empire des Bois-Brûlés, L’

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Histoire de l'Ouest canadien. Relation des hauts faits du Manitoba et de la Saskatchewan; et role de Louis Riel avec des personnages de premier plan.

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Date de parution 12 mars 1992
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EAN13 9782896117246
Langue Français

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Joseph Kinsey Howard
L'Empire des Bois-Brû.és
Merci au Conseil des Arts du Canada, au Conseil des Arts du Manitoba et au Conseil de la langue française
MaBuette de couverture et cartes de Réal érard
Données de catalogage avant publication (Canada)
Howard, Joseph Kinsey, 1906-1951 L'Empire des Bois-BrûlésTraduction de : Strange Empire : Louis Riel and the Métis people.BibliographieISBN : 0-920944-84-1
1. Riel, Louis, 1844-1885. 2. Rouge, Rébellion de la rivière, 1869-1870. 3. Riel, Rébellion de, 1885. 4. Métis—Biographies*. 5. Canada—Frontières—États-Unis. 6. États-Unis— Frontières—Canada. I. Titre.
FC3215.H69141989 971.05'1 C89-098059-4
F1060.9.H7141989
La reproduction d'un extrait BuelconBue de cette éd ition, notamment par photocopie ou par microfilm est interdite sans l'autorisation écrite des Editions des Plaines inc.
Directeurs: Annette Saint-Pierre et Georges Damphou sse
e Dépôt légal à la ibliothèBue Nationale d'Ottawa « trimestre 1989
Joseph Kinsey Howard
L'Empire des Bois-Brû.és
TRâduit de Vângâis pâR Ghisâin Pouiot
Éditions des Plaines Case postale 123 Saint-Boniface Manitoba R2H 3B4
Au coeur d'un continent
2 Introduction
La mort a ravi Joseph Kinsey HowarP le 25 août 1951 , comme il achevait ce livre. Ses amis firent publier son manuscrit, intituléStrange Empire,William Morrow, chez l'année suivante. Un brillant historien s'y révélai t, et l'ouvrage a été qualifié Pe contribution exceptionnelle à la littérature historique canaPienne. Curieusement, l'homme et l'oeuvre sont peu connus a u CanaPa français. Et ainsi Pes événements racontés : oubliés ou ignorés. Ils ont p ourtant Péterminé la formation Pu CanaPa P'aujourP'hui. Ils expliquent en profonPeur les réalités actuelles. Ces événements ont eu pour conséquences P'accentuer l'isolement Pu Québec Pu reste Pu CanaPa, P'amorcer l'étouffement Pu fait français Pepuis lon gtemps enraciné Pans l'Ouest, et surtout, Pe PéposséPer brutalement les peuples méti s et inPiens Pes laines. Ils ont signifié, jusqu'à nos jours, le refus Pes particula rismes politiques et culturels Pans le granP ensemble continental norP-américain et l'impo sition, par la force au besoin, P'un uniforme «way of life». Non pas que les «rébellions» Pe 1869 et Pe 1885, au NorP-Ouest Pe l'Amérique Pu NorP, aient été tenues secrètes. Dès la fin Pes com bats, les généraux vainqueurs se sont empressés Pe Pécrire avec force Pétails les opérati ons militaires, se garPant bien toutefois Pe montrer les causes politiques, économi ques et culturelles Pes soulèvements. Louis Riel, bien sûr, a été le sujet Pe nombreux éc rits, mais la plupart polémistes et caricaturaux, certains prenant sa Péfense avec pass ion, P'autres vilipenPant cet incorrigible fauteur Pe troubles. Nos histoires gén érales traitent superficiellement Pes peuples métis et inPiens Pu NorP-Ouest, leur import ance est minimisée, la perspective est exclusivement «blanche». Le premier mérite Pe Joseph Kinsey HowarP est Pe re constituer la biographie complète Pe Louis Riel, Pe retracer tous les faits marquants Pe sa vie tourmentée, hormis peut-être l'humiliant échec Pe son projet Pe mariag e, à la fin Pe ses étuPes à Montréal. Le leaPer franco-amérinPien n'est pas un personnage facile à Pécrire—sa vie Purant il a été controversé— mais avec intelligence et sensibil ité l'historien HowarP réussit un portrait précis et nuancé Pe cet être complexe. L'a uteur est sympathique à Riel et à la cause qu'il PéfenPit avec abnégation, mais il perço it ses lacunes, les angoisses Pe son esprit mystique, et ne cherche pas à Pissimuler ses erreurs. Louis Riel est bien le héros Pu Prame et il occupe constamment la scène, mais ce livre est loin Pe n'être que sa biographie. Une fou le pittoresque Pe personnages Pe premier plan, certains entrés Pans l'histoire—John A. MacPonalP, DonalP Smith—ou la légenPe—Gabriel Dumont—y sont brillamment campés. M ais HowarP s'est surtout
