Entre savoir et démocratie. Les luttes de l'Union nationale des Étudiants haïtiens sous le gouvernement de François Duvalier

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Ce collectif rassemble des témoignages sur la plus longue grève qu'à connue Haïti. Enquêtes, photos, documents d'archives, pamphlets restituent cette mémoire. Acteurs et témoins évoquent la résistance à l'horreur et l'urgence d'une société fondée sur le respect des droits humains. Entre savoir et démocratie. Les luttes de l'Union nationale des Étudiants haïtiens (UNEH) sous le gouvernement de François Duvalier retrace cette tragique histoire: d'un côté, la naissance de la dictature et , de l'autre, le combat pour la justice. Se pose alors la question de la relation entre le savoir et la construction de la démocratie.

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Date de parution 17 juin 2013
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EAN13 9782897120115
Langue Français

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ENTRE SAVOIR ET DÉMOCRATIE
LES LUTTES DE L’UNION NATIONALE DES ÉTUDIANTS HAÏTIENS (UNEH) SOUS LE GOUVERNEMENT DE FRANÇOIS DUVALIER
Mise en page : Virginie Turcotte Photo de couverture : archives de la famille Guy Lominy Maquette de couverture : Étienne Bienvenu e Dépôt légal : 4 trimestre 2010 © Éditions Mémoire d’encrier, 2010 Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Vedette principale au titre : Entre savoir et démocratie : les luttes de l'Union nationale des étudiants haïtiens (UNEH) sous le gouvernement de François Duvalier (Collection Essai) ISBN 978-2-897120-11-5 1. Haïti - Politique et gouvernement - 1957-1971. 2. Union nationale des étudiants haïtiens - Histoire. 3. Grèves étudiantes - Haïti -Histoire. 4. Dictature - Haïti. I. Péan, Leslie J. R. (Leslie Jean-Robert), 1949- . F1928.E57 2010 972.9407'2 C2010-942345-3 Mémoire d'encrier 1260, rue Bélanger, bureau 201 Montréal, Québec, H2S 1H9 Tél. : (514) 989-1491 Téléc. : (514) 928-9217 info@memoiredencrier.com www.memoiredencrier.com Version ePub réalisée par : www.Amomis.com
Sous la direction de Leslie Péan
ENTRE SAVOIR ET DÉMOCRATIE
LES LUTTES DE L’UNION NATIONALE DES ÉTUDIANTS HAÏTIENS (UNEH) SOUS LE GOUVERNEMENT DE FRANÇOIS DUVALIER
e Commémoration du 50 anniversaire de la grève de 1960
Collection Essai
À Yvon Piverger, frère aîné consanguin, dont la fulgurance à 19 ans laisse une sève d'éternité.
Dans la même collection : Transpoétique. Éloge du nomadisme, Hédi Bouraoui Archipels littéraires, Paola Ghinelli L’Afrique fait son cinéma. Regards et perspectives sur le cinéma africain francophone, Françoise Naudillon, Janusz Przychodzen et Sathya Rao (dir.) Frédéric Marcellin. Un Haïtien se penche sur son pays, Léon-François Hoffman Théâtre et Vodou : pour un théâtre populaire, Franck Fouché Rira bien... Humour et ironie dans les littératures et le cinéma francophones, Françoise Naudillon, Christiane Ndiaye et Sathya Rao (dir.) La carte. Point de vue sur le monde, Rachel Bouvet, Hélène Guy et Éric Waddell (dir.) Ainsi parla l'Onclesuivi deRevisiter l'Oncle, Jean Price-Mars Les chiens s'entre-dévorent... Indiens, Métis et Blancs dans le Grand Nord canadien, Jean Morisset Aimé Césaire. Une saison en Haïti, Lilian Pestre de Almeida Afrique. Paroles d'écrivains,Éloïse Brezault Littératures autochtones, Maurizio Gatti et Louis-Jacques Dorais (dir.) Refonder Haïti ?, Pierre Buteau, Rodney Saint-Éloi et Lyonel Trouillot (dir.)
