Destins de clandestins

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106 pages
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« — Je dois te dire, Viepp, que je ne Suis pas content de toi. Tu m'as induit en erreur, car tu m'as fait croire que l'Europe est un paradis. Tu m'as fait penser que le bonheur se trouve ailleurs que dans notre pays. Aujourd'hui, nous nous rendons compte que ce n 'était pas exact. — Oui, j'avoue t'avoir présenté l'Europe comme un lieu paradisiaque, parce que moi aussi je le croyais. J'étais dans l'erreur et je t'ai transmis ce que je croyais juste. Mais étais-tu Oblige de croire ce que je te disais ? N'était-ce pas aussi ton role de m'aider à échapper à l'erreur ? „

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Date de parution 01 janvier 2018
Nombre de visites sur la page 228
EAN13 9782916532837
Langue Français

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Destins de clandestins
Josué GUÉBO
Destins de clandestins
Récit-Jeunesse
Vallesse Éditions 01 B.P. 2290 Abidjan 01 Côte d’Ivoire
CollectionLire pour Demain dirigée par Serge GRAH
© Vallesse Éditions, Abidjan, 2018 ISBN : 978-2-916532-83-7 Toute reproduction interdite sous peine de poursuites judiciaires.
À Hope Esther Guébo
1. RÊVES DE FOOT, RÊVES DE SCÈNES
Danon rêvait d’être footballeur. La nuit, quand il s’endormait, ses sommeils s’animaient de scènes ex-traordinaires ! Il se retrouvait à l’intérieur d’un grand stade dont la pelouse était d’un vert impeccable. Des supporters amassés par milliers, dans les gradins, criaient son nom. Hommes, femmes et enfants de toutes les races l’applaudissaient et l’admiraient. Tous voulaient le voir, tous voulaient le toucher, tous voulaient l’étreindre. À défaut de pouvoir effleurer même un pan de son maillot, chaque supporter espérait au moins prononcer son nom ! C’est pourquoi, lorsque Danon faisait son entrée dans l’arène, la foule se tenait debout. Les femmes entonnaient, pour lui, de belles chansons, tandis que les hommes, à sa gloire, battaient des mains. L’une des chansons qu’exécutaient les femmes était une ode à quatre couplets, ponctuée par un refrain que tout le stade reprenait ensuite en chœur, comme un hymne national.
Parfois, Danon rêvait aussi d’être musicien. Pendant son sommeil,il réalisait,cette fois,qu’il se trouvait au sein d’une très grande salle de concert, dont les lumières, aux couleurs de l’arc-en-ciel, scintillaient au gré de musiques entraînantes. Dans la salle remplie de monde, se tenait une estrade haute comme un balcon et bordée de rideaux d’un rouge royal.Un animateur,élégant comme un prince, s’adressait à la foule, annonçant l’arrivée d’une star mon-diale qui n’était autre que lui,Danon ! Tandis que la foule se préparait à l’accueillir par un grand éclat d’acclama-tions, Danon voyait, de sa loge, certaines jeunes lles pleurer d’émotion.Quand lui le grand artiste apparaissait sous les lumières, d’autres jeunes lles tombaient tout simplement en syncope. Se sentant aimé et admiré, il était très er d’être un grand musicien ! Malheureusement, quand Danon se réveillait, il se rendait bien compte que la réalité et le rêve étaient par-fois – sinon trop souvent – différents. Loin du beau stade verdoyant et des acclamations de la salle de concert, il devait sauter des aques d’eau, an de ramener à la maison le pain que son père l’envoyait, chaque matin, acheter. Heureux ou non, le jeune homme se devait d’accomplir cette tâche, puisque ses parents avaient coné à Danon et à chacun de ses frères et sœurs des missions quotidiennes. Magella, son aînée, devait
balayer la terrasse et les alentours de la maison et même Mien-sa, le plus jeune de la famille, avait obligation de mettre la main à la pâte : les parents lui avaient ordonné de passer soigneusement le chiffon sur la table à manger, tous les matins. Danon pensait avoir à réaliser le travail le plus pénible, lui qui devait tous les jours ouvrir le portail de la maison, le refermer soigneusement derrière lui, puis se rendre à la boulangerie an de choisir entre des milliers de baguettes, les pains qui feraient plaisir à ses parents. Pour Danon, tous les pains se valaient. Mais ce n’était pas l’avis de son père et de sa mère qui disaient qu’un bon pain était un pain croustillant et encore un peu chaud, au moment où on le ramenait à la maison. Les yeux parfois encore pleins de sommeil, il devait affronter l’air frais du petit matin, entendre quelques coqs chanter des refrains répétitifs et subir les aboiements ennuyeux de Flèche, le chien grincheux des voisins. Le chemin qui menait à la boulangerie était tout,sauf celui de la gloire. Alors que, dans ses rêves, Danon était acclamé par des milliers de supporters et d’admira-teurs, personne, dans la vraie vie, ne semblait vraiment lui prêter attention, lorsqu’il se rendait à la boulangerie.
Les rares hommes qui circulaient aux premières heures du jour se lançaient à toute allure vers les taxis communaux et les autobus. C’étaient généralement de jeunes étudiants allant à l’assaut des moyens de transport, écouteurs scotchés aux oreilles, portant même quelquefois sur la tête une capuche, comme pour mieux se couper de tout contact avec les autres passants. En plus du pain qu’il devait chaque matin rapporter, Danon devait aussi laver la voiture de son père. C’était une vieille automobile qui traînait chaque soir de la boue à ses roues et cette vase se retrouvait parfois aux ancs des portières du véhicule. Danon devait se saisir d’un seau d’eau et d’une éponge et faire briller la voiture comme une perle. Encore si la corvée du jeune homme se limitait à cette seule tâche, il ne se serait pas plaint ! La charge que ses parents lui avaient conée était un peu plus compliquée. Laver la voiture signiait aussi nettoyer les quatre tapis de l’automobile. L’intérieur de la voiture n’étant pas très spacieux, Danon devait alors sortir chaque tapis du véhicule, le secouer pour en faire disparaître la poussière, le nettoyer, en y versant une menue quantité d’eau savonneuse, puis le rincer avec un chiffon imbibé d’eau claire.