Impossible n
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Impossible n'est pas africain

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Description

"Impossible n'est pas africain" raconte l'aventure de deux routards qui traversent l'Afrique d'ouest en est. Leur périple, en empruntant les moyens de transport les plus simples, se déroule sur 12 000 kilomètres entre l'océan Atlantique et l'océan Indien, en passant par le Sénégal, le Mali, le Niger, le Nigeria, le Cameroun, le Centrafrique, le Zaïre, l'Ouganda et le Kenya. Il en résulte des rencontres émouvantes balancées entre l'accueil local légendaire et des situations étonnantes générées par le mode de vie et les valeurs de l'Afrique.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2006
Nombre de lectures 270
EAN13 9782336263281
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Rue des Ecoles
Cette collection accueille des essais, d’un intérêt éditorial certain mais ne pouvant supporter de gros tirages et une diffusion large, celle-ci se faisant principalement par le biais des réseaux de l’auteur.
La collection Rue des Ecoles a pour principe l’édition de tous travaux personnels, venus de tous horizons : historique, philosophique, politique, etc.
Déjà parus
Yves-Marie LAULAN, Un économiste sous les cocotiers, 2006.
Louis-Marie ORAIN, Le blé noir, 2006.
Stéphane MADAULE, Scènes de voyage à Amsterdam, 2006.
Anny MALROUX, Ceux du 10 juillet 1940. Le vote des quatre-vingts, 2006.
Pierre PICQUART/GARNIER-GRIZOT, La terre de Berrouaghia, 2006.
Geneviève TOUQUETTE, Chronique hospitalière d’un autisme ordinaire, 2006.
Raymonde WEIL, Une petite mal élevée, 2006.
Georgette RICHARD-MARTIN, Le temps revisité, 2005.
Hanania Alain AMAR, Mémoires d’un psychiatre (dé)rangé, 2005.
Michel LUCAS, L’urbanisation à la lumière de la doctrine sociale de l’Eglise, 2005.
Odette LAPLAZE-ESTORGUES, Des friches et des chiffres, 2005.
Huguette MAX-NICARD, La passagère, 2005.
Alexandre TIKHOMIROFF, La tasse de thé, 2005.
Jean-Placide TSOUNGUI, Cette France qui refuse notre intégration, 2005.
Alban JUTTEAU, Evasion tropicale, 2005.
Impossible n'est pas Africain
Une aventure en transports en commun à travers l'Afrique

Olivier Doual
REMERCIEMENTS
Faso Mallet couverture Didier Barrière correction Christian Dutruit mise en page Agnès Comtet Corinne Piguet Andrée Dutruit François
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
© L’Harmattan, 2006
9782296005556
EAN : 9782296005556
Sommaire
Rue des Ecoles Déjà parus Page de titre REMERCIEMENTS Page de Copyright Dedicace NOTE AU LECTEUR PREMIÈRE PARTIE - AVANT LE DÉPART
Le rêve prend forme 9 août Le vif du sujet 22 août L’Afrique à Paris 25 octobre Rencontre 16 décembre
DEUXIÈME PARTIE - L’AFRIQUE DE L’OUEST
Doutes sur mon compagnon 16 décembre Découverte du quartier 20 décembre Rien ne se perd, rien ne se crée 21 décembre Le problème de l’Afrique 22 décembre Autorité fraternelle 22 décembre Cible blanche 23 décembre Le chant du départ 23 décembre Je respire l’aventure et la poussière 27 décembre Bref séjour à la capitale 29 décembre Les moyens les plus simples 30 décembre Un jour particulier au pays Dogon 31 décembre Recherche de l’histoire 1 er janvier Quand on a de la chance 3 janvier Détour par le fleuve mythique 4 janvier Rattraper le temps perdu 11 janvier Tea time dans un décor de rêve 16 janvier Médecine douce 20 janvier De volontaire en volontaire 21 janvier Troubles douaniers 27 janvier Le sourire des enfants 30 janvier La route rouge 12 février Inhabituelle agression 17 février
TROISIÈME PARTIE - L’AFRIQUE DE L’EST
Indispensable patience 20 février Espoir, route, déroute 27 février Stop en forêt tropicale 3 mars On s’installe 6 mars Il y a toujours une solution 10 mars Jack et ses gaffes 18 mars Qui ne risque rien n’a rien 23 mars Trop c’est trop 27 mars Le monde moderne 4 avril Camping à Amboseli 8 avril Stupides routards 17 avril Impossible n’est pas africain 25 avril
Rue des Ecoles à l’Harmattan
À Mama Roche…
« Il me prend parfois l’envie d’aller respirer l’aventure et la poussière… »

NOTE AU LECTEUR
Certains noms, événements ou références évoqueront peut-être des souvenirs de l’histoire récente de l’Afrique, sans toutefois être de l’actualité la plus proche. Cette aventure, à travers le continent africain, en transport en commun, de l’océan Atlantique à l’océan Indien remonte en effet à quelque temps déjà.
J’ai souhaité raconter cette histoire au présent de l’indicatif, ce temps m’a semblé plus propice à la spontanéité et à la découverte.
Néanmoins, les quelques années qui nous séparent de cette expédition à travers l’Afrique n’ont pas changé grand-chose quant aux infrastructures mises à la disposition des voyageurs, qu’ils soient africains ou routards.
Repère: 100 CFA équivaut à 1 franc français ou 0,15 €.
PREMIÈRE PARTIE
AVANT LE DÉPART
Le rêve prend forme 9 août
Du coin de ma fenêtre, j’aperçois la rue de Rivoli et le réveil de la capitale. J’ai quitté mon travail depuis une semaine mais je suis encore habitué à me lever tôt. Nous sommes en novembre, la grisaille et le froid sont là.
Les voitures qui circulent déjà réveillent à coups de klaxon celles, moins courageuses, restées endormies sur le bord de la chaussée. Celles-là se mettent dans le flot à leur tour, accentuant bousculades et bouchons quotidiens. On dirait qu’elles se rendent toutes au même endroit, laissant sur leur passage un mélange de gaz d’échappement et de bruits stridents sur fond de brouhaha. Ça fait partie de notre vie quotidienne.
Je vis moi-même dans ce stress quotidien depuis des années. Sans travail et sans obligation particulière, je vais désormais pouvoir prendre un peu de recul et me consacrer à de l’inhabituel. L’espace d’un temps, il me sera possible de prendre le temps. Je vais profiter de cette tranche de vie privilégiée qui m’est envoyée et l’utiliser au mieux.
Dans ma petite chambre, un magazine sur la nature et la géographie traîne sur la table ronde qui me sert à tout. Je le prends machinalement et sans réelle intention de le lire, m’affalant dans le canapé-lit. Les merveilleuses images me font rêver, elles ne font qu’accroître l’appel au voyage qui me harcèle depuis tant d’années.