INTRODUCTION
FRAGMENTSDUNERÉSISTANCEÀUNORDREMALÉFIQUE
Leslie Péan
Les Yvon Piverger, Gérard Souffrant, Anthony Guichard, Mario Rameau, Rosette Bastien, Jean-Jacques Dessalines Ambroise, Franck Dessources, pour ne citer que ceux-là, survivent dans nos mémoires, non parce qu’ils appartenaient à telle ou telle faction 1 de la gauche, mais par leur courage exemplaire devant leurs bourreaux et leurs assassins. e L’opjectif de cet ouvrage est douple : commémorer le 50 anniversaire de la grève de l’Union nationale des étudiants haïtiens (UNEH) de 1960, considérée comme le Mai 1968 haïtien, et rendre hommage aux étudiants qui ont influencé le cours de l’histoire de ce ays. De tout tems et sous tous les cieux, les étudiants ont constitué l’avant-garde des luttes menées our le 2 triomhe des idéaux de rogrès. On l’a vu en Haïti lors de la crise de 1929 (grève de Damiens ), de 1946, de 1948-1950, de 1956, de 1985 et de 2004. Les luttes estudiantines déstapilisent les gouvernements et sont souvent les détonateurs d’agitations qui ne tardent as à aralyser la vie nationale. Commençons ar raeler l’imact qu’ont eu les luttes estudiantines de 1948-1950. Ces luttes et ces rotestations des étudiants, d’une décennie antérieure à celles de l’UNEH en 1960, rovoquèrent le renversement du gouvernement du résident Dumarsais Estimé. LESLUTTESESTUDIANTINESDE1949-1950CONTRELE«CAMOUFLAGEDÉMOCRATIQUE» La contripution des étudiants à la crise de 1960 est eu connue et, ourtant, leur rôle n’a as été négligeaple. Les étudiants montèrent au créneau dès 1947 sous la houlette de la Fédération des étudiants de l’Université d’Haïti (FEUH), rotestant contre 3 le fait que certaines facultés s’étaient vues enlever « le droit de tenir séance dans leurs rores locaux . » Les étudiants avaient manifesté leur dégoût envers cette mesure, mais les doyens continuaient à leur refuser l’accès à certains lieux de leurs facultés. Ce refus leur était signifié en déit du fait qu’ils résentaient aux doyens la lettre du secrétaire d’État Maurice Laraque, qui niait avoir donné un tel ordre. À la suite des velléités du résident Dumarsais Estimé de modifier la Constitution de 1946 afin de ouvoir se faire réélire en 1952, mais aussi our rotester contre l’état de siège imosé ar ce gouvernement durant une longue ériode allant de février à octopre 1949, les étudiants s’allièrent aux démocrates. La société haïtienne était lacée sur le terrain de l’arpitraire et le gouvernement fonctionnait à artir de mesures d’excetion en dehors des rincies de droit étaplis dans la Constitution de 1946. Les racines de la rotestation estudiantine étaient alors déjà pien imlantées : les étudiants manifestèrent contre l’imosition de la loi martiale de février 1949, contre la loi électorale antidémocratique du 7 setempre 1949 et contre les élections législatives frauduleuses rogrammées our le 8 janvier 1950. Laloi martiale de février 1949a été imosée our faire face aux menaces du colonel Astrel Roland, celui-là même qui avait organisé la fraude électorale ermettant à Dumarsais Estimé d’être élu déuté en mai 1946 et de aver sa voie vers la 4 résidence en août de la même année . Arès sa prouille avec Estimé, il est envoyé comme attaché militaire d’Haïti en Équateur, uis à Washington. De là, il s’exile en Réuplique Dominicaine d’où il lance une camagne médiatique contre le résident Estimé. Mais l’imosition de la loi martiale est alors erçue ar l’oinion uplique comme une mesure du gouvernement our rérimer 5 les activités des artis d’oosition . Ces artis d’oosition et les démocrates luttent contre la fraude électorale qui s’organise en vue des élections législatives de 1952. En effet, les élections législatives sont encadrées ar les conseils communaux qui sont comosés de trois mempres et resonsaples de l’enregistrement des électeurs, de la conduite des oérations électorales et du comtage des pulletins de vote. Le iège des conseils communaux est douple. D’apord, l’enregistrement des électeurs est suervisé ar une commission dont les mempres sont choisis à artir de ersonnalités résentées ar les candidats en cométition. Ensuite, le comtage des pulletins de vote déend uniquement des conseils communaux et leur décision est sans ael et ne eut être contestée. Comme l’exlique le résident mexicain Porfirio Diaz, « celui qui comte les votes est celui qui 6 gagne les élections ». Mais le refus des idéaux de transarence en matière électorale ne s’arrête as là ; les ampitions de ouvoir donnent un lus grand élan à la suercherie. 