Au pays des tyrans
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Français

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Description

C'est l'histoire d'un jeune homme appelé Africain, habitant de Doubinda, pays de l'"Afrique centrale". Orphelin d'un père vivant mais parti, le narrateur, sur le chemin de son existence, chemin tortueux, va être confronté à la dictature sauvage des dirigeants de son pays, de la France, et des enseignants de la principale université de ce pays, Katimambou.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2009
Nombre de lectures 170
EAN13 9782296226142
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0062€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
A toi Maman
Il nous sera difficile d’oublier ces
moments passés à la chaleur de tes
aisselles tels des petits poussins. Cette
première semence est le fruit de ta
combativité, la nôtre.


A toi Munkonda Mbuluku Mikiele
Je n’avais jamais imaginé que celui qui
connaît puisse faire don de passion à
un autre qui n’est ni son fils, moins
encore son parent.
« J’écris pour faire peur et pour faire honte. J’écris ou je crie un peu pour forcer le monde à venir au monde. Je n’aurais jamais donc votre honte d’appeler les choses par leurs noms. j’estime que le monde est un scandale et une honte. Je ne dis que cette chose en plusieurs mots. »

Sony Labou Tansi


« La plume suit un chemin que l’écrivain ne connaît pas. »

Munkonda Mbuluku Mikiele
Préface
On ne lit pas ce récit, pour en sortir avec un cœur pareil à une toile à retisser. Agréable est sa lecture ! Et dedans, que de questions d’importance ! Un phénomène récurrent, celui de la femme seule , le père abandonnant à la femme seule la charge lourde d’élever les enfants et de leur assurer éducation et formation. Le combat du héros, Africain, se veut un exemple de courage et de détermination d’un enfant orphelin d’un père vivant mais parti, dont la marche jusqu’à la Maîtrise vaut la peine d’être suivie non sans beaucoup d’intérêt, pour enfin réfléchir, et réagir, c’est-à-dire arriver, par la bonne lumière de la tête de l’intellectuel, à analyser surtout les fléaux propres à l’université, aujourd’hui, et toutes les plaies béantes de la société à la merci de l’ignorance et de la méchanceté des uns et des autres.
Ce roman gagne à interpeller surtout les jeunes Africains embourbés dans les eaux boueuses de la politique dont ils ignorent les nœuds, que dis-je, les contours… On y laisse généralement sa peau. C’est toujours quand il est trop tard que l’on découvre le vilain jeu de ces grands leaders qui finissent dans la pleine marmite, communément appelés Opposants du ventre. Ces gens que l’on entend crier et insulter les autres, mais que la noire nuit conduit, par des portes cachées, au pied du trône envoûtant.
Sans nul doute Simplice Ibouanga sollicite-t-il l’apprentissage rigoureux des vertus de la démocratie par la société aux abois et en perte de vitesse. Ce système nouveau est, pour beaucoup de nous, mal défini et mal compris. On félicitera le courage de l’auteur de dire, de manière crue, des vérités souvent tues : il accuse et assume. Peu de plumes vomissant un tel engagement, une telle passion, un tel regard sur les plaies sociales profondes qu’il demande de vite soigner, et ensemble !
« J’écris pour faire peur et pour faire honte. J’écris ou je crie un peu pour forcer le monde à venir au monde. Je n’aurais jamais donc votre honte d’appeler les choses par leurs noms. J’estime que le monde est un scandale et une honte. Je ne dis que cette chose en plusieurs mots. », a confié Sony Labou Tansi.

L’auteur de Au pays des tyrans est bien lancé sur les traces de cet immortel, de qui il se réclame, mais aussi celles d’André Gide qui écrivait pour inquiéter, ou celles de Fredy Hubert Ndong Mbeng dans Les matitis , celles de Luc Ngowet, dans Petites misères et grand silence ; ou encore celles de Syvain Nzamba, dans Les larmes de Tsiana et Le supplice d’une veuve. Et moi de dire comme Beltold Brecht que « celui qui ne sait pas est un imbécile, mais celui qui sait et qui ne dit rien est un criminel ». Ibouanga s’offre en sacrifie à tous les « Hitler » des temps coloniaux et des temps de la dictature sauvage. Aujourd’hui encore, on ensauvage , on inhumanise , on tue l’homme en lui-même, on l’ animalise. Avec quoi ? Avec l’argent. Et pour cause ? L’intérêt personnel, le gain – pas le spirituel – a asservi l’homme. Pour le bonheur insensé, l’homme se vend et s’achète. Il enferme son cœur où il y a l’argent, le pouvoir, le sexe. Il se sent fort, il plane comme Icare. Les vertiges de la gloire, de la puissance, le déboussolent…

Bref, c’est du folklore tout africain que l’on voit défiler sous les yeux ou que l’on entend raconter pendant le voyage Au pays des tyrans . Le narrateur, Africain, Moundjegou , fils de maman Marco, sait dire, soit avec la prose, soit avec la poésie, soit avec la lettre, des vérités généralement tues.

