Palimpsestes dans la poésie

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Français
226 pages
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Cette approche de la lecture de la poésie contemporaine par le biais du palimpseste, (les poètes analysés : Edouard Glissant, Nicole Brossard, Tahar Ben Jelloun, Edmond Jabès, Marie-Claire Bancquart, Jean Daive, André du Bouchet, Jacques Roubaud ), permet de découvrir les richesses du poème par le moyen d'une poétique de la complexité.

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Date de parution 01 septembre 2011
Nombre de lectures 58
EAN13 9782296466340
Langue Français
Poids de l'ouvrage 9 Mo

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PALIMPSESTES DANS LA POÉSIE
Espaces Littéraires Collection dirigée par Maguy Albet
Dernières parutions
Jean-Michel LOU,Le Japon d’AmélieNothomb, 2011. Serge BOURJEA,Paul Valéry, la Grèce, lEurope, 2011. Masha ITZHAKI,Aharon Appelfeld. Le réel et limaginaire, 2011. Frantz-Antoine LECONTE (sous la dir.),Jacques Roumain et Haïti, la mission du poète dans la cité, 2011. Juan Manuel MARCOS,Lhiver de Gunter,2011 Alexandre EYRIES,Passage du traduire, Henri Meschonnic et la Bible, 2011. Charles WEINSTEIN,Pouchkine. Choix de poésies, 2011. Manuel GARRIDO PALACIOS,Le Faiseur de pluie. Roman, 2011. Lucile DESBLACHE,La plume des bêtes.Les animaux dans le roman, 2011. Elizabeth LEGROS CHAPUIS,Le Mexique, un cas de fascination littéraire au pays des chiens morts, 2011. Claude FRIOUX,Le Chantier russe. Littérature, sociétéet politique. Tome 2 : Écrits 1969-1980, 2011. Najib REDOUANE, Yvette BENAYOUN-SZMIDT (dir);°L'œuvre romanesque de Gérard Etienne. E(cri)ts d'un révolutionnaire, 2011. Fabrice BONARDI (sous la dir. de),La nouvelle Georges Sand, 2011. MD. SHELTON,La révolution imaginée. Haïti et les autres,2011. Mireille NICOLAS,Henri Bosco, Le Mas Théotime, 2011. Nathalie DE COURSON,Nathalie Sarraute, la¨Peau de maman, 2010. René AGOSTINI,Théâtre poétique et/ou politique ?, 2010. Joëlle BONNIN-PONNIER,Les Goncourt à table, 2010. Christine LARA,Pour une réflexion xommuno-culturelle de la lecture, 2010. Bernard POCHE,Une cultureautre, La littérature à Lyon,1890-1914, 2010. Lalie SEGOND,De la déficience: représentations, imaginaire, perceptions du handicap dans la littérature contemporaine, 2010; Claude FRIOUX,Le Chantier russe. Littérature, sociétéet politique. Tome 1 : écrits 1957-1968, 2010 Céline GITON,Littératures d'ailleurs. Histoire et actualitédes littératures étrangères en France, 2010. Hassan WAHBI,La beautéde l'absent, 2010. Claude HERZFELD,Paul Nizan,écrivain en libertésurveillée, 2010. Charles WEINSTEIN (textes réunis par),Récits et nouvelles du Grand Nord, 2010. Paul TIRAND,Edmond Combes. L'Abyssinien.1812-1848. La passion de l'Orient, 2010.
DEBORAH M. HESS
PALIMPSESTES DANS LA POÉSIE
Roubaud, du Bouchet, etc...
L¬Harmattan
Du même auteur
Complexity in Maurice Blanchot¬s Fiction : Relations between Science and Literature(Peter Lang, 1999)
Politics and Literature : The Case of Maurice Blanchot (Peter Lang, 1999)
La poétique de Makan Diabaté
renversement chez Maryse Condé, Massa et Édouard Glissant(L’Harmattan, 2006)
Maryse Condé : Mythe, parabole et complexité (L’Harmattan, 2011)
L¬image en couverture se trouve dans un manuscrit préservé au Monastère Sainte Catherine au Sinaï, Codex Armenicus Rescriptus, Ms. 575. Le premier texte a été rédigé e au VI siècle, en arménien ancien, sur deux colonnes. Le palimpseste en syriaque date e de la premièsire moitié du X ècle. (Source : www.encyclopédie-universelle.com/abbaye-scriptorium4d.html)
© L÷HARMATTAN,2011 5-7, rue de l÷École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55353-8 EAN : 9782296553538
INTRODUCTION
Le palimpseste est une métaphore pour l’ordinateur, pour safaçon de traiter les données, de les modifier et de les enregistrer. Le modèle de lordinateur se propose puisque le rapport entre les données nest plus linéaire, ni même plat, mais en plusieurs dimensions auxquelles il faut ajouter le facteur du temps évolué.Il sagit donc dun rapport enévolution, dun rapport en biais ou superposé. Cette relation nest quimaginaire, le système informatiqueétant à base digitale et le transfert des données se faisant de façon instantanée. Nous comprenons facilement cette métaphore par rapport à l’écriture, puisque en général, lauteurécrit son texte de façon progressive. La première version nest rarement la version définitive. Entre ces deux étapes, on constate un nombre parfois relativement élevé de différentes versions. Un certain nombre dauteurs ont refusédaccepter que la dernière version soit définitive et donc ont refusé de la faire éditer. Un exemple de cephénomène est Maurice Blanchot dont la parution de plusieurs manuscrits après sa mort aétonnéle monde intellectuel et artistique. L’étude des versions multiples dun texte, lanalyse de la genèse de l’œuvre, sappelle la critique génétique. Cette critique tend à dévaloriser le rôle de linspiration, celle-ci prenant comme point de départ la notion que la force créatrice est primordiale, spontanée et suffisamment puissante pour ordonner toutes les données de l’œuvre en question. Si lorganisation des données nest pas celle à laquelle un partisan du classicisme se serait attendu, cest que daprès ce point de vue, les deux approches de l’œuvre dart divergent de façon importante. Il est aiséde constater que le recours à une machine qui procède de sa propre gestion, de son propre mode de traiter les données, avec des pannes oùle traitement des données sarrête, entraînant la possibilitédes pertes ou des transformations des données contre la guise de lutilisateur,constitue une approche qui accorde une valeur plutôt moindre à linspiration brute.
