D.A.B.D.A.
476 pages
Français
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

D.A.B.D.A.

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
476 pages
Français

Description

Au lendemain de la mort de sa mère de substitution, Aidan Collins a autre chose en tête que de penser aux cinq étapes de son deuil. Entre le retour de la femme qui l'obsède, la nécessité d'affronter la haine des habitants du coin, et les prémices alarmantes de sa nouvelle crise de démence, son existence est traversée par un tourbillon d'événements qui menacent de le faire sombrer dans la folie. Un abysse familier dont seul son frère aîné, Garrett, a toujours eu le pouvoir de l'extirper. Pourtant, entre les hauts murs du sinistre manoir familial des Collins - Silver Ouest Castle -, Aidan va traverser les étapes d'un tout autre deuil. Un deuil terrifiant, d'un genre nouveau... et parfaitement inconcevable.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9789938072426
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,1€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

ϭ
Ϯ
Khaoula HOSNI
D. A. B. D. A.
Editions arabesques 2017 ϯ
Roman
Livre: D.A.B.D.A
Auteure: Khaoula Hosni
Deuxième édition
Tous droits de reproduction, de traduction
et d’adaptation réservés à l’éditeur:
EDITIONS ARABESQUES
ISBN: 978-9938-07-242-6
33, rue Lénine-Tunis 1000
Tel: 51 783 154
www. editions-arabesques.tn
E-mail: editionsarabesques.tunis@gmail.com ϰ
À Emna, Puisses-tu avoir tout le bonheur qu’on espère pour toi, mon ange, en dépit des choix –parfois, injustes- qu’on ne manquera pas de faire pour toi.
ϱ
ϲ
Prologue « Les obstacles sont ces choses terrifiantes que vous voyez, lorsque vous quittez votre but des yeux. » Henry FordTrop. C’était trop. Ils étaient trop nombreux et je n’arrivais même pas à les distinguer clairement. Mais ils étaient bien là. Ils me donnaient envie de disparaitre. J’avais mal au ventre… J’avais la nausée… Je n’avais pourtant pas encore touché à mon plat… Du poulet et des frites… J’aimais bien le poulet, pourtant… C’était ce qu’il y avait de moins écœurant, ici… Mais je n’avais rien mangé de la journée… Impossible de manger… Pas comme ça… J’avais peur… Je voulais partir… Je voulais rentrer… Mais il a dit que je n’avais pas le droit de rentrer… Pas avant d’avoir trouvé la bonne réponse… Mais j’étais fatigué… On faisait ça depuis des heures… Ou était-ce des jours ? Je ne sais plus… Je ne me rappelle plus… Je ne me souviens pas de grand-chose… Il me dit toujours que c’est la première chose à faire ; me souvenir de mon nom, du jour, de l’année et de l’endroit… Je crois qu’on fait ça depuis des jours… Depuis… Je ne sais plus… Je crois qu’il attend quelque chose de ma part… Mais mes réponses ne lui plaisaient toujours pas… Je ne sais pas quoi faire… Je n’étais même pas sûr de savoir ce qu’il croyait que je savais… Et j’étais terrifié… Ils étaient beaucoup trop nombreux… Mais je devais essayer…
ϳ
Il pouvait me ramener à la maison… Il était le seul à pouvoir le faire… Je pense… Je fis à nouveau le décompte, puis énonçai un chiffre. Il s’emporta aussitôt. « Non ! Recommence. Concentre-toi. Combien sont-ils ? » Elle lui effleura le bras, autant pour attirer son attention que pour tenter de le calmer. Je crois. « Peut-être qu’il ne peut vraiment pas le faire. » Il continua à me fixer, un pli barrant son large front de part en part. « Il peut y arriver. Ilva y arriver. Il n’a pas le choix. Aucun de nous ne l’a. » Le pli s’approfondit. « Et l’alternative est tout simplement inconcevable. Je ne le permettrai pas. » Il prit ma main, la broya dans la sienne. J’essayai de ne pas grimacer, car la douleur semblait nous connecter. Il était là. J’avais moins peur quand il était là. « Nous sommes à court de temps. Tu dois faire un effort. Tu ne veux pas rester ici, n’est-ce pas ? » Je secouai vivement la tête, mais ne dis rien… je ne