Foot night club

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Français
53 pages
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Description

Youcef Hamadi, un jeune prodige du ballon rond, va connaître l’ascension de sa vie. Repéré par un club de Ligue 1, il obtient tout ce dont il a pu rêver, la célébrité, le loft dans les beaux quartiers, ses entrées dans les clubs les plus chics de la capitale et une rencontre mystérieuse avec une fille au charme redoutable, Gaëlle. Mais la consécration a un prix : le diktat de la performance physique, la pression et les rivalités sur le terrain, ou encore les journalistes lâchés à ses trousses. Devenu personnage public et produit marketing, tour à tour haï et adulé par la clameur de la foule, Youcef est incapable de reprendre le contrôle de son existence. Aspiré sur le terrain comme en dehors par un tourbillon que, bientôt, il ne maîtrisera plus…

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 12 mai 2014
Nombre de lectures 1 672
EAN13 9782363152527
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,006€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Foot Night Club
HERVÉ MESTRON
ISBN 978-2-36315-252-7
© Mai 2014
Storylab Editions
30 rue Lamarck, 75018 Paris
www.storylab.fr
Les éditions StoryLab proposent des fictions et des documents d'actualité à lire en moins d'une heure sur
smartphones, tablettes et liseuses. Des formats courts et inédits pour un nouveau plaisir de lire.Table des matières
ACTE I
ACTE II
ACTE III
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Biographie

À mon père.ACTE I


Le soir, des fois, tu rêvais. Tu ne sais pas pourquoi. Tu regardais ce parc, pondu par un obsédé
des angles droits. Tu voyais par-delà les grilles. Tu distinguais le néant. Sans images, mais tu
l’apercevais quand même. Tu regardais loin, avec le corps qui flottait. Une eau sur laquelle glissait
un ballon vers l’horizon.

***


Football Campus Thierry Carapini. Un bâtiment coulé dans le béton. On parle du monastère des
bleuets, perdu dans les champs, où le haut-débit permet quand même de mater du X en streaming.
Maintenant que les arbres ont poussé, t’es ici comme ailleurs, ni bien ni mal, comme en cage.
Cette école pilote fait triper les branleurs des cités. Déjà culte, le paradis du crampon. Faut en
principe un niveau scolaire correct pour passer la barrière, mais en réalité, on accepte aussi les
attardés des verbes intransitifs.

Déclaré sous le nom de Youcef Hamadi à la Mairie d’Aubervilliers, je me rends en cours avec
des écouteurs sur les oreilles. Les enseignants ont pour consigne de ne pas stigmatiser les abrutis.
Une prof d’arts plastiques vient au campus une fois par semaine. Avant, elle enseignait dans une
maternelle. La fille, les soutiens-gorge, elle ne connait pas. Un mouvement de balancier gonfle son
tee-shirt. On raconte qu’elle cherche le loup. C’est vrai qu’elle ne repousse pas trop les mains. Il y a
quelque chose de mou en elle, ça vient peut-être des joints qu’elle fume, ou de l’opinion de merde
qu’elle a de sa personne. Une artiste, capable de comprendre que le foot, ce n’est pas une science
exacte, qu’une part d’inconnu flotte dans le geste. Elle sait aussi qu’elle peut se faire grimper dessus,
et que l’incident ne franchira pas les portes du campus.
Sous les yeux ébahis de mes potes, Kevin, Louis-Philippe, et Roberto, je dessine une bite dressée,
sans soulever la pointe du Rotring. « C’est totalement encourageant comme travail », dit-elle, avec un
sérieux qui nous transforme en Gaulois. Cela prouve que l’on peut être, d’après elle, à la fois poète
et buteur. Du coup, à l’entraînement, on trouve la bonne concentration pour botter dans le ballon. Le
gardien anticipe instinctivement la direction des tirs. Chacun se défie dans une sorte de violence
mystique. On est comme des sculptures qui bougent. Ensuite tu as la douche, un repas équilibré, et du
cul plein la tête.

On est tous beaux dans le sport de haut niveau. Parfois un nabot parvient à tirer son épingle du jeu,
mais c’est rare. De façon générale, les spécimens admis ont au moins ça pour eux, un corps d’athlète
et des dents solides. Ils appartiennent à la race supérieure, on le leur répète tous les jours pour doper
leur confiance. Guérini, du staff pédagogique, sait que le moment délicat à gérer se situe en dehors du
terrain. Pendant le match, le joueur est cadré, bien ou mal, il marche droit ou presque. Mais hors du
rectangle vert, c’est une autre histoire.

J’ai senti le regard de Costa tatoué sur mes guibolles. Ce type qui fait les cent pas au bord du