L’influence de l’ordinateur sur la culture artistique est moins connue que son influence sur la société, en particulier l’étude de l’évolution des formes du social, l’étude des développements dans le monde politique au plan national, au sein d’un seul paysou au plan international. La complexitéfournit un modèle d’analyse des rapports entre les forces multiples qui gouvernent une région ou un continent ou même plusieurs blocs du monde d’une période donnée. Les donnéesétant si massives en nombre, siétendues dans la nature des questions auxquelles elles s’adressent, quesans le recours aux capacités de calcul de l’ordinateur, auparavantleur traitement aétévu comme impossible. Le développement des systèmes informatiques suffisamment puissants et à traitement parallèle a permis la réalisation des rêves d’analyse de certains chercheurs dans le domaine des sciences sociales. Cetteétude s’adresse à l’influence de l’ordinateur sur la poésie française et francophone. La période en question est l’époque de l’après 1980. Puisque l’œuvre poétique ne s’écrit pas dans le vide, ni d’un point de vue culturel, ni d’un point de vue historique, la nature du palimpseste ou de la réécriture fait allusion à des traditions alternatives par rapport à la géographie ou antérieures par rapport à l’évolution historique. Le palimpseste se réfère au premier sens du motpalimpsestos, du grec pourécrire de nouveau sur l’écriture d’origine, un mot qui fait allusion à l’époque précédant le développement de l’imprimerie, ce qui aénormément facilitél'édition d'ouvrages. Avant cette invention par Johannes Gutenberg au milieu du quinzième siècle, la copie d’une œuvre se faisait à la main, mot à mot avec les fautes et les variations que comportait un tel travail. L’étude des manuscrits de lépoque médiévale constitue un aspect préalable et essentiel à touteétude littéraire de cette période. Quant à la facilitéde se procurer du matériel sur lequel le copisteétait en mesure de produire la nouvelle copie, elle se faisait sur de fines couchesde peaux d’animaux, une matière difficile à se procurer. Avant l’époque médiévale, le procédése limitait au recours à la tablette, en terre généralement mais parfois en argile, sur lesquelles le copiste faisait des marques afin de transcrire l’œuvre. Il est notable que l’écriture n’était pas uniedansl’ancien grec, l’origine du motpalimpsestosétant de cette tradition, mais composéde lettres séparées les unes des autres, un trait repris par de nombreux poètes de langue française à l'époque contemporaine. La fragmentation à l’origine de la possibilitéde lire un texte de poésie en palimpseste repose sur l’insertion dans le textedes nombreux arrêts indiqués par la brièvetéde certains vers, un trait caractérisant la plupart des auteurs proposés dans cetteétude. Les coupures sont indiquées aussi par les blancs insérés dans un discours poétique suivi, comme dansDire la poésiede Roubaud, par l’éparpillement de points, même plusieurs fois dans chaque vers, le cas chez Jean Daive dansAmerica domino, par l’insertion des droitesà 8
l’horizontale et à la verticale,imageévoquantla présence d’une tablette. D’autres arrêts sontinsérés par la nécessitédu lecteur de faire une pause, le temps de considérer le sens de ce qu’il venait de lire,une hésitation qui résulte d’une rupture syntaxique, le cas dans» par ÉdouardGrands Chaos « Les Glissant. De nombreux poètespratiquent différentes versions d’une rupture syntaxique relativement importante, comme chez Tahar Ben Jelloun. Pour d’autres, ces failles dans le suivi naturel du discours français sontencore plus prononcées. Le langage suit un rythme haletant qui résulte des fragments au plan de la phrase, au plan de la proposition et au plan lexical, oùil manque certainséléments nécessaires à la compréhension immédiate du sens. Une dernière façon d’indiquer un rythme trébuchant est par une typographie instable et comportant de nombreuses variantes. Plusieurstypes de palimpsestes sont examinés dans cetteétude, l’un, par rapport à la tradition poétique française, réécrivant la tradition par un déplacement culturel, le point de vue n’étant pas celui de Paris. Dans le chapitre examinant la poésie de Tahar Ben Jelloun, le rapport, loin d’être celui de père à fils,évoque la réappropriation de la tradition française. Quoique ce poèteréside le plus souvent à Paris, le sujet de toute son œuvre est l’héritage marocain. L’allusion au passéfigure dans le poème commeun palimpseste recouvert par les strates d’uneépoque bien plus récente et