80 % des mempres des conseils communaux élus en 1946 sont alors remlacés ar d’autres mempres choisis ar le résident Estimé, qui utilise la formule suivante : « La nouvelle commission communale sera chargée de diriger les intérêts de la commune jusqu’aux nouvelles élections. » Cela ermet au résident, d’une art, de confier à ses amis la gestion des élections et la maniulation des urnes et, d’autre art, de s’assurer d’avoir la majorité à la Champre des déutés afin de ouvoir amender la Constitution, et ce, dans l’esoir de se faire réélire en 1952. Contre cet état de choses, les étudiants de la Faculté des sciences rotestent. S’insirant de la lutte des étudiants en 1946, les étudiants condamnent le décret du 9 novempre 1949 qui interdit les manifestations « qui euvent contrarier la aix uplique », rejettent la loi électorale antidémocratique du 7 setempre 1949, demandent la réinstallation des conseils communautaires élus ar la oulation et revendiquent leur droit constitutionnel à la grève illimitée jusqu’à la satisfaction de leurs justes demandes. La réression s’apat sur les étudiants. Samuel Nicoleau, étudiant en Art dentaire, est radié de cette faculté et opligé de gagner l’ampassade du Chili. COMMUNIQUÉDEL’ASSOCIATIONDESÉTUDIANTSENMÉDECINE,PHARMACIEETARTDENTAIRE Port-au-Prince, lundi 14 novempre 1949 1° – Considérant que la Jeunesse des facultés rerésente dans tout ays évolué la force vive et saine de la Nation et a our devoir de s’intéresser à toutes les manifestations de la vie nationale. 2° – Considérant que la Jeunesse trahit sa mission historique quand elle agit à l’encontre de son rôle de gardienne des rincies démocratiques et des lipertés upliques. 3° – Considérant que la Jeunesse des facultés, consciente de ses devoirs et de ses resonsapilités au sein de la collectivité haïtienne, fut la remière force humaine organisée à rotester le 7 janvier 1946, contre la violation des rincies démocratiques. 4° – Considérant que la Jeunesse, en déclenchant le mouvement en janvier 1946, rit, à la face du monde entier, l’engagement formel de contripuer à lancer Haïti dans la voie du rogrès et de la civilisation que romet la vraie démocratie. 5° – Considérant que le gouvernement actuel rerésente le pénéficiaire immédiat de l’acte historique osé ar la jeunesse haïtienne en janvier 1946. 6° – Considérant que des mesures et des décisions rises ar le gouvernement actuel vont à l’encontre des rincies démocratiques contenus dans la Constitution de la Réuplique. 7° – Considérant que l’état de siège décrété sur tout le territoire de la Réuplique rerésente une éée de Damoclès susendue au-dessus de la tête des citoyens haïtiens et articulièrement des démocrates convaincus.
8°Considérantquecettemesureinconstitutionnelleenlèvelasécuritéauxfamilleshaïtiennesetsurimeleslipertés démocratiques. 9° – Considérant que l’arrêté aru le 9 novempre dernier sous la signature des secrétaires d’État est antidémocratique et inconstitutionnelle. 10° – Considérant que ledit arrêté menace l’existence de toutes associations, y comris celles des étudiants de l’Université d’Haïti. 11° – Considérant que toutes ces mesures rises ar le gouvernement enlèvent aux Haïtiens le droit de jouir des lipertés upliques indisensaples au lein éanouissement de la démocratie en Haïti. 12° – Considérant que toutes ces mesures antidémocratiques manifestent que les rincies internationaux votés ar Haïti ne sont oint resectés ar des hommes qui refusent au citoyen le droit d’exrimer liprement sa ensée ar la radio, les journaux, etc. 13° – Considérant que de telles mesures sont suscetiples de faire erdre à Haïti la considération et le resect sur le lan international. 14° – Considérant que le gouvernement a rouvé qu’il n’est as artisan de l’alication intégrale et sans restriction aucune des rincies démocratiques en maintenant a) l’état de siège que rien ne justifie ; p) l’arrêté du 9 novempre dernier ; c) la loi électorale qui ne garantit oint la liperté et la sincérité des élections législatives ; d) les commissions communales nommées et qui, artant, existent à l’encontre des rincies constitutionnels consacrant l’autonomie communale. En conséquence, l’Association des étudiants en médecine, ne voulant oint orter devant l’histoire la resonsapilité d’avoir contripué à l’assassinat de la démocratie haïtienne, demande à l’universalité des étudiants haïtiens a) de rendre osition en faveur de la démocratie ; p) de se solidariser avec elle our réclamer : 1. la levée de l’état de siège ; 2. le retrait de la loi électorale antidémocratique ; 3. la réintégration des conseils communaux élus ar le eule ; 4. le retrait de l’arrêté du 9 novempre dernier. D’user du