Chacun pense à partir un jour ou l’autre, certains veulent vivre autre chose, d’autres veulent recommencer ailleurs. J’ai souvent éprouvé ce besoin de prendre le large quelque temps, d’aller à la rencontre d’autres terres pour être le témoin de ce qui fait tourner le monde. Comme si j’avais besoin de vérifier sur le terrain les images venues d’ailleurs que je ne connais qu’à travers les médias. Je veux découvrir des paysages, des natures, des climats, des cultures, des peuples, des coutumes. Il faut absolument que j’en connaisse davantage, tout cela j’ai envie d’aller le toucher, d’aller le voir, le sentir, le respirer.
La vente du bateau sur lequel j’habitais avant mon arrivée dans la capitale assurerait facilement mes besoins au cours d’un voyage, ainsi qu’au retour, le temps de retrouver un job. Que cela paraisse raisonnable ou non n’a pas d’importance, l’appel du voyage est plus fort que tout et je dois profiter de la situation, ça ne fait aucun doute.
Depuis toujours, l’Afrique est le continent qui m’attire le plus. J’ai l’impression que l’on peut encore y trouver des endroits méconnus, restés mystérieux et peu fréquentés par les touristes. C’est une partie de la planète où j’imagine pouvoir rencontrer des hommes aux valeurs complètement différentes des miennes.
Il serait important que ce voyage serve à rencontrer d’autres hommes, qu’il me fasse partager des sentiments, me permette d’écouter des histoires, me fasse découvrir de nouveaux modes de vie.
Cela me conforte dans mon choix pour commencer un périple. J’aimerais partir pour un tour du monde, je voyagerais un an, me déplacerais en transport en commun avec pour objectif de passer les quatre premiers mois en Afrique, les quatre suivants en Asie et les quatre derniers en Amérique centrale et du Sud.
Décision prise, je peux commencer la préparation sans tarder et me renseigner sur différents sujets: la prévention médicale notamment, avec la mise à jour des vaccins et la constitution d’une pharmacie comprenant des médicaments préventifs et curatifs ; le matériel indispensable, les coûts et l’élaboration d’un trajet.
Pour choisir un itinéraire, il me faut des cartes routières. Je cours au rayon « librairie » du BHV, à deux pas, et rentre aussitôt. J’étale les cartes sur la moquette, les scrute pendant des heures et découvre le continent africain sur lequel je suis assis. Je cherche un passage, une sorte de ligne directrice que je pourrai suivre d’ouest en est.
L’idée de traverser le continent de l’océan Atlantique à l’océan Indien me plaît, ça donnera une pointe d’aventure à l’expédition. Petit à petit, je me rends compte que le chemin sera plus facile à trouver que prévu. Les routes sont peu nombreuses et le choix par conséquent limité.
Après quelques soirées d’études partagées entre guides et cartes, l’ébauche d’un trajet approximatif dont le point de départ est Dakar prend forme. Il se poursuit vers le sud-est, longeant plus ou moins la côte de l’Ivoire et la côte de l’Or pour quitter le bord de mer au niveau du Cameroun et s’enfoncer dans les terres à peu près à l’horizontale en direction du Kenya. Autant que possible, j’ai favorisé le transport ferroviaire dont les lignes figurent sur mes cartes. Tant que je serai dans un train, il ne pourra pas m’arriver grand-chose. Je n’ai jamais vraiment quitté l’Europe, et même si je suis particulièrement décidé à me lancer, je ne sais pas très bien à quoi m’attendre sur place. L’idée du train évoque quelque chose de rassurant.
J’alterne mon étude entre guides et cartes pour arriver enfin à un itinéraire satisfaisant, bien qu’à certains endroits, des liaisons entre routes ou pays paraissent douteuses, au point que je me demande s’il y a réellement une connexion.
Guides, cartes, guides, cartes, c’est la seule source d’informations dont je dispose jusqu’à présent. C’est bien mais cela reste trop théorique, j’ai absolument besoin de trouver des renseignements apurés provenant d’une personne qui a vécu le continent, possédant une expérience de terrain et capable de me conseiller, de témoigner. Il faudra qu’elle puisse me préciser certains points mal développés dans mes guides.
La tournée des librairies spécialisées dans le domaine du voyage ne donne pas grand-chose, je parle de mon projet avec les vendeurs ou les chefs de rayon mais personne ne peut fournir les réponses que je demande. Un employé m’oriente finalement vers la Guilde du Raid, une association dont le but est de rapprocher les voyageurs des organismes ou entreprises qui accordent des bourses. Chacun peut monter un dossier d’aventure et espérer financer une partie de son rêve grâce à l’un de ces sponsors. Là-bas, je rencontrerai peut-être des personnes capables de me fournir des informations utiles. Je m’y rends rapidement.
Chloé, employée par la Guilde, m’informe du fonctionnement de l’association et me remet différentes brochures. Je lui explique ce que je désire, l’échange est sympathique. Elle comprend ma demande mais ne peut en dire davantage elle-même, elle me parle d’un voyageur qu’elle connaît.
– Je vais vous donner le numéro de téléphone de quelqu’un qui connaît bien l’Afrique. Il y est allé plusieurs fois en moto, il a même gagné une moto avec la bourse Yamaha pour un de ses projets. Il s’appelle Paul, appelez-le de ma part, vous verrez, c’est une mine d’or.
Depuis que j’ai commencé la préparation de cette expédition, je rencontre énormément de personnes qui partagent la même passion, je n’ai jamais autant parlé voyage et aventure. Les personnes d’expérience connaissent bien leur sujet et sentent rapidement si on est véritablement accroché au projet dont on parle, elles peuvent alors se motiver davantage pour apporter leur aide. Le routard est quelqu’un de simple dont l’abord est facile, il n’hésite pas à partager ses connaissances pour aider un « collègue ». En sortant de la Guilde, je passe immédiatement un coup de fil d’une cabine à «la mine d’or ».
– Paul ?
– Ouais!
– Je vous appelle de la part de Chloé à la Guilde du raid.
– Ah ! Chloé, comment va-t-elle ?
Je la connaissais à peine.
– Oh ben elle va bien, elle m’a dit que vous connaissiez bien l’Afrique. J’envisage d’y faire un voyage et j’aurais bien aimé avoir quelques informations.
– Oui, bon, on va peut-être se tutoyer. Le mieux serait certainement que tu passes un de ces soirs à la maison pour en discuter.
Peut-on rêver mieux comme entrée en matière?
Le vif du sujet 22 août
Quelques jours plus tard, je débarque chez monsieur Paul, en compagnie de Caroline et François. Tous deux participent au projet et devraient partir avec moi ou me rejoindre en cours de route. Paul habite en banlieue, dans l’Est parisien, bien installé dans le genre de petite maison que l’on rencontre dans les quartiers des bords de Marne. Dès qu’on entre, le décor ne laisse aucun doute possible sur l’activité extraprofessionnelle de notre guide. Divers objets, en provenance d’Afrique je pense, sont disséminés à travers la pièce principale. Il y en a aux murs, sur les meubles, par terre, enfin partout. De nombreuses photos recouvrent les murs.
Les présentations sont simples et rapides (normal entre routards). Nous ouvrons la première des bouteilles de bière que nous avons apportées alors qu’il montre ce qu’il a fait en Afrique et explique brièvement ses voyages. Il est parti six ou sept fois sur le continent, souvent à moto. Tous ses itinéraires sont tracés sur une carte de la taille d’une feuille A4, il y a des traits dans tous les sens. Nous exposons le projet, combien de temps nous voulons partir, pourquoi nous voulons le faire, etc.