tournévers un avenir à l’heure actuelle inconnu. L’absence de participants dans ce drame virtuel s’explique dans ce contexte, les figurants du poème n’existant que dans le souvenirdu poète. L’absence de figurants dans le drameévoquépar le poème est à l’origine de la subjectivation des objets y mentionnés. Ce premier poème se situe dans une longue tradition que le poète marocain a assimilée et fait sienne. Il faut noter que depuis 1971, il partage sa résidence entre la France, le Maroc et l’étranger, notamment aux États-Unis comme professeur invité. Un autre palimpseste qui se trouve dans la poésie contemporaine est celui qui représente la superposition du point de vue propre à une culture à celui d’une autre, ce point de vue empêchant l’observateur de regarder les données qu’il confronte de façon directe et sans point de vue préconçu,un point de vue propre à une sociétémais ne convenant pas forcément à une autre. Jean Daive représente cette question dansNarration d’équilibreen plusieurs volumes dont le recueilAmerica dominofigure au milieu de la série. Il est aiséde constater que ce genre de palimpseste représente une réduction des données que l’observateurrefuse de considérer de façon juste, comme le port de lunettes ne convenant pas aux yeux du sujet en question. Porter les lunettes de quelqu’un d’autre fausse le regard et empêche l’observateur de voir le monde autour de lui sans idées préconçues, un regard préjudiciel. C’est de ce regard en biais, à coté, légèrement faussé, que le voyageur, de touteévidence 9
français, contemple la ville de Manhattan, qui pour lui symbolise la ville de New York, qui en fait possède cinqboroughsou arrondissements, palimpseste elledu pays, une triple réduction d’un point de vue juste englobant tout le pays. Le regard, d’unaspectphysique, projette l’image de ce que perçoit la cornée sur unécran, minimisée et renversée puis rétablie de façon juste et interprétépar le cerveau de l’observateur. Les États-Unis, sujet de nombreuses images médiatiques, sujet sans doute surestimépar rapport à son juste statut, est un palimpseste du problème de la perception et dujugement d’une culture par une autre. La culture cible est rarement perçue de façon neutre, les images enétant trop limitées par rapport à la réalitételle qu’elle est perçue par l’étranger, en visite courte ou même au cours d’un séjour plus long, et donc la culture est souvent sujette à un jugement préalable trop peu exact et ne se conformant pas à l’image de soi de l’habitant même du pays cible. Le problème du jugement fausséportésur une culture par un représentant d’une autre est le sujet abordépar Jean Daive dansAmerica domino. Le poème procède par flash-back, chaque instant une prise de vue momentanée, le tout représentant la promenade d’un touriste dans la ville de Manhattan au cours d’une seule journée, du matin jusqu’au soir. Les différents moments de la journée sont indiqués ainsi que les lieux de rencontre et la localisation du promeneur dans cette ville, la promenade s’étendant du sud jusqu’en haut du Parc central puis redescendant. Le visiteurest à la recherche d’un magasin d’appareils photo, le motif de la visionétant le thème principal de ce long poème. Par le moyen des images et des symboles présents dans le poème, le lecteurévalue lui-même cette culture qui lui estétrangère et se rend compte que la vision qui lui avaitétécommuniquée est fragmentaire, partielle, légèrement faussée du fait même de cet aspectécourté. Un site fonctionne parfois comme un mythe iconique. Si un lieu est symbolique, dépassant une simple localisation, il possède une valeur iconique dérivant des attaches du sujet à cet endroit. Dans ce sens un lac s’associant à un amourpassé, pourtant toujours impossible, même au moment de l’avoir vécu, joue un rôle privilégiédans le souvenir du poète. La réalitéde ses sentiments n’en est pas amoindrie, puisque c’est l’émotion vécue qui importait plutôt que les faits mêmes du vécu. Si un site joue un tel rôle, dorénavant à chaque fois qu’il y retourne ou qu’il y pense, en se rappelant le passé, la répétition agrandit le premier motif, devenu à la longue mythique. La répétition sonne de façon angoissante si l’expérience avaitétédouloureuse ou bien de façon agréable, si au contraire elle avaitétémémorable. Les Romantiquesétaient notables pour leur culte de l’angoisse. Loin de la fuir, pour certains, elle a dûévoquer la première grandeémotion. De cette façon l’amour s’était associéà la souffrance.
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