Cueillettes
48 pages
Français

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Cueillettes

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Description


Beaucoup d'émotion dans cet exquis d'écrivains très personnel et d'une frémissante sensualité.




Rendant hommage aux miracles de la nature et aux bonheurs de la cueillette, Alina Reyes nous convie à une promenade savoureuse dans les forêts, les jardins et les prés pour y retrouver les plaisirs simples offerts par la contemplation, la dégustation et la récolte des fruits, des herbes, des fleurs... Des prunes aux roses, de la lavande aux cerises, du serpolet aux myrtilles, des cèpes à l'oseille sauvage, des coquillages aux poignées de neige, Alina Reyes nous fait retrouver les paradis intimes de l'enfance, des paysages éclatants de sèves et de bourgeonnements, un monde foisonnant de senteurs gourmandes. Bouleversante de sincérité, elle exprime ici une vision du monde bien à elle et se livre démasquée.










SOMMAIRE








Prunes
Jardin
Fleurs
Menthe
Lavande
Pignons
Tomates
Persil
?ufs
RosesLaitue
Citrouille
Palais
Sacrifice
Pomme
Oiseaux
Renaissances
Guinier
Fruits des bois
Champignons
Vaches
Herbes sauvages
Cueillir
Fruits de mer
Mots
Cul de poule
Livres
Amour






Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 03 janvier 2013
Nombre de lectures 33
EAN13 9782841115150
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Collection dirigée par Chantal Pelletier
Du même auteur
Le Boucher
Le Seuil, 1988
 
Lucie au long cours
Le Seuil, 1990
 
Au corset qui tue
Gallimard, 1992
 
Quand tu aimes, il faut partir
Gallimard, 1993
 
Derrière la porte
Robert Laffont, 1994
 
La Nuit
Paris, Joëlle Losfeld, 1994
 
Le chien qui voulait me manger
Gallimard, 1996
 
Lilith
Robert Laffont, 1999
 
Il n'y a plus que la Patagonie
Julliard, 1999
 
Poupée, anale nationale
Zulma, 1999
 
Corps de femme
Paris, 1999
 
L'Exclue
Mille et Une nuits, 2000
 
Nus devant les fantômes
Kafka et Milena, Éditions 1, 2000
 
Moha m'aime
Gallimard, 2000
 
Ma vie douce
Zulma, 2001
 
Une nuit avec Marilyn
Zulma, 2002
 
Satisfaction
Robert Laffont, 2002
 
Politique de l'amour
Zulma, 2002
 
La Vérité nue
avec Stéphane Zagdanski, Pauvert, 2002
 
Autopsie
Inventaire/Invention, 2004
 
La Chasse amoureuse
Robert Laffont, 2004
 
Sept nuits
Robert Laffont, 2005
 
Le Carnet de Rose
Robert Laffont, 2006
 
Forêt profonde
Éditions du Rocher, 2007
 
La Jeune Fille et la Vierge
Bayard, 2008
 
La Dameuse
Zulma, 2008
 
Lumière dans le temps
Bayard, 2009
 
Psaumes du temps présent
Presses de la Renaissance, 2009
 
Souviens-toi de vivre
Presses de la Renaissance, 2010
Alina Reyes
• Cueillettes
« Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales. »

© NiL éditions, Paris, 2010
EAN 978-2-84111-515-0
Design : Philippe Apeloig
Ce livre a été numérisé en partenariat avec le CNL.
Ce document numérique a été réalisé par Nord Compo
À l'esprit d'enfance

Prunes

La cueillette ne compte pas pour des prunes, dans la vie.
Car tout ce qu'on ne cueille pas pourrit, et il s'ensuit qu'un peu de joie se perd.
Jardin

Tout commence au jardin. C'est là que les enfants naissent, dans les choux, dans les roses. Au cœur de leurs feuilles ou de leurs pétales.
C'est là que les vieux finissent, à le cultiver pour préparer la terre où ils retourneront bientôt, avant de revenir au jour comme tout ce qui est enfoui, de revenir au sein d'une rose ou d'un chou, et de recommencer.
 
Quand j'étais petite, il y avait un cerisier dans notre jardin. Ce n'était pas un cerisier comme les autres, on l'appelait le guinier. Je ne suis pas sûre que ce soit le nom correct, scientifiquement. Mais nous n'étions pas très scientifiques.
Ce guinier s'élevait droit au milieu du jardin, puis soudain, tout joyeux, répandait sa frondaison vers le ciel. Au printemps il se mettait à rire, ce qui veut dire, pour un arbre fruitier, à se couvrir de fleurs.
En bas, dans la terre, il se passait des choses que nul ne voyait. Sentant le temps devenir plus doux, les racines buvaient l'eau qui s'infiltrait de-ci de-là entre elles, et aspiraient les nourritures qu'adorent les guiniers.
La sève, impatiente et fringante, montait dans le tronc, montait dans les branches, montait dans les plus petites branches, montait dans les rameaux, montait dans les brindilles, montait jusqu'au bout de chaque minuscule doigt, et comme les arbres ne sont pas de bois, hop ! faisait un bourgeon-baiser à la lumière toute neuve de l'année.
Un peu après, des milliers de blancs pétales frémissaient délicatement au tendre soleil du mois de mai.
 