Je présente rapidement le trajet dessiné sur la carte routière déjà bien barbouillée par mes recherches. Il regarde avec attention et acquiesce dans les grandes lignes, trouvant intéressante l’idée de voyager d’un océan à l’autre. Il propose cependant de ne pas longer la côte au cours de la première partie comme je l’ai prévu mais plutôt de couper complètement du Sénégal au Niger en passant par le Mali. Il y a, selon lui, peu de choses intéressantes sur la côte et certains tronçons de ce passage sont assez difficiles, voire dangereux. La présence de grands centres d’échanges portuaires et de villes importantes rend la côte très peuplée par endroits et peu sûre.
Lagos, la capitale du Nigeria, par exemple, est une mégalopole dont la réputation est extrêmement mauvaise sur le plan de la sécurité. On prévoit qu’elle deviendra une des toutes premières villes du monde vers 2020 en termes démographiques. Elle est loin d’être la seule dans ce cas, d’autres villes côtières sont connues pour être incertaines.
Paul propose plutôt de traverser le Mali, il trouve ce pays plus authentique, plus naturel, plus agréable, les habitants sont d’une gentillesse légendaire.
– Vous pourriez passer par le pays Dogon, une ethnie bien particulière qui vit le long d’une falaise près du mythique fleuve Niger.
Il a une manière de s’exprimer qui n’impose absolument rien mais propose seulement. Ça donne le sentiment de n’être pas jugé sur le travail fourni malgré mon manque d’expérience. À l’exception de cette partie, il pense que nous pourrions laisser le trajet tel que je l’ai conçu, l’itinéraire est d’ailleurs plus ou moins imposé par les voies de communication existantes.
Nous évoquons un autre problème ou plus exactement une incertitude qui me fait douter de la fiabilité de la carte.
– Tu vois, Paul, entre Diffa au Niger et Maïdiguri au Nigeria, aucune route ne figure sur la carte. Est-ce qu’il y en a une? Peut-être que c’est simplement la carte qui est mauvaise.
– Ah ! Ouais!… ouais, ouais… ouais! répond-t-il avec la voix du routard confirmé. C’est vrai, j’y suis passé avec mon pote, y’a pas de route sur 50 kilomètres, on est passé à moto à travers la savane. Je ne vois pas très bien comment vous pourrez faire si vous n’avez pas de moyen de locomotion. Mais il y a peut-être des communications parce que de nombreux habitants du Niger se rendent au Nigeria pour faire du commerce, il y a beaucoup plus de choses à vendre qu’au Niger.
Nous discutons toute la soirée sur le même sujet. En partant, nous nous promettons de garder le contact et de nous tenir au courant.
Ce premier entretien a été sympathique, formateur et instructif pour les béotiens du voyage que nous sommes. À l’aide de ces nouveaux éléments, je vais pouvoir arrêter un trajet définitif à quelques points d’incertitude près qui laisseront au voyage le goût d’aventure qu’il mérite.
On traverserait donc l’Afrique d’ouest en est, comme prévu et par les pays suivants: Sénégal, Mali, Niger, Nigeria, Cameroun, Centrafrique, Zaïre, Ouganda et Kenya pour terminer. Neuf pays pour un périple prévu sur une durée d’environ quatre mois à travers le continent.
L’avantage d’envisager une traversée, plutôt que de faire des visites ponctuelles à certains endroits, serait certainement la diversité dans l’aventure. Il y aurait des endroits très touristiques, au Sénégal et au Kenya par exemple. Il y aurait aussi des moments de complète inconnue où il faudrait improviser. Nous suivrons un fil conducteur entre Dakar et Mombasa mais n’aurons pas de but précis entre ces deux villes. Cela permettra de prendre le temps quand nous le souhaiterons, au détour d’une rencontre, d’un hasard ou d’une occasion. Nous ne serons pas dans l’obligation de respecter un planning strict qui ferait perdre une occasion de découverte.
Il va maintenant falloir aborder le sujet de la prévention médicale. Il ne s’agit pas de devoir bêtement rentrer pour une raison qui aurait pu être évitée. Le temps presse et mes deux amis et moi devenons vite de vraies passoires. Outre les vaccins classiques qu’il faut remettre à jour, nous nous faisons tous les trois piquer contre la fièvre jaune, la typhoïde, la rage, les méningites A et C et les hépatites A et B; chaque vaccin nécessitant une ou deux injections. Le médecin nous aide à constituer une pharmacie de voyage.
En même temps, je commence à rassembler le matériel, c’est une partie excitante de l’aventure, semblable à la sensation que peut éprouver l’écolier en préparant la rentrée scolaire avec ses fournitures flambant neuves, excepté que nous jouons la carte de la récupération au maximum. Je contemple toutes ces affaires avec lesquelles je vais vivre pendant un an. Durant cette période, je serai comme un escargot qui transporte sur le dos tout ce qu’il possède.
Pour les choses de valeur, c’est-à-dire les papiers d’identité et l’argent, je les transporterai dans une ceinture spéciale portée à même le corps. Elle sera dissimulée sous mes vêtements et toujours contre moi. Je couds également une doublure sous la languette de mes chaussures pour y cacher quelques dollars entre les deux épaisseurs, ce sera une petite réserve en cas de perte ou de vol.
Les derniers préparatifs concernent justement la gestion de l’argent, je voyagerai avec des cartes bleues, des traveller’s cheques, de l’argent français et des dollars en cash. Pour clore le chapitre des finances, il faudra aussi faciliter le travail de mes parents en laissant une somme sur un compte en France afin qu’ils puissent payer mes impôts pendant mon absence. Je dois d’ailleurs leur annoncer la bonne nouvelle, leur fils va partir pour un an et ça, ça ne leur fera pas plaisir.
Tout avance à grands pas, il ne manque finalement plus qu’un billet d’avion et des visas. La plupart des visas ont une durée de validité de trois mois avant l’entrée dans le pays. Si je me réfère au planning, je pourrai les prendre jusqu’au Zaïre inclus, après on verra sur place.
L’Afrique à Paris 25 octobre
D’importantes grèves des transports en commun frappent Paris et sa région en cette fin d’année. Il est devenu absolument impossible de circuler en ville car tout le monde essaie de se rendre au travail en voiture. J’ai de la chance, Paul me prête la mobylette que sa fille n’utilise plus. Je sillonne ainsi les rues de la capitale pendant une dizaine de jours à la chasse aux visas. L’obtention du tampon n’est pas toujours simple car il faut théoriquement présenter un billet d’avion, ce que je ne possède évidemment pas compte tenu de la façon dont nous projetons de voyager.
Les allers et retours entre les ambassades se multiplient, je slalome entre les files de voitures qui semblent stationnées sur la chaussée à cause de la grève, les rues sont devenues comme un grand parking.
