Fleurs en terrain volcanique
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Description

Collection : Accent tonique - Nouvelles


Alors s'accomplissait leur métamorphose face à l'Océan, dans ces rituels qui puisaient aussi bien dans les poteries, les calebasses et paniers de la Caraïbe que dans les soubiques de Madagascar, dans les tentes et bertelles de Bourbon, créant la saveur nourricière de nos ailleurs mêlés. La lumière lunaire. Son huile diluvienne pleuvait sur leurs visages ainsi régénérés. Transfigurées, elles devenaient pour nous choéphores de l'avenir, porteuses de visions vivifiantes. Leurs robes blanches et fauves bougeaient en vagues drapées, leurs bracelets et leurs anneaux luisaient, tantôt armes de guerres, tantôt armes de paix.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2014
Nombre de lectures 9
EAN13 9782336357171
Langue Français
Poids de l'ouvrage 8 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0090€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

la SDGL et de la Société des Poètes Français. Auteur de Iction
JUlIENNE SALVAT
FLeurS en TerrAin VoLcAnique
Accent tonique  Nouvelles
10/09/14 22:24:41
Fleurs en terrain volcanique
« Accent tonique » Collection dirigée par Nicole Barrière « Accent tonique » est une collection destinée à intensifier et donner force au ton des poètes pour les inscrire dans l’histoire. Dernières parutions AU VIF DU LIEU Jean-Marc GHITTI LE VOYAGE EN NORMANDIE Rosemay Nivard ENTRE ECLAIR ET PENOMBRE Maggy De Coster UN VENT DIGNE D’ÊTRE LU Sharif Al-Shafiey MA MUSE M’A DIT… Françoise Geier FANFARES A COUTEAUX TIRES. ESQUISSES AUTOUR D'AYLERChim Nwabueze TERRE FAE Dominique SutterFILIGRANES Marie-Lise CorneilleLA VEUVE D’UN BRIGAND Maisoon Saker JE VAIS AU NOIR SILENCIEUX Mounir Serhani PELERINS DU BONHEUR Marie Ketline Adodo
Julienne SALVAT Fleurs en terrain volcanique
Du même auteur Poèmes Recueils publiés par UDIR Réunion TESSONS ENFLAMMES (1993) CHANTS DE VEILLE (1998) FRACTILES (2001) FEUILLESONGE, édition Le Carbet (Paris) avec le concours du CNL (2006) JEUX LEMURIENS, éditeur Le Chasseur Abstrait (2012) NUIT CRISTAL, L’Harmattan éditeur (2012) Fictions(édition Ibis Rouge - Guyane) LA LETTRE D’AVIGNON (2000) « CAMILLE, récits d’hier et d’aujourd’hui » (2007) FILS INTERDIT, en recueil collectif (2011) Publications et recherches POEMES D’ELLES recueil collectif conçu et préfacé par Julienne Salvat (éd. UDIR) (1997) UNE CHASSE AUX NEGRES MARRONS, textes de Théodore Pavie (1845) écrivain voyageur du XIXème siècle, analysés et préfacés par Julienne Salvat –éd. UDIR (1996)
Maquette de la couverture Nicole Barrière
© L’HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-04119-3 EAN : 9782343041193
Lorelei nous était apparue. Issue d’une vague. La vague l’ayant pour ainsi dire engendrée. Ou bien alors, c’est la mer indienne qui, on aurait dit grosse d’elle, la porta du fin fond de l’horizon jusqu’à nos pieds. La délivrance eut lieu sur cette plage de Saline où s’attardait un après-midi d’été austral. Apparition à la chevelure brune, peau de lait, prunelles vert océan, silhouette alourdie de la cinquantaine chasseresse, friande de chair mâle – ça, nous ne l’avons su que plus tard. C’est d’abord sur Augusta, la plus vulnérable de la bande, c’est sur Augusta que se posa son regard encore tout voilé d’embruns. C’est Augusta que, d’un geste d’usurpation, bâclant les présentations, elle a saisie par la main. Cette main fut pour la main d’Augusta une fleur marine, carnivore et griffue, se refermant sur sa proie. D’où sortait cette femme-là, liquide, effrontée ? Qui était-elle ? Pourquoi son échouage ici-là ? Un beau jour, Lorelei nous a quittés comme elle nous était apparue. Elle remporta ses mystères et ses sortilèges, après avoir harcelé de sa tendresse ceux qu’elle aimait et qui la redoutaient, persécuté ceux qu’elle n’aimait pas ou n’aimait plus, après avoir pris plaisir à travestir le faux en vrai, le vrai en faux. A cause d’elle, des gens avaient souffert, parfois jusqu’au meurtre et au suicide. Elle marqua nos vies de son empreinte, imprima sa marque sur la chronique de cette région-ci du Grand Océan, entretint le feu dans l’archipel en folie. Elle mit à mal l’assise géopolitique déjà précaire d’une polynésie indocéane qui, depuis, répare patiemment le ravage comme pieds de bois après cyclone. Car cette nymphe des eaux salées pouvait aussi se métamorphoser en fille d’Eole dispensatrice d’ouragans émeutiers, tels qu’on n’en avait pas connu auparavant dans la météorologie tropicale, géants. 5
