Car si les mots évoquent les fantômes, ils conjurent aussi ses
monstreset lui rendent l’oxygènedont les miasmes quotidiens le privent :
auror e
ozone
16zone orogène
par quelques-uns des mots obsédant une torpeur… (par tous mots
guerrier-silex)
Dans le poème Batouque, nous avions mis à jour l’alternance
17cyclothymiquede l’écriture poétiquedeCésaire .Maisdanscyclothymique,
16 orogène: Géologie, du grec oros, montagne. Type de chaînes montagneuses résultant du
rapprochementdedeux massescontinentales.
17 Lilyan Kesteloot, Barthélémy Kotchi, Aimé Césaire, l’homme et l’œuvre, Présence
africaine, 1993, pp.80-82.
21il y a cycle… cercle ; le mouvement dialectique de la pensée, à force d’être
répété, sans qu’il y ait progrès enregistré par les circonstances objectives,
peut se muer en cercle vicieux. Rappelez-vous, il y a vingt ans, il écrivait:
«Aucun cercle n’est vicieux– (Soleil cou coupé).
Maisaujourd’hui ilécrit :
on tourne en rond … - (la condition mangrove)
arrêtez le gâchis… - (lenteur)
rien que la masse de manœuvre de la torpeur à manœuvrer…
rien que le déménagement de moi-même sous le rire bas des malebêtes
rien que l’hégémonie du brouillard…
rien que du passé son bruit de lointaine canonnade…
et toujours cette maldonne à franchir étape par étape
à charge pour moi d’inventer chaque point d’eau. (Banal)
Etdès lors il les invente, ses pointsd’eau, ses puits, ses sources…Et
c’est encore avec les mots qu’il les trouve et les crée ; car le mot, c’est la
noria, il s’enestexpliqué :
Le mot permet de racler les profondeurs. C’est lui qui me permet
18d’appréhender monMoi : c’est par le mot qu’on touche au fond
Pas n’importe quel mot, bien sûr, le poète les cherche, les trouve et
les essaie.Aussi combine-t-il inlassablement les mots en images qui raclent
les profondeurs.À la recherchede quoi,en vérité ?
19Et si ce travail d’exhaure est de son propre aveu, son projet
essentiel, quecherche-t-ildans les matériauxdivers ramenésà la surface ?
Autant lui poser la question idiote: pourquoi faites-vous des poèmes
et pas seulementdesdiscours politiques ?
En tout cas, je trouve que c’est l’image qui est riche et le concept
qui est pauvre… l’image n’est pas une dégradation du savoir
(Sartre), l’image est prégnante, c’est un dépassement de soi,
j’avance dans l’image… j’appréhende… c’est quelque chose qui me
20permet de cueillir, de prendre… j’engrange, j’étreins .
Nous y voilà.C’est clair. Il n’en a jamais autant dit. Il n’en dira pas
plus.Tant pis pour les militantset les philosophes.
C’est à Senghor qu’il appartient de développer les différences
subtiles entre l’idée-sentiment et la pensée philosophique, le poïein et la
sophia, la qualité et les quantités, le signe et le sens. Césaire nous donne
seulement ces 94 pages où le sens n’a pas beaucoup varié depuis dix ans.
Mais où les signesenavalanche nous mènent toujours plus outreauxconfins
18Aimé Césaire, entretien avec Jacqueline Leiner, Études littéraires françaises, N° 10,
Imaginaire-Langage-Identitéculturelle-négritude,ÉditionsJean-MichelPlace, 1980, p. 143.
19 exhaure: du latin exhaurire, épuiser; assèchement, assainissement – évacuation des eaux
d’infiltration, horsd’une mine parcanalisationet pompage.
20AiméCésaire,entretienavecJacquelineLeiner, ibid. p.151.
22du lexique, comme s’il voulait dénombrer la totalité des «mots de la
tribu »! (Mallarmé).
Moi laminair e témoigne d’une énergie intellectuelle jamais à court
de vocables neufs, nonéculés, pourconjurer sousd’autresformesetd’autres
couleurs ses antiques obsessions: pacarana, bathyale, rostre, zopilote,
ascidie, exuvies, strix, quiscale, épactes, hourque, horologue, safre,
phosphène, sporange, saxifrage… Car de recueil en recueil, au gré tant de
nouvelles lectures que de réminiscences, il enrichit son arsenal verbal, il
accumule des nourritures et des trésors,mes pains de mots mes minerais
secrets (Calendrier lagunair e). Il se fourbit des armes imprévues comme le
nomdeFrantzFanondurcien pierreàfeu, puisendiamant :
je t’énonce
FANON
tu rayes le fer
tu rayes le barreau des prisons
tu rayes le regard des bourreaux
guerrier-silex (par tous mots guerrier-silex)
… alors il dit la pierre plus précieuse que la lumière (pierr e)
Césaire cristallise des mots sauvages, des mots créoles, comme
couresse, rabordaille, couroupite.Ces mots libérateurs, créateurs, traqués par
l’imaginaire jamais en repos d’un poète (par ailleurs, député-maire, père de
famille), ces mots, ce mot, pourtant,il m’arrive de le perdre des semaines
c’est ma créature mais rebelle (internonce).