L’opération sera longue pour recevoir les six visas car chaque ambassade garde les passeports plusieurs jours avant de les rendre frappés d’un tampon. Tous les formulaires sont remplis en double pour que mon ami François puisse avoir les siens en même temps. Il a en effet décidé de me rejoindre un mois après mon départ, quand je serai arrivé à Niamey. Nous nous sommes mis d’accord sur ce planning car d’un côté, je commence à bouillir et il faut vraiment que je parte vite ; de l’autre, il reste à François quelques obligations professionnelles à régler avant de pouvoir se libérer. Caroline me retrouvera plus tard, après le séjour en Afrique.
J’emporte une première victoire en recevant le premier visa sans aucune difficulté administrative, celui du Mali. On ne m’a posé aucune question sur la manière dont je voyagerai. C’est plutôt bon signe car j’avais pourtant été mis en garde sur les difficultés que je rencontrerais à obtenir des visas sans pouvoir présenter de billet d’avion.
J’enfourche la mobylette et me dirige vers l’ambassade suivante, dans le quartier chic du seizième arrondissement de Paris. J’ai pris la précaution de téléphoner auparavant pour m’assurer que le service des visas est ouvert aujourd’hui. Je circule entre les files de voitures, arrive au coin de la rue, monte sur le trottoir et roule jusque devant l’ambassade. J’attache mon deux roues à un panneau «interdit de stationner» et gagne la porte massive de l’immeuble en pierre de taille. Une hôtesse se tient derrière le comptoir d’accueil.
– Bonjour, madame. Je souhaiterais faire les démarches pour obtenir un visa de voyage.
– Ah noooon ! Le service des visas est fermé aujourd’hui.
– Mais j’ai téléphoné hier, on m’a dit de passer ce matin, que ce serait ouvert.
– Ah oui, normalement c’est ouvert le mardi, mais aujourd’hui, c’est fermé, il faut revenir demain.
Devant moi, à Paris, l’Afrique est déjà là, il est inutile d’insister davantage. Heureusement, j’ai un peu de temps et puis de toute façon je ne peux pas réagir autrement, c’est à moi de commencer à m’adapter au fonctionnement africain.
Jour après jour, je poursuis mes démarches auprès des ambassades. Plus j’avance, plus les visas deviennent difficiles à obtenir, on me demande les billets d’avion aller-retour ou des attestations provenant d’agences de voyages qui prouveraient que je suis sur le point d’en acheter. Ce sont des documents que je n’avais pas eu à fournir jusqu’à présent, je n’ai rien de tout cela. Je tente d’expliquer ma façon de voyager à mes interlocuteurs, essayant de démontrer qu’il est impossible de fournir un billet d’avion mais il semble qu’il n’y ait rien à faire. Pas de billet, pas de visa, la procédure est la procédure, il faut trouver des solutions. Il paraît qu’en Afrique on peut toujours s’arranger mais en attendant, je rentre chez moi sans résultat.
Je rédige de fausses attestations d’agence de voyages sur des photocopies couleur de papier à en-tête. Celles-ci certifient que je suis en cours d’achat d’un billet d’avion, je n’ai plus qu’à retenter ma chance. Ça marche plutôt bien, le système me permet d’obtenir plusieurs visas, jusqu’à l’ambassade du Nigeria, qui complique encore les choses en demandant en plus de tous les documents devenus habituels une réservation dans un hôtel sur place. Je tente une fois de plus d’expliquer au responsable du service que la manière dont je compte voyager est incompatible avec la fourniture d’une réservation d’hôtel. Mais là encore la réponse est sans appel, si la procédure n’est pas respectée, aucun visa ne sera délivré. Peu importe la méthode mais il va falloir trouver le moyen de réserver une chambre d’hôtel et surtout que l’on me fasse parvenir un fax de confirmation en guise de justificatif.
Il y a me dit-on à l’ambassade, un hôtel Sheraton à Lagos. J’appelle le centre international de réservation de la chaîne et demande que l’on me réserve une chambre pour une date donnée et évidemment que l’on m’envoie un fax, c’est ce qu’il y a de plus important. Dès que je serai en possession de mon justificatif, je retournerai à l’ambassade pour remettre une demande de visa. J’annulerai la réservation aussitôt après car je n’ai pas les moyens de m’offrir une chambre à ce prix et puis de toute façon, je ne passerai pas par Lagos !
Et voilà, il ne me manque plus grand-chose avant le grand saut, si ce n’est peut-être le plus important: un billet d’avion « aller simple» pour l’Afrique, un vrai cette fois! Je me rends donc dans une agence de voyages pour acheter un billet. Avec ce titre de transport, je me vois aussi imposer une date de départ.
C’est seulement à partir de ce moment que je réalise: je vais réellement partir et désormais je ne peux plus reculer. C’est enfin la réponse à la question que je me suis si souvent posée: « Crois-tu que tu partiras vraiment? Vas-tu réellement oser aller au bout de cette idée?» La réponse est arrivée, définitive et positive.
Jusqu’à présent, tout s’est enchaîné avec une extrême facilité, sans réel besoin de s’engager. Cette fois, ça y est, je me lance vers l’aventure. Après tant de pourparlers, je viens finalement de signer ce contrat avec moi-même.
Rencontre 16 décembre
Le départ est pour aujourd’hui, les derniers préparatifs m’ont empêché de me coucher avant 2 heures du matin et le réveil a été fixé à 5 heures, je suis dans un état second en arrivant à l’aéroport. Mes amis m’accompagnent jusqu’au départ. Une des poches latérales de mon sac à dos est remplie de gris-gris qu’ils m’ont offerts. Par superstition, il m’est impossible de ne pas les emporter.
Je présente mon billet «stand by » à l’enregistrement mais l’hôtesse de la compagnie aérienne est assez pessimiste sur mes chances de partir ce matin. Cette éventualité n’est pas pour me déplaire, plus le départ approche plus je sens le stress monter et l’espoir de ne pas pouvoir partir me soulage plutôt. Un manager intervient soudainement, il prend le dossier en mains et surclasse un voyageur en première pour me permettre de monter à bord. Tout est relancé, je vais partir et mon sac passe à l’enregistrement. J’emporte environ 17 kilos, c’est beaucoup pour quelqu’un qui devra le porter aussi fréquemment. L’inconnue m’a rendu prévoyant!
Il reste une bonne demi-heure avant d’embarquer, juste le temps de prendre un café avec les autres. Je dis ensuite au revoir à tous et passe le contrôle de police, mes amis disparaissent derrière les vitres. La longue passerelle mène les passagers à bord de l’Airbus de la Swissair en direction de Genève où nous ferons une escale.
Genève, première étape, deuxième Airbus, deuxième envol. En direction du continent africain cette fois.
– Mais que fais-tu là-dedans ?
Je me pose cette question sans cesse, je suis content de partir, bien sûr, mais pas très décontracté. Face à quoi vais-je me retrouver là-bas ? L’anxiété des jours d’examen m’envahit, cette affreuse boule dans le ventre refuse de partir.
