Poètes d'Italie

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Français
256 pages
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Description

L'auteur a choisi de présenter aux lecteurs français une anthologie de poètes et de poèmes italiens afin de postuler au-delà des voies divergentes de chaque langue une communion du haut langage. Confronté à la tâche assez redoutable de traduire l'ensemble de ces textes couvrant toutes les époques, l'auteur est resté sensible à l'ordre des générations et à leur historicité.

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Date de parution 01 mars 2010
Nombre de lectures 55
EAN13 9782296248649
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Donner des frères français à des poètes italiens que l’on aime, assurer entre eux des voies d’accès et jouer aussi bien que possible les passeurs d’un bord à l’autre, mettre un terme à de l’insoupçonné, rendre l’étranger plus intelligible malgré la confusion des langues, postuler au-delà des étanchéités une communion transfrontalière chez les tenants du haut langage, tels ont été les mobiles « altruistes » qui ont soumis le traducteur au devoir assez redoutable de traduire. Mais ce petit liminairepost partumvoudrait avouer un mobile plus déterminant. Il est personnel. La poésie italienne n’a cessé de m’accompagner et de m’enchanter au long des années. C’est un fait, et depuis mes premières lectures de Pétrarque et de Leopardi, je ne m’en suis e jamais « remis ». Il n’y a rien là de très original. Depuis le XVI siècle et e jusqu’au XIX , le monde francophone lisait l’italien et souvent l’imitait. Les dames de Lyon le pratiquaient couramment, la cour deFrance recevait, en ses fêtes, non seulement des peintres, des décorateurs ou des comédiens de la Péninsule, mais des poètes. On en favorisait même la publication, comme er Alammani sousFrançois I et Marino sous Louis XIII.Avec le latin, et parfois le grec, l’italien constituait un critère culturel décisif chez les esprits exigeants duGrand siècle, comme Madame deSévigné et tant d’autres. L’opéra aidant, c’est une musicalité à la fois chantante et linguistique e qui, aus’impose au goût malgré les résistances indigènes etXVIII siècle, bien des querelles, dont celle, fameuse, desBouffons tournant sur les mérites respectifs des deux traditions nationales.Cette rencontre de la langue et de la musique italienne, Rousseau y est sensible plus que tout autre. L’une renvoie à l’autre chez lui, mais sans réduction.S’il aime par-dessus tout la mélodie italienne, il pratique aussi le Tasse et il cite abondammentPétrarque dans la Nouvelle Héloïse.Stendhal, en cela, est son successeur avec quelques pointes inédites de cynisme, etMusset à son tour prend le relais, dans un aveu qui, malgré la pose, n’en est pas moins touchant, quand il avoue :
Lorsque j’ai luPétrarque étant encore enfant.
Plus tard, ce sera Leopardi, le dernier peut-être à avoir été reçu au sein du Parnasse français et même européen comme un grand vivant. Il faut dire, e à la décharge de cette indifférence nouvelle, que le XIX siècle italien n’est pas un grand moment de création poétique. La veine populaire et nationale y cautionne plus facilement les débordements du cœur que la recherche de
formes novatrices ou même maîtrisées.D’une manière générale, le goût n’a pas survévu à la disparition des mécènes. e Mais, en attendant la belle floraison du XX siècle, l’intérêt suscité par les grands noms du passé n’a pas disparu, ni en Italie ni à l’étranger.Dans les Universités, la philologie historique s’est penchée avec attention sur les textes du Moyen Age et de la Renaissance.On en a mieux compris le sens et la portée, l’arrière-fond culturel et les complexités expressives.L’histoire des formes, de la sensibilité et des idées, en attendant la psychologie des profondeurs a prodigué ses éclairages, en établissant des homogénéités d’époque, comme le maniérisme, le baroque, le rococo, le néo-classicisme. On a même surenchéri dans l’usage des étiquettes, non sans s’apercevoir qu’elles ne collaient pas toujours.Cela s’est fait tout de même au bénéfice des œuvres singulières, que ce soient celles des penseurs, des peintres ou des poètes. Pour ce qui est d’aujourd’hui, la réception extérieure qui est faite à l’Italie des poètes est devenue assez limitée. D’abord, on lit moins les poètes étrangers (les poètes tout court). Ensuite, ce qu’on lit venant d’ailleurs est surtout l’anglais, enItalie même. Les poèmes reproduits ici dans l’original et traduits témoigneront peut-être de leur droit d’exister et de la perte que constituerait leur oubli. Prétention que cela ? Peut-être.Mais toute entreprise de révélation peut être taxée de cette manière. En fait, je le répète, c’est l’attrait de ces textes qui m’a motivé principalement et le désir de leur rendre hommage.Traducteur, je me mets à leur service en sachant pertinemment que, malgré mes efforts, ils me dépasseront toujours. Je sais aussi que le passage dans une langue qui n’est pas la leur est une gageure et qu’en dépit d’une intention de totale allégeance, il y entre quelque chose qui peut ressembler à de la prédation. Il faudra bien que, d’une certaine manière, l’on nourrisse l’organisme « qui a traduit » par les ressources de la proie « qui a été traduite » et si possible assimilée. Quoi qu’il en soit, l’exercice est complexe : humble et concurrentiel, altruiste et égoïste, soucieux d’adéquation première et de lisibilité seconde. On a maintes fois parlé de la perplexité où la traduction nous place.Kant aurait pu en faire une de ses antinomies.Convient-il d’être fidèle, au risque d’être disgracieux, ou faut-il s’ébattre avec grâce, mais à distance ?Etre fidèlement élégant, vous répondra-t-on. Plus facile à dire qu’à faire. La traductologie, produit frais émoulu de l’atelier linguistique, a progressé dans l’analyse des mesures à prendre pour que « traduttore » rime le moins possible avec « traditore ». On a pris conscience du fait que les différents aspects de la langue ne présentent pas des difficultés de translation égales. Si on laisse de côté le problème des obscurités programmées de
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