Délices des tropiques

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139 pages
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Sorcellerie, solidarité sont le quotidien de Zéboyo, un petit village tranquille. Tout bascule lors d’un match de football entre le FC Bakolé et l’AS Zéboyo. Madou, supporteur de l’équipe de Bakolé, se voit humilier et copieusement rosser par Aby Tagnon. Cette bagarre marque pour Aby Tagnon le début de son exil avec Timaty, son épouse, dans la forêt sacrée de Djrêplo, afin d’échapper aux forces de l’ordre venus l’arrêter. Le couple y passa dix-huit ans. Des années faites de rencontres mystérieuses et d’harmonie avec la nature. Aby et sa femme auront des enfants dont Kanignon, qui, de retour dans le village, s’opposera au règne des sorciers.

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Date de parution 01 janvier 2019
Nombre de visites sur la page 8
EAN13 9782902594115
Langue Français

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Délices des tropiques
Isac GRAH
Délices des tropiques
Roman
Vallesse Éditions 01 B.P. 2290 Abidjan 01 (Côte d’Ivoire) e-mail : edition_vallesse@yahoo.fr
© Vallesse Éditions, Abidjan, 2019 ISBN : 978-2-902594-11-5 Toute reproduction interdite sous peine de poursuites judiciaires.
À la mémoire de mon jeune frère Agbeli Dabissôkô dit Oncle Picsou « Tu es parti trop tôt fiston ».
1.
SENNOSEN
« J’avoue avoir participé à ce festin au clair de lune sous le pont de la rivière Bloukwé. La victime, ma nièce Sakeny, n’était âgée que de dix-huit ans. Voilà deux ans qu’elle nous a quittés. Cette jeune fille avait des qualités exceptionnelles : intelligence, modération dans les propos, sagesse et courtoisie. Mais nous lui avons fait sa fête quarante-huit heures après la proclamation des résultats des examens de fin d ’année scolaires. Vous souvenez-vous ? Elle fut immolée à la place du cabri que je lui 2 avais offert pour célébrer son succès au Bac série A . Ma nièce me manque ! Bien d’autres jeunes gens de ce village ont connu des sorts plus cruels. ”Un seul bras ne peut grimper au cocotier”, dit l’adage ! Je n’étais pas seul, en effet. Alors, de grâce, libérez-moi, mes parties charnues
sont en feu, ce rocher me brûle si fort que j’ai l’impression d’être assis sur des braises ardentes », s’écriait Douba, un cinquantenaire à la calvitie étincelante, assis sous le soleil rougeoyant qui déversait des èches sur les ha-bitants de Zéboyo. La brûlure du soleil, après une pluie sous les tropiques, martyrise la peau comme si l’on vous passait un grattoir sur le corps. Le pasteur, un gaillard au ventre bedonnant, exultait : – Je vous l’avais dit, habitants de Zéboyo, s’écria-t-il. Croyez-moi, ce village est le refuge des sorciers les plus sadiques qui puissent exister dans cette région. Douba est un exemple patent. Hier nuit, il a avoué avoir participé au massacre de vingt-quatre étudiants natifs de ce village. Des frissons traversèrent la foule, vingt-quatre ? Entendit-on susurrer parmi les spectateurs. Comme un seul homme, ils jetèrent un regard foudroyant sur cet imposteur car, dans ce village perdu, seulement onze élèves franchirent les portes de l’Université. Vautré entre les deux plus hautes montagnes de la région, Zéboyo compte environ quatre cents âmes dont plus de la moitié est constituée d’allogènes et d’allochtones venus faire fortune dans cette région où la culture du cacao et du palmier à huile reste l’activité principale. Une rue sablonneuse divise le
village en deux quartiers: celui des Pabawa, comme on les appelle ici, abrite une communauté hétéro-clite originaire des pays voisins ainsi que des régions nord et centre de la République Démocratique de Nadrey. Leurs habitations sont constituées de cases en terre battue couvertes pour la plupart d’un tapis en plastique noire masqué par des palmes desséchées. La polygamie dans ce quartier est règle d’or. Leurs femmes sont si fécondes, et les hommes si virils qu’il est pénible de se frayer un passage parmi leurs mar-mots morveux aux ventres arrondis comme des outres pleines d’huile de palme. Le quartier des autochtones quant à lui avait ère allure. De belles maisons, une soixantaine environ, superbement alignées donnaient à Zéboyo l’aspect d’un petit paradis. Des arbres aux feuillages toujours verts parfumaient l’espace le soir venu. Chaque lo-cataire avait pris soin de planter du gazon dans sa cour et autour des maisons. Des eurs multicolores achevaient de maquiller les habitations protégées par des cocotiers lourdement chargés de noix vertes et gorgées de lait succulent. Malgré tout, les deux populations vivaient en paix et comme preuve de cette amitié sincère et du-rable, beaucoup de jeunes autochtones avaient pris
femmes chez les Pabawa. De leur côté les vigoureux Paba se servaient dans la gent féminine des autoch-tones. Cette liberté d’union tolérée par tous à Zéboyo était sans nul doute le gage de la cordialité qui exis-tait entre deux peuples aux mœurs très différents. C’est dans ce village que naquit Aby Tagnon. Aby est un géant qui culmine à environ deux mètres. Sa petite tête ottait sur un cou massif planté sur une large caisse qui faisait office de poitrine. Ses bras, tels de grosses branches, pendaient le long de son corps musclé. Cet aspect simiesque lui donnait l’allure d’un lutteur prêt à saisir un adversaire imaginaire. Il se tenait sur d’énormes jambes velues et ses mollets dodus ressemblaient à des têtes de bébés de trois se-maines. Aby était très velu en effet. Ses orteils et ses doigts portaient des touffes de poils noirs. Tout son corps en était couvert. Il arborait une superbe barbe et ses sourcils en forme d’accent circonexe faisaient de lui un être venu d’une autre planète. Son regard était difficile à supporter. Mais ses lèvres pulpeuses et le sourire éternel qu’il affichait rendaient son visage agréable.
Sa seule présence parmi les supporteurs de l’équipe de football du village suffisait à calmer l’ardeur bel-liqueuse de ceux d’en face. Pourtant, Aby n’était pas un bagarreur. Il évitait les confrontations physiques, conscient de l’énergie destructrice qui pouvait se dé-gager de son corps massif. Ce robuste jeune homme de trente ans avait épousé Timaty, une superbe lle que tous les instituteurs du village convoitaient sans jamais prendre d’initiative car l’allure de son partenaire suffisait à désarçonner tout prétendant. Ne dit-on pas qu’une poule n’avale que ce qui égale à sa gorge ? Aby n’avait donc pas de soucis à se faire. Aucun prédateur ne pouvait espérer s’approcher de sa dulcinée tant son physique imposait le respect. À toutes les manifestations culturelles ou sportives, le couple était présent. J’ai encore en mémoire cette n de match de football de ce mois d’août qui opposa AS Zéboyo à F.C Bakolé, le village situé de l’autre côté de la forêt sacrée. Au terme du temps réglementaire, l’équipe de Zéboyo l’avait emporté sur un score de 2 buts contre rien. Abby Tagnon, en supporteur inconditionnel, s’était mis à danser comme un forcené au milieu de la foule en liesse. C’est alors qu’un supporteur de l’équipe adverse fendit la foule et lança à la face de