PETITE ANTHOLOGIE DE LA BALADE DES AGES DE TURQUIE
192 pages
Français

PETITE ANTHOLOGIE DE LA BALADE DES AGES DE TURQUIE

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192 pages
Français

Description

A partir du XVIe siècle, apparaissent dans l'Empire Ottoman des chants intitulés yas nâme " ballade-des-âges". Ces poèmes chantés contiennent une foule d'informations sur les attitudes, les croyances, les convictions, la morale courante, les certitudes et les incertitudes du credo populaire. Depuis des siècles, les asik-s, poètes-chanteurs sillonnent l'Anatolie. Pour la première fois traduits en français, ces poèmes offrent une vision originale de la tradition orale de Turquie.

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Date de parution 28 mai 2018
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EAN13 9782140091452
Langue Français

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Exrait

Rémy Dor assisté deSelim Yılmaz
Petite anthologie de la Ballade-des-Âges de Turquie e e Poètes des ci(nq co-ntinesnitèscles) XVI XX
Petite anthologie de la Ballade-des-Âges de Turquie e e (XVI-XXsiècles)
Poètes des cinq continents EN HOMMAGE À GENEVIÈVE CLANCY QUI L’A DIRIGÉE DE 1995 À 2005. LA COLLECTION EST ACTUELLEMENT DIRIGÉE PAR PHILIPPE TANCELIN La collectionPoètes des cinq continentsnon seulement révèle les voix prometteuses de jeunes poètes mais atteste de la présence de poètes qui feront sans doute date dans la poésie francophone. Cette collection dévoile un espace d’ouverture où tant la pluralité que la qualité du traitement de la langue prennent place. Elle publie une quarantaine de titres par an. Déjà parus 709 – Youssef Rachid HADDAD,Ailleurs 1-2-3…,˼-˻-˺˴كﺎﻨ˵ھ, 2018. 708 – Jacques GUIGOU,Avènement d’un rivage, 2018. 707 – Anne Marie BERNAD,L’Ancre des mots, 2018. 706 – Pierre GOLDIN,Protocoles de la lumière, 2018. 705 – Philippe TANCELIN,Verticale du silence,2018. 704 – Myriam BAHRAMIAN,Le mont Damâvand et ses poètes, Nima Yushij, Forough Farrokhzad et Syavash Kasraï,2018. 703 – Zhao LIHONG,Douleurs, 2018. 702 – Carla GAVIOLI,Fil de soie et brins d’herbe. Filo di seta e fili d’erba, poésie bilingue, 2017 701 – Umar TIMOL,52 Fragments pour l’aimée. 52 Fragmentos para la amada, 2017. 700 – Nlandu MAMINGI, Haïkus de chez nous, 2017. 699 – Richard FOQUÉ,Ici nous sommes, 2017. 698 – Serge VENTURINI, Du fleuve débordant, Du fleuve sans retour, Essai en poésie, 2017.
Rémy DORassisté de SelimYILMAZ
Petite anthologie de la Ballade-des-Âges de Turquie e e (XVI-XXsiècles)
OUVRAGES DERÉMYDOR
Quand le crible était dans la paille : Hommage à Pertev Naili Boratav, (avec M. Nicolas), Paris : Maisonneuve et Larose, 1978. Chants du Toit du Monde, Paris : Maisonneuve et Larose, 1982. Contes kirghiz de la montagne et de la steppe, Paris : POF, 1983. Contes et légendes de Centre-Asie, Paris : Flies, 2000 Contes et légendes de Turquie, Paris : Flies, 2002 Nourali le Preux et Marghoumon Péri,Paris : Langues et Mondes, 2005. Sarah-Rose la rosophile,Paris : Langues et Mondes, 2005. Lune et prune,Paris : Langues et Mondes, 2006 (2e édition 2015). L’énigme du nom propre, Paris : Langues et Mondes, 2006. Devin’ devin’ devinaille, Paris : L’Asiathèque, 2008. Les aventures d’Apendi,Paris : Flies, 2009. Un seul corbeau ne fait pas l’hiver, Paris : L’Asiathèque, 2010. Ïrq Bitig, Paris : Espaces et Signes, 2014. Rahman Koul, ultime khan du Toit du Monde, Paris : Michel de Maule, 2015. Les quatrains de quête du Veilleur de nuit pour le temps de Ramadan, Paris : L’Harmattan, 2016 OUVRAGES DESELIMYILMAZ
Le système hypothétique en turc : De la morphosyntaxe à l’énonciation,Lille : ANRT, Editions Septentrion, 2000. Les figures de style en français et leur traduction en turc, München : Lincom-Europa, 2008. Claude’unİtirafları, traduction de ‘La confession de Claude’,İstanbul :İdeal Kültür Yayınları, 2011. Énonciation et prosodie en turc oral : Cadre théorique de linguistique française, Saarbrücken : Eds. EUE, 2013. Aspects linguistiques du turc parlé : Du segmental au suprasegmental, München : Lincom-Europa, 2017, (avec A. Uras Yılmaz). Ouvrage publié avec le concours du Centre d’Études Turques, Ottomanes, Balkaniques et Centrasiatiques (CNRS, EHESS, Collège de France) © L’Harmattan, 2018 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-14664-5 EAN : 9782343146645
Généralités
Introduction
par Rémy Dor
