Corps-texte

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Cela s'est fait un jour de soleil après déjeuner - un baiser, puis je me suis dit voilà, te voilà devant le temps, ses détritus et ses joyaux - que faire de ton corps ? Devant quelle histoire faite de représentations infinies et d'abstractions plus ou moins heureuses vas-tu te décider à faire corps ? On peut dire que ça vient d'un instant de beauté, incarnée écoutée caressée, oui, que cela s'est passé. Je vois ce soir les virgules roses des avions au-dessus de Paris. Le corps oui, au jour le jour -vraie pulsation du jour - la nuit se berce de nouvelles lumières. L. D.

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Date de parution 24 juin 2011
Nombre de visites sur la page 41
EAN13 9782296348158
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Éditions du Sandre

57, rueduDocteurBlanche

75016Paris

LIONELDAX

CORPS-TEXTE

Éditions du Sandre

«La conscience, tout en étant informée de l’activité du
corps, notamment par la cénesthésie et la kinesthésie, se tient
àunecertainedistanced’elle, dans une attitudede spectatrice
ironique. Elle assisteàune activitéqui sedéroule sans elle, de
façon nécessaire.Jepensequec’estcemomentdel’expérience que
Tchouang-tseudésigne par le verbeyeau,quiiguredans letitre
du premier livredeson ouvrage et quiadans toute l’œuvreune
importanceparticulière.Onle traduit généralementpar
˝sepromener˝, ˝se ballader˝, ˝évoluer librement˝,mais
il a aussile sens de ˝nager˝, par quoi ilfautentendrel’art
deselaisser porter par lescourantset les tourbillonsdel’eauet
d’êtreassezàl’aisedanscet élémentpour percevoiren même
temps toutcequi s’ypasse.DansleTchouang-tseu,yeauest
intimementliéàuneappréhensionvisionnairedel’activité.»

Jean-FrançoisBilleter,Leçons sur Tchouang-tseu

Hiver

1.Quel texte – quel corps.

Ecrire en quel corps–quel texte –quel décor–quelques
corpsentrevus,vus,prévus–quel corps oui, en prise ici
encoreune foisenvoléprès detoi,au cœur delamusiquede
tontimbrepressé,amusé,prèsdemon oreillelesoleildeton
instrument,jamaisdecrise, deviolence,justelecorps auprès
del’oreille,lapassiondeta vibration–commencealorsle
péripleau cœur du Texte –celuiquis’ouvrebellemalle
beaumâleboîteà surprisemissPandore,vilainecuriosité
qui lirteavecléaux,j’ouvrelecorps dela boîte,ilante
brumedesmorts toutletralaladesplaintesencascade,
sermonslunaires,histoiresderègles,trèsmathématique
toutça,jugezparvous-mêmes–lamort-néantn’apas
deuxans,elleronledepuislanuit des temps dans saboîte
– il n’yaplusqu’àouvrirsasale gueuledeboîte enfer pour
laisserglisser le luxdesrevenants,laisserinfuser latristesse
etl’angoisse fondamentales del’homme –toutcarbureau
malheur– etla boîtebâillepasmalencemoment,ilyades
fuites,ellediffusel’infernale grossemisèredel’hommepris
dansledénidesabellenaissance –rien nel’arrêtele lux
–mêmelorsquelecontreairsouflececi:heureuxnous
quivivons sanshaineparmilesgenshaineux,aumilieu des
genshaineux, demeurons sanshaine –la conclusionest
fataleParque:On netraversepasdeuxfoislemême lux
–c’estlaquestionducorpsetdu temps, desontextedansle
temps toujours béant dunéant–alors voilà, c’estouvertles
amis,regardezlesdésastresdansersurd’horriblesmusiques

