Échos de femmes

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152 pages
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La porte d’entrée était entrouverte et pressée d’échapper à la pluie, j’ai posé le vélo contre un mur, puis ai couru pour me réfugier dans mon salon. Et sur quoi suis-je tomée à votre avis ? Mon mari en plein ébats sexuels avec ma bonne, âgée d’à peine quinze ans, dans mon canapé ! Dagobert étant docker, a des heures flexibles ; et normalement, il devrait se trouver au Port autonome de Cotonou, à faire des déchargements. Les deux amants étaient tellement transportés ailleurs qu’ils n’avaient pas remarqué ma présence. Choquée, je sortis chercher un seau d’eau que je versai sur les traitres enlacés. Ils se détachèrent précipitamment, ébaubis, outrés, évidemment en tenue d’Eve pour l’une et d’Adam pour l’autre. Loin d’avoir honte de leur trahison et de faire profil bas, ils se sont jetés sur moi avec une hargne mortelle.

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Date de parution 01 janvier 2018
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EAN13 9789991981666
Langue Français

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échos de femmes
Sirénou rythmait ses pas au son des tambours Les Frères Guèdèhounguè
Sophie Adonon
échosdefemmes
Nouvelles
© Les éditions Savane ISBN : 978-99919-816-6-6 Couverture : Les éditions Savane
ImbroglIo tropIcal
I
— Nous avons rÉussi ! Les deux passeports français sont inattaquables, car ils sont authentiques. Heureuse-ment que tu as envisagÉ cette possibilitÉ pour parfaire notre projet. — Toi qui es passÉ de Cossi à dÉsormais Sosthène Akan, tu n’aurais pas cru cela de moi, n’est-ce pas ? Je n’Étais pour toi que l’idiot du village. Pour ta gouverne, j’ai un cerveau digne d’un ordinateur. — Je te l’accorde, Gaston. Qui aurait envisagÉ de re-courir à la bassesse d’un croque-mort pour s’acheter des sauf-conduits, à part toi ? Le cynique avait dÉpouillÉ les ca-davres de deux touristes, des Français d’origine ivoirienne qui ont pÉri dans un accident de voiture. Ce fossoyeur qui est en charge de les dÉshabiller a pris soin de leur faire les poches. En plus de monnaie sonnante et trÉbuchante, il a gardÉ pour lui leurs passeports français. Pour les Blancs, tous les Noirs se ressemblent. Nous n’avons donc pas besoin de changer les photos sur les documents. Grâce à sa fourberie, nous voilà n prêts pour partir à l’aventure.
7
Imbroglio tropical
— Nous ne serions pas en partance pour la France sans la vente du champ de mon père. — Quel champ as-tu vendu ? — Mais celui qu’il me destinait, le champ de coton à Zoungoudo. — Est-il au moins informÉ de cette transaction ? — Bien sûr que non ! étant illettrÉ, il a signÉ la convention sans trop savoir de quoi il s’agissait. Lorsqu’il s’en apercevra, nous serons dÉjà loin. Et comme je suis son chouchou, il me pardonnera. Là-bas, loin de Sin-houÉ, je serai très riche. Ainsi, je me rachèterai en lui envoyant de grosses sommes. — Crois-tu que nous nous habituerons à la vie en France, loin du euve Couffo, de notre vie campagnar-de paisible, de notre famille et de nos amis ? — Moi, énangnon alias Gaston Kouassi, loin de la misère, c’est sûr que je serai comme un poisson dans l’eau. Nous Épouserons, beaux que nous sommes, des femmesyovostrès riches, aux cheveux couleur barbe de maïs, avec des yeux bleu turquoise. — Je m’offrirai des costumes comme monsieur le maire. À moi les belles villas... — La nourriture de ma maman me manquera. Mais tu as raison de me faire miroiter tous ces rêves. J’y arrive-rai. Comment vas-tu te procurer ton billet d’avion, toi ? — Ma mère vient de ramasser sa tontine et elle me soutient dans cette entreprise.
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Sophie Adonon
II
Deux mois plus tard. Munis de leurs vrais-faux passeports, les deux cam-pagnards partis de leur village natal SinhouÉ baignÉ par le euve Couffo, atterrirent dès potron-minet à l’aéro-port de Paris, Roissy-Charles-de-Gaulle. Le gigantisme des lieux, leur beauté et leur modernité leur rent tour-ner la tête. N’eût été Darryl, l’accompagnateur, le plus que parisien BÉninois recommandÉ par le croque-mort, les deux ruraux se seraient fait remarquer. N’importe quel policier aurait compris que les primo-arrivants n’avaient effectivement jamais mis les pieds en Europe, nonobstant leurs passeports français en règle. — Sosthène, arrête donc de patiner. Nous gênons le passage. Pose ton pied sur la première marche. Cela s’ap-pelle un Escalator. Tout l’aÉroport de Roissy en est dotÉ. — Je ne peux pas. J’ai trop peur de la machine mon-tante. Je risque de perdre l’Équilibre. — Tu veux vivre en France, non ? Commence par t’accoutumer à sa technologie, ironisa le guide. PÉremptoirement, Darryl poussa Sosthène sur l’es-calier mÉcanique. Celui-ci se cramponna à la rampe, la peur au ventre, et se vit grimper. Quant à Gaston qui ne fut pas mieux loti, il alla au front, ravalant sa terreur.
À la suite des formalitÉs et après avoir rÉcupÉrÉ les bagages, les trois acolytes se fondirent dans Paris, un jour de chaleur.
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Imbroglio tropical
— Les gars, vous en avez de la chance ! Nous som-mes en saison estivale. Comme vous pouvez le noter, au mois d’août, il fait plus chaud à Paris le matin qu’à Cotonou. Pour ce motif, l’Épreuve des mÉtros vous sera encore plus difcile. — épreuve des mÉtros ? Chesa quo ? — Cher Sosthène, le mÉtropolitain, ayant pour apo-cope « mÉtro », est un vÉhicule souterrain. Si tu prÉfè-res, un train qui roule sous terre. — Jamais je n’emprunterai un tel engin. Je suis vivant et compte le rester. Je n’irai sous terre qu’à ma mort. — Idiot ! intervint Gaston. Nous ne serons pas en-terrÉs. J’ai dÉjà vu des mÉtros dans des ouvrages. Ce n’est qu’un moyen de locomotion.
ArrivÉ à la station Mairie de Montreuil, le trio sortit. — Nous sommes à Montreuil, dans le dÉpartement de Seine-Saint-Denis. J’habite avenue Walwein. Comme en-tendu, je vous hÉbergerai pendant un trimestre. Vu la com-pensation que vous m’avez versÉe, je pourrai vous rendre ce service, le temps pour vous de trouver un emploi. — Cela nous convient, rÉtorquèrent-ils en chœur. Ainsi dÉbuta pour Cossi alias Sosthène et énangnon alias Gaston leur nouvelle vie française, en tant que Français. Ils s’inscrivirent au Pôle emploi et dÉclarèrent vivre en colocation.
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