C'était un jardin sauvage presque, et vraiment pas grand. Mais pour nous, les enfants, c'était un univers entier. Il faut que je vous dise d'abord que notre maison était une ancienne écurie. Donc, vous voyez, tout en longueur, comme ça. Il n'y avait pas beaucoup de pièces – une chambre pour les enfants, une chambre pour les parents et une salle à manger – mais ces trois pièces regardaient du même côté : côté jardin.
Avant nous c'étaient donc des chevaux qui habitaient là. Ils devaient être bien heureux, avec tous ces prés autour, pleins d'herbe abondante. Nous vivions juste entre l'océan et le fleuve, tout entourés d'eaux, des eaux douces et des eaux salées. Notre père aimait chanter, notre mère aimait les feuilles, les fleurs, les oiseaux. Il y avait de la vigne vierge au mur, où elle se lançait, s'accrochait et s'avançait comme une rouge écriture.
Il y avait des gerbes de papyrus à côté de la porte. Notre mère croyait savoir que papyrus n'était pas le nom scientifique de cette plante, mais... mais elle nous disait tout de même que c'était avec ses fibres que les Égyptiens avaient inventé l'ancêtre du papier, du temps où ils construisaient des pyramides et conservaient leurs rois pour l'éternité grâce à des herbes, des bandelettes et des sarcophages en or (et c'était un peu comme si cette touffe de tiges graciles, épanouies en forme de palmier miniature, transportait jusqu'à notre si modeste demeure la gloire invaincue des siècles).
Il y avait aussi, près du robinet d'eau, de lourds arums qui dressaient et laissaient pencher, comme des bêtes repues au crépuscule, leur grosse spathe blanche, d'où jaillissait, jaune et charnu, le grand épi, couvert, comme de confettis, de minuscules fleurs.
Puis il y avait des violettes, des roses, des plants de tomates, des grandes marguerites, des pensées, du muguet, des pâquerettes... tout ceci dans un charmant désordre, entre de petites allées plus ou moins bien délimitées.
Et encore, trois arbres fruitiers. Un figuier qui ne donnait que des figues vertes, mais dont les feuilles embaumaient au soleil, et servaient pour la cuisson des châtaignes.
Un pommier qui lui aussi donnait des micro-pommes, mais rouges, abondantes et exquises malgré leur acidité.
Et le guinier, auquel nous allons revenir.
Fleurs

Le dernier jour d'école avant les grandes vacances d'été, notre mère cueillait dans le jardin des bouquets de fleurs variées, joliment arrangées, que nous apportions en classe pour offrir à la maîtresse, en matière de remerciement pour l'année écoulée.
Les fleurs sont le désir de la terre pour la lumière, les couper c'est leur briser le cœur, les offrir c'est leur confier son âme. Si c'est pour un cadeau entre amoureux, celui ou celle qui les reçoit pourra les manger des yeux et des narines, en pensant à celle ou celui qui les lui a données.
 
Généralement on ne cueille pas les fleurs pour les manger, mais tout le monde sait bien (non ?) que l'homme, pour vivre, a autant besoin de nourritures spirituelles que de nourritures terrestres. C'est pourquoi nos très lointains ancêtres ne se contentaient pas de partir à la chasse ; ils passaient aussi de nombreuses heures à peindre et graver de magnifiques animaux, et à imprimer des signes, sur les parois des grottes et sûrement ailleurs même s'il n'en reste pas de traces. Contrairement à leurs cousins les singes, ces hommes avaient besoin de nourrir leur esprit, autant qu'ils avaient besoin de manger : parce qu'ils étaient des hommes.
L'homme exerce sa conscience d'une manière bien particulière, mais tout le vivant est spirituel. Sinon, pourquoi tant d'oiseaux se livreraient-ils à de fantastiques parades amoureuses ? Pourquoi les papillons et les fleurs s'orneraient-ils de tant de couleurs ? Pourquoi la nature aimerait-elle tant la symétrie ? Pourquoi pourrait-elle se traduire en langage mathématique aussi bien qu'en langage de poète ou de peintre ? Quand nous cueillons un fruit, quand nous l'apprêtons, quand nous le dégustons, ce sont des baisers avec l'esprit du monde que nous échangeons.
Menthe

La menthe, celle que l'on appelle « baume d'eau », se plaisait beaucoup dans le sol humide de notre jardin. Nous la gardions juste pour le plaisir de la respirer. C'est bon de la sentir au passage, ses frais effluves traçant ses chemins mouvants et invisibles dans l'air, magnifiés au soleil.
Elle fleurit en rose ou mauve, parfois on ne résiste pas au désir de cueillir l'une de ses feuilles presque blanches entre le pouce et l'index. La menthe aquatique a une consistance tendre et veloutée, elle roule sous la pulpe des doigts et, portée aux narines, vous dégage son arôme au visage comme une soif.

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