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répétitives–c’est à lafois lamémoire etl’oubli,laboîte
affolée,l’hystériedunoirclonéàjamais dans uneronde
macabre,l’absurdeau trône.Etparfois,ilfaut tremper
soncorps dans cetemps commeontrempesonépée
incandescentedansl’eaufroideduruisseaupour luidonner
déinitivement saforceacier–cela s’estfait unjourdesoleil
après déjeuner–unbaiser,puisjemesuisdis voilà,tevoilà
devantletemps,sesdétrituset sesjoyaux–que fairede
ton corps?Devantquelle histoire faitedereprésentations
ininiesetd’abstractionsplusoumoinsheureuses vas-tu
tedécider àfairecorps?On peutdirequeça vientd’un
instantdebeauté,incarnée écoutéecaressée, oui, quecela
s’estpassé – hier ou aujourd’huimaisquedemainestlàaussi
danslesmainsdel’instantquidonneletemps–on peut
direquec’estdelamusique,virgulesdeviolons, pincéesde
cordes,suspension deladanse…C’estbien cequis’écrit
iciavec rapidité etlucidité –cen’estpas automatiqueni
un quelconqueautomatisme: nousnesommespasdes
automates, plutôtdes auto-mateursdel’autoiction détruite
dansl’œuf –texte en naissance et aprèschaquevirgule,un
souriredu texte.Jevoiscesoir les virgulesrosesdes avions
au-dessusdeParis.Lecorpsoui,aujour le jour–vraie
pulsation dujour–lanuit sebercedenouvelleslumières.

2.PlaceDauphine.

Jeprendsmeshabitsdesouplesse,je
fonceverslePontNeuf –superbesmouettes–cris surSeine –pointedecette
place,j’avanceseul– il convientdenepas selaisser prendre
auluxcirconvenuconvenu venudumonde –c’estl’heure

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des contes, des sapins, desboucles belles,place Dauphine
oret rougesur vert, du potlatchleplus trivial desfamilles
confusionsextrêmes duplaisir– hainesrentrées,sourires
bizarres –on nousracontedes histoires – vous êtesle héros
decette histoire… Çayest,laboîtesedéchaîne,leslots
stupides,lesannoncesdemorts s’enchaînent–lescarnets
noirs–allez sortezdevotreboîtevieux soupirs,moi jequitte
le luxaujourd’hui – jesuis souple,j’épousemanotion–au
milieu dufourbisquelqueslumières dugoût,lesphares,far
away–les bises,lesmélodies vertes deslandes,l’océan mon
frère –tun’oublieraspas tonenfance,le fracasdumonde,
son rugissementcrispé –tuiras voirducôtédelapeinture
– jevousécrisdubarducaveau.

3.Le spleen des résignés.

Il ne fautpasavoirhonte –lesfamillesn’ontjamais
honte,àl’intérieurduclantoutestpossible,lepire,la
vengeance,les bassesses,l’argent– jememets d’oficeà
l’écartdececorbillard– jenemelaisserai jamaismettre
aucercueildevosenvies–toujours vivant,combattant,
amoureux– horscadre –dehors,c’estlalessived’hiver,
lespluies drues,lesparapluies,les voituresàl’arrêt,laville
désorganisée,l’angoissedujour–un petit verredespleen
–l’idéalauxoubliettes–unbonbaindedésespoiractifavec
moteurgrossier qui éructedesinsultes–c’est toujoursla
fautedesautres–misérable,il pleut surtonimper neutre,
tucroisesdesillesriantesaubord ducarnavalet tuneles
regardesplus–tonidéaldevient ton néantpetitbourgeois
des villes–lemarchévousamangé –maintenantles têtes

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sont basses,on courbe devant rien–vous n’écoutezplus
latransformationenjoiedelaMaddalena al piedi di Cristo
d’AntonioCaldara–vousauriezpufairelaguerre,c’est-
à-dire,penserenacte,maisnon– ilfallaitaccepter l’invite
brillante,lamédaille honoriiquedu travail,le gâteauavecsa
cerise en or placé,lepactoleàla clé –alorslaguerre?Bof.

4.Ça tourne.

Lemonde est un manège –çatourne,rapideoulent,on
valsel’universavec–ona beauenvoyer quelques sondesen
trajectoirescourbesMars ExpressVoyagerIniny,inlassablement
lemondemanègetourne –c’estlaloidel’enfance,le giron,
letourbillonDynamo,letrounoir,l’aspirationutérine et
l’expulsiondelabêtetriomphantenéedéjànée,encornée
–on roule eton ramasselafrousseparcequepourcertains
laviec’estlafrousse –alors voilàontrouvedesmoyenspour
seprotéger lecorps–onsecarapace –onsecache –c’estle
maquillagemonde,l’âgedufaux,l’ère facticedel’histoire,la
misèredelapeur– j’aiuncopaincommeça bien paranoau
sloganécolo– iltraînesahainecommeundoudoucontre
lesmultinationalesquidétruisentla Nature,labelleNature
Verteavec despetitsoiseaux, desleurs–lesBucoliquesquoi !
VirgileleGrand, RonsardlaRonce, Du Bellay du Balai,
Buffon leBuisson, RousseauleRuisseau…Et çachante, ça
frétille, ça aimelespetites bêtes,lesinsectes,l’église gothique
desforêts…Onsemetàgenouxpour respirer l’herbedes
sous-bois–onentre en religion moussue –c’estla moussedu
dimanche,promenades, vélos,odesàlabranche, dansedes
bourgeons–victoiredu vert–triomphedu vent.

