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Sofia en été

De
118 pages
Jean-Luc Pouliquen nous offre ici plus que des notes sur son voyage à Sofia en Bulgarie mais une série de tableaux vivants sur la ville, ses intellectuels, sa cuisine, ses jardins et ses odeurs. Il y a dans ce texte une poétique du voyage dont l'auteur témoigne comme d'un bijou précieux dont on ne sait encore à qui on va l'offrir et nous lecteurs jusqu'à la dernière ligne, espérons en avoir été le destinataire privilégié. (Philippe Tancelin)
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Jean-Luc Pouliquen
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SOFIA EN ÉTÉ
Témoignages poétiques
Collection dirigée par Philippe Tancelin et Emmanuelle Moysan Parce que la langue poétique constitue une exploration, elle revêt parfois son visage de "témoin" des chamboulements de notre société, des mondes qui nous entourent, au gré des voyages, des rencontres. Parce qu'elle explore l'intime, qu'elle épouse une fonction dénonciatrice ici et ailleurs, elle bouleverse aussi notre vision du politique. Accueillons ces textes qui nous aident à cheminer et modifier notre regard... Déjà parus Tristan CABRAL,Dernier tango à Salta, 2012. Karim KOUROUMA,Le masque et le cheval. Nostalgie dune terre lointaine, 2012. Flavia COSMA,Le miel trouble du matin, 2012. Yves Patrick AUGUSTIN,Mon île est une absente, 2012. Marguerite JARGEAIX,Rendez-vous après la pluie, 2011. Imad SALEH,Palestine, Israël. Destins croisés, entre enfer et espérance, 2011. Jacques BOCQUET,La Nuit Hodgkin, 2011.Makombo BAMBOTÉ,Déception noire ? Le nègre est souriant, 2011.Pierre VALMONT,Sous la cognée du vent,2011. Claudine PELLÉ,Sfax,2011. Pierre GOLDIN,Répertoire des simples, 2011. Dana SHISHMANIAN, Khal TORABULLY (dir.),Poètes pour Haïti, 2011. Gihan OMAR,Avant de détester Paulo Coelho, 2010. Michèle HICORNE,mots pour la Palestine. Et la plage deDes Tantoura... ment, 2010. Jean LESTAVEL,Aux marches du temps, 2010. Jean FOUCAULT,Suites vietnamiennes, 2010. Christophe FORGEOT,Porte de la paix intérieure, 2009.
Jean-Luc Pouliquen
SOFIA EN ÉTÉ
© L'Harmattan, 20125-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.frharmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-00639-0 EAN : 9782336006390
Il y aura eu un préambule à ce voyage, un séjour de 48 heures à Pontigny. Ce qui est intéressant, cest que ce passage par lYonne et ma venue en Bulgarie, ont la même origine : un philosophe. Je devrais plutôt parler de philosophe poète car cest par la poésie que je me rattache à lui. Et quand je dis : « je me rattache », je nemploie pas ces mots à la légère. Voilà maintenant bientôt dix ans quil ma entraîné dans une aventure dont jétais loin de soupçonner, lorsquelle a commencé, jusquoù elle me conduirait.Linvitation pour Pontigny est arrivée bien après celle que mavait faite en septembre dernier, Liuba, de lui rendre visite à Sofia. Jai pu ensuite les joindre dans une même séquence :La séquence Gaston Bachelard, car cest de lui dont il sagit. Lui, le sage de la place Maubert, avec sa grande barbe blanche, tel que les médias lont photographié et filmé à la fin de sa vie, popularisant ainsi une image quil était facile dimprimer dans limaginaire collectif.Lorsquil est venu pour la première fois à Pontigny en 1929, il navait que 45 ans, une silhouette plutôt fine et des cheveux bruns ou châtains. Cétait un inconnu, simplement remarqué par un grand universitaire et intellectuel de lépoque, Léon Brunschvicg, qui lavait invité à venir participer à des rencontres devenues célèbres depuis :Les Décades de Pontigny. Et moi, connaissant un peu lhomme et son uvre, ayant écrit un livre sur lui, jai été invité à mon tour à venir parler de Gaston Bachelard à Pontigny, des trois fois, en 1929, 1936 et 1939, où il sétait rendu dans cette célèbre abbaye cistercienne. Plus précisément dans la partie - habitations et parc - rachetée après la séparation de lÉglise et de lÉtat, en 1905, par Paul Desjardins pour y organiser chaque été ces rencontres hors du commun. Sachez que tous ceux qui ont compté dans lEurope de
