Bleu de fosse

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60 pages
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Description

« Rien ne peut avoir ma peau, Thomas ! Il n'y a que moi qui puisse avoir ma peau… QUE MOI ! »

Un soir, Thomas Schaeller, jeune trentenaire branché et gérant d’une boutique de baskets de luxe, s’adjoint les services de Bassem, étudiant franco-libanais féru de musique électronique et prostitué occasionnel. Si Thomas devient rapidement accro aux « talents » du charismatique et peu loquace Bassem, la vie de ce dernier se voit bientôt bouleversée, le poussant à s’ouvrir à Thomas. De crépuscule en crépuscule, au cœur d’un huis clos percutant qui les mènera de Strasbourg à Berlin, les deux hommes vont apprendre à s’apprivoiser…

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Date de parution 13 octobre 2015
Nombre de visites sur la page 115
EAN13 9782374530437
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Extrait
Prologue


C’est d’abord une forêt de cerisiers fantomatiques qui entoure son visage sur la photo. Un noir et blanc surexposé au bas duquel est écrit « Fuck You » en police d’écriture Impact, mais également en idéogrammes japonais en rapport, j’imagine, aux cerisiers ectoplasmiques. Le port de tête se veut altier, on y verrait presque une certaine arrogance ; la jeunesse semble galvanisée dans l’ombre, sûre d’elle. Le visage n’est pas visible, interdit par une main prolongée de doigts noueux figurant une toile d’araignée masquant les yeux, le nez et la lèvre supérieure. Au poignet, un fin lien de cuir sombre retient un bijou oxydé en forme de lame de rasoir.


« Je suis un loup déguisé en agneau. Enragé et pragmatique. »

Empruntés à la poétesse américaine Sylvia Plath, ce sont ses mots à lui. Je n’invente rien.

Entre les murs du vaste salon où ma solitude se répercute avec le rebond frénétique d’une boule de flipper, l’écran du PC m’éclaire d’un bleu qui me gomme, d’un cobalt synthétique et bienfaisant qui me donne dix ans de moins.

Je suis nu et bleu.


Si un geek gaucho et cinéphile m’observait, j’aurais l’air de sortir tout droit d’un film de Gregg Araki.

Sur l’écran, mes doigts parcourent son visage dont les reliefs me sont encore étrangers ; la masse de cheveux folle et défiant les lois de la pesanteur que j’idolâtrais déjà sur quelques obscurs chanteurs britanniques, le regard défiant, les lèvres épaisses à la courbe trop régulière, presque rouges à l’écran, la barbe noire de deux jours aux poils mal implantés, le teint diaphane.

Nos peaux, encore virtuelles et pixellisées à cet instant, adhèrent l’une à l’autre.

J’écris à un loup pragmatique. L’homme enragé me répond.

Je reçois sur mon adresse e-mail privée un MP3 de rap féminin. Les filles se sont baptisées « Orties » :

Je pratique le sexe après la mort. J’te préfère dur et froid.

Nous convenons alors d’un premier rendez-vous.