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5.L’océan.

Lumièred’aubepiquéed’ombres–meririsée jaune
jonquille,feulambée,pin parasol–arbousiersnouveaux,
paysagethéâtre,météohorizon, visionsélargies dumonde
–moncorps setientlà devantl’immensité,letemps du texte
seralentit,fait du silenceunaccord.

6.Déguisements.

Monbras tremble – froid dehorsdevant lesarchitectures
déluges tempêtes ventsglacés–plus rien n’arrêtelaviolence
du temps– jesuisdevant letombeaudelamorte – jepense
àelle,j’essayed’entrevoir quelques souvenirsaufond de
moncorps–connaîtreun peudel’autre en moi –son texte
en reste –tout çaest uneffet derésonance,l’échodela boîte
noiredu temps,cellequi enregistretout.N’oublionspasque
tout a commencépar lebal Vivaldi,unsoirdedécembre,
uneplongéesucculenteau cœurdelajouissanced’ouïe en
vol,précise,cecontrepoint du tempsoùlemarivaudage
subtil permet de feindrelafoliepour accentuer l’amouren
violonsjoueurs– etalorslà, devant cecontrepoint du temps,
lecorpspeuteninsaisir laboîtenoiredu tempsetriretrès
haut savictoire.Nousallons vers untemps dedéguisement
–on nesaura pluslesexedesautres–le facticeauratout
envahi etle jeu sera rarecar l’èredu déguisementfutursera
techniquedoncannihilera l’essencedu déguisement–on
choisit déjà sonsexesurcatalogue,sa peau sansgrainde
beauté,son âge,sonvisage,sesenfants sur leréseaupas
encorenés–ledéguisementnesera plusludique,jeuavec

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l’identité,mais seradevenuobscur,scientiste,vraieseconde
peaufausse,l’identitérêvéeplaquée del’être –peud’entre
nousontdécidédesesaisirdecette farcedunéantet de
réintroduiredu déguisementenjeu deséduction.Lesoir,
dans cebardepêcheur,uncocktailParadise,nuitorangée
bellesucrée,siropd’orgeat alcoold’amande,gincitronet
jus d’orange –unsoir oùl’alcoolvousprend,lesjeunesilles
ontl’airbiensages,viergesélectriques.

7.Feu.

Cesoir la villesentle feu debois– jepenseàAlexandrie,
àRome,àSodome et Gomorrhe,àSade,àla Bastille –une
odeurdepoudre,unjeu avecleslammes,leplaisirde
brûler, desebrûler,consumimurigni– et GiordanoBruno,il
y aquatresièclesChandelier,et cettestatueveramenteoscura,
piazzadeiFiori,lesleurs, bûcherde leursmaintenant,à
l’ombredesjeuneslammesenleurs.

8.Ne vouslaissezpascerner.

C’estletempsdubar,lewhiskypur malt,lesodeurs
cigarettes,lebruit de fond desconversationsintimes,le
secretinaudibledela cacophonie –letempsdel’alcool–le
momentdelaliqueur–lecorps suc delafermentation–une
troupearmée entredans unimmeuble – ils vontchercherun
criminel– il nesaitrien le fuyard–onvient vousprendre
au sommetdurêve –vousêtesailleurs, vousavezchoisila

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fuiterosedel’aube,levolfroid du lointain,l’inconfortable
liberté,l’exil, et le jour où vous n’y pensezplus,onvient vous
ligoter, vousinterroger, vouscerner. Nevouslaissezpas
cerner–soyez un artiicetrèscomplexe.Tiens,les soldats de
l’ordrereviennent bredouilles– ilsn’ontrientrouvédansla
planque – jesuisenface,jeles voispartir,moiaveclesourire
del’alcool– ilsontl’airdéçus–c’estmaintenantàmoideles
regarder,leursgestesmaladroits,leurs visagescaricatures– il
convientderenverser lecontrôle –làsesituelaprochaine
guerre –lastratégie invisibledeceluiquivoit tout–letexte
ensecretdiscret.

