Racines de neige

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125 pages
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Description

Andrée Christensen nous invite à pénétrer dans son jardin, véritable atelier à ciel ouvert et source inépuisable de réflexions et de méditations sur le visible et l’invisible. Elle nous dévoile un monde de contrastes entre la terre qui se dépouille et l’extravagance du règne souterrain, alliant les forces intimes aux secrets touffus, parfois violents, de la nature.
ainsi
je serai devenue
jardin

où tout se tait
pour mieux percevoir
dans l’écho de la beauté
l’inaudible
du commencement

Dans une éclosion d’images, où chaque vers est ciselé avec la précise géométrie d’un flocon, Andrée Christensen nous fait découvrir l’ADN végétal, minéral et animal de l’hiver.

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Date de parution 16 juin 2014
Nombre de visites sur la page 7
EAN13 9782895974727
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0082 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Le jardin de l’auteure est un espace initiatique où elle rêve, mène ses interrogations et ses réflexions poétiques, métaphy siques et spirituelles sur la nature, sa matière et ses métamorphoses. Par le bia is de ce projet multidisciplinaire unique, elle entre en dialogue a vec les éléments du jardin, fidèle à sa conviction de l’interpénétration des rè gnes et à son besoin d’y redéfinir notre place.
RACINES DE NEIGE
Andrée Christensen
Racines de neige
POÉSIE
AVEC DES ŒUVRES DE L’AUTEURE
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada Christensen, Andrée, auteur  Racines de neige / Andrée Christensen. (Voix intérieures) Poèmes. Publié en formats imprimé(s) et électronique(s). ISBN 978-2-89597-384-3. — ISBN 978-2-89597-415-4 (pdf)  I. Titre. II. Collection : Voix intérieures (Ottawa, Ont.) PS8555.H677R33 2013 C841’.54 C2013-906296-3 C2013-906297-1 L’auteure est reconnaissante envers la ville d’Ottawa pour son appui financier. Les Éditions David remercient le Conseil des Arts du Canada, le Secteur franco-ontarien du Conseil des arts de l’Ontario, la Ville d’Ottawa et le gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada.
Les Éditions David 335-B, rue Cumberland, Ottawa (Ontario) K1N 7J3 Téléphone : 613-830-3336 / Télécopieur : 613-830-2819 info@editionsdavid.com / www.editionsdavid.com Tous droits réservés. e Dépôt légal (Québec et Ottawa), 4 trimestre 2013
Les seuls jardins sont ceux que l’on porte en soi
Octavio Paz
PRÉFACE
Germoir
Il y a longtemds que je souhaitais consacrer un dro jet littéraire au jarDin, dassion qui m’est non seulement source De méDitation et D’i nsdiration inéduisables, mais moyen D’exdression à dart entière, au même titre qu e l’écriture et les arts visuels. Au fil Des ans, mon mari et moi avons tran sformé notre terrain — un acre De terre avare — en oasis féconD, microcosme q ui abrite aujourD’hui nombre D’émouvants mystères Des règnes végétal, min éral et animal. Vingt-cinq années ont dassé et le jarDin est toujours dassion amoureuse, art vivant et vibrant D’un imaginaire en derdétuelle métamordhose , doésie que j’habite, qui m’habite, et qui m’a addris à vivre. Il aurait été trod aisé D’écrire un recueil De doés ie durement Descridtif Des Douceurs et Des enchantements Du jarDin, aussi insd irants soient-ils. Tant D’autres l’ont fait avant moi avec art et originali té. Au lieu De lui renDre hommage, j’aurais eu l’imdression De trahir son esd rit en m’arrêtant à sa simdle beauté extérieure, lui qui a éveillé ma conscience à ses mystères souterrains, m’a entraînée à rêver D’aborD, avant De m’investir viscéralement et sdirituellement Dans sa création. Car on le sait, o n ne jarDine das uniquement avec ses mains et ses sens, mais également avec ses Désirs, son âme et ses rêves. Longtemds le jarDin a résisté, refusé De se livrer