Zakwato - Pour que ma Terre ne dorme plus jamais / Morsure d
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Zakwato - Pour que ma Terre ne dorme plus jamais / Morsure d'Eburnie - Pays mort et vif

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Description

Voici deux poèmes qui nous sont proposés comme pour nous aider à marcher sur nos deux jambes en tant que peuple éprouvé par les brûlures de l’histoire.

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Publié par
Date de parution 01 mai 2009
Nombre de lectures 41
EAN13 9782916532028
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,03€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Zakwato Pour que ma Terre ne dorme plus jamais...
Morsures d'Éburnie Pays mort et vif
Zakwato Azo Vauguy
Poèmes
Morsures d'Éburnie
Henri N’koumo
Vallesse Éditions 01 B.P. 2290 Abidjan 01 (Côte d’Ivoire) e-mail : edition_vallesse@yahoo.fr
© Vallesse Éditions, Abidjan, 2009 ISBN : 978-2-916532-02-8 Toute reproduction interdite sous peine de poursuites judiciaires.
Préface
Voici deux poèmes qui nous sont proposés comme pour nous aider à marcher sur nos deux jambes en tant que peuple éprouvé par les brûlures de l'histoire. Lequel devrait venir en premier ? L'épreuve avant la résolution ? C'est pure logique. C'est ce qui a été fait.
L'un est tourné vers le passé, même s'il n'y demeure pas prisonnier, l'autre vers l'avenir. En rebroussant chemin, on se retrouve plus facilement. On recon-naît l'environnement culturel, on se reconnaît et on se reprend plus aisément. La parole ancienne a un écho favorable dans la conscience. Les poètes de jadis survivent en nous à travers leurs rythmes, leurs images et leurs mythologies.
Mais il est toujours difficile de fendre la brousse de l'inconnu, de couper à travers champ sans savoir où se trouve la direction du salut, l'Est où doit se lever le soleil de la renaissance. C'est la raison pour laquelle nous respectons les « fendeurs de brousse » dont parle Ahmadou Kourouma, en comptant sur eux pour parvenir à des clairières inattendues où nous reposer et reprendre des forces pour les étapes suivantes d'un voyage qui n'a pas de fin.
Dans le premier poème, le drame s'est déjà produit. Ceux de Zakwato ont été décimés. Il engage alors une longue quête pour se racheter à ses yeux en se coupant les paupières.
Dans le second, le mal se déploie sous nos yeux. Ceux qui ont vécu les événements se souviennent: le pont, les hélicos, les résistants, les blessés, les morts, un peuple traumatisé. Le poète suit la voie du peintre Oussou Justin qui a déjà témoigné avec ses pinceaux, ses couleurs et ses formes. Qu'importe si c'est le pied droit qui se pose en pre-mier lieu. Pourvu qu'on avance à la rencontre de notre destin. De même que les bras qu'on balance en marchant, les pieds se succèdent dans la cadence de la marche ! Leurs conclusions sont semblables. Si le passé et le présent se fondent en un temps de victimisation, il s'agit de ne plus se laisser surprendre et de s'assurer que le futur soit pour nous. Les deux poèmes se ressemblent et forment un long cri de douleur pour se libérer de la fascination du malheur. Après tout, n'est-ce pas ainsi, selon Gbaza Madou Dibéro, qu'est né le premier poème, à la suite de la mort tragique de Kati Blé dans un fleuve qui promettait la pros-périté ? Quand la douleur est indicible, on appelle le poète. Sa parole est indéchiffrable comme la forêt vierge
