Cacaouettes et bananes suivi de textes inédits

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226 pages
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Au printemps 1921, Jean-Richard Bloch se rend au Sénégal pour un court séjour dans la région de Dakar au cours duquel il redécouvre un pays qu'il connaissait par ses lectures et ses rêveries... L'occasion pour lui de partir "à la découverte du monde connu", de ses paysages et de sa faune, de ses habitants, colons ou indigènes. Le voyageur rapporte un carnet que son imagination d'écrivain métamorphose en reportage romancé où les notations poétiques de l'esthète viennent colorer les réflexions aiguisées de l'essayiste...

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Date de parution 02 février 2018
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EAN13 9782140059551
Langue Français

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long du parcours, les réLexions aiguisées de l’essayiste..
Jean-Richard Bloch CACAoUETTES ET bANANESsuivi de textes inédits
Présentation de Roland Roudil AUTREMENT MÊMavEeSc la collaboration de Roger Little
CACAOUETTES ET BANANES
COLLECTIONAUTREMENT MÊMES conçue et dirigée par Roger Little Professeur émérite de Trinity College Dublin, Chevalier dans l’ordre national du mérite, Prix de l’Académie française, Grand Prix de la Francophonie en Irlande etc. Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, dans des écrits de tous genres normalement rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de l’Autre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. Il s’agit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme : celui qui recouvre la période depuis l’installation des établisse-ments d’outre-mer). Le choix des textes se fait d’abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l’ouvrage, mais tient compte aussi de l’importance à lui accorder dans la perspective contem-poraine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique libérale, met en valeur l’intérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte. « Tout se passe dedans, les autres, c’est notre dedans extérieur,les autres, c’est la prolongation de notre intérieur.»Sony Labou TansiTitres parus et en préparation : voir en fin de volume
Jean-Richard Bloch CACAOUETTES ET BANANES suivi de textes inédits
Présentation de Roland Roudilavec la collaboration de Roger Little
En couverture : Photo de Jean-Richard Bloch : album de famille, Mérigotte, 1929. © Médiathèque François-Mitterrand, Grand Poitiers Communauté urbaine, fonds Jean-Richard Bloch. Crédit photographique : Cliché Olivier Neuillé.
© L’Harmattan, 20185-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris www.harmattan.com ISBN : 978-2-343-14061-2 EAN : 9782343140612
INTRODUCTION par Roland Roudil
Du même auteur Correspondance Romain RollandJean-Richard Bloch (1919-1944), Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2018 (à paraître) (dir.)Romain Rolland, écrivain de l’intime : célébration du cent cinquantième anniversaire de la naissance de Romain Rolland, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2017 avec Guillaume Bridet, Jean-François Durand,Le Reportage colonial, Pondicherry, Éditions Kailash, 2016 (dir.)Romain Rolland et l’Inde : un échange fructueux : célébrationdu centenaire du prix Nobel de littérature de Romain Rolland, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2016 avec Landry Charrier,Centenaire d’Au-dessus de la mêlée de Romain Rolland : regards sur un texte de combat, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2015 Mélusine : scénario inédit de Romain Rolland, texte établi et annoté par Roland Roudil inRomain Rolland et la musique : actes des Journées internationales Romain Rolland, Vézelay, 6-7 octobre 2012, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2013
INTRODUCTIONAmusant, incongru ou irrespectueux, le titre de ce livre, paru en 1929, inspire des réactions diverses au lecteur daujourdhui en convoquant demblée tout ce quil porte en lui de références culturelles, de valeurs humanistes ou de représentations fantas-mées, tout un monde traversé dYimages, du « »a bon banania (1915) auTintin au Congoen passant par la danse des (1931) bananes de Joséphine Baker (1926). Le plus surprenant, cest que le relevé des stéréotypes du récit, la légèreté et linsouciance du voyageur, lérotisme et la sensualité qui se dégage de ses obser-vations lorsquil va à la rencontre de ses habitants rendront raison à tous les lecteurs à la fois, même si la question reste de savoir ce qui justie le choix dun tel titre pour un texte qui, de surcroît, sil 1 évoque au passage quelques arachides , ne comporte guère de bananes, sinon en tête dun chapitreAu moment où paraîtCacaouettes et Bananes, Bloch (1884-1947) a déjà publié des recueils de nouvelles, deux romans, deux 2 pièces de théâtre et le récitSur un cargo. Sil ne reçoit pour ses livres quun succès destime, les lecteurs et amis qui suivent de près sa création voit en lui un écrivain prometteur. Avant-guerre il sest fait connaître comme le rédacteur dune revue de qualité :LEffort, devenuLEffort libre(1910-1914), lieu de recherche dune nition dun art révolutionnaire. Mais la guerre, pour laquelle il sétait porté volontaire à lâge de trente ans, la brisé, comme tant dautres, dans son élan dhomme de lettres. Rallié à la Défense nationale- il pensait devoir défendre la France des droits de lhomme à qui les Juifs devaient leur émancipationest blessé il trois fois, la dernière très grièvement, rapportant ainsi de son expérience de la guerre, un traumatisme dont il souffrira sa vie durant. Après un voyage en Champagne, en 1921, en vue de la 1  La forme courante est aujourdcacaouette »,et non plus « cacahuète », hui « « cacahouette » ou « cacahouète ». Nous retenonsl’orthographeque Bloch a choisie. 2 Lévy, Premier livres de contes(1912),Les Chasses de Renaut. Deuxième livre de contes(1927) ;Et Cie(1918),La Nuit kurde(1925) ;Le Dernier Empereur etDixlles dans un pré(1926).
