Dieu ne repasse pas à Bethléem

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Français
216 pages
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Description

On a inventé les accords d'Oslo en 1993 pour accorder aux Palestiniens un semblant d'État, une espèce de Bantoustan sous la stricte surveillance de l'occupant sioniste. La zone industrielle de Bethléem, lancée conjointement en 2009 par la France et Israël, deux alliés indéfectibles, avait pour objectif d'alléger les souffrances économiques des Palestiniens, et ainsi renvoyer aux calendes grecques la création d'un véritable État palestinien. C'est l'objet de ce roman.

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Date de parution 01 janvier 2013
Nombre de lectures 6
EAN13 9782296515024
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

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Dieu ne repasse pas à Bethléem
Jacob COHENDieu ne repasse pas à Bethléem
Du même auteur
Les Noces du Commissaire, Le Fennec, Casablanca. Moi, Latifa S., L’Harmattan, Paris. Du Danger de monter sur la Terrasse, Tarik, Casablanca. L’espionne et le journaliste, L’Harmattan, Paris. Le Printemps des Sayanim, L’Harmattan, Paris. Le Destin des Sœurs Bennani-Smirès, Edilivre, Paris.
Pour contacter l’auteur :yacobous@yahoo.fr
© L'Harmattan, 20135-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-00656-7 EAN : 9782336006567
Le PrésidentNicolas Sarkozya nomméValérie Hoffenberg,présidente del’American Jewish Committiee France, « représentante spéciale de la France pour la dimension économique, culturelle, commerciale, éducative et environnementale du processus de paix au Proche-Orient ». Valérie Hoffenberga participé à Bethléem à la création d’un parc industriel réunissant entreprises publiques et privées. « Le développement économique est une composante essentielle du processus de paix dans la région », indiqueNicolas Sarkozy. C’est avec une certaine stupéfaction que nous apprenons la nomination par le président Nicolas Sarkozy de Valérie Hoffenberg comme « représentante spéciale de la France…. » Curieuse conception de « l’équilibre » que de nommer pour une telle mission la directrice d’une organisation qui se targue d’être engagée aux côtés de la puissance occupante et qui se félicite de mobiliser pour « soutenir l’Etat d’Israël». Communiqué de l’Association France Palestine Solidarité(AFPS).
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Brigitte Silberstein ressemblait à cette femme politique américaine qui, tout le temps qu’avait duré la campagne présidentielle, avait plaqué sur son visage un sourire radieux, la bouche grande ouverte, une dentition de star hollywoodienne, qui avait fait le bonheur des caricaturistes mais ne l’avait pas aidée à l’emporter. À l’observer sur les écrans de télévision, on se demandait comment elle pouvait refermer la bouche et retrouver une position normale. Et si les mâchoires se bloquaient ? S’était-elle entraînée devant la glace ou avec un coach ? La ressemblance s’arrêtait là. Physiquement d’abord, Brigitte Silberstein était brune, mince et élancée, avec une chevelure noire abondante, et nettement plus jeune. Et puis elle n’était pas en campagne. Encore que ! Lorsqu’elle se trouvait en réunion pour défendre Israël, Silberstein se donnait corps et âme, dans un élan d’exaltation qui la transfigurait. Cela se faisait peut-être à son insu – l’idée l’aurait plutôt choquée – mais tout son être, et son sourire, exhalaient une séduction quasi agressive. Il est vrai que les occasions de se retrouver entre soi, c’est-à-dire entre coreligionnaires, et mieux encore, entre gens dont le cœur battait à l’unisson avec celui de l’État juif, et dont l’idéal était de le soutenir contre vents et marées, ne s’offraient pas au quotidien. Car dans la vie professionnelle, ou si on voulait légitimement s’informer, des propos blessants se faisaient entendre, une distorsion de la vérité manifestement encouragée par des milieux qui retrouvaient une vigueur judéophobe, sous couvert de critiques anti-israéliennes. La porte capitonnée s’ouvrit d’un coup, et le visage du maire apparut dans l’entrebâillement. Brigitte lui ouvrit les bras, prête à se donner. Ce qu’une lecture superficielle laisserait induire. Comme à son habitude, le maire était d’une élégance classique irréprochable. Costume bleu, chemise et cravate assorties. Des cheveux grisonnants légèrement ondulés. Ses yeux bleus souriaient. Rassuré de ne pas déranger – les