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lentre-deux-guerres, en littérature comme en philosophie, déjà reconnus ou débutants, dAndré Gide à Jean-Paul Sartre, de François Mauriac à Wladimir Jankélévitch, sy sont rendus. Tout cela, je ne le savais pas encore ce mois doctobre 2002, où javais rencontré Liuba à Dijon, lors dun colloque consacré aux relations de Gaston Bachelard avec lécriture. Elle était venue parler de son expérience de traduction en russe dun livre du philosophe. Je me souviens encore des petits-déjeuners à lhôtel où tous les participants faisaient connaissance. Quelle expérience extraordinaire que de se retrouver avec des personnes venues du monde entier pour partager autour dune uvre qui, à un titre ou à un autre, les avaient touchées et concernées. Paroles brèves mais fortes, Liuba me faisant part de son désir de converser avec un poète français. Yeux qui brillent, échanges dadresses. Un lien commence à se tisser Et puis les années passent, la roue de la vie tourne. Les cartes postales, les e-mails échangés se raréfient et finissent par être rangés dans une chemise, pour se souvenir dun moment intense, dun rêve entraperçu dêtre en dialogue avec le monde, par delà les distances et les cultures. Rêve dautant plus doux quil avait pris le visage dune femme. Javais fini par abandonner toute idée de renouer avec Liuba. Les messages que je lui adressais métaient systématiquement retournés. Son adresse électronique avait changé. Et puis un jour, elle reprenait contact. Cette fois léchange était plus nourri, à la fois par des e-mails réguliers et par des conversations sur Skype qui permettaient même de se voir. Une relation virtuelle comme peut nous loffrir ce début de vingt-et-unième siècle, une relation qui trouvait cependant sa source chez
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un homme qui était né au dix-neuvième et qui, curieusement, avant de devenir philosophe, avait été surnuméraire puis commis des Postes et Télégraphes. La Poste et les Télécommunications conçues pour relier les Hommes, avaient du côté de Liuba joué le rôle inverse. Cest parce quelle y occupait ces dernières années un emploi de direction très prenant, que peu à peu ses liens avec toutes ses anciennes relations sétaient distendus. Mais lorsque celui-ci sétait terminé, elle avait renoué avec lenseignement de la philosophie et en même temps avec moi. Lors de ma causerie sur Gaston Bachelard à Pontigny, jai parlé de sa rencontre avec Martin Buber qui la amené à faire traduire puis éditer en France, en 1938, son beau livreIch und Du/Je et Tu. Martin Buber avait insisté pour que Bachelard lui-même en rédige la préface. Et jen ai lu lintégralité sous les voûtes de lancien réfectoire des moines convers où sest tenue la rencontre, debout, devant la grande cheminée. Jai lu à la manière dun comédien qui donne à entendre un beau morceau de littérature, car Bachelard possédait ce don décrire de la philosophie dans un style poétique et littéraire. Mais ces quelques pages dun philosophe laïc sont plus que cela, elles sont un moment de haute spiritualité qui porte la relation à lautre vers des sommets. « Nous vivons endormis dans un Monde en sommeil. Mais quun tumurmure à notre oreille et cest la saccade qui lance les personnes : le moi séveille par la grâce du toi » écrit Gaston Bachelard qui ajoute plus loin : « La rencontre nous crée ». Il est, cest vrai, des rencontres qui nous créent, dautres qui nous détruisent, dautres encore qui nous créent puis nous détruisent ou nous laissent un goût amer. Il faut savoir réagir à temps, les relations humaines sont si
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