où aucune liane n'a jamais été coupée, liane de la parole ou de la chanson, c'est pareil. Mais c'est lui qu'on appelle. Si la douleur est indicible, qui peut se plaindre de la parole impénétrable ? Celui qui ne sait pas dire peut-il se plaindre de la difficulté de la parole du poète ? La poésie est faite de liens inédits, de nœuds jamais vus qui vous attachent les pieds et vous empêchent de courir au-devant de la mort. Les poètes nous regardent courir et se demandent où nous allons. Ils ne sont pas sûrs que nous empruntions la bonne direction. C'est la raison pour laquelle leur parole-frein est comme un obstacle à notre course folle et éperdue à la rencontre de toutes sortes de morts. Celle des corps et des esprits, celle de la terre et du ciel, de l'air et de l'eau. Quand l'homme est pressé de se détruire, le poète tient et retient sa main suicidaire. Ainsi, la poésie attire l'attention sur elle mais pas dans une intention égoïste. La beauté veut s'affir-mer et affirmer son existence mais non tomber amoureuse d'elle-même. Elle est généreuse parce qu'elle s'offre au regard et aux oreilles de l'autre et souhaite que le monde soit à son image.
C'est cette idée que les Formalistes russes ont exprimée dans les années 1920, en disant que la poésie nous fait trébucher. Cela signifie qu'elle nous aide à
ne pas prendre le monde pour acquis ou conquis une fois pour toutes. Cela veut dire qu'elle nous fait chuter et elle nous relève en même temps. La poé-sie nous réveille au monde et renouvelle notre regard sur le monde. L'ambition est de forcer la main aux aveugles et aux sourds. Elle est une parole fière d'elle-même comme les signaresde Senghor que contemplaient jadis les hommes aux regards exercés. La beauté de ces der-nières n'a rien à voir avec la vie besogneuse des ménagères qui étouffent dans les« bureaux-fumée »de nos demeures. Elles ont toutes du mérite mais les unes nourrissent l'œil, les autres le ventre. La poésie est jeu avec les mots ou jeu dans les « trans-missions » comme dit Jean-Paul Sartre. C'est précisément pour cela qu'elle est liberté. Elle pro-pose d'avoir en partage la liberté de dire, de vivre et d'être. Oui, faire l'éloge de la poésie, c'est faire l'éloge de la liberté, de l'amour et de la fraternité humaine ! La poésie ne s'achète pas ? Qui s'en étonnerait ! Elle ne brille pas à la façon du diamant et de l'or dont nous sommes familiers et dont nous raffolons. L'or et le diamant brillent sans nous. Mais le poème a besoin de nous pour percevoir sa flamboyance. On ne l'achète pas avec de l'argent mais avec la souffrance de celui qui écarquille les yeux, avec l'oreille dressée pour entendre.
La poésie est à la fois joie et épreuve. Elle éprouve nos sens, par le rythme et les images, nos cœurs, pour vérifier la sensibilité à la douleur et la solidarité avec les espoirs, et même notre raison, car il faut savoir tirer des leçons pour être raisonnable.
La poésie est un appel à sortir de la prose du monde, de l'ordinaire du quotidien, à lever la tête et le regard, à ouvrir les bras à la beauté et à la géné-rosité, à aller à la rencontre de la grandeur.
Nous devons donc être reconnaissants aux poètes et aux éditeurs de poésie. Sans eux, qui nous réveil-lera de notre sommeil de boa (gbli djeradit Amédée Pierre) ? Qui ressuscitera nos sens morts à force de consommer ? Qui nous rendra la vue pour faire de la place à la vision ?
Vous comprenez que c'est la raison pour laquelle j'ai accepté d'accompagner Azo Vauguy et Henri N'koumo. Je partage leur destination, le pays de la beauté, et je suis en marche pour le même voyage, celui de la lutte avec la parole. Je dis bien : sans canif ni kalach !
La bataille a commencé depuis Zizimazi avant d'ar-river au pays du zouglou. Depuis des siècles et des siècles – Azo Vauguy dit : « des siestes et des siestes » – nous nous laissons surprendre. C'est aussi le statut de « pays mort et vif » dont parle N'koumo. La nuit est toujours le temps des sorciers et des forces