L’écoulement irrépressible du temps fascine, depuis l’aube de l’humanité, de cette fascination vertigineuse qu’engendre l’étendue sans limite qui vous annihile. C’est l’effroi pascalien face aux espaces infinis. Saisi par le tourbillon du temps qui l’entraîne dans sa ronde effrénée, l’homme ne s’en extrait qu’au prix du figement de la durée. Tant qu’il reste englué dans le bourbier du temps, chaque mouvement l’enfonce plus irrémédiablement. C’est pourquoi certains ont préféré nier le temps, comme Sextus Empiricus : « Donc le temps n’est pas non plus infini. Et s’il n’est ni infini 1 ni fini, le temps n’existe absolument pas . » Saint Augustin l’exclut d’une pirouette : « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande je le sais ; mais si on me le 2 demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus . » On peut encore l’arracher au concret de l’humanité pour le cantonner dans l’absolu de l’abstraction, comme Newton : « Le temps absolu, vrai et mathématique, qui est sans relation à quoi que ce soit d’extérieur, en lui-même et de par sa nature, 3 coule uniformément . » Pour échapper au continu du temps,
1 J.P. Dumont,Les Sceptiques grecs, Paris, 1966, p. 149. 2 Saint Augustin,Confessions, Chapitre XIV « Le problème du temps », Paris, 1964, p. 264. 3 Cité in : E. Klein, M. Spiro (éds),Le temps et sa flèche, Paris, 1994, p. 32. 7
rien à faire d’autre que de le lacérer en bandelettes de durée, seule issue possible à la contrainte de la chronométrie.
La découpe des âges
 Le temps collectif est fait de continuités et de ruptures, d’états et de seuils. Ce sont les âges. L’Antiquité grecque en connaissait quatre : on étaitpais, de la naissance à vingt ans, puisneaniskosjusqu’à quarante,neaniasjusqu’à soixante, etgerônjusqu’à la fin. Quatre âges de l’homme, correspondant aux quatre saisons de la nature, aux quatre points cardinaux et aux quatre vents. Telle est la doctrine pythagoricienne. Les médecins, Hippocrate, Celse et Galien y ajouteront la correspondance avec les quatre éléments (terre, eau, feu, air) et les quatre humeurs (sang, bile noire, bile jaune et flegme).
 La réponse d’Œdipe le Bipède (oidipous) à la question du Sphynx ne mentionne que trois âges : jeunesse, maturité, vieillesse, autrement dit croissance, stabilité, déclin. C’est ce que pense Aristote. Curieusement, le modèle à deux âges n’eut guère de succès, sauf beaucoup plus tard, en Occident, chez Albert le Grand, qui retient de la vie humaine ascension 4 (augmentum) puis déclin (diminutio) . Encore plus près de nous, 5 A. Schopenhauer (1788-186) développe cette conception binaire : « Considérée du point de vue de la jeunesse, la vie est un avenir infiniment long ; de celui de la vieillesse un passé très court (…) », ce qu’il résume par la formule : la jeunesse dit « Ah ! enfin ! », la vieillesse : « Hélas ! déjà ».
4 A. Kahn, Y. Brohard (éds),Les âges de la vie : mythes, arts, sciences, Paris, 2012, p. 189. 5 De la différence des âges de la vie, Paris, 2017, pp. 21, 27. 8
 C’est cependant une découpe en sept âges qui a la préférence : soit sept périodes de dix ans, soit, plus tard, par inversion, dix périodes de sept ans. En fait, et nous allons le voir chez les Turcs, il n’y a pas une régularité parfaite : on passe de périodes de cinq ans à des périodes de dix ans, voire vingt ans. La durée optimale de la vie humaine étant fixée à cent ans. Rapprochons provisoirement la classification turque de la classification latine des sept âges de la vie :
1)Âge de mutité : infans /bala (0-5 ans) le bas âge 2)Âge d’acquisition : puer /çocuk(5-10 ans) le jeune âge 3)Âge de croissance : adulescens /delikanlı(10-20 ans) le bel âge 4)Âge d’insertion : iuvenis /genç (20-40 ans) l’âge moyen 5)Âge de maturité : vir /adam (40-60 ans) l’âge mûr 6)Âge de perte : senex /ihtiyar (60-80 ans) l’âge avancé 7)Âge de sourdité : decrepitus /yaşlı(80-100 ans)l’âge fatal
Que se cache-t-il derrière le mot « âge » ?
Le grecaionpasse en latinaevum« durée infinie », puis aetaset en bas-latinaetaticum« accumulation de périodes non limitées ». C’est ce terme qui donnera le vieux-français « eage » ou « aage », qui désigne en fait la « majorité ». Le droit coutumier disait : « li hoirs est aagié quand il a quinze ans acomplis » (l’héritier est majeur quand il a quinze ans révolus). À l’inverse, le mineur était « desaagié », un terme qui a disparu du français moderne ; ses droits étaient d’ailleurs protégés : 9