Et tu verras flotter son cadavre

-

Livres
64 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Dans une pension londonienne, une jeune veuve sans histoire est retrouvée étranglée, dans sa chambre, un fil de soie bleu autour du cou.


Lors de la fouille de la scène de crime, l’inspecteur Martin découvre un étrange télégramme citant en partie le proverbe chinois : « Si tu as un ennemi, assieds-toi au bord de la rivière et tu verras flotter son cadavre... »


Bill DISLEY, le célèbre reporter-détective, convié par le policier à apporter son aide sur l’enquête, ne tarde pas à suspecter le gang du « Ruban Bleu », une organisation criminelle démantelée depuis de nombreuses années, d’être impliquée dans le meurtre...


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de visites sur la page 0
EAN13 9782373475623
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0007 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
AVANT-PROPOS
Pour ceux de nos lecteurs qui ne se seraient pas familiarisés avecBILL DISLEY et son existence trépidante de journaliste détective, nous rappelons que notre sympathique héros est le plus brillant reporter au« Star Express », grand quotidien londonien dontBOB, dit « le Gros Bob », est rédacteur en chef. L'habituel comparse de Bill estJEFF, ancien pickpocket notoire, géant à la compréhension lente, mais à la « droite » impeccable, dévoué corps et âme au journaliste qui le tira autrefois d'un mauvais pas. L'inspecteurMARTINdans la plupart des est, enquêtes, mêlé aux agissements de Bill. C'est un petit homme ponctuel, bourgeois et sévère, qui professe une grande amitié et une sorte d'admiration pour Bill, bien qu'il soit souvent heurté par la désinvolture avec laquelle notre reporter traite Scotland Yard, ses œuvres et ses pompes.
J.-A. FLANIGHAM.
I
UN MEURTRE DÉCONCERTANT
Ce fut Bill qui reçut personnellement la communicat ion émanant de l'Inspecteur Martin. Par extraordinaire, le jeune r eporter était à son bureau à quatre heures de l'après-midi, ce qui fit crier Mar tin au miracle et murmurer à Bill, que, par une curieuse prémonition, il avait d û pressentir ce coup-là...
Le vieil ami du journaliste lui téléphonait de Scot land Yard afin de le prévenir de ce qu'il appelait ce«meurtre déconcertant », lui fixant rendez-vous dans une heure sur les lieux du crime, une petite pension tr anquille de la Calabash Street qui avait un nom bien romantique,« In the Gold Moon », àla Lune d'Or.
Bill pénétra en coup de vent dans le bureau du gros Bob, le patron, rédacteur en chef duStar Expresset, d'une voix tonitruante, annonça :
— Un beau petit meurtre tout frais pour leStar, « Chef ».
Le doux regard de myope s'anima derrière les imposa ntes lunettes d'écaille :
— Ah ! Ah ! fit-il d'un air réjoui, information sen sationnelle ?
— Inédite, surtout ! Martin vient de me téléphoner à l'instant et je dois aller avec lui dans la Lune d'Or où s'est passée l'histoire !
— La Lune d'Or ?
— La pension où se situe le crime !
— Je croyais que vous étiez à couteaux tirés avec M artin ?
— Sa fonction d'inspecteur au Yard, et le rigorisme qu'il affiche de par sa profession, envers la stricte application des lois, le met parfois en garde contre certaines mesures... nous dirons illégales, que j'e mploie de temps à autre pour mener à bien mes enquêtes ! Il me traite souvent de« détective-apprenti-à-la-manque ! »e très solide sympathie, mais, au fond de lui, il a, j'en suis certain, un à mon égard. Et, d'autre part — je vous glisse le s ecret — il doit, vraisemblablement, avoir besoin de moi pour qu'un p eu de clarté luise de cette Lune d'Or qui me paraît singulièrement ternie !
— Toujours modeste à ce que je vois !
Bill eut un rictus impayable :
— Toujours !
— Alors, votre histoire sensationnelle et inédite...
— Une femme de quarante ans, veuve, trouvée étrangl ée d'un fil de soie bleu dans son lit, en fin de matinée !
Bob eut une moue assez dédaigneuse :
— Pas tellement sensationnel... Meurtre banal...
— Vous auriez sans nul doute préféré qu'on enlevât l'archevêque de Canterbury ?
Les yeux de Bob eurent un éclat luisant, vaguement réjoui :
— Hé ! Hé ! je ne dis pas !
mystérieusement
— Bob, fit sévèrement Bill, Bob ! avec cette façon insolite que vous avez de vous permettre des plaisanteries sur l'Archevêque d e Canterbury, vous finirez par avoir des ennuis, je vous préviens aimablement !
Les deux yeux du gros Bob roulèrent dangereusement dans leurs orbites :
— Espèce d'animal ! Si vous alliez plutôt rendre vi site au cadavre au lieu de m'assommer avec votre archevêque !
Le regard de Bill s'arrondit :
— Comment, mon archevêque !...