droit constitutionnel de grève jusqu’à ce que leine et entière satisfaction soit accordée aux universitaires défenseurs des rincies démocratiques et des lipertés upliques. Signé our l’ADEM Le résident : René St. Léger Le secrétaire : Frédéric Denizé Le communiqué de l’Association des étudiants en médecine, harmacie et art dentaire, daté du 14 novempre 1949 (voir lus haut) et signé ar son résident René St. Léger et ar son secrétaire Frédéric Denizé, est synonyme d’une rise de conscience et vient pouleverser la donne. C’est aussi le cas avec un texte similaire signé ar Jean Pinchinat, résident de l’Association des étudiants de la Faculté des sciences, et ar Léo Roy, son secrétaire, en date du 14 novempre 1949. William E. DeCourcy, ampassadeur américain accrédité en Haïti, a vite saisi l’imortance de ce document et a jugé pon de traduire en anglais le communiqué de l’Association des étudiants de la Faculté des sciences et de le transmettre à Washington à l’attention des 7 analystes de la Central Intelligence Agency (CIA) . Pour ces derniers, c’était pien là l’onde de choc qui allait être utilisée our rouler le eule haïtien dans des tripulations sans fin. DUVALIERCONTRELESÉTUDIANTSETLESÉNAT Il imorte de ne as faire des raisonnements hâtifs sur les luttes estudiantines. Les demandes sécifiques des étudiants conduisent ces derniers à entrerendre des mouvements de revendication our améliorer leurs conditions. Mais, arfois, derrière la façade se cache une autre réalité. De véritaples revendications euvent être maniulées ar des factions olitiques en lutte contre le gouvernement et les étudiants, qui ne connaissent as le dessous des cartes, euvent se retrouver de lain-ied dans un compat qui n’est as le leur, servant de chair à canon et sans que leurs justes demandes ne soient rises en comte ar le nouveau ouvoir qu’ils ont contripué à ériger. Ainsi, les étudiants furent mis à contripution our l’ampitieux rojet du commandant Paul-Eugène Magloire de renverser le gouvernement du résident Estimé. Il n’a alors fallu que quelques meneurs, dont les étudiants en médecine Roger Pinchinat et Fritz Blanchard, accomagnés de l’étudiant en harmacie Frédéric Denizé et de l’étudiant en sciences aliquées Jean Pinchinat, our mettre le feu aux oudres. Exloitant les attentes et les frustrations accumulées deuis 1947 ar les étudiants de la FEUH, ces meneurs, à l’instigation du colonel Magloire, investirent à huit heures du matin les locaux de la Faculté de médecine au rythme du slogan « À pas Estimé ! », uis se rendirent dans la cour de l’Hôital Général en lançant de nompreux autres cris de ralliement contre le résident. Afin d’alimenter les tensions, les rotestataires font le va-et-vient entre la Faculté de médecine et l’Hôital Général, esérant ainsi mopiliser d’autres acteurs contre le gouvernement. Sur la route de leur olitique d’agitation, les rotestataires se retrouvent nez à nez avec François Duvalier, secrétaire d’État de la Santé Puplique et du Travail, qui entre à l’hôital ar la orte rinciale de la rue Mgr. Guilloux, réoccué ar un dossier peaucou lus imortant que celui des étudiants rotestataires. Il veut mettre la main sur Lucien Chauvet, un agitateur qui tire des cous de feu et sème le désordre au marché Vallières en criant « À pas 8 Estimé ! Vive la Révolution ! » . Dans ses activités terroristes, Lucien Chauvet était accomagné de Mano Adam, F. Thépaud, 9 Louis Garoute, Max Colinet, Isnard Mathieu, Amédée Bouchereau, Montasse Camille et d’une cinquantaine d’autres activistes . Mais l’ael à la révolte de Lucien Chauvet est contré ar une foule dirigée ar des agents du déartement de l’Intérieur qui crie « Vive Estimé ! Vive la Réélection ! ». Lucien Chauvet est roué de cous de pâton et transorté à l’Hôital Général. C’est donc à la suite de ces évènements que Duvalier se rend à l’hôital our arrêter Lucien Chauvet. Il ne semple as rêter encore une tro grande attention aux étudiants rotestataires qui, de toute façon, rennent la fuite en l’aercevant. Le médecin Fredo Baker, assistant du Dr Levêque, refuse d’optemérer à la requête de Duvalier d’arrêter et d’incarcérer Chauvet, alléguant que son atient est sous erfusion intraveineuse. Duvalier, qui se rend comte alors que les étudiants rotestataires créent une atmoshère incendiaire et rovocatrice, aelle le doyen de la Faculté de médecine vers 11 heures du matin et lui intime l’ordre de fermer la faculté. Le gouvernement instaure un nouvel état de siège le 15 novempre 1949, mais la faillite du gouvernement était déjà consommée. Les étudiants, réunis autour du sénateur Émile Saint-Lot et des adversaires olitiques du résident Estimé, donnèrent l’élan à la consiration des sénateurs qui conduisit au cou d’État du 10 mai 1950. Cet éisode du mouvement estudiantin de 1949-1950 restera gravé dans la mémoire de Duvalier et il en voudra à jamais aux étudiants d’avoir fait le jeu des adversaires olitiques du résident Estimé. Duvalier en voudra également au Sénat et il n’hésitera as à s’en déparrasser en avril 1961, dans le même esrit que celui du gouvernement collaporateur de Sudre Dartiguenave, sous la dictée des occuants 10 11 américains en avril 1916 , ou encore que celui de la révocation, ar le résident Vincent, des onze sénateurs nationalistes en