1 Notre ciel capricorne se souvenait d’un firmament d’Edgar Poe. L’air était lourd, orageux, pesant, d’une lourdeur hors du temps. Lourd comme l’actualité du monde au ponant de cette année-là, son lot bagage de révolutions dévoyées, d’invasions légitimées, de guerres saintes pour belligérants voyous, sans parler des opérations-suicides, des prises d’otages sanglantes. Quant à nous, gens de par ici, nous étions en quête de parades, dans un seul tourné-viré. Il s’avérait urgent de rasseoir tant bien que mal un équilibre à son point de rupture entre l’Hexagone et ses îles au soleil. Constellations des eaux amères, nos îles au mouillage dans les au-delà des mers, disséminées entre Atlantique, Pacifique, Indique, et même Antarctique. Leurs voix dissonantes. La cacophonie de ces sirènes danseuses cassait les oreilles de la France- pardon ! - de la Métropole. Le ciel de notre Zone jusqu’alors serein s’était de nouveau rembruni, s’était couvert de signes menaçants, avant-coureurs de turbulences. Par vagues, des immigrés étaient venus s’échouer sur notre île, fuyant le sultanat de Sélénie, archipel d’îles jadis mascarines, aujourd’hui en proie aux démons de la guerre civile. Contre ces lames de fond, inutile d’élever des barrages. Mais cette invasion avait aussitôt réveillé une intolérance négrophobe tout juste assoupie. Le protectorat franco-sélénien déjà mal en point s’était alors franchement déréglé…
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Un ministre du sultan s’était suicidé. « On l’avait suicidé ! » grondait la rumeur à travers les archipels. A la demande des parents de la victime qui avaient exigé une enquête, un avocat de chez nous s’était rendu à Arista, la capitale des Sélènes d’où il fut aussitôt refoulé. Ni sa double nationalité, ni la déférence due à un personnage à qui est dévolu d’énoncer la loi et la faire respecter ne l’avaient protégé ni contre une garde à vue ni contre une expulsion offensante pour nous tous. Alors, chez nous, tout le mois de novembre, nous, forces de progrès, des politiciens aux artistes et universitaires, des syndicats aux associations militant pour les Droits des Humains, pour la libération des Suds, contre l’exploitation de l’homme par l’homme, contre le terrorisme d’Etat ou de tiers, nous avions battu l’asphalte brûlant de l’artère qui prend sa source au Jardin Colonial pour se jeter dans le boulevard de la Mer. Notre petite métropole tropicale, la plus importante des capitales omiennes, avait ainsi fait renaître une agitation semblable à celle des années quatre-vingt, celle qui dérangea quelque temps la sieste verdoyante des varangues créoles. C’est ainsi que se présenta l’Avent, balisé de présages funestes. Néanmoins, décembre, saison déjà chaude et riche en variations, nous gratifiait d’un avant-goût d’autres turbulences à venir, festives celles-là. Il nous promettait les allégresses de l’an finissant, toute une charge de succulences en grappes letchis, de rutilances en flamboyants et en bougainvillées, rivalisant de splendides confusions, avec par places des éruptions volcaniques. Nous chassions de nos souvenirs la traversée récente du caprice hivernal. Nos mémoires prenaient congé de ces mois aux alizés frileux, aux frimas enneigés remontant de l’Antarctique, poussant la fantaisie jusqu’à coiffer nombre
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de nos pitons d’une calotte de poudre blanche. Maintenant, nous en étions plutôt à scruter sur internet les phases des prochains cyclones en gestation, déjà pour la plupart baptisés de prénoms féminins, manière d’édulcorer tant soit peu les méfaits attendus de ces météores avec lesquels il faudrait compter dans un avenir tout près là. Les perturbations, les avalasses, nous les attendions de pied ferme. Au sortir d’un remue-ménage de pique-nique dominical, sur le sable parsemé de madrépores en menues coupures, brisures de coquillages, jonchures diverses rejetées par la mer, nos marmailles increvables s’étaient remises à leurs jeux qui n’en finissaient pas. Puis le sommeil avait emporté les plus jeunes. La sieste avait répandu à terre là-même les petits ravageurs, ils n’avaient cessé, tout ce bon matin-là, de batifoler dans les vagues d’où les mères n’avaient cessé de les retirer, par ici, par là, par l’autre côté : « Assez bouger dans tous les sens, mais restez un peu tranquilles. Enfin, mon Dieu, ces enfants-là ! »… Peine perdue. Force hurlements, cris d’alarme à la moindre piqûre d’oursin ou chaque fois que l’un d’entre eux avait mis le pied sur un boudin de mer, et ce, jusqu’au moment de déjeuner. Nous avions en vain réclamé l’aide des aînés dont la boudeuse insolence faisait la sourde oreille à nos criailleries. A présent, vidées de toute énergie, nous restions terrassées, jonchées nous-mêmes là aussi, toute pudeur mise au rencart. Nous offrions le spectacle d’un débraillé arc-en ciel de femmes lasses, poitrines dénudées, lambas en chiffotons. Dispersées au hasard des trouées de l’ombrage, au pied des arbres, parmi les tapis d’aiguilles filaos, les renflures de racines apparentes, les reliefs d’un manger au bord de la mer… Nous laissions errer la veulerie de nos regards tantôt sur le mat cuivré du soleil,
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