Amerrissage

Amerrissage

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110 pages

Description

Quand Homme-Blindé mêle sa vie à celle de Kaka, son ancien ami de galère devenu ministre, il ne peut soupçonner que cette amitié pourra un jour bousculer sa vision de l'existence. L'esprit blanc comme neige, il vit dans un pays où tout est faux, même le propre nom de ce pays. Crime, traîtrise, corruption... sont devenus des institutions. Quiconque veut réussir doit passer par là.
Ce roman est le récit d'un homme piégé par toutes les agitations de la machine sociale. Une quête de dignité dans un monde tumultueux, où tout est désacralisé, même la vie.

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Date de parution 02 novembre 2017
Nombre de lectures 2
EAN13 9782140049651
Langue Français

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LegrecDANKLOU
AMERRISSAGE Roman
Amerrissage
Legrec Danklou Amerrissage Roman
Du même auteur Mal partis, Awoudy Symphonie inachevée.Nouvelle. Editions Lumières. © L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris www.editions-harmattan.fr ISBN :978-2-343-12843-6EAN :9782343128436
CHAPITRE1
Je suis dans ma chambre. Je suis là, sur le matelas, les deux pieds sur le sol cimenté. Le menton rivé sur mes genoux verticalement repliés. Les deux bras viennent enserrer ces genoux, se croisent par les doigts autour des tibias. Je reste ainsi tendu ou assis. Ligoté par une étrange main. Ma posture est celle d’un esclave dans la cale d’un bateau qui embrasse l’océan sans aucun avenir. Toute ma pensée râle cette odieuse main qui me tient. Mon âme est régentée par le remue-ménage de mes articulations. Je crois en-tendre les crissements de mille bousculades dans le corps comme les pneus d’une voiture freinent à un cheveu du danger. Mes yeux errent sur mes doutes et mes craintes. Ou plutôt ils voltigent en suivant les di-verses craquelures dans le sol cimenté. Mille figures se dégagent de ces fissures et m’emportent, chacune dans son aventure. Comme un voyage au bout de l’espace ! Je voyage à travers ces dessins comme une nouvelle découverte. Ou comme si embrasser ces bousculades d’images des yeux me donnerait la force nécessaire pour exister. Je me concentre follement sur
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ces figures : carrés, trapèzes, cercles, demi- cercles, losanges et rectangles que semblent dessiner ces lé-zardes dans le sol. Ces figures se côtoient, rentrent les unes dans les autres, se confondent par endroits. Ici, c’est un carré qui prête à un losange un de ces côtés pour lui permettre d’exister. Là, c’est un losange qui emprunte à un trapèze un de ses murs pour le voir naître. Soudain, je sens une force en moi qui vient mettre tout à terre, une force qui m’indique que ces figures n’existent que par des clichés mille fois re-tournés. Et je me mets à douter encore de tout, à rouspéter contre ces figures, à accepter qu’elles n’existent que par le bazar dans lequel je me perds. Je résiste. Et, les contours d’une figure me donnent la force pour nier le rêve qui semble me dénier. Cette figure aux caractères plus nets que ceux des autres sont ceux du pays où je me meurs. Je croyais m’évader de ce pays, fuir ces dérèglements, m’exiler très loin de ce Faux - rectangle, pour une terre étrangement vivable ! Je dois m’orienter ! S’orienter, c’est rechercher les quatre points cardinaux. Des cer-titudes de mes années d’écolier. Pourtant je m’échine à tourner comme un chien sans famille. Il me faut res-souder autrement mon être, si je veux réellement exister ! Comme ce simple coup de conscience suffit pour résoudre l’énigme. Il faut plus qu’exister. M’enfoncer droit dans les dimensions de l’incertitude. La certitude n’existe guère dans cet univers aux mille endroits périlleux. Le passé est là pour me le prouver : tout le poids de la maison que j’avais quittée, toutes
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les circonstances de ma vie de chien errant, et, enfin tout ce passé orageux qui ne se laisse dominer par ce destin tirailleur. L’hostilité de ce passé se ressent à chaque respiration de mon corps. « La vie n’est pas à prendre trop au sérieux », semblent dire des mouve-ments de ma pensée. Chercher son chemin dans les décombres des absurdités de ce Faux - rectangle n’est pas bonjour -bonsoir. Surtout quand on est poussé par toutes les agitations de la vie : des proches amis, des cousins, des camarades et amis de lycée et d’université, qui sont très loin sur l’échelle du bon-heur et vous agitent la main. Toutes ces images qui viennent cueillir ton regard de fauve affamé à l’affût, prêt à bondir sur une aubaine. Alors on assiste sans force à la mort de ce qu’on croit dur comme fer. « Mais tout n’est pas pour autant fini », parvient- on à se murmurer. C’est alors qu’un cri douloureux s’élève sans voix : « Il faut se jeter dedans ». « Il faut se jeter dedans » ! Voilà une des incantations du moment qui m’avait décidé à partir. Une incantation qui n’avait pas joué son rôle à la fin de mon voyage. Autrement, je ne dois pas être emmuré dans cette pièce à compter les minutes et les heures qui me feraient oublier mes lassitudes. Je me demande si on peut appeler fiasco le refus de « se jeter dedans ». Mais nous ne parlons pas le même langage. Nos yeux appréhendent diffé-remment les choses. Tout prend la couleur qu’on décide de lui donner. Noir ou blanc, tout est applaudi. Cela dépend du côté qu’on décide d’être. Alors, j’avais tout quitté précipitamment. Il faut imaginer
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