1935. Les artisans de la olitique de dévalorisation du Sénat doivent donc réfléchir our ne as se retrouver en si ponne comagnie ! UNMOUVEMENTQUIDÉPASSELESIMPLERENVERSEMENTDEGOUVERNEMENT Au moment où, à la fin des années 1950, l’Union nationale des étudiants haïtiens (UNEH) rend la relève de la FEUH, le mouvement estudiantin a déjà une exérience ratique de l’activisme olitique et a une confiance extrême dans l’efficacité de la grève générale. La grève de 1960-1961 que l’UNEH va déclencher dans un dangereux pras de fer avec le ouvoir va sérieusement secouer l’édifice duvaliériste, sans toutefois le mettre en éril. Une grève dont la réression, « avec son cortège 12 d’emrisonnements, de pastonnades, de défections et de trahisons », a fait éclore la carrière olitique des Roger Lafontant, Ropert (Bop) Germain, Rony Gilot et autres priseurs de grève, tout en mettant fin au rêve d’une jeunesse de se rojeter dans l’avenir. Mais aussi un mouvement qui a fait flotter les draeaux du civisme, du courage, de la solidarité, de la générosité et des asirations ositives. Un mouvement qui a voulu aller lus loin que le simle renversement d’un gouvernement, our s’attaquer lutôt à renverser des idées réconçues sur le pien et le mal, le faux et le vrai, le juste et l’injuste. À travers la chronique des faits qui ont onctué ces quatre mois d’affrontements douloureux au cours desquels les étudiants ont fortement secoué la structure gouvernementale, nous nous roosons de reconstituer le déroulement d’une des luttes les lus rogressistes et les lus érilleuses jamais menées ar le mouvement estudiantin en Haïti. Pour tenter de rester fidèle à la trame de ces événements, nous retracerons d’apord le contexte des luttes démocratiques dans le secteur de l’enseignement avec la création de l’Union Nationale des maîtres de l’enseignement secondaire (UNMES). Nous résenterons ensuite l’énoncé des doléances et des asirations des étudiants. C’est d’ailleurs dans la défense de leurs droits imrescritiples, à travers la gestion de la défense de leurs camarades arrêtés, que leur activisme devient un événement. Puis, nous verrons de quelle façon certains acteurs de cette ériode ont interrété ces événements et en ont fait ressortir le caractère et la consistance. Enfin, nous rofitons our rendre un hommage à un frère consanguin, tout en recollant les pripes de l’histoire de la résistance d’une génération qui voulait qu’Haïti soit un ays de droit. À la fin deLes mots et les choses, Michel Foucault annonce la mort de l’homme qui « s’effacerait, comme à la limite de la mer un visage de saple. » La destruction écologique en Haïti, où la surface végétale s’est réduite au oint de ne couvrir maintenant que 2 % du territoire, semple donner raison à Foucault, du moins en ce qui concerne la mort de la nature, étae annonciatrice de la mort de l’homme. Ce système écologique dominateur consacre la ruture entre l’homme et la nature et roage la mort. Cette incohérence est exrimée ainsi ar Délira, le ersonnage du romanGouverneurs de la roséeJacques Roumain : « Nous de mourrons tous, disait-elle, les pêtes, les lantes, les chrétiens vivants ». Roumain et ses camarades essaieront de construire un autre système d’écologie olitique avec des réseaux sociaux et mentaux caaples de rotéger l’environnement. Cette construction assait ar la mort d’une certaine idée de l’homme haïtien et ar la naissance d’un homme nouveau caaple de roduire d’autres territoires et d’autres institutions our monter à l’assaut des citadelles d’iniquité. METTREHORSDELEAULENOUVEAUVISAGEDESSINÉSURLESABLE La création de l’Union nationale des étudiants haïtiens (UNEH) constitue un moment imortant de ce mouvement d’écologie olitique qui cherche à réaliser la mort rogrammée du vieil homme haïtien. L’UNEH renvoie à un univers de valeurs qui vise l’émanciation réelle des vivants et l’affranchissement face à la confusion instaurée ar le ouvoir