Munkonda Mbuluku Mikiele
Professeur-Ecrivain – Metteur en scène

Libreville, le 05 mars 2008.
CHAPITRE PREMIER ENFANCE OUBLIEE
Arrivé au monde dans une famille démunie, j’étais appelé à faire mes preuves. Ce lourd fardeau d’enfant de pauvre était mon souci quotidien. Comment devais-je m’en débarrasser ?
Marco nous répétait toujours : « C’est par le biais de l’école que vous deviendrez des hommes. Des hommes que la famille va respecter. Vous irez loin, très loin… plus loin que ces enfants qui mangent bien, dorment dans une maison en dur climatisée ».
Ma mère avait abandonné l’école au cours moyen 1, à cause d’une grossesse. A cette époque-là, les filles enceintes étaient automatiquement mises en quarantaine, voire chassées du domicile familial… Ma mère était obligée de repartir chez la sœur de sa mère. Ma mère n’avait pas connu sa mère : celle-ci était morte en lui donnant la vie. Elle fait partie des ces enfants que l’on bastonne, insulte, et envoie trop tôt au lit, à dix-neuf heures, quand ils ont oublié d’accomplir les infinies tâches ménagères.
Notre mère nous racontait tout le temps des histoires de hontes et d’humiliations ayant jalonné sa jeunesse, façonné son existence, tracé le couloir de l’échec. L’échec était la plus grande issue pour la plupart de ces orphelins.
Comme aimait si bien le dire maman, « la réussite, rien que la réussite, le combat ; le reste est acceptation de la mort ». Nous étions obligés à travailler nuit et jour, pour un lendemain meilleur.
Maman était une femme de courage. Oui, le courage était son sceau. C’est pourquoi, après le départ de mon père, elle n’est pas devenue femme de rue ; elle s’est mise à vendre la sardine au marché « Pressé-Pressé », pour éviter de nous voir dans la rue, tendant la main à tout venant. La rue engloutit plusieurs enfants de nos quartiers. Et, c’est avec la vente de la sardine que nos cahiers étaient achetés, nos habits soigneusement choisis à moutouki, nos maladies soignées dans un hôpital où le médecin n’avait jamais rien pour les malades, sauf pour ses proches, ses amis, sa famille, lui-même… C’est aussi grâce à la sardine que nos ventres pouvaient résister aux vers intestinaux dont l’assaut est redoutable lorsqu’on n’a rien mangé du tout, toute la journée.
La vie n’était pas rose pour nous, certes, mais nous étions heureux. Tous heureux d’être les soirs autour de maman, après avoir bien mangé. Marco nous racontait toujours des contes et nous avait même appris à jouer au Tchoke, jeu de cartes prisé par les populations de Doubogno.
Plusieurs histoires nous étaient contées. Je me souviens particulièrement de celle du Lion qui défia la Tortue à la course. La tortue releva le défi et battit à plate couture le Lion. Les contes de maman étaient toujours pleins d’enseignements. Par exemple, dans le conte du Lion et de la Tortue, elle nous disait que « la vie n’est pas une course de vitesse, mais une course de fond ». Il ne s’agit pas d’aller vite, c’est le résultat après l’effort qui compte.
Le Lion, malgré sa fougue et sa détermination, ne sortit pas vainqueur de cette compétition. La tortue usa de stratagèmes pour remporter la course.
« La vie est semée d’embûches », disait maman. Il faut en venir à bout les unes après les autres. Et c’est seulement en affrontant ces différents obstacles que nous avons une chance de réussir, surtout de réussir dans nos études.
L’école était le seul moyen, pour ces enfants démunis, de rêver de vivre du côté de la plage, dans les quartiers des riches. Rêver de s’acheter une voiture pour crâner, comme le font ces gens-là, dans les nids de poules de Ville Perdue. Ces nids de poules n’ayant pratiquement rien avalé des budgets alloués pour leur éradication. Et pour cause, les deux tiers des budgets alloués disparaissent depuis des temps immémoriaux dans les poches de certains grands gestionnaires dits affectivement budgétivores. Chacun se sert, comme l’on se sert du riz dans la marmite de Marco.
Marco était une vraie femme doubindouaise abandonnée par son mari au profit d’une autre. On en rencontre partout. Cette pratique est courante à Doubinda. Des femmes envoûtent des hommes – dans la plupart des cas, des hommes mariés. Mon père s’est retrouvé dans cette situation. Il s’appelait Djabouka. Il est allé vivre ailleurs ; il a abandonné maman pour Mimi, une peste de neige. Mimi ! Femme de cruauté, femme sans cœur, femme matérialiste, femme nganga : elle fréquentait des nganga. A l’aide de médicaments, elle avait réussi à tchanguer notre père.
