CONTES ET LEGENDES TZIGANES

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Les gens du voyage du monde entier content volontiers et de manière fort poétique la naissance du monde. Ainsi l’inimitié du soleil et des nuages s’explique par la dispute entre deux frères : le Roi Nuage et le Roi Soleil. Seul le courage de la Mère du Soleil permit de libérer l’astre pris en otage par son frère perfide. Ces incarnations poétiques des astres et des éléments n’hésitent pas à descendre sur terre et parfois même tombent amoureux des humains. Et lorsque la reine des neiges épouse un Tsigane qui sait allumer le feu de la passion dans son cœur glacé, elle donne naissance à une vingtaine de beaux enfants qui sont à l’origine de tous les hommes blonds. Tout aussi romantique est l’origine du violon, l’instrument de musique qui sait si bien parler de l’amour et de la détresse, de la joie et de la mort.

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EAN13 9782373800265
Langue Français

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La création des hommes blonds  À l’automne de l’an mil, la tribu des Junku-ja planta ses tentes à l’orée d’une haute montagne pour y passer l’hiver. Les beaux jours d’automne s’écoulèrent dans la joie, les danses et les chants. Un soir, alors que les hommes jouaient et chantaient devant leurs tentes, une pluie givrante et une tem-pête de neige interrompirent leurs réjouissances. Une superbe jeune femme apparut devant eux. Elle avait la peau blanche comme la neige, ses cheveux brillaient comme de l’or au soleil et ses yeux étaient bleus comme un ciel de printemps. Les hommes dé-visagèrent avec émerveillement la femme sublime qui leur parla d’une voix cristalline : – Je suis la femme du Roi Brouillard, la Reine des Neiges. Je vis loin d’ici, au pays de la neige éter -nelle. On m’a appris qu’ici sur terre, les hommes connaissent l’amour qui peut rendre heureux ou malheureux. J’ignore ce que le bonheur, la douleur ou l’amour veulent dire. Je veux connaître le feu de la passion, même si la glace et le gel règnent dans mon corps, même si le froid endurcit mon cœur. Le-quel d’entre vous saurait m’offrir son amour ? Un jeune homme de la tribu se leva et s’appro-cha de la belle dame : – Je veux t’aimer et tu m’aimeras aussi. Il prit la belle étrangère dans ses bras, mais desserra vite son étreinte, car elle était aussi gla-cée que la neige. Il l’embrassa sur les lèvres, qui étaient froides comme de la glace, la conduisit dans sa tente et, le lendemain, ils se marièrent.
ISBN 978–2–910272-67-8
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Aux origines du mondeContes et légendes  Tziganes tziganes
Aux origines du monde Flies France
Dans la même collection :
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Aux origines du monde Contes et légendes tziganes
réunis par Galina KABAKOVA et traduits par Galina KABAKOVA et Anna STROEVA
illustrations de Elena OJOG
Un grand merci à Isabelle Lafonta dont l’aide dans la préparation du volume fut précieuse.
Collection dirigée par Galina KABAKOVA
Conception graphique : Susanne Strassmann
© Flies France, 2010 ISBN 978–2–910272-67-8
Introduction
e Depuis le XIX siècle, l’univers mer-veilleux des Tziganes suscite un intérêt parti-culier. La découverte du folklore riche et ori-ginal doit beaucoup aux collectes de Heinrich von Wlislocki, un amateur éclairé ; en 1883, pendant plusieurs mois, il voyage à travers la Hongrie du Sud avec les Tziganes de Tran-sylvanie en notant de nombreux récits qu’il publiera dans ses traductions en allemand. Quelques années plus tard, Gypsy Lore So-ciety, la société fondée en Grande-Bretagne en 1888 et qui fonctionne encore aujourd’hui à partir des États-Unis, réunit les efforts d’auteurs œuvrant dans les différents pays d’Europe et d’autres continents. Dans la re-vue de la Société sont publiés des textes en langues originales des Roms ainsi que leur traduction en anglais. D’autres revues et pu-e blications voient le jour au XX siècle, partout dans le monde où vivent les Tziganes. Plu-sieurs recueils de contes tziganes ont été pu-bliés en français ces derniers