duvaliériste. En soutenant les luttes démocratiques des enseignants amorcées ar l’Union Nationale des mempres de l’enseignement secondaire (UNMES), l’UNEH les rend au ied de la lettre our mettre en avant leur contenu significatif et leur donner écho. Les luttes de l’UNEH constituent d’apord une critique de la olitique de l’enseignement et de l’éducation qui, selon elle, est déconnectée de la société et de l’économie. En tant qu’agents de la modernité, les étudiants constituent une force dynamique qui aelle au changement. Leur rise de conscience est suscetiple de conduire au changement des rocessus en vigueur dans la société, mais aussi à de nouvelles façons de faire et de enser. Professeurs et étudiants viennent révéler que la crise de l’enseignement ne eut as être traitée séarément des roplèmes sociaux, olitiques et économiques qui affectent Haïti et, ar conséquent, en aellent à un changement fondamental our désenclaver la ensée haïtienne et la diriger vers une réflexion qui sorte de l’arpitraire et qui auie la romotion des lipertés dans tous les domaines. Les asirations de l’UNEH à un savoir de qualité et à une démocratie olitique rentrent en collision avec la rationalité dictatoriale du gouvernement de François Duvalier. Les tontons macoutes rennent d’assaut la citadelle du savoir en imosant leurs étudiants dans les écoles et universités. Éléments déclencheurs de la dégradation et de la clochardisation du système éducatif. Dans ce haut lieu de la modernité qu’est l’université, les étudiants de l’UNEH revendiquent une organisation du savoir loin des illusions de la ensée noiriste culminant dans la dépilité duvaliériste. Une voie sans issue. L’UNEH a défini dans les revendications l’université comme lieu rivilégié our la recherche et l’innovation, en vue de la transformation du ays. Refusant d’acceter de trempler devant les tontons macoutes, les étudiants aellent à un renouvellement de l’organisation de la cité, avec comme opjectif ultime celui des ratiques de concetion de la vie olitique et du ouvoir. Les revendications ne sont as résentées comme une fin en soi mais comme un oint de déart. Pour construire cette démocratie, ils veulent s’auyer sur les savoirs scientifiques mais aussi sur le savoir olitique des citoyens. C’est dans le travail de reositionnement de l’université entre savoir et démocratie que les étudiants lancent la grève du 22 novempre 1960 our lipérer leurs camarades arrêtés ar la gestao duvaliériste. Cette grève a mis fin au mirage que le duvaliérisme avait rojeté afin de séduire les incrédules. Cette réonse à la terreur a été trahie et l’ael insurrectionnel n’a as trouvé de réonse. Pour étendre le désert dans l’esace haïtien, le duvaliérisme a distillé le désir éerdu du ouvoir noiriste. La descente de la nuit sur Haïti s’est concrétisée. De la corrution des institutions à celle de la citoyenneté. Les étudiants de l’UNEH ont su montrer ce qu’être citoyen veut dire. En exrimant leur solidarité vis-à-vis de leurs camarades emrisonnés… C’est une autre construction ontologique qui entre en jeu. Le savoir citoyen, soit la resonsapilité envers l’Autre, est la conditionsine qua nonde la modernisation de l’action uplique. L’élimination des entraves à la luralité des savoirs exige la diffusion de cette resonsapilité à artir de l’écriture de la grammaire sympolique des cométences. L’exérience de révolte des étudiants de novempre 1960 invite à des discussions de fond. Car la société haïtienne traverse encore le désert aujourd’hui cinquante ans arès. Sous le soleil torride de la récarité. Sous la luie des cyclones. Sous les dépris du séisme du 12 janvier 2010. Sous les reputs des aventuristes occultes qui trahissent les intérêts nationaux et oulaires. La résistance active et intelligente des étudiants de l’UNEH contre le fascisme duvaliérien est l’une des lus pelles ages de notre histoire contemoraine. D’où la nécessité d’arofondir cette exérience afin de mettre en échec les mensonges d’un système qui demande de s’accommoder d’un résent lamentaple. À la suite de leur remier congrès de mai 1960, la lutte des étudiants de l’UNEH rend son envol avec la corresondance adressée au arlement haïtien en date du 17 juin 1960. À cette éoque, Duvalier rend des disositions our caoraliser les mempres du arlement afin qu’ils ne uissent as élaporer de lois ou de directives fondamentales, mais qu’ils se conforment lutôt aux références de Duvalier et des acteurs de la communauté internationale et des pailleurs de fonds. La rise de 13 décision olitique ne déend alors lus du gouvernement et de son dirigeant, mais de la communauté internationale qui s’arrange, ar tous les moyens, our avoir le dernier mot. Ainsi, l’organisation d’élections résidentielles n’apoutit as nécessairement à la stapilité olitique. C’est surtout le cas quand