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rédaction dun livre de témoignage, il tombe dans une profonde dépression. Comme cet accident de santé lui interdit toute vie agitée en société et lui impose à la fois repos et divertissement, ses amis lui conseillent un voyage qui le mènera, entre avril et juin de la même année, du pays de Galles à la Belgique puis au Sénégal. Cette volonté déchapper à la réalité du quotidien et au souvenir tragique de la guerre, explique lorigine du livre de Bloch et les raisons mêmes de la réaction du lecteur dès le premier coup d’œilporté sur sa couverture. 1 : Un reportage desthète Un voyage de dix semaines que lon pourrait qualier de « théra-peutique » et qui donne lieu à deux récits : le premierSur un cargo, publié en 1924, mais paru dansLHumanitésous forme de feuilleton 1 quelques mois après retour en France . Le second, publié en extraits 2 dans la presse , avant de lêtre en volume, huit ans après le périple 3 au Sénégal, sous le titre deCacaouettes et Bananes. Si la parution de ce livre nobtint pas le succès escompté, le voyage en tout cas fut bénéque pour la santé de son auteur si lon en croit la lettre quil écrivit à André Baillon dès son retour : Je rapporte une santé entièrement remise à neuf, une élasticité physique et intellectuelle que je navais pas connue depuis 1914. Je travaille beaucoup, depuis mon retour-des notes de voyage, dun ton si cru et dune franchise telle que si jamais je me décide à en publier quelque chose, ce ne pourra être, de longtemps, que des extraits. Trop de gens y délent dont je dis ce que je pense et ce que jen ai vu, au long de ces dix merveilleuses semaines où jai vécu dune façon si 4 intense . 1 Du 7 au 30 novembre 1921. 2 Plus précisément : « Première journée à Rusque »,NRF(mai 1922), puisClartéer (15 juin et 1 juillet 1922) ; « Deux noirs », Clarté (15 décembre 1923) ; « Dernières escales dun cargo »,NRF(mars 1929) [comprend : Holçarté ; Le Nordstrand; M; Mianing Joël Cinéma-; « ; Accent] Mare Nostrum Bour ; pernod-vertu »,Monde(4 mai 1929). 3 À la découverte du monde connu,II:Cacaouettes et Bananes, Paris, Gallimard, « Les Documents bleus :L’Univers n° 5», 1929. 4  Lettre du 10 juillet 1921, dansCorrespondance André BaillonJean-Richard Bloch 1920-1930, édition établie et annotée par Maria Chiara Gnocchi, Tusson (Charente),Du Lérot éd., 2009, p. 137.
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Le grand air du large, les rencontres du personnel travaillant à bord, le soleil dAfrique, la découverte dune population inconnue, la réminiscence de ses lectures denfance et de jeunesse, tout cela a joué assurément un rôle réparateur pour sa santé affaiblie et explique sans doute le ton léger et parfois insouciant du récit, perceptible dans le titre même que lui donne Bloch. René Maran ne sy trompe pas qui lui écrit dès la sortie de son livre : « chez vous, il y a une sorte de rayonnement perpétuel, qui est un hymne solaire, un hymne à la vie, un hymne à la joie, qui est la santé lumineuse de lanimal, quil 1 soit horizontal ou vertical » . La description des hommes noirs tels quil les découvre dès son arrivée sur le ponton du port, avec leur corps à la plastique avantageuse, participe de cette saine insouciance où se mêlent à la fois désir de rencontre et plaisir desthète, notamment dans la première partie du livre, intituléeUne journée à 2 Rusque, publiée en brochure dès 1926 . La dédicace àl’historien de l’artÉlie Faure révèle en quoi sa démarche est avant tout dordre esthétique. Bloch présente son récit comme une « descente au pays des formes pures », et dans une autre mention, manuscrite celle-là, le dédie : « à Élie Faure… pour que son nom soit inscrit deux fois sur ce livre tout imprégné de sa présence et qui a été écrit en songeant 3 à lui » . Lorsque paraîtCacaouettes et Bananes, il écrit de sa main : « à Élie Faure, ce livre qui est à lui, de la part d’un cœur et d’un 4 esprit qui, pour une bonne part aussi, sont à lui » . Cet hommage rendu à « cet esprit en face des formes » quétait à ses yeux son ami critique dart, explique du même coup son désintérêt pour ce quil est convenu dappeler la « question coloniale ». Les questions que la politique coloniale française dans les années trente soulevait dans lespace public nétait pas la préoccupation centrale de Bloch lors de son voyage au début des années 20. Il ny a dans son récit ni réquisitoire contre la politique coloniale française, ni dénonciation des conditions des travailleurs
1  Lettre inédite de René Maran à Jean-Richard Bloch du 27/08/1929,BnF, Département des manuscrits: Fonds Jean-Richard Bloch, NAF 28222,XXX, f° 113.ÓBibliothèque nationale de France. 2 Éd. du Sagittaire. 3 Dédicaces datées d’août 1926sur la brochureUne journée à Rusque. Jean-Paul Morel, « Élie FaureJean-Richard Bloch : une amitié littéraire avant que militante »,Études Jean-Richard Bloch, bulletin n° 13 (2007) : « Nouveaux regards sur la Guerre d’Espagne», p. 124-194. 4 Ibid.
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