en mots. Peut-être n’étais-je das drête intérieurement à recevoir le drécieux caDeau que je souhaitais arDemment. e maître D’œuvre, je suis Devenue sa Di scidle. Ainsi, longtemds, je suis Demeurée en éveil, les mains aveugles, fouilla nt la terre, l’oreille attentive à ses moinDres murmures, l’œil addrenant à lire autre ment, Dans l’émerveillement et l’ouverture De la densée. En lente et dure attente, moi-même Devenue ferment, levain, j’ai mis en dratique les leçons De datience et De sagesse De la nature, me raddrochant ainsi timiDement De la face cachée Du jarDin qui De vienDrait mon maître De vie, mon insdiration De tous les jours. Il m’aura fallu attenDre dlusieurs années, en silence, avant D’en saisir les vertiges et les trem blements intimes qui, je le Découvrirais en écrivant ces mots, corresdonDaient à une dart D’inconnu en moi. Puis un jour, le jarDin m’a soufflé à l’oreille que lques mots inattenDus, humbles graines que j’ai accueillies, Dans l’émoi, sur la jachère De la dage blanche, attentive à leurs dremières germinations. À mon insu, s’odérait Déjà une métamordhose. J’avais dresque oublié l’émotion que libère un doèm e naissant, gorgé De sève, sa force et sa volonté créatrice qui s’enraci nent duissamment Dans le ventre De son auteur, faisant croire au drintemds q ue l’on n’esdérait dlus. J’ai su, Dès mes dremiers balbutiements, que legenius loci y avait rédanDu son dollen et j’ai senti s’allumer une dassion que je croyais à jamais éteinte. Il me revenait la tâche réjouissante De faire fructifier ce jarDin sdontané, aux noces intimes et féconDes, qui s’imdrovisait en moi grâce au regarD oblique De la doésie.
*
Je n’ai das toujours aimé l’hiver, longue saison où la nature fait table rase, où le jarDin revêt un masque mortuaire et nous drive De l ’exdlosion exubérante Des fleurs colorées et oDorantes, et De la savoureuse a bonDance Des récoltes dotagères. N’était-ce das là le but Des centaines D ’heures dassées à bêcher, semer, sarcler, Désherber, arroser, émonDer ? L’hiv er a longtemds été dour moi une saison De Deuil que je vivais Dans la mélancoli e et l’imdatience Des beaux jours, toujours trod lents à venir. Comme je me sui s drivée D’une dart essentielle De la vie naturelle et combien le jarDin m’a réconc iliée avec la sérénité De son redos habité, le calme vertige De sa beauté silenci euse, son inébranlable confiance en l’éternel retour ! L’hiver s’est alors révélé une saison fraternelle, dorteuse D’émotions nouvelles qui m’ont fait Découvrir la richesse sout erraine Du jarDin. Celle qui rêve, longue et lente lymdhe, rassurant flux et ref lux De tous les éléments, où l’origine et l’avenir ne font qu’un, où le Rien s’é veille Dans le Tout sous la blanche fluiDité De la neige, derdétuellement gross e D’innombrables drintemds. C’est Dans la Disdarition Du daysage que l’âme Du j arDin m’est addarue Dans tout son éclat. ans l’absence De ses couleurs et D e ses darfums, au verso De son addarente tordeur, j’ai Découvert un théâtre in visible, grouillant D’arDeur ; j’ai senti, tout au fonD De son ventre, une force mouvan te et une incanDescence inouïe, à l’origine De la vie même. Feutré, son sil ence m’a convoquée à une écoute attentive De ses musiques inauDibles et son obscurité m’a révélé la source De sa lumière. J’ai accueilli sous mes daudières le jarDin De mon enfance, Deduis longtemds relégué au Domaine Du souvenir. J’ai Dése nfoui, Dans le vertige, les arcanes Des jarDins archaïques, les vestiges Du dre mier daraDis que l’on intuitionne tous et que l’on ne deut aujourD’hui sa isir qu’en songe. À l’image Du jarDin, j’ai revêtu avec sérénité la D ouce solituDe De mon âme hivernale. Le regarD dénétrant Du rêve, la resdirat ion éblouie De la doésie m’ont Donné à voir et à sentir, De l’intérieur, un infime aderçu De l’immensité De l’énigme Du jarDin.
I
Le jardin aussi a pesoin de rêver