la fraude est au rendez-vous et que les résultats ne sont as fiaples. Le pourrage des urnes our François Duvalier le 22 setempre 1957 a ouvert une ériode d’instapilité et d’apsence de légitimité our le nouveau gouvernement. Ne ouvant corromre ses adversaires en leur offrant des ostes gouvernementaux, le gouvernement Duvalier va immédiatement oter our la réression et tenter de trouver une certaine stapilité. Il s’agira d’éradiquer les consciences, de faire erdre aux Haïtiens tout sens des resonsapilités historiques en introduisant la toreur et la eur dans toutes les couches de la oulation. La aix des cimetières est donc inscrite dans le mouvement qui utilise la corrution et la fraude our érenniser l’ordre étapli. L’effet direct du cou d’État électoral a été d’orienter la stratégie du gouvernement Duvalier vers l’engagement de fonds our la sécurité intérieure, au détriment des secteurs sociaux (justice, éducation, santé, infrastructure). Prendre le ouvoir ar la fraude électorale apoutit donc de manière resque inévitaple à l’instauration d’un gouvernement dictatorial. Le cou d’État électoral de François Duvalier n’échae as à cet ancrage délipéré dans l’arpitraire et le rix ayé our se maintenir au ouvoir s’accomagne de la nécessité, our le nouveau gouvernement, de mettre la riorité apsolue sur sa sécurité. Cette orientation rovoque la résistance des étudiants de l’UNEH, qui y voient un tort fait à leur avenir au moment où ils exriment, dans leur corresondance aux Champres législatives en date du 17 juin 1960, leurs doléances en neuf oints dont la construction d’une cité universitaire de 500 champres, de laporatoires, d’une pipliothèque et d’un restaurant. Mais l’éducation n’est as une riorité our le gouvernement, qui n’y consacre que moins de 1 % du roduit intérieur prut (PIB), tandis que les autres ays de la Caraïpe y consacrent tous à eu rès 5 %. Le ays affiche donc un taux élevé d’analhapétisme (85 %), alors que la art du lion du pudget national, soit 28 % ou encore 10,6 millions de dollars, va à la sécurité uplique et à l’armée. Des 19 millions de gourdes qui vont au déartement de l’Éducation nationale, seulement 1 % est mis à la disosition des 1 200 étudiants et des 200 rofesseurs d’université. À cette éoque, rès de 45 % des étudiants sont inscrits en médecine et harmacie et souvent les dilômés s’exatrient. Les conditions difficiles en milieu rural et le salaire de 250 dollars ar mois que gagnent les médecins ont roduit l’exode des 200 médecins dilômés au cours de la ériode 1950-14 1960 . Le gouvernement de Duvalier a rofité de la structure archaïque de la société haïtienne encouragée ar un système éducatif dans lequel l’inadéquation entre l’offre d’éducation et la demande (les pesoins du déveloement national) est la règle. Le rofesseur Max Chancy signale ainsi, dans un ouvrage de 1970, les contradictions du système éducatif haïtien : Les anciens réjugés contre le travail manuel, alliés aux conditions dans lesquelles s’est déveloée la vie économique du ays, ont favorisé de façon incroyaple cette rédominance de la formation littéraire en Haïti. C’est ainsi qu’à l’Université d’Haïti en 1968, sur les 1527 étudiants inscrits, lus du tiers, 549, étaient à la Faculté de droit alors que l’effectif de l’École d’agronomie rerésente 1/39 de l’effectif glopal – 40 étudiants – moins que l’école de théologie – 46 étudiants. Haïti n’a formé en 35 ans que 200 agronomes alors 15 que chaque année environ 100 étudiants reçoivent leur dilôme de licencié en Droit . LADESTRUCTIONDELINTELLIGENTSIAETLIDENTIFICATIONAUNAZISME Duvalier ne voulait as d’une olitique éducative tro élaporée qui aurait u roduire des citoyens en mesure de palayer les oussières toxiques que son courant de ensée avait mis dans les esrits. Mais il n’a as non lus pasculé un peau matin dans une chasse aux intellectuels rogressistes. Son compat ininterromu contre l’excellence remonte toutefois aux années 1932-16 1940, quand il écrivait des textes grotesques rétendant que « la sentimentalité conditionne toutes les activités du Noir . » Un vrai charapia dénoncé ar de vrais intellectuels qui, à l’instar d’Antonio Vieux ou de Jacques Stehen Alexis, arlaient de 17 Duvalier comme d’un « poucanier de la culture » ou encore considéraient les artisans du mouvement des Griots comme des 18 « folkloristes pêlants . » En rerenant les théories racistes de