L’appareil se remplit peu à peu, moitié Blancs moitié Noirs. Un jeune Noir, âgé d’une trentaine d’années s’installe juste à ma gauche, nous nous saluons. Il laisse son billet d’avion et son passeport sur le siège avant de se lancer à la recherche d’un coffre libre pour y enfourner son bagage à main qui ne représente sans doute qu’une toute petite partie de ce qu’il a en soute, les Africains voyagent tellement chargés ! Il ouvre les coffres les uns après les autres mais tous sont déjà pleins, ce qui l’oblige à explorer beaucoup plus loin vers l’avant de l’appareil. Un rapide coup d’œil sur le siège m’informe de la nationalité de cet homme, son passeport est sénégalais. Cette nouvelle m’apparaît comme une chance ; j’ai prévu d’arriver à Dakar, d’y passer quelques jours avant de me mettre en route pour la grande traversée en transports en commun. Je dois débarquer sur le continent africain, sans aucun contact et parcourir plusieurs milliers de kilomètres avant d’arriver à Mombasa, de l’autre côté. Je n’ai jamais quitté l’Europe auparavant.
Est-ce la vue de ce passeport qui m’incite à engager la conversation avec mon voisin? Le faisons-nous par besoin mutuel de communication? Quoi qu’il en soit, très vite, nous lions connaissance. Nous avons pas mal de temps devant nous, c’est donc un dialogue de plusieurs heures qui commence.
Mamadou Diallo est Sénégalais mais travaille en Suisse où il est installé depuis plusieurs années. Tous les ans, au mois de décembre, il cumule l’ensemble de ses vacances pour aller rendre visite à sa famille à Dakar. Le hasard veut qu’il rentre aujourd’hui.
C’est ma première véritable longue conversation avec un Africain, je suis frappé par le bon contact qui s’établit entre nous. Il n’y a de sa part aucune mondanité, il ne voit par exemple pas de différence entre le tutoiement et le vouvoiement, pour lui c’est la même chose, il est simple et naturel, d’un abord facile et la conversation est agréable. Il m’explique ce qu’il fait dans la vie, je lui parle de mon voyage. Il est surpris que l’on puisse entreprendre ce genre d’année sabbatique et trouve plutôt dangereux et risqué de se rendre seul en Afrique sans y connaître qui que ce soit. Plus les heures passent, plus Mamadou me déconseille de rester seul dans la capitale, il me propose de venir passer les quelques premiers jours en sa compagnie, dans la maison familiale. D’un côté, je suis touché, de l’autre je me sens soulagé car au fond, c’est exactement ce que je voulais qu’il me propose.
Si j’acceptais, je n’aurais pas à me lancer à la recherche d’un hôtel à la sortie de l’avion, je n’aurais pas à me débrouiller seul dans la capitale, je ne serais pas perdu au beau milieu de toute cette population africaine si nouvelle pour moi, je n’aurais pas à me prendre en charge immédiatement et j’aurais un ami. Il ne reste qu’à prendre la décision d’aller ou de ne pas aller chez une personne que je connais à peine. Ma mère m’a toujours dit de ne…
Il me semble que ces quelques heures de discussion suffisent pour apprécier quelqu’un. J’ai le sentiment que cette personne est digne de confiance, j’accepte son invitation.
DEUXIÈME PARTIE
L’AFRIQUE DE L’OUEST
Doutes sur mon compagnon 16 décembre
L’avion se pose sur le tarmac de l’aéroport, les passagers déambulent dans le couloir jusqu’à la porte de l’appareil, l’air humide et étouffant vient remplacer le cocon climatisé dans lequel nous étions installés depuis des heures. La file se dirige vers un vieux bâtiment jaunâtre, sombre et chaud: l’aérogare. Les quelques ventilateurs suspendus au plafond ne sont pas suffisamment efficaces pour amener de l’air à hauteur d’homme. Plusieurs queues de voyageurs se forment devant les guichets de l’immigration. Mamadou et moi nous séparons un moment, lui suit la file des résidents, moi celle des touristes. J’arrive à la guérite en bois sommairement peinte, mon passeport se retrouve frappé d’un bon coup de tampon marqué « Dakar Yoff ». Mamadou qui m’a attendu après l’immigration me dit:
– Ce serait bien que ce soit toi qui passes ma valise à la douane parce que je ramène des affaires pour ma famille. Si c’est moi qui le fais, les douaniers vont me causer des ennuis.
Qu’est ce que c’est que cette histoire? Là, il va trop loin, il ne m’a quand même pas fait le coup de la sympathie pour que je lui passe quelque chose à la douane! Comment puis-je accepter une telle demande? Chacun doit être responsable de ses affaires, s’il y a quoi que ce soit d’illégal dans sa valise, ce sera pour ma pomme. On ne se connaît tout de même pas depuis très longtemps. D’un autre côté, je suis gêné, il voyage chargé comme un âne et a du mal à tout porter seul. Je me sens un peu obligé de lui donner un coup de main. À contrecœur, j’empoigne son énorme valise et continue de marcher vers la douane. Nous parcourons le long couloir aux murs blancs ou plutôt qui avaient dû être blancs, et au sol recouvert d’un carrelage sable, la douane se rapproche lentement.
J’aperçois le comptoir en aluminium et la casquette du douanier qui se tient derrière. Je ne peux vraiment pas accepter le risque de passer la douane avec cette valise. Quelques mètres avant le comptoir, je la rends à Mamadou qui finalement la prend naturellement, sans y prêter une réelle attention. C’est à peine s’il s’en rend compte. Le douanier ne fait aucun cas de mon sac, il fait en revanche ouvrir plusieurs des nombreuses valises de Mamadou mais ne l’oblige pas à payer pour les petits appareils électroniques qu’il a rapportés à l’intention de ses frères et sœurs. Nous dépassons enfin le poste de douane et arrivons à la porte de la salle d’accueil. De nombreuses personnes agglutinées à la porte rendent difficile le passage vers le hall de sortie. Toutes essayent d’apercevoir le proche qu’elles sont venues chercher, des têtes noires encadrent le pourtour de la porte. Dès que Mamadou repère ses frères parmi la foule, un sourire éclaire son visage et laisse paraître le bien-être qui l’emplit à l’idée de rentrer au pays et de retrouver sa famille pour quelques semaines.
Immédiatement après une chaleureuse embrassade, Mamadou fait les présentations. Deux de ses frères sont venus l’accueillir accompagnés d’un ami de la famille, quelqu’un qui possède une voiture. On pourra rentrer à la maison sans utiliser les transports en commun et avec le chargement de Mamadou, c’est préférable.
Je change un peu d’argent français en francs CFA avant de quitter l’aéroport, il était impossible de s’en procurer à Paris.
Dehors, aux abords de l’aérogare, il n’y a rien, si ce n’est une quinzaine de voitures et de petits troupeaux de chèvres venus faire on ne sait quoi sur le parking. Tous les sacs et valises entassés dans le coffre de la Peugeot, on se met en route. Je ne sais pas du tout où nous allons et n’ai d’autre solution que de me laisser transporter. Mamadou avait dit vrai sur le contenu de sa valise pour le passage en douane et cela me conforte dans l’idée qu’il est loyal. Je suis assis à l’arrière avec Tama et Ousmane, les deux frères. Tous les deux âgés d’une vingtaine d’années.