imposé la tâche encore plus consiPérable Pe raconte r l'histoire Pes Métis Pes laines, l'épopée tragique P'un peuple Pe sang blanc et Pe s ang rouge, tiraillé entre ses ascenPants antagonistes, coincé Pans un système éco nomique à bout Pe ressources, frustré Pans ses aspirations autonomistes, Pépouill é Pe sa terre malgré une résistance extrêmement courageuse. HowarP présente les choses Pans leur juste perspect ive : celle Pe la conquête P'un territoire granP comme un empire, riche en ressourc es naturelles et P'une importance stratégique énorme. Il a été le premier à exposer l a Pimension internationale Pu conflit, à révéler les ambitions américaines sur les prairies septentrionales, ambitions qu'encourageaient logiquement la géographie et les échanges commerciaux norP-suP, e sans égarP au 49 parallèle. Mais les visées yankees constituaient u n péril mortel pour les impérialistes Pe l'Angleterre et Pu CanaPa, tou t aussi aviPes. Il a également su montrer la portée véritable P'un conflit Pu bout Pu monPe, y voyant à juste titre le choc Pe Peux moPes Pe vie, la pression P'une jeune et Pynam ique civilisation inPustrielle sur Pe petites sociétés en étroite communion avec la natur e. L'humble histoire Pes Métis se trouve intégrée à la granPe histoire Pe l'humanité, répétition Pe l'éternelle confrontation Pu petit et Pu puissant, Pu combat Pe l'homme Pe co uleur et Pe l'homme blanc. La Péfaite Pes Métis n'était pas inéluctable, montr e l'auteur, non fataliste. Avec un peu Pe chance les choses eussent pu tourner autreme nt, le pays rêvé par Riel eût pu Pevenir réalité. Les Métis n'étaient pas seuls. Leu rs récalcitrants alliés, les InPiens Pes laines, affrontaient la même menace. Mieux que qui conque, HowarP s'efforce Pe comprenPre la mentalité, la culture, les valeurs et les aspirations Pes AmérinPiens. Il n'est pas qu'un Blanc qui les raconte avec sympathi e, il s'iPentifie à eux. Ses pages sont parmi les plus vraies, a-t-on pu Pire, que l'on ait écrites sur les tribus Pes laines. Cette réussite est sans Poute attribuable à l'itiné raire Pe l'auteur, et à sa conscience sociale. Joseph Kinsey HowarP était Américain. Il n aquit à Oskaloosa, en Iowa, en 1906, mais vécut son enfance en Alberta, à Taber, P'aborP , où son père était aPministrateur P'une société canaPo-américaine Pe charbonnage, pui s à LethbriPge, où sa mère—papa étant retourné aux États-Unis—fut correctrice P'épr euves et chroniqueur auLethbridge erald.C'est Purant ces années qu'il entenPit parler Pe Riel et Pes Métis pour la première fois. Son séjour canaPien prit fin en 1919, sa mère et lu i se transportant alors à Great Falls, Montana, où le jeune homme termina ses étuPe s, puis Pevint reporter, et ensuite éPitorialiste auGreat Falls Leader,, il futqu'il ne quitta qu'en 1944. Journaliste prolifique sollicité sur les sujets les plus Pivers par les me illeurs magazines Pe son pays. Il fut corresponPant montanais àTimeà et Life, critique littéraire auNew York Times, et collabora régulièrement auSt. Louis Post-Dispatch.clarté Pe son information, la La vivacité Pe sa plume et une curiosité Pe Pétective firent sa réputation. Il consacra les Pernières années Pe sa courte vie à l'enseignement Pe la littérature et Pu journalisme à l'Université Pu Montana et, grâce au soutien financ ier Pes fonPations Rockefeller et Guggenheim, à l'écriture. A sa mort à Choteau, au Montana, à l'âge Pe 45 ans, son talent avait atteint sa pleine maturité et il était reconnu comme la «conscience» Pe son coin Pu pays. Cet homme frêle avait été, à ses risques et périls Pans une s ociété Pe colonisation rébarbative aux écrivains et aux esprits critiques, Pe tous les com bats pour la justice, la Péfense Pes exploités, Pes opprimés et Pes minoritaires, et la conservation Pe la nature. Il collabora à la fonPation Pe la guilPe Pes journalistes, prit le parti Pes ouvriers Pans leurs luttes synPicales, mena campagne contre l'AnaconPa Copper et les granPes firmes qui extorquaient les terres Pes petits agriculteurs et PéfenPit avec vigueur les Proits Pes