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participants étaient encore éparpillés – il alla d’abord vers Brigitte, l’embrassa affectueusement, puis lança en guise de bienvenue : - J’espère que vous serez bien ici. Personne ne vous dérangera. J’ai commandé des boissons et des gâteaux. Mon secrétariat est à votre disposition. Brigitte connaît bien la maison. Enfin, soyez comme chez vous ! D’ailleurs j’ai fait décorer la salle pour vous. Il fit un clin d’œil complice vers le décorum. Une attention amicale, et tout à fait appropriée. Sous le portrait officiel du président de la République, deux drapeaux bleu et blanc frappés de l’étoile de David encadraient ceux de la France et de l’Europe. Le bonheur des participants fit un bond sur l’échelle des émotions sionistes. Apercevant une dame assise dignement, les traits apaisés, et le sourire subtil, Klaus Croasgun se précipita vers elle, lui prit la main et fit mine de la baiser, puis l’embrassa sur les joues. - Ma chère Simone ! Vous êtes ravissante. Et dans une forme splendide. Je suis si heureux de vous voir ! Et cela me donne l’opportunité de vous répéter que notre Mairie reste à votre entière disposition. La WIZO est ici chez elle. - Comme le Bnaï Brit d’ailleurs ! poursuivit le maire sur le même ton en croisant le regard de Richard Goldman. Les deux hommes échangèrent une poignée de main virile. Laissant le maire à ses salutations, Brigitte Silberstein se tourna vers son voisin, un homme proche de la quarantaine, discret, portant des lunettes rondes, tout à fait le style de l’intellectuel américain des années soixante. th - He is the mayor of the district. The 16 district. One of the richest in Paris. A great friend of Israel. We hold a lot of meetings in this building. - Ah! Vous avez un invité anglophone? - Oui. Je te présente Jonathan Spector. Responsable de l’American Jewish Committee à Washington. Il fait la tournée des principales organisations juives européennes. - Oh, welcome ! I am very happy to meet you, dit le maire avec un terrible accent. Il hésitait à aller plus loin. Mais son regard, son sourire, ses gestes, tout chez lui dénotait une sympathie débordante.
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- Mes amis, dit-il en retournant par la porte capitonnée, je vous souhaite une bonne réunion. Et n’oubliez pas ! Tout ici est à votre disposition. - Nice guy ! s’exclama l’Américain. Is he jewish ? - Non! Pas du tout! Mais il est bien mieux que beaucoup de juifs. La porte principale s’ouvrit en grand, et un employé déposa sur une table de service des boissons fraîches et chaudes, et un assortiment de gâteaux. - Quel homme délicat ! s’extasia Simone Wisemann. Elle sirotait un jus d’orange. Elégante et droite dans son tailleur Chanel. Yeux clairs. La peau du visage étonnamment lisse. - Et si proche de nous ! renchérit Richard Goldman. Si attentif à nos préoccupations. Une perle rare dans le monde d’aujourd’hui. - Lui au moins ne s’embarrasse pas de salamalecs. Droit au but. C’est un plaisir de l’entendre sur nos radios. Les terroristes d’un côté. La civilisation judéo-chrétienne de l’autre. Israël est aux avant-postes pour la défense du monde libre. Tout ce qu’il fait est juste et légitime. Joseph Tarbouche se tenait dans une position de défi. Et comme pour le souligner davantage, il alluma le cigare qu’il triturait depuis quelques minutes. - Bien ! Si on s’installait ! lança Brigitte. Le ton amical mais ferme eut un effet immédiat. Les mouvements autour de la table se précisèrent. Son sourire s’effaça comme par enchantement, laissant place à une moue désapprobatrice dont on devinait le destinataire insouciant qui goûtait immensément son cigare. Unis dans la même foi, et bien que venant d’horizons divers, les participants ne pouvaient se permettre des divergences fratricides, mais certains esprits qui se voulaient éclairés, rechignaient à s’embarquer dans une vision manichéenne, au moins sur la forme, et espéraient, grâce à des formules équilibrées, lénifiantes, se placer dans le camp de la paix et de la justice, des vertus qu’ils s’attribuaient naturellement et dont leurs ennemis étaient dépourvus.
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