Tama est un beau jeune homme long et fin à la personnalité futée, il sourit en permanence et parle facilement. Une joie insouciante émane de son visage au crâne rasé. Ousmane est physiquement plus costaud, il est aussi plus renfermé et sa timidité l’empêche de communiquer facilement. Une chose est sûre, ils respectent leur grand frère revenu de si loin.
Nous roulons vers la maison familiale, je ne sais pas où donner de la tête, tout ce que je vois est si différent de mes habitudes. Les quartiers grouillent de monde; compte tenu du climat, la vie de rue est beaucoup plus développée ici que dans les pays européens.
Mamadou demande à Mohamed de s’arrêter un instant sur le bas-côté. On stoppe la voiture sur la terre d’un intense rouge feu bordant la route. Mamadou veut tout de suite boire une noix de coco, il ne peut attendre plus longtemps avant de goûter son pays. Des dizaines de vendeurs sont installés le long de la chaussée, sous des arbres à l’abri du soleil. Ils ont empilé de jeunes noix à la coquille encore verte sur des présentoirs de fortune et attendent les clients. Quelques adroits coups de machette permettent d’ouvrir la noix sur le dessus, il n’y a plus qu’à la boire. Le jus est délicieux et rafraîchissant.
Taxis, voitures particulières, «cars rapides », la plupart des véhicules qui passent devant nous sont délabrés mais ils roulent et par conséquent remplissent leur rôle, on ne leur en demande pas plus. Les peintures et décorations diverses sur les carrosseries forment un ensemble coloré qui complète l’animation de rue.
Visiblement, les priorités ne sont pas les mêmes qu’en Europe. Ici, on ne garde que les pièces indispensables au fonctionnement du véhicule. Les vitres ne font pas partie de l’essentiel et de nombreux «cars rapides» en sont dépourvus. Nous terminons la délicieuse noix en mangeant la gélatine blanche et molle qui se dépose sur les parois. Le contenu du fruit est resté frais malgré la chaleur grâce à son épaisse coquille isolante. Nous jetons négligemment les noix de coco sur le bord de la route, payons les 300 francs CFA que demande le «barman» et remontons en voiture.
Des femmes aux vêtements multicolores, chargées de leur inséparable bassine en plastique sur la tête traversent nonchalamment la route à quatre voies de circulation. Sans réduire la vitesse, le chauffeur envoie un simple coup de klaxon qui les force à courir et à gérer la situation au mieux pour arriver intactes de l’autre côté sans perdre le contenu de la bassine. Le code de la route ne semble pas non plus faire partie de l’essentiel, le folklore est omniprésent dans la manière de conduire des Sénégalais. À l’entrée de Dakar, certaines voitures traversent au milieu du grand rond-point sans même prendre la peine de le contourner par la voie normale, ça leur permet d’en doubler quelques-unes au passage.
Enfin, nous arrivons à la maison, le quartier s’appelle Pikine. Il est situé le long de la voie ferrée reliant Dakar à Bamako, à une quinzaine de kilomètres du centre de la capitale. L’accès à la maison se fait par une étroite rue de sable impraticable en voiture. Le sable est le revêtement habituel et naturel de cette banlieue, seule la route principale est goudronnée. Nous déchargeons la Peugeot et Mohamed repart immédiatement pour la ranger.
– On ne laisse pas la voiture sans surveillance, sinon les gens viendront la démonter et repartiront avec des pièces, me dit-il.
La famille Diallo habite dans une maison disposée en carré autour d’une cour. Il n’y a pas d’étage et à l’intérieur des pièces sans plafond, on aperçoit le toit en tôles ondulées. Chacun passe par la cour pour accéder à sa chambre ou à une pièce de la maison. Un des côtés est réservé à l’emplacement de la bergerie et ses quatre moutons.
L’accueil est spontané et chaleureux, je suis un peu gêné de la gentillesse des membres de la famille à mon égard. J’arrive comme un cheveu sur la soupe sans que quiconque ait été prévenu mais je suis l’ami du grand fils, celui qui a réussi puisqu’il travaille en Europe. Cela suffit pour être considéré de la sorte. En guise de bienvenue, la Mama nous offre immédiatement un verre d’eau tiré du grand canari en terre situé dans la cour. On le remplit quotidiennement de manière à ne jamais en manquer malgré les fréquentes coupures sur le réseau d’eau courante.
Boire le verre d’eau que l’on me présente n’est cependant pas sans poser de problèmes. En élève studieux, j’ai lu à maintes reprises qu’il est risqué de boire l’eau sans que celle-ci ait été purifiée ou filtrée auparavant. C’est bien ennuyeux, il n’est pas non plus question de la vexer en refusant de boire alors qu’elle m’accueille si chaleureusement. Je prends le verre en main en la remerciant, m’éloigne d’elle et fais quelques pas dans la cour en direction de la bergerie en ayant l’air de me promener. D’une main je caresse le premier mouton venu, de l’autre je verse le contenu du verre sur le sol. Je porte le verre vide aux lèvres et fais semblant de boire. Je ramène enfin le verre à Mama, ne manquant pas de la remercier à nouveau, l’obstacle est passé.
Le voyage creuse et nous sommes bientôt invités à dîner. Mamadou, son père et moi-même mangeons au salon alors que le reste de la famille dîne plus tard et dehors. Le salon est une pièce privilégiée de la maison, il sert essentiellement à recevoir du monde ou à regarder la télévision. C’est aussi dans cette pièce que se trouve le téléphone. Le précieux objet est sérieusement protégé par un cadenas. En Afrique de l’Ouest, on entre sans prévenir chez son voisin ou son cousin comme ils disent là-bas. La notion de partage, bien ancrée dans les mentalités africaines pourrait amener des situations financières difficiles à gérer pour la famille si le téléphone n’était pas protégé contre les tentations.
Un plat commun est placé au centre de nous trois, il fait à la fois office de plat et d’assiette. Je ne connais pas encore le rituel et attends que mes voisins se servent de poisson et de légumes pour imiter leurs gestes sans commettre de maladresse. Ce moment est l’occasion de poser quelques questions et de découvrir la famille. Elle est d’origine Bambara émigrée du Mali, chacun de ses membres parle indifféremment le bambara ou le wolof du Sénégal. Les enfants parlent en plus le français très correctement. Le père de famille avait eu une bonne situation, il était magasinier pour les forces françaises basées à Dakar. Il passe désormais tranquillement sa retraite en s’occupant des enfants dont Mamadou paye la scolarité, et surtout de ses petits enfants.
– Tu vois, Olivier, en Afrique de l’Ouest, les premiers petits enfants sont souvent confiés à leurs grands-parents pendant un certain temps pour leur éducation. Ce n’est pas parce que les parents n’ont pas le temps, c’est une forme de respect et une marque de remerciement que nous accordons aux grands-parents de nous avoir élevés nous-mêmes.
Les parents de Mamadou ont donc pour le moment la charge des deux premiers enfants de leur fille aînée installée à Saint-Louis, celle-ci ne les voit que rarement.