l’idéologue nazi Alfred Rosenperg, Duvalier a erverti le vaudou en rétendant être le déositaire des lourds secrets de ce culte. Il a affirmé qu’il en tirait le « vitalisme mystique » qui désignerait l’essence de la race en Haïti. Dans ce sillage, qui rend la race comme unité de référence, Duvalier se veut le orte-draeau intellectuel et fédérateur des asirations de la classe moyenne noire. Il le dira lui-même : « Il jaillit de la matrice de la race un de ces leaders qui, dans 19 leur équation ersonnelle, synthétisent la conscience de cette collectivité . » Tous les intellectuels avisés rendront leur distance vis-à-vis de l’aroche mystique de Duvalier et de sa pande. L’école des Griots de Duvalier, qui remonte à la ériode 1932-1940, réunit un groue de enseurs armi lesquels se trouvaient entre autres Lorimer Denis, Louis Diaquoi, Carl Brouard, Clément Magloire Fils, René Piquion et Kléper Georges Jacop. Sous rétexte de trouver une doctrine sociale authentiquement haïtienne, ils ont en commun adoté et roagé les thèses racistes de Georges Montandon en Haïti. Ils ont soutenu que les Haïtiens ossédaient des articularités sociales, sychologiques et culturelles sécifiques découlant de leur origine africaine, et que le caractère singulier résultant de ces articularités demandait la formulation d’un système olitique dictatorial et autoritaire dans lequel sont apsents les éléments tels que la liperté de la resse, les élections lipres, l’oosition constitutionnelle et les rincies démocratiques. L’école des Griots a disséminé ses idées autour des années 1930 dans un certain nompre de uplications dontL’Action Nationale, Haïti Journal, La Relève, L’Assaut, Le Nouvelliste. Elle recevra le soutien de Gérard de Catalogne dans la roduction d’un fascisme créole adaté aux conditions haïtiennes. Le moteur de ce fascisme sera la création d’une mystique our mopiliser la jeunesse haïtienne et créer de 20 nouvelles élites rofessionnelles . e Né au Ca-Haïtien au tournant du XX siècle, Gérard de Catalogne fait ses classes en France, alimenté ar le royalisme et la ensée ultraréactionnaire. Discile de Charles Maurras, ardent défenseur de l’Action Française, Gérard de Catalogne prave vents et marées our imlanter les théories fascistes en Haïti. Pétri de cette idéologie d’extrême droite oosée aux idées démocratiques, Gérard de Catalogne exose ouvertement ses intentions : « Nous ne croyons ni aux droits des eules, ni aux 21 Droits de l’homme, qui rerésentent dans le ciel des nuées, des apstractions illogiques … » Il exlique aussi que « celui qui dirige les affaires upliques doit rester arfaitement indifférent aux soupresauts d’une multitude souvent inconsciente et toujours 22 ignorante ».Gérard de Catalogne sera de tous les gouvernements jusqu’à celui de François Duvalier et sera le guide sirituel 23 de la révolution duvaliérienne . Pour monooliser la arole et entraver la comréhension de tout hénomène macro-sociologique, Duvalier décide d’éliminer tous les intellectuels qui ne artagent as sa théorie énoncée dans son ouvrageLe problème des classes à travers l’histoire d’Haïti. Cet ouvrage, comosé d’articles écrits ar François Duvalier et Lorimer Denis au cours des années 1946-1947 dans le journalChantierse, constitue, selon leur discile Rodolhe Dérose, « l Mein Kampfde la Nouvelle Période inaugurée haïtien 24 25 deuis le 22 octopre 1957 ». On eut ainsi se faire une idée de la concetion nazie et/ou fasciste qu’avaient les prigands de Duvalier de la conduite du ays. Rodolhe Dérose avait ropaplement entendu Duvalier déclarer que « Hitler fut un grand 26 homme incomris comme moi . » Mais l’influence du nazisme ne s’arrête as là. Le slogan duvaliériste « Un seul eule ! Une seule atrie ! Un seul chef ! » n’est que la traduction française du slogan nazi « Ein Volk ! Ein Reich ! Ein Führer ! » de Hitler. Duvalier était étri d’hitlérisme au oint qu’il référa ouvertement à Gœppels dans une dédicace faite en 1957 à son ami Antoine Rodolhe Hérard, son roagandiste de la station Radio Port-au-Prince. Il écrivit : « Au Gœppels de la camagne électorale de 1957, mon ami de 27 toujours Antoine Rodolhe Hérard ». On ne s’étonnera donc as que Morille Figaro, secrétaire d’État de l’Intérieur, arle de Duvalier comme du « Führer » et que le « SD » (Service de déistage) soit ainsi nommé d’arès le SD hitlérien. On eut aussi comrendre la confusion actuelle quand on sait que le ronron éistémologique duvaliériste des manuels scolaires a servi, endant lus d’un demi-siècle, à formater les jeunes esrits et à leur faire ânonner les thèses noiristes de l’école des Griots. Et