temps, dontLe Rameau de l’Arbre du Soleilde Jerzy Ficows-ki (Wallada, 1990),:Miklos Fils-de-Jument Contes d’un Tzigane hongrois, racontés par Janos Berki et édités par Veronika Görög-Ka-rady (éditions du CNRS, 1991) etMille ans de contes tsiganes, présentés par Bertrand Solet (Milan, 1998 et 2008). Comme pour d’autres volumes de la col-lectionAux origines du monde, nous avons sé-lectionné des contes des pourquoi et des com-ment en privilégiant toujours des textes non réécrits et des versions inédites en français. La géographie présentée dans ce livre est ex-trêmement large : elle va du Brésil à la Nou-velle-Zélande, des îles Britanniques à l’Oural. Néanmoins une grande partie de contes pro-vient d’Europe centrale et orientale. Dans ce corpus de contes, on trouve des
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sujets qui interpellent l’imagination d’autres peuples du monde : la naissance des astres, la séparation du ciel et de la terre, l’origine de l’homme et des animaux, des plantes et des objets emblématiques comme le violon. En même temps, la distribution et la façon d’in-terpréter ces sujets sont originales. La partie cosmogonique est très fournie, les relations passionnelles entre les personniîcations de divers éléments rappellent les mythologies antiques. Les divinités quittent volontiers leur royaume pour tomber amoureuses des humains et donner naissance à de nouvelles races. Si la zoologie et la botanique populaires occupent une place très modeste par rapport à d’autres traditions ethniques, le corpus étiologique des Tziganes est en grande par -tie consacré à la problématique identitaire. Leurs récits d’origine parlent du nomadisme, des rapports souvent conictuels avec les voisins, de leur diversité linguistique, des métiers qui sont à la base de leur « classe-ment ethnique », mais aussi de l’absence de l’écriture ou d’une église propre, bref de tout ce qui constitue la spéciîcité de ce peuple. Comme si la littérature orale, qu’il s’agisse des mythes ou des contes, à défaut de do-cuments écrits, devait fournir des réponses aux questions de l’histoire ethnique. Les tex-tes choisis portent les traces de l’histoire lon-gue des gens du voyage, au contact séculaire avec les différents peuples et religions, mais sans jamais perdre leur originalité. Ils nous séduisent toujours par le respect des ancê-tres, réels ou mythiques, par les passions poussées à l’extrême et la joie de vivre qui transparaissent dans ces récits poétiques.
Galina KABAKOVA
Cosmogonie
La création du monde (Hongrie)
Quand il n’y avait rien sur terre et dans l’univers, à part une immense étendue d’eau, Dieu décida de créer le monde, mais il ne sa-vait pas comment s’y prendre. Ennuyé par sa propre maladresse, d’autant plus qu’il n’avait ni frère ni ami pour le conseiller, il jeta dans l’eau le bâton sur lequel il s’appuyait pour marcher sur les nuages. Au moment où le bâ-ton tomba dans l’eau, un arbre gigantesque poussa aussitôt, et s’enracina dans les pro-fondeurs. Sur une de ses branches était assis le diable, qui était alors encore blanc, comme les hommes que Dieu créa par la suite. – Cher petit Dieu ! Mon cher frère ! s’écria le diable, souriant. Je suis sincèrement désolé pour toi, toi qui n’as ni frère ni ami. Puisque c’est ainsi, je serai ton frère et ton ami. – Oh, c’est impossible ! répondit Dieu. Tu ne peux pas être mon frère, car personne ne peut l’être. Mais sois mon ami ! Neuf jours après cette conversation, alors que le Seigneur n’avait pas encore créé le monde, et ignorait comment procéder, il s’aperçut que le diable se comportait d’une manière inamicale. Le diable, qui n’était pas idiot, se rendit compte que Dieu se méîait de lui, et lui dit donc : – Mon cher ami, te rends-tu compte que nous sommes mal assortis ? Aie donc la gen-tillesse de créer quelqu’un d’autre, aîn que nous soyons trois. – Ma parole, c’est facile à dire : « Crées-en un autre » ! répondit tristement Dieu. Crée-le toi-même, puisque tu es si malin ! – Mais je ne peux pas ! s’écria le diable. J’aurais déjà créé depuis longtemps un grand
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