— Bill !
Bob poussa un immense soupir résigné avant de repre ndre lentement, d'une voix faussement désolée :
— J'ai remarqué qu'à chaque période de dépression c érébrale, lorsque vous manquiez par trop d'esprit pour faire de l'humour, vous appeliez à la rescousse ce pauvre archevêque...
— Quel archevêque ?
Bob brandit son tampon buvard en un signe menaçant. Bill disparut vivement en éclatant de rire. Le patron reposa lent ement le tampon, murmurant avec une obscure tendresse dans la voix :
— Il ne changera donc jamais !
***
Bill eut un regard placide pour examiner la pièce, puis il fit remarquer à l'inspecteur Martin, assis à ses côtés, jambes écartées, tête baissée :
— On n'imagine évidemment pas un meurtre dans un en droit semblable.
Martin leva la tête, eut une moue ennuyée, et fit remarquer, laconique :
— Sûr !
Puis il retomba dans son mutisme.
La pièce était d'assez grandes dimensions, meublée sobrement, la pièce habituelle des honorables pensions de famille angla ises. Images saintes au mur, ordre parfait...
— L'honorable habitation d'une honorable dame ! murmura Bill.
— Ouais ! fit Martin avec une curieuse inflexion da ns la voix, pour reprendre plus vite :
— Si tant il est normal que les honorables dames me urent dans une honorable pièce d'une honorable mort provoquée par strangulation à l'aide d'un cordonnet de soie bleu !
— C'est le bleu du cordonnet qui vous choque ?
Bill hocha la tête :
— Excusez la plaisanterie de mauvais goût, mais je sens qu'il y a des choses que vous ne m'avez pas encore dites ! Je voi s ça à votre mine renfrognée !
— Oui ! grommela Martin, qui reprit plus fort :« Oui ! »
Il se leva brusquement, exactement comme mû par un ressort, puis se penchant vers Bill :
— Selon l'interrogatoire subi par les propriétaires de la pension, l'honorable mistress Pikitson était particulièrement insignifia nte : une dame de quarante années qui vivait chichement d'une petite retraite, qui faisait sa petite promenade quotidienne, recevait une ou deux lettres par mois — de lointains cousins, paraît-il — et qui n'avait jamais de visites !
— Pas même hier ?
— Pas même hier. Ce n'est pas cela qui me tracasse le plus, car on peut fort aisément passer dans le couloir pour monter dans le s étages par la porte du salon de thé du rez-de-chaussée !
— Il y a un salon de thé, ici ?
— Vous m'interrompez tout le temps ! Vous avez bien dû remarquer que la pension faisait angle. Il y a deux entrées. La prem ière qui concerne la pension proprement dite, et l'autre qui donne directement a ccès au salon de thé !
— Voilà un point d'acquis. Ensuite !
Martin passa une main nerveuse sur son front et, d'une voix chagrine :
— Ah ! je ne sais plus où j'en suis, moi, avec toutes ces histoires !
— Vous suspectez l'honorabilité de mistress Pikitso n et vous m'expliquiez...
— Bon, j'y suis ! Mrs Pikitson prit donc hier son r epas dans la salle commune, monta ensuite à l'heure habituelle — neuf heures, si cela peut vous intéresser — et ne descendit pas prendre son petit déjeuner ce matin. Vers dix heures et demie, sur les ordres de la maîtresse de maison assez inquiète, une femme de chambre vint frapper à la porte de la cham bre occupée par la victime. Pas de réponse, aboiement, on va chercher un consta ble pour ouvrir la porte sous l'œil vigilant de la police et on trouve Mrs P ikitson étendue là...
Martin se leva et, s'approchant du lit, désigna la place qu'occupait le cadavre à l'aide d'un grand geste circulaire.
— Je fus immédiatement prévenu, arrivai ici avec le s sbires de l'Identité Judiciaire pour les constatations d'usage.
« Le corps de la victime fut transporté immédiateme nt à la morgue où il fut constaté d'ailleurs que Mrs Pikitson avait été préa lablement droguée avant la strangulation. On releva des empreintes digitales u n peu partout, surtout aux tiroirs et portes d'armoire, ce qui permet de suppo ser que tout ici fut systématiquement fouillé, et j'attends la probable identification de ces empreintes. Si nous les possédons déjà dans nos arc hives, cela nous donnera peut-être un indice.
« Il ne peut s'agir d'un crime crapuleux ayant le v ol pour motif, reprit-il, puisque, de notoriété publique, Mrs Pikitson avait de très légers revenus !
— Alors votre chance de trouver déjà les empreintes mêlées ici à celles de la victime est bien faible !
— On ne sait jamais !
— C'est uniquement cette fouille qui vous tracasse ?
Martin fixa Bill d'un regard brumeux :
— Hélas !
Il fouilla dans sa poche, sortit précieusement deux papiers et les contemplant rêveusement :
— La fouille fut maladroite, car je crois avoir tro uvé ce que cherchait le mystérieux...