9.L’hérédité dela haine.

Lemonde est unchampdebatailleperpétuel, uneorgie
desang, des salvesSalve Regina, des tirsépars,les drogues
aidant,lesassassins s’activent,lesexactionsperdurentdans
les souterrains,les tunnels,lespièceshumides–latorture
planecommeun oiseaunoir,lahaineaimelahaine etnourrit
lahaine – ellesetransmet de générationengénération
–lesmauxancestraux sontinscritsdanslesgènes telles
desplaquesdevengeances, des boutons derancunes,
desherpès de frustrations–les Protestants deFrance
n’oublierontjamaislaSaintBarthélemy–lesEntreprisesne
pardonnerontpasàSaintBartleby sa désobéissanceautiste
–les Catholiques sesouviendront toujoursdesmartyrsde
laRévolutionFrançaise –lesplaiesclichésenvrai entre
paysneserefermentjamais–leçonsdel’histoire –leslieux
communsdelahaineontla dentpourriemaisla couronne
restedure – j’aiprisle fusil mitrailleurdansmesmains,

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couché,l’œil sur la cible,lemétalfroid del’instrument,le
fameuxFAMAS – etpuisj’aitiré,j’aividélechargeur,très
concentré –après,c’était delonguesheuresengroupedans
unesallemaléclairée,chacun nettoyant sonfusilsonjoujou
–démonter,connaître,saisir lemécanisme,la technique
d’assaut,asseoirsonsavoirdes armes.

10.Le sablierdes saisons.

Plusriendedangereux cematin–lesoleilarefait son
apparition–riendedangereux–uneaccalmieurbaine,le
bruitlancinant desfontaines,quelquesriresd’enfants–le
marchéauxlégumesléthargie –lesourired’uneamie,le
vieilhommetirait sursoncigaredos àl’égliseSaintMédard
–une énergied’été enhiver– ilest vraiquelesablierdes
saisons seremplit delumière.

11.Café Sarah Bernhardt.

Quandelle est arrivéepluieverglacée elleavait ceciré
jaunedes tempêtes,une harmonierosesur lesjoues,la
précisiondu souriremarin, bruneparfaite enséduction
imperceptibledes yeux– lottement del’environnement,
caféSarah Bernhardt,théâtredela ville, danseurbainedu
charme,serpentqui lancheavalanche,langue ensarabande
etpuis acte –acted’amouren lucide envol–seshanchesen
mespaumes,l’instantivressevallondesonventre – jetiens
lagrâce ensonbaiser.

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12.La contrebasse.

Lucioles rougesenesprit,contrebasse en danselibre
–percussions répercutées– ellepassed’un bravo à l’autre
jubile fantasque – il râlelesalaud près d’elle,petit cheveux
rasés,il râle etéructedugrave – et la contrebassedanse,il la
cogneparfois,vraiment sur lesol,les cordes secousses–le
corps défend samesure – il la boxelagrosse – ilsait bien
qu’ellesonne –quand tout s’effondre,il la trimbalenomade
debarenbar–lecombat setramesecenafichedèsqu’il
estquestionfroided’exploser lamusique –leserveurest
maladeaujourd’huimanquedecouleurs,iltraînelapatte
pâletrèspâle –l’alcoola creusédes trucs sursapeau–sale
nuit,salles vides–les couleurs sont ternes commeles verres
etles clientsont désertélafête – j’attends cesoir– j’entends
des cris deperroquets,les voixgriséesdu tabac, le houd’un
animaltapi jenesaisoù–l’improvisationestfrénésie –
d’ailleurs une femme entresur lapiste –démarcheduhasard
–maintenantlemusicien oiseaupleurnichesesnotesetpuis
à nouveau viril,espagnol, reconsidèresescordeslourdes
–colèrecaractèredumonstreavantde glisseraupied desa
déesse en basketsplastiques– ellesemetà rire,elle écrase
lescordesdelacontrebasse – jalouse,elles’enfuiten riantle
laissant avecsesespérancesrancesdepoètebandit.

13.La faute.

Letempsdumalaise intégré estlà–c’estletempsdu
jugement, del’expertise, del’évaluation, dela validation,
dela surveillancedes acquis, desinnésetdesignares, le

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