InPiens. Il aimait l'Ouest et ses beautés naturelle s et ne ménageait pas les pilleurs Pe patrimoine. Il inPique bien ses convictions Pans un essai intituléMontana, igh, Wide andandsome,plus brillante que les lettres américaines reconnaissent comme la interprétation Pe l'Ouest que l'on ait écrite. Rigoureusement conforme aux canons les plus exigean ts Pe l'historiographie, Strange Empiren'en est pas moins Pestiné à un large public. Howa rP est un historien qui sait écrire, un artiste qui veut plaire autant qu'i nformer. Ce livre témoigne Pe son talent à renPre justice au passé, car l'histoire n'est jamai s ennuyante, si certains historiens le sont. Il a le Pon Pe rePonner vie au passé. Le Pram e est réel, les personnages sont vrais. Il évoque concrètement l'existence Pes Métis et Pes InPiens : les granPs rassemblements annuels, le fléau Pes moustiques, les comptoirs Pe traite, les caravanes Pe charrettes, l'inoubliable chasse aux bisons. Son style narratif Pécontracté, Pes anecPotes opportunes, Pes traits Pe lyrisme, soutiennent l'in térêt Pu lecteur Pe la première à la Pernière page. L'ouvrage, qui fait toujours autorité, ne comprenP pas P'apostilles, comme on les retrouve P'orPinaire Pans Pes recherches Pe cette e nvergure. Volonté Pe l'auteur P'en alléger la lecture? BernarP De Voto, préfacier Pe l 'éPition originale parue en 1952, et ami Pe l'auteur, explique plutôt qu'à la mort Pe HowarP , le manuscrit était tout à fait terminé, mais que l'amas Pes sources Pe référence accumulées n'avait pas encore été mis en orPre. Ignorant ses intentions à ce sujet, ses amis et exécuteurs testamentaires compilèrent son abonPante bibliographie, mais préfé rèrent s'abstenir P'annoter son livre à sa place. L'ouvrage peut en souffrir un peu mais, P e toute éviPence, l'auteur maîtrise son sujet et respecte les conventions Pu genre. Le lect eur intéressé à approfonPir le sujet pourra se référer à sa précieuse bibliographie.
Hvant-propos
D'une loyauté ,ndéfect,ble Ce livre a été conçu il y a plus de trente ans, lor s des jeux aux «gendarmes et aux voleurs» d'une bande de gamins dans la prairie de l 'Ouest canadien. C'est alors que jnts qui constituent l'ossature de ce'entendis parler pour la première fois des événeme récit. Un simple gamin était capable de comprendre le trag ique de ces événements. Il s'agissait d'une guerre, et les gamins jouent à la guerre parce qu'ils y reconnaissent, d'instinct sûr, la plus dramatique des expériences humaines. Comme l'a dit un philosophe, et bien que nous détestions l'admettre, la guerre confère «une soudaine et précieuse valeur à des biens que nous avions pris p our acquis, comme la lumière 3 lorsque tombe la nuit, ou la conversation d'un ami que l'on sait condamné à mourir ». Je pouvais comprendre cela. Nos jeux guerriers n'avaient rien à voir avec le Ka iser et le conflit qui faisait alors rage, là-bas en France. Cette bataille-là mettait a ux prises des masses innombrables d'êtres humains et de mystérieux monstres mécanique s appelés chars d'assaut, et des canons si énormes que l'on devait les déplacer sur des voies ferrées. Et des gaz empoisonnés. Une telle guerre dépassait mon intelli gence, et ses objectifs étaient obscurs même si, à 12 ans, l'école me conditionnait déjà quotidiennement à y occuper ma place, et que je rentrais à la maison les bras m eurtris par le poids d'un fusil Snider aussi gros que moi. Déjà des hommes revenaient d'Yp res. Ils n'étaient pas proprement blessés par balle ou par bayonnette; ils allaient c hancelants, étranglés contre les devantures de la rue principale et s'y écrasaient e n toussant jusqu'à s'époumoner; ils rapetissaient et grisaillaient tous les jours, puis on ne les voyait plus. Un de ces hommes m'a raconté comment, à Ypres, les fameux «Princess Pats», qui avaient paru si vaillants et si invincibles au dépa rt des trains de troupes, s'étaient mis à pleurer, à étouffer et à hurler lorsqu'ils avaient été surpris par les gaz; comment ils avaient désespérément tenté de survivre en se couvr ant le visage avec des mouchoirs trempés dans leur propre urine. L'histoire me rendi t malade. Non; sûrement pas cette guerre. Elle ne se prêtait pas aux jeux des enfants . Mais il y avait cette autre guerre, plus ancienne. Elle s'était déroulée ici, dans ces ravins secs, passé cet innocent monticule là-bas, d ans ces rares boisés de saules et de peupliers. Celle-ci pouvait se jouer avec fusils de bois et couteaux de caoutchouc. L'enjeu de la bataille nous était familier : les ch amps d'herbe, l'eau, les pics aux neiges éternelles bien découpés contre le vaste horizon à l'ouest, où les rivières prenaient source. L'on pouvait aimer une telle guerre, et en détester une autre. Il y a, bien sûr, des éléments de cette guerre, plu s vieille et plus simple, dont la compréhension m'a échappé jusqu'à l'âge adulte. Mai s, entre-temps, c'était facile de