L’art n’est jamais mécanique. L’art est difficile et parfois le chasseur
revientbredouille :
pensées d’éboulis d’abris
rêves-boîteries…
rien de tout cela n’a la force d’aller bien loin
essoufflés
ce sont nos oiseaux tombant et retombant
alourdis par le surcroît de cendre des volcans…
autant tracer des signes magiques
sur un rocher
sur un galet… (éboulis)
La noria est en panne ou bien le puits tari ou bien le poète fatigué.
Alors il se ronge, il pense ;c’estencoreavecdes images, mais s’alourdissant
deconcepts :
il pensa l’épaisseur de la nuit
il longue longue
la longue moustache de l’incurable pacarana
il pensa la logique de l’outrage… - (pierr e)
… n’existe que le nœud.Nœud sur nœud.Pas d’embouchur e.
23… Moi qui rêvais autrefois d’une écriture belle de rage ! Crevasse
j’aurai tenté. (crevasses)
Ces périodes à sec peuvent durer longtemps. Ces poèmes ont été
écrits sur plus d’une décennie et par à-coups tout à fait irréguliers. Parfois
unedizaineendeux mois.Puis plus riendurant unan !
Onest loinde la « petite musiquede nuit »deSenghor quichanteen
toutes circonstances fidèle compagne de ses heurs et malheurs. Senghor dut
être un poètecomblécar sa musefutcertainement moinsavare.
C’est peut-être parce que Césaire n’a pas cette facilité, cette
fécondité que ses poèmes explosent comme des bombes ou des coups de
grisou longtemps retenus – et que les mots semblent venir de plus loin et,
moins dociles, lui échapper, proférant des choses que le poète n’a pas
prévues ; par attraction mystérieuse, en fonction non du sens mais du son:
ma parole capturant des colères cyclopes violets des cyclones…- de sons
suggérant un autre sens, doublant ou déviant le sens logique. C’est un jeu
diabolique auquel Césaire cède plus souvent qu’il n’est raisonnable. Ainsi
dans aurore / ozone / zone orogène, on a l’idée de lumière et d’air suggérés
par auror e et ozone, à laquelle se superpose un ronronnement érotique
inattenduin fine par orogène qu’on ressentcommeaussiérogène.
Ouencoredanscebeau poème titréRabordaille, les sonsfontdévier
le sens premier où l’hommeest présentédur, raide,coupant,agressif,
… un homme dont la défense lisse
était un masque goli
et le verbe un poignard acéré…
… un homme stylet
un homme scalpel
un homme qui opérait des taies…
…un homme vint
un homme vent
un vantail
un homme portail…
… un homme rabordaille…
Mais le mot vint entraîne le mot vent, celui-ci entraîne vantail qui lui-même
entraîne portail.Ainsi le poète suit ses sons lâchés qui gauchissent jusqu’à
l’image contradictoire, la première apparence qu’il avait donnée à son
hommecuirassé. L’imagede vent,air, tambour,a supplantécelledu guerrier,
par glissement sur le vint-vent-vantail-rabordaille.
Maintes autres fois, Césaire, à partir d’un jeu de mots ou de
sonoritésdéclenche des sens inattendus, des connotations déroutantes : l’âge
et son péage, le décompte des décombres, la passion d’un piton, les aoûtats
travaillent dans le furtif le soir la soie, les somptueuses parures des
sporanges des plasmodes, les roches mal roulées, vaille que vaille la
24retrouvaille, la nuit descend de grillon en grenouille, mot pétale mot pétrel,
désirs segments de sarments, le velours d’un détour, le ciel sans cil, l’odeur
dit c’est tout dire, poussière de rites de mythes, mémoire mangée aux
mites…
Comment oublier ces images étranges, surréalistes, certes, qui
s’inscrironten nous par laforcede leurformule ?
Si bien que la surprise est toujours au coin de la phrase, que le mot
qui vient est rarement celui qu’on attend, ou que l’idée en cours appelle ; ce
mot, par contre appelle une autre idée et semble commander à son gré la
«danse verbale » relayant l’intellect, relâchant la tension, prenant sa
liberté…
Ou bien, est-ce là le jeu même de la liberté, le lieu même où la
liberté de Césaire, enfin, s’accomplit ? le lieu du sourire, au-delà de toutes
lesdéchirures,
… très haut trouvé sourire perdu incandescent au double confin l’un
de sel l’autre de silence - (Ferrements).
Sourire perdu, voisin de ce quelque chose de perdu et qui rejoint la
parole perduedeschevaliersduGraal,auxfrontièresdu métaphysique…
QuechercheCésaire ? pourquoi toujours essayer des mots pour ne se
lasser jamais de ce travail de puisatier, ce travail de mineur ?Est-ce le
chefd’œuvre ? le projet esthétique ? peut-être car : …si le mot vous révélait tout
21entier, vous auriez le sentiment d’avoir fait une œuvre parfaite .