parlais plus beaucoup, de toute façon… Sauf avec lui, parfois… j’évitais de parler aux autres… Même à elle… Je ne la connaissais pas… Je ne savais même pas ce qu’elle faisait là… elle était probablement comme les autres… les autres étaient toujours choqués par tout ce que je pouvais leur dire… même quand j’essayais simplement d’exprimer ce que je pense…Surtoutquand j’essayais simplement d’exprimer ce que je pense… Je voyais leur choc, même quand ils essayaient de le cacher… je savais toujours… je le voyais… Les autres ignoraient à quel point je voyais… « Concentre-toi. Je sais que tu peux le faire. Si quelqu’un est capable d’y arriver, c’est toi. Je t’en supplie… recommence ; combien sont-ils ? Fais le tri. Ne regarde que moi. J’ai besoin que tu fasses le tri.Maintenant. »
ϴ
Le tri… Tout à coup, je sus exactement ce qu’il voulait. Je fermai les yeux, respirai profondément, puis relevai le regard et comptai à nouveau silencieusement. Je savais ce qu’il voulait. J’énonçai un nouveau chiffre. Le bon, cette fois-ci. J’en étais sûr. Il vérifia rapidement, dans un geste devenu mécanique, au fil de mes échecs. Je vis clairement à quel moment il réalisa que j’avais enfin réussi. Le pli disparut de son front. Un mélange de soulagement et de surprise voila son regard. Il ne s’attendait pas à ce que j’y arrive. Il essayait de cacher sa surprise, mais je la voyais. Je voyais toujours. Il échangea avec elle un sourire optimiste. Son visage s’illumina. Un peu. « Bien. Très bien. » J’avais menti. C’était bien plus que ça. Mais je savais ce qu’il voulait. Je pouvais faire ça. Trier. Peut-être que si je continuais à faire le tri, il me ramènerait à la maison. Peut-être qu’ils le laisseraient me ramener à la maison. Il poussa le plat de poulet -encore intact- vers moi. « Mange. C’est important que tu manges. Après, nous irons ailleurs. Nous recommencerons jusqu’à ce que je sois sûr que tu peux le faire tout le temps. Avec ou sans moi. » Je le fixai. Je ne voulais pas y arriver sans lui. J’avais moins peur quand il était là. Il désigna l’assiette du menton. « Mange. » J’obéis. Parce qu’il s’inquiétait. Parce qu’il avait peur. Il essayait de le cacher, mais je le voyais. Je voyais toujours. Les autres ignoraient à quel point je voyais. * * * * *
ϵ
19 ans plus tard… « Tu l’as déjà fait, tu te souviens ? Tu peux le refaire. Combien sont-ils ? » Assise à côté de lui, elle secoua la tête d’un air résigné. « Ça fait des semaines qu’on essaie. Ça ne mène nulle part. On devrait plutôt suivre mon plan. » Il tourna son regard anxieux vers elle. « Non. Ce serait comme reculer pour mieux sauter. J’aime autant résoudre le problème à la racine. J’ai confiance en lui ; je sais qu’il peut y arriver. » Il avait tort… J’avais froid… j’avais tout le temps froid… trop… Il y en avait trop… Je ne pouvais pas… je n’arrivais même pas à respirer… blanc… Pourquoi était-ce blanc ? Tout ce blanc dirigé contre moi… non… je ne peux pas… pitié… non… et le feu… D’où venait tout ce feu ? Arrêtez ce feu… s’il vous plait… Que quelqu’un éteigne ce feu… Elle se pencha en avant, un pli apparaissant entre ses sourcils… Les gens avaient tout le temps ce pli-là, quand ils s’adressaient à moi… Je le provoquais sans même prononcer le moindre mot… « Ça recommence. Il va encore partir en vrille. » Il reporta ses yeux sur moi et…le voilà ! Le pli. Encore. Je fixai le pli ; il était mieux que tout ce blanc… Oh non... du blanc... trop de blanc… et le feu… le feu… partout… J’avais froid… j’avais peur… Aide-moi… je t’en supplie... aide-moi… Il tendit les deux mains et serra mes doigts tremblants… Ah bon ? Je tremblais ? Non… Je convulsais… Même moi je savais faire la différence entre un tremblement et une convulsion… les convulsions étaient bien… elles bloquaient tout ce blanc… Le feu revenait parfois… mais le blanc disparaissait toujours… jusqu’à la fois d’après… et ça
ϭϬ