Papa parti, nos études en ont pris un coup. J’étais au CP1, et mon frère au CE1. La pauvre Marco ne pouvait pas nous suivre tous les jours dans nos études. Elle partait très tôt le matin, pour revenir très tard, dans la nuit. La vente de sardines n’était pas un travail de tout repos. Quand il était encore avec nous, papa jouait quand même son rôle. Il demandait de temps en temps nos cahiers pour vérifier le travail accompli.
Maintenant, tout était foutu ! Nous étions livrés à nous-mêmes. Nos camarades de classe avançaient dans leurs études, pendant que nous, nous stagnions presque : cette inertie, loin d’être totale, était souvent ponctuée de timides avancées. Petit à petit, tant bien que mal, nous étions arrivés dans les dernières classes du primaire. Mais, là encore patinage, stagnation, trois ans pour chacun.
Mon frère s’est exilé à Doubogno. Je suis resté seul dans la maison avec quelques parents de maman sans rigueur aucune. J’ai été livré à moi-même, la journée. Mon frère au moins jouait son rôle d’aîné. Le football était mon activité favorite. J’étais plus fort au ballon qu’à l’école du savoir. Si Doubinda avait des écoles de football, c’est sûr que j’y aurais fait mes preuves et développé le talent pur d’un enfant des mapanes. J’aurais été un Pélé. Mais, hélas, les bons dirigeants n’avaient pas encore pensé à nous ! Un jour peut-être, penseront-ils aux jeunes. On apprend bien à jouer au ballon, comme à le lancer dans un panier… Que de Pélé sont tués sans avoir été testés ! Je veux parler de tous ces enfants pétris de talents. Qui veulent faire retentir l’hymne national du pays, lors des grandes messes du sport roi, mais… Pour tous ces enfants, l’école reste l’unique passerelle entre l’état de démuni et l’état de muni.
Parti à Doubogno, mon frère a eu l’entrée en 6 éme pour le Lycée de cette ville. Moi, je suis entré au CM2. J’ai dû affronter cette classe pendant trois ans. Je tournais sur place. Mais, je n’étais pas bête. D’ailleurs, je ne l’ai jamais été. Je ne sais pas seulement pourquoi je n’avançais plus. Je n’étais pas découragé, heureusement ! J’espérais toujours et toujours.
Après mes deux échecs, un cousin a pris l’engagement de m’inscrire quand même en 6 éme . Jusqu’à ce jour, je m’interroge : « Pourquoi n’a-t-il pas honoré sa parole ? » Il m’a roulé. Je ne savais vraiment pas pourquoi. J’allais sûrement le savoir un jour.
Ma grande sœur a alors décidé de m’envoyer au village des palmiers, pour aller faire la 6 éme . Et comme un oiseau, petit à petit, j’étais en train de construire ma vie. Je venais de quitter maman pour réussir, pour devenir un homme. Oui, un homme tel qu’on en voit au village des palmiers qui, jadis, faisait la fierté de Doubinda. Village bien connu dans la contrée pour la qualité de ses enfants et pour l’exploitation de l’huile de palme.
Arrivé très tard dans la nuit, je n’avais pas eu le temps d’apprécier la ville. Bain à l’eau chaude et repas de banane, c’était la vie rose pour moi qui me lavais à la pompe publique et qui mangeais du riz tous les soirs.
La nuit avait été longue pour moi, ce jour. Je regardais le collège avec tous ses palmiers lui servant de clôture. J’imaginais la taille du Proviseur. Dans ma tête, il était un homme grand et méchant, comme le Directeur de l’école des Bancs où j’apprenais à Ville Perdue. Des condisciples venaient me dire bonjour ; les plus courageux me posaient quelques questions :
« Comment est Ville Perdue ? »
« Comment est ton école ? »
« Où sont tes parents ? »
« Quelles langues parles-tu ?… »
Je me devais de répondre :
« Ville Perdue est une grande ville ; un paradis terrestre où il y a beaucoup de voitures, de belles écoles, un grand marché, de belles maisons, la plage… »
« Et ta maison ? »
« Une maison ! A qui ? à moi ? »
Avec beaucoup d’hésitations, j’avais essayé de dire je ne sais quoi. Je ne savais quelle réponse donner à cette question. Je me suis mis à mentir, pour ne pas être pris pour un enfant des matitis.
Dans certaines circonstances, toute vérité n’est pas bonne à dire. Je me suis mis à parler d’une maison imaginaire. Elle était loin d’être la mienne.

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