Alors que nous poursuivons la discussion, un des jeunes frères prépare le thé. C’est la tradition, on ne plaisante pas avec le thé! L’opération est longue et minutieuse, chaque geste est réglé par l’habitude et la conscience. Le jeune homme prépare le charbon de bois qui va servir à faire chauffer l’eau, il tient le barbecue portatif à bout de bras et le balance d’avant en arrière pour attiser les braises, imitant le mouvement d’une pendule. En gestes précis, il met du thé dans l’eau bouillante de la théière et y ajoute douze morceaux de sucre. Bizarrement, c’est du thé chinois que l’on trouve à profusion sur les marchés. Il verse le contenu dans un verre puis le remet dans la théière, le tout doit être bien mélangé. Chaque verre est préparé en versant de haut pour faire mousser le plus possible. Il répète l’opération de verre en verre, ce qui fait mousser davantage encore et fait refroidir le liquide. Le thé est très concentré et très sucré. Le rituel est long, la tradition veut que l’on serve trois thés successifs et ce n’est que lorsque chacun a bu le contenu de son premier verre que l’on entame la préparation du second. Les trois thés ne peuvent être préparés en même temps car ils sont tous dosés différemment.
Profitant du moment de calme de cette cérémonie, je demande à Madou (c’est comme cela que les membres de la famille surnomment Mamadou) pourquoi on a installé une bergerie et les quatre moutons dans la cour.
– Tu sais, des moutons ça sert à plusieurs choses, d’abord ça montre un certain niveau social, tout le monde ne peut pas acheter des moutons, et puis ça représente aussi une sécurité, si un jour nous manquons de nourriture, on peut toujours en manger un. (Ponctuant sa phrase par Ah ! oui oui...) On peut aussi en tuer un à l’occasion de l’Aïd : la fête du mouton. Nous gardons toujours des moutons blancs parce que ce sont eux qui chassent les mauvais esprits et protègent la maison et la famille. Tu sais, ici on est très superstitieux, Mama sait « lire la route », elle est très connue, de nombreuses personnes téléphonent pour venir la rencontrer et savoir la route.
Faute de place, Madou et moi partageons sa chambre et partageons aussi son lit. Suivant mes principes de jeune voyageur, j’ai installé une moustiquaire au-dessus du lit, lui n’en a pas mais ne se moque pas. D’ailleurs, de moins en moins habitué aux piqûres de ces insectes, il est lui-même devenu plus sensible et fait brûler des spirales anti-moustiques par crainte du paludisme.
Au cours de ces premiers jours, je fais bien quelques visites touristiques à Dakar, mais le gros de ma découverte se passe à la maison ou dans le quartier. Je suis complètement immergé dans la vie africaine de Pikine.
Chaque jour est l’occasion d’une nouvelle introduction à une tranche de vie locale, les membres de la famille m’en racontent un peu plus sur leurs activités personnelles. Si j’avais tant voulu me rendre en Afrique, c’était bien pour cela, rencontrer les gens. C’est l’un des buts fondamentaux de mon voyage, ce qui lui donnera sa véritable force. Si paradisiaque, beau, agréable ou intéressant soit-il, un lieu n’est rien sans les hommes qui ont forgé l’endroit, qui lui ont donné son caractère, son âme. En passant à côté des habitants, de leurs valeurs, de leurs coutumes, je manquerais quelque chose d’essentiel de ce que je suis venu chercher.
J’éprouve d’ailleurs une certaine fierté d’avoir été accepté au sein de la famille Diallo avec sa simplicité et sa spontanéité. Je suis à l’écoute de chacun de ses membres et m’intéresse à leurs activités. Je vais par exemple souvent au marché avec la sœur de Madou, Marianne, que la famille surnomme Ma.
Découverte du quartier 20 décembre
Nous longeons la voie ferrée sur un kilomètre environ, jusqu’au passage à niveau où passe la route goudronnée, l’entrée du marché se situe juste derrière. Ma s’arrête souvent en chemin pour saluer une connaissance, chaque jour c’est elle qui fait les courses de la famille, elle connaît beaucoup de monde. Les commerçants semblent intrigués par ma présence, ils rient, parfois ils s’adressent à Ma en wolof. Je ne les comprends pas mais interprète la situation par rapport aux ricanements dont je suis l’objet.
Ici, on trouve de tout, de la nourriture, des produits ménagers et ustensiles indispensables à la maison comme «la bouilloire en plastique», instrument que les Africains de l’Ouest utilisent beaucoup. Elle a la forme des bouilloires de nos grand-mères et sert à tout, sauf à faire bouillir de l’eau!
Bâtis avec des planches et de la tôle ondulée pour protéger les aliments des rayons du soleil, des stands rudimentaires bordent d’étroites allées en terre rougeâtre encombrées par la foule. Il fait encore plus chaud au marché que dans la rue; l’air, emprisonné, circule difficilement entre les étals. L’atmosphère est poussiéreuse, l’odeur forte par endroits, le bruit envahit l’espace. Les commerçants crient pour pousser à la vente. Les poissonniers et bouchers chassent les mouches à coups de martinet, frappant de temps en temps la marchandise. Ici, il n’y a pas de réfrigérateur et d’ailleurs, il n’y a pas d’électricité. Avec la complicité de Ma, je prends des photos, ce qui amuse les vendeurs.
Sitôt les courses terminées, nous rentrons vers la maison et Ma se met immédiatement à la cuisine. Elle n’achète la nourriture que pour la journée en cours afin d’éviter toute difficulté de conservation.
Comme les autres pièces de la maison, la cuisine donne directement sur la cour. Elle est contiguë à la chambre de Madou. Marianne cuisine à la manière traditionnelle, s’installe dehors à même le sol en béton avec les ustensiles dont elle a besoin pour préparer le couscous de mil familial. La cuisine est trop sombre et exiguë pour y travailler, elle ne sert qu’à faire cuire le repas car c’est là que se trouve la bouteille de gaz. Ma épluche et coupe les légumes avec patience et méthode. Assise sur un tout petit banc de bois, elle cale fermement le mortier entre ses jambes et pile certains morceaux. Elle verse ensuite tous les ingrédients dans une énorme gamelle en aluminium et fait mijoter.
Tout est prêt, on installe la gamelle en alu dans la cour à même le sol, à l’ombre de l’arbre central. Quelques nattes en feuilles tressées font office de table. De petits bancs servent de sièges. Chacun se lave consciencieusement les mains avant de s’asseoir autour du plat commun dans lequel nous puisons tous une poignée de couscous. Le temps du privilège au salon est terminé mais je suis plus à mon aise en mangeant avec les autres à la façon habituelle, plutôt que comme le premier jour. J’en suis aussi plus fier.
Une importance particulière est attribuée au fonctionnel, aucun instrument n’est jeté s’il a encore des chances d’être utile à quelque chose. On trouve de ce fait beaucoup d’objets détournés de leur fonction primitive. Un bidon en plastique de cinq litres d’huile automobile posé au milieu de la natte sert de carafe d’eau. Il pouvait remplir ce rôle, on l’a utilisé pour ça, c’est tout.
