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Français

Casablanca, ma Ville

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Extrait : "Quand j’étais petite, nous venions de Rabat à Casablanca pour trois raisons extraordinaires : visiter la Foire, aller au Zoo de Aïn Sbaa ou nager dans La Piscine Municipale. Souvenirs vagues et magiques.
J’avais peur de l’Œil-du-Lion, quand nous nous rendions vers le parc, à Aïn Sbaa, pensant trouver le Roi de tous les autres Animaux veillant sur ses comparses, fièrement dominateur, lâché dans la nature !"

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Date de parution 21 janvier 2019
Nombre de lectures 18
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

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RITA EL KHAYAT
Eddar-el-Beida, bladi, Casablanca, ma Ville
Le port de pêche novembre 2014
ÉDITIONS AÏNI BENNAÏ 131, bd d’Anfa, 20000 Casablanca, Maroc eds.aini.bennai@wanadoo.net.ma
er 1 semestre 2019 Publication numérique YOUSCRIBE
© Éditions Aïni Bennaï 2019
Casablanca ...
Quand j’étais petite, nous venions de Rabat à Casablanca pour trois raisons extraordinaires : visiter la Foire, aller au Zoo de Aïn Sbaa ou nager dans La Piscine Municipale. Souvenirs vagues et magiques. J’avais peur de l’Œil-du-Lion, quand nous nous rendions vers le parc, à Aïn Sbaa, pensant trouver le Roi de tous les autres Animaux veillant sur ses comparses, fièrement dominateur, lâché dans la nature !
Quand je devins moins, à peine moins, naïve, j’habitai L’Œil-des-Loups et je quittai quelques temps plus tard ce quartier absolument charmant de Casablanca sans avoir jamais su pourquoi on l’appelait Aïn-Diab… Les flamboyants des jardins tranchaient sur le bleu intense du ciel dès le mois d’avril, quand la fête s’emparait des sens de l’univers, l’été s’approchait. Au loin les vagues frisaient en longues crinières blanches…
Petite, donc, en arrivant à Casablanca, j’étais éblouie par ce que j’appelais en moi-même l’« entrée de la merveilleuse ville » : les immeubles, et hôtels de l’actuelle avenue des F. A. R., très hauts par rapport à ceux deRabat, Mon Amour, ma ville natale comme je l’ai couchée sur un texte et des pages désormais livrés à tous, avec les perles de l’Atlantique, ces villes marocaines posées sur la côte comme se rangent les grains d’un collier précieux…,
l’entrée, donc, me plaçait dans une sensation de grandeur et de majesté ! J’avais une impression d’immensité, d’importance, d’illimité. Ravie et ivre à la vue de ces hauteurs blanches, je n’imaginais pas encore y vivre un jour. « Aller à Casablanca » était un voyage en soi, un plaisir fort teinté de désirs et d’émotions importantes…
Adolescente, j’eus l’occasion unique d’aller déjeuner, au « Clapotis » sur lequel régnait, en maître absolu et sans partage, Sacha, un amoureux fou du Maroc, de Casablanca, après avoir longtemps été un aubergiste dans le sud du pays :Casaétait pour lui la plus grande des ambitions de sa vie et il était dans un aise total sur la Corniche, à côté de lieux mythiques aujourd’hui disparus ! Sa plus grande fierté était d’exhiber une photographie dans laquelle on le voit plus qu’épanoui, hilare, quand il eût l’honneur de serrer la main au roi Mohammed V en visite dans le sud, quand le restaurateur tenait son gîte dans les montagnes de l’Atlas ! Quelques-uns ont connu le Tube et l’Abreuvoir et autres endroits prestigieux
rentrés dans l’histoire de la ville dévoreuse de son passé : elle exulte en se construisant sans arrêt. Elle a une mémoire mais pas de souvenirs, elle va vite, elle est blanche et elle ne garde pas ce qui devient gris ou noir, preuve de sa fantastique jouvence, violence vitale, dynamisme forcené, sa principale capacité… Au « Clapotis », manger était délicieux, mayonnaise épaisse sur les crevettes à la chair rebondie, sauces onctueuses relevant d’énormes pavés de viande de bœuf… il n’y avait que chez « Léo » ou « Chez Pierre » que c’eut pu être plus succulent… Tous ces hommes amoureux de cette ville, de son humeur et sa trempe, ont commencé la longue série des restaurants prestigieux de la ville douée pour la Cuisine et l’Hôtellerie, le Marhaba a fait son temps, le Royal Mansour est toujours un fleuron de cette habitude du faste des Casablancais.
Aujourd’hui, quand je le peux, je vais manger unchili con carne chez mon amie, Kathy Krieger, ancienne diplomate américaine, tombée follement amoureuse de l’Ancienne Médina, qui a laissé « La carrière » pour
recréer l’ambiance du film célébrissime, dans lequel le couple de Ingrid Bergman et Humphrey Bogart s’étreint et dont les décors ont immortalisé leCasablancade Hollywood, ajoutant l’intrigue, l’amour et le mystère à la mythologie de la ville. Film fait en 1942, sorti en 1943, et réalisé par Michael Curtiz, il fait partie du patrimoine de la ville comme ses fontaines sur la grand’ place de la Préfecture ou ses murailles. Au Rick’s, on peut voir un magnifique lieu, magistralement restauré, d’une grande maison à étages adossée à la vieille ville, ancienne propriété des Ghattas, famille de Bidaoua authentiques connue… Kathy a même prévu une projection du film à qui veut le voir, dans un petit salon coquet doté d’un balcon dans lequel on peut déjeuner tranquille, un œil sur la rue, les grues du port, la mer, les piaillements des enfants dans le jardin public, en bas, quasiment, de l’un des plus endroits les plus fascinants de la grande cité. L’organisation néo-mauresque de tous les étages de l’ancienne demeure est très justement reproduite par une décoration qui plonge dans un exotisme de bon aloi.
La nostalgie de ma vie de jeune fille, du temps passé de la ville, de son apparence qui a tant changé s’empare de moi devant les édifices loqueteux ! Je suis si triste que l'on détruise ce qui est le musée mondial de l’Art Déco sans même relever les plans et mesures, archiver, photographier, reconstruire, épargner de l’oubli, préserver comme unique et fantastique… c’est Casablanca, l’une des plus belles villes du monde pour qui sait la regarder, l’aimer, lui vouer constance et admiration. Elle se propulse