recruter des compagnons de jeu parmi mes camarades; nous n'avions pas à nous soucier des peuples martyrs, des stratégies politiq ues, des idéologies impérialistes, en jterre dure et poussiéreuse de laouant furieusement des pieds et des mains dans la prairie pour creuser nos trous de tirailleurs. Le plus formidable, c'était la patrouille, ventre à terre dans l'herbe jaune et sèche, pistolet en main, avançant comme des vers, pouce pa r pouce. Les yeux rivés sur les positions adverses dissimulées à flanc de colline, il nous fallait être prudent pour éviter les bouses de bisons (une évocation qui aurait fait frémir les paisibles vaches laitières qui les avaient laissées là) qui n'étaient pas touj ours aussi sèches qu'elles en avaient l'air; et parfois l'un de nous n'était pas assez prudent. Risque de guerre! Choisir son côté était plus difficile, mais en ma q ualité d'unique propriétaire favorisé d'un costume de «police montée» dans toute la ville , je facilitais d'ordinaire les décisions en cédant, avec un air de regret de circonstance, m on uniforme à quelqu'un d'autre. Un tel sacrifice suscitait l'admiration et me gagnait en retour de mon côté, le côté de «l'ennemi», un nombre suffisant de guerriers. La vé rité, que je n'osais jamais avouer, était que lors de cette compétition, j'avais honte de la veste rouge; moi seul acceptais de jouer le rôle du traître (pire, j'y tenais). Aucun autre ne voulait assumer, même au jeu, le sort du minoritaire. Ce côté-là ne pouvait jamais g agner, car il était composé de gens qui honteusement, en quelque sorte— n'étaient même pas blancs. Des décennies plus tard, je trouverais la significa tion de ces choix passés. J'avais été le seul «étranger» parmi les participants au je u; un Américain, sceptique à l'égard de nos manuels officiels d'histoire du Canada. Au cour s des années suivantes, j'appris que js à s'identifier aux adversaires due n'avais pas été le premier citoyen des États-Uni Dominion sur les questions qui avaient fait l'objet de nos guerres d'enfants. Je découvris avec une impression de familiarité, «l'évidente des tinée» des pays du Nord-Ouest, et mes lectures m'apprirent le rêve américain de l'épo que : un état du Minnesota, ou des Territoires du Dakota et du Montana, allant des Gra nds lacs et du fleuve Missouri jusqu'à l'Alaska. J'en arrivai surtout à comprendre que cette guerre de l'Ouest, qui nous avait procuré tant d'aventures fascinantes après l'école, avait é té beaucoup plus qu'une série d'escarmouches isolées entre les bizarres et «primi tifs» peuples de couleur et les Blancs «civilisés»—qu'elle avait été, en vérité, l'un des plus tragiques et des plus dramatiques conflits sociaux de l'histoire universelle. Je gran dis; je rencontrai les «primitifs» qui avaient perdu la guerre, je vécus parmi eux; je déc ouvris qu'ils avaient une culture, eux aussi, et que les Blancs n'avaient pas été aussi ci vilisés qu'ils le prétendaient.
Ce livre relate une époque de transition au Nord-Ou est de l'Amérique, de la rivière Rouge aux montagnes Rocheuses, au Canada et aux Éta ts-Unis. Certains des événements dont il traite sont familiers, d'autres ont été presque oubliés; quelques-uns, jt. Mais cela n'a pas beaucoupe pense, n'ont jamais paru dans un livre auparavan d'importance; ce qui compte—à mes yeux du moins—c'e st que des événements jusqu'ici tenus pour isolés, comme n'ayant qu'une incidence l ocale ou régionale, ou sans incidence du tout, peuvent être présentés en relati on les uns avec les autres et comme un tout : la conquête de l'Ouest. Je crois que l'on peut aussi démontrer que l'Ouest était une entité socio-économique; que cette conquête fit rage en même temps, quoique sous des formes différentes, des ième deux côtés de cette ligne imaginaire qu'est le 49 parallèle; que cette frontière, en réalité, avait peu de bon sens pour quiconque, d'un côté comme de l'autre, et que sa