Les femmes débarrassent dès la fin du repas, elles rendent la place aussi propre qu’elle l’était avant le déjeuner. En Afrique, les rôles sont répartis de cette manière : les femmes s’occupent de toutes les tâches ménagères et des enfants. Elles y consacrent généralement la journée. Elles sont appliquées et le travail est souvent bien fait. Les hommes, je ne sais pas ce qu’ils font…
De temps en temps, une jeune fille du quartier vient aider à repasser le linge de la maison, elle se sert du fer à charbon. Elle attise les braises à l’aide du petit barbecue à thé, elle les enferme dans le magasin à charbon du fer en prenant garde de ne pas tacher la semelle. De temps en temps, selon le même principe que lors de la préparation du thé, elle balance le fer à bout de bras d’avant en arrière pour refaire rougir les braises. C’est comme cela qu’elle règle la température. Le système peut paraître archaïque mais l’électricité coûte cher et n’est utilisée que pour ce qui est indispensable comme la lumière. Aussi, le petit électroménager n’est pas très répandu à Dakar, il est encore considéré comme du matériel luxueux et superflu. Et puis, la repasseuse a tellement l’habitude de travailler avec cet outil que nulle part on ne peut apercevoir la moindre trace de charbon sur le linge.
Rien ne se perd, rien ne se crée 21 décembre
Chacun des enfants tient à me faire découvrir sa propre activité. Comme j’ai passé un peu de temps avec Ma, Abdulye son jeune frère, m’invite aussi depuis plusieurs jours à venir voir ce qu’il fait. Âgé de 17 ans, il est embauché dans un garage automobile depuis un an et a de l’ambition. Pour le moment, il continue l’apprentissage de la mécanique et de la tôlerie mais il a bien l’intention de s’installer un jour à son compte, son patron a promis de l’aider.
Adbulye et moi partons ensemble, longeant la voie ferrée jusqu’au passage à niveau pour arriver sur la route principale goudronnée, le trafic routier est intense à cet endroit. Des camions chargés jusqu’à une hauteur effrayante transportent des balles de coton. La matière n’est pas très lourde et il n’y a pas de risque de toucher les caténaires car la ligne en est dépourvue et le train fonctionne avec des locomotives diesel.
Nous passons devant l’entrée du marché, c’est toujours la cohue à cet endroit et il faut se frayer un passage parmi les piétons, les charrettes, les voitures et les camions. Le lieu est réputé pour être dangereux.
– Tu vois, dit Abdulye, ici c’est le passage à niveau de Pikine, presque tous les trains qui vont à Dakar passent par ici. Il y a souvent des accidents entre les voitures et le train. Le train klaxonne pour prévenir de son passage mais les voitures, les camions ou les «cars rapides» sont souvent très chargés ou en mauvais état et restent coincés sur les rails. D’autres fois, ils pensent encore avoir le temps de passer devant le train pour gagner quelques secondes et… c’est l’accident.
Nous arrivons, «garage» est un bien grand mot pour l’infrastructure qu’Abdulye me présente. C’est un espace de plein air où quelques tôles ondulées abritent deux ou trois carcasses de voitures placées à même la terre, toutes des Renault 4L. Le travail fourni sur ces véhicules pour les remettre en état est stupéfiant. Avant travaux, elles sont stockées dehors, dans un état désespéré qui ferait sans doute peur à un ferrailleur français. Abdulye et ses collègues travaillent à longueur de journée à refaire les pièces manquantes avant de les remonter. Certains sont plus spécialisés en mécanique, d’autres en tôlerie. Abdulye veut tout apprendre pour monter son affaire. Actuellement, il fabrique une aile.
Comme une couturière, il dispose un patron sur une feuille de métal, la découpe selon les contours, plie et martèle jusqu’à ce qu’elle prenne la forme d’une aile. Le résultat est impressionnant, il est impossible d’affirmer quelle ne provient pas du constructeur. D’autres pièces comme les pneus ou les amortisseurs sont achetées d’occasion en provenance de France. On trouve toutes les pièces indispensables au fonctionnement du véhicule au marché. Peu importe si l’accessoire est d’origine ou non, parfaitement adapté ou non, s’il remplit la fonction qu’on lui demande, il fera l’affaire.
C’est pour cette raison que j’ai pu voir à Dakar une Renault équipée de pneus neige cloutés! C’est comme cela que ça marche à Dakar, tout ce qui est récupérable est récupéré et tout ce qui n’est pas fondamental pour la bonne marche du véhicule n’est pas remplacé. Quoi qu’il en soit, le résultat après chirurgie esthétique de ces 4L est spectaculaire. Retapées, elles sont ensuite vendues et l’on recommence à partir d’une autre épave.
Abdulye souhaiterait reconstruire lui-même une de ces voitures pour la revendre et ainsi avoir enfin les moyens de réaliser son rêve.
Le problème de l’Afrique 22 décembre
J’aime aussi passer du temps seul aux abords de la voie ferrée, à côté du wagon de marchandises transformé en guichet où l’on achète les billets du «petit train bleu », le métro local. C’est un petit tortillard constitué d’anciens wagons de voyageurs français qui profite de la voie pour desservir Dakar et une partie de sa banlieue. Nous l’empruntons régulièrement avec Madou pour nous rendre en ville.
Cette unique voie ferroviaire constitue un axe de communication essentiel. Outre le petit train bleu qui s’est developpé sur une infrastructure qui ne lui était pas réservée, elle sert au passage de nombreux trains de marchandises et aux trains de voyageurs en direction ou en provenance de Bamako et de Saint-Louis.
Pikine est, paraît-il, un quartier sensible, plusieurs personnes m’ont déconseillé de me promener seul car un «Toubab » (Blanc) risquerait de se faire dépouiller. Pourtant, bien que je sois ici depuis quelques jours à peine, tout le quartier sait déjà que je vis chez la famille Diallo. Cela suffit comme laissez-passer pour être accepté et ne pas attirer les ennuis.
L’espace imprenable imposé par la présence des rails forme une artère piétonne importante du quartier où de nombreux artisans et commerçants se sont installés. À cet endroit, ils sont bien en évidence des passants et par conséquent des clients. Des femmes aux vêtements colorés déambulent, coiffées de leur inséparable bassine en plastique. La densité de population rend l’endroit dynamique, grouillant et sale.
Toutes sortes de détritus jonchent le sol, ils ne sont pas rassemblés, chacun jette ses déchets là où il se trouve. Il n’est pas encore dans les mœurs de fournir un effort pour aller jeter des déchets. Le nombre incalculable de sachets en plastique est impressionnant, il saute aux yeux. «Le problème de l’Afrique, c’est les sacs en plastique », voilà ce que j’écris à ma famille pour faire part de mes premières impressions sur le continent. Ça peut paraître naïf ou superficiel d’insister sur un tel sujet dans ce pays mais le fléau est tellement visible et frappant qu’on ne peut passer à côté. Il y en a partout, roses, bleus ou noirs, on se demande qui a pu répandre l’engrais surpuissant responsable d’une pareille prolifération de sachets.
La faute n’en revient pas entièrement aux habitants, d’une part il n’existe aucun système de ramassage des poubelles, et d’autre part, quelle que soit la minuscule petite chose que l’on achète, celle-ci est emballée dans un sachet en plastique par le vendeur. Le résultat est là.
Comme souvent, une personne intriguée par ma présence vient me dire bonjour. Au cours de la discussion nous abordons le sujet des sachets en plastique.