Est-ce la quête de ce Moi, qu’il ressent « flou », « vague »,
« incertain », écho dangereux de«l’escouade des sans nom ? » Sans doute
est-ce pour cela qu’il veut «nous définir féroces», et de «réveiller les
démons » toujours entre explosion, conspiration et représailles! Mais
aujourd’hui, il sait, n’est-ce pas, que « toujours différé l’assaut »
(ibisanubis), même « s’ilest permisde jouer les ritesdu naufrage ».
Cherche-t-il autre chose encore ? … plus bas que les racines le
chemin de la graine… parler c’est accompagner la graine jusqu’au noir
secret des nombres (chemin). Cherche-t-il dans «le chiffre, ma défense »,
une science, une vérité cachée: … une science d’oiseau-guide divaguant
très tenace (la loi des coraux), science que seul lui donne le poème, poème
qui seul lui permetd’accéderà l’être.
Ailleurs, il remarque: … le besoin d’être se confond chez moi avec
22le besoin de poésie . Et puis encore: connaître, dit-il (c’est le titre d’un
poème à Wifredo Lam) – … connaisseur du connaîtr e ou l’art en tant que
savoir, mieux,en tant qu’ascèse.
il y a des mystiques qui s’ignorent, ricaneCésaire en parlant de
lui23même .
21AiméCésaire,entretienavecJacquelineLeiner, op.cit.
22AiméCésaire,entretienavecJérômeGarcin,FR3, 1982.
23AiméCésaire,entretienavecLilyanKesteloot, octobre 1982.
25Cependant notre geste vain et toujours recommencé, pour saisir
l’oiseau de feu et, à chaque fois, il ne reste dans nos mains que quelques
plumes…
Et pour me faire pardonner, ce poème qu’il a oublié de publier dans
son recueil et qu’il composa à partir des deux noms que le pasteur du
Rwanda donne à sa vache. Les critiques y verront une référence africaine,
une de plus, mais lorsqu’on a identifié l’origine du pollen, on n’a pas trouvé
encore le secretdu miel !
Vies
nom de faveur : l’une qui mûrit
nom secret : ronde de la nuit
nom de laveur : ne-limite-pas-la-lumièr e
nom secret : pas d’alibi
nom de fureur : passage du cap
nom secret : la nuit trahie
nom de laveur : éveil d’oasis
nom de terreur : erg-grand-erg fascination de l’erg
26Supplémentau mode de lecture deMoi,laminaire…
vec Moi, laminair e… publié en 1982,Césaire donne un prolongementAà son œuvre poétique. Le poète s’y met en scène aux prises avec la
langue, ou plutôt pris dans ses propres réseaux signifiants. Orphée noir
revisite le chemin de sa quête, fait retour sur sa façon de voir, son rapport au
monde, les profilset les registresde sonécritureet le mouvementdialectique
de son œuvre.
La différence qu’il y a entre les deux récits c’est qu’au début il y a le
lyrisme, il y a le grand coup d’aile, il y aIcare qui se met des ailes et qui
part. Et puis avec l’autre, je ne dis pas qu’il y est l’homme prodigue,
mais enfin l’homme rendu à la dure réalité et qui fait le bilan.
Évidemment une vie d’homme, ce n’est pas ombre et lumière, c’est le
24combat de l’ombre et de la lumière.
Le dernier recueil de Césaire est un bilan poétique qui oblige à
examiner les différences entre les versions, les écarts, remaniements et
reprises qui vont nous apprendre quelque chose sur sa méthode, sur les
dimensionsde sadémarche.
«Peut-être partagez-vous mon sentiment que Césaire, réécrivant ses
poèmes, s’est livré à une sorte de rage destructrice, non pas contre le
monde blanc ni sa société mal faite, ni son histoire cruelle, mais contre
25son propre texte,c’est-à-direenfindecomptecontre lui-même. »
Quels sont les sens et les enjeux de cette remise en jeu du tout de son
texte, qui fait de Moi, laminaire…, une provocation à la lecture, où le poète
parle de lui-même, de la scène d’écriture, de signature et de lecture qu’il
instaure ? Quels sont les opérations de transformation et les principes
directeursdece travailde rectification ?En quoidansce recueil poétique,en
26mémoired’une œuvreet toutenéchos (références,fils textuels, symboles),
l’auteur en dialogue avec lui-même laisse-t-il apparaître, par un jeu
volontaire/involontaire, des reprises et des variations, les figures
obsessionnellesde son imaginaire.
24Césaire,Aimé, «La paroleessentielle » inPrésenceAfricaineN° 126, 1993.
25Hausser, Michel «Du soleil au cadastre » in Soleil éclaté, (sous la direction de Jacqueline
Leiner,)Tübingen,GunterNarr 1984.
26 cf Cailler Bernadette effectuant un rapprochement entre le Cahier et Moi laminaire: «à
chaque vers du “calendrier lagunaire” on pourrait opposer un autre, quelques autres, en
écho », «Césaire ou lafidélité » inSoleiléclaté, op.cit., pp. 61à 66.
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