Gnaouas
164 pages
Français
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Description

Il y a longtemps, un jeune Bambara de Tombouctou fut capturé par des négriers touareg. Acheminé vers un Maroc en butte à des convoitises ibériques et ottomanes, Samba est d'abord enrôlé dans la garde noire du Sultan mais, après moult tribulations, il trouvera sa voie, son émancipation et son salut dans le rituel d'une musique de transe, celle des anciens esclaves...gnaouas.

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Publié par
Date de parution 05 février 2015
Nombre de lectures 18
EAN13 9782336369938
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0090€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L
Saïd
Gnaouas
SaïdLAQABI
Gnaouas
Lettres dumonde Arabe
Roman
30/01/15 17:43:04
Gnaouas
Lettres du Monde arabe Fondée en 1981 par Marc Gontard, cette collection est consacrée à la littérature arabe contemporaine. Réservée à la prose, elle accueille des œuvres littéraires rédigées directement en langue française ou des traductions. Les œuvres poétiques relevant du domaine de la littérature arabe contemporaine sont publiées dans la collectionPoètes des cinq continentset le théâtre dans la collectionThéâtre des cinq continents. Derniers titres parus : Redouane (Najib),A l’ombre de l’eucalyptus, 2014. Jmahri (Mustapha),Les sentiers de l’attente, 2014. Alessandra (Jacques),Café Yacine, 2014. Heloui (Khodr),La rue des Églises. Il était une ville paisible : Tripoli au Liban-Nord, 2014. Abbou (Akli),Le terroriste et l’enfant, 2014. Naciri (Rachida),Appels de la médina(tome 2), 2014. Naciri (Rachida),Appels de la médina(tome 1), 2013. Yalaoui (Mustapha),La manipulation, 2013. El Yacoubi (Abdelkader),Le jardinier d’Arboras, 2013. Bazzi (Rachid),Hélas sur le passé !, 2013. Bejjani (Gérard),Daniel, 2013. Bouchareb (Mustapha),Les transformations du verbe être par temps de pluie, 2013. Aït Moh (El Hassane),Les jours de cuivre, 2013. Ces dix derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le sitewww.harmattan.fr
Saïd Laqabi Gnaouas
Du même auteur L’ironie contestataire dans la littérature maghrébine d’expression française des années 80(thèse de doctorat), Septentrion, Lille,1998. Journal intime d’un figurant(roman), L’Harmattan, Paris, 2003. Les gens d’icisuivi de Parchemins hébraïques(recueil de nouvelles et traduction de roman), L’Harmattan, Paris, 2006. Nous avons volé du rire(traduction d’un recueil d’aphorismes d’un ancien prisonnier politique), Diwane Edition, Safi, 2007. Il était une fois... Safi(trad. et réécriture), Diwane Edition, Safi, 2008. Le Sahara, problématique d’une population et d’un territoire(traduction), Layoune, 2010. ةغملناويد(recueil satirique en arabe), Safi, 2010. Les 12 travaux du potier(monographie), Safi, 2014. À paraître Les recettes du bonheur : cuisine du terroir de Safi(gastronomie) Les marabouts du littoral(monographie) © L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05481-0 EAN : 9782343054810
Chapitre 1 Tombouctou : la genèse Jusqu’à nos jours, le rituel n’a peut-être pas changé. Immuable. Qui sait ? Les enfants engloutissaient leur bol de dégué quotidien composé, comme le réclamait la gastronomie locale, d’une bouillie de mil fort nourricier mélangé à du lait caillé, sucré, chez les grandes familles, avec un soupçon de miel, tandis que les adultes, munis d’un frotte-dents, le n’tomi, se nettoyaient frénétiquement déjà leurs blanches canines et leurs éclatantes incisives, en palabrant à l’ombre d’un rônier ou d’un baobab. Quant aux femmes, eh bien, elles devaient vaquer à des occupations somme toute quasi-universelles. Mais ce jour-là, le rituel revêtait une grande importance pour moi : c’était le jour de ma naissance. Mon père descendait d’une lointaine lignée de Yéréwolos, cette caste de nobles qui donnait à ses dignitaires le droit et le privilège d’être membres d’office du prestigieux Conseil royal, lequel étai censé assister, à tire consultatif, le Roi de tous les Bambaras, le Grand Mansa, dans sa lourde charge. Toutefois, le fameux, voire même légendaire, royaume Mandé qui fut, longtemps, l’incarnation de l’insolente suprématie des Bambaras, n’existait plus ou
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presque. Durant ces temps-là, ceux qui avaient hérité de cet empire ne régnaient plus, de facto, même si, de jure, ils avaient quelques fonctions honorifiques. C’était l’ère d’une lignée de Mansas fantomatiques, et ce, depuis la conquête des Maures, ces nordistes ombrageux et souvent belliqueux du Royaume de Marrakech. Malgré son Islam de rigueur, et bien que solennellement convaincu, mon père, se sachant surveillé de très près par l’omniprésent réseau des marabouts, avait tenu, quand même, à demander l’avis toujours très apprécié des respectables Buguridalas, ces géomanciens qui, à défaut de baliser le destin des hommes, en prévoyaient, nonobstant, les grandes orientations. Ainsi, la veille de ma naissance, attendue je l’espère, ceux-ci s’étaient aspergés de l’eau bénite du Joliba, que l’on appellera, beaucoup plus tard, le fleuve Niger, puis avaient procédé à plusieurs manipulations de cauris avant de déclarer, officiellement, à mon père que l’austère Pemba, la grande divinité qui, entre autres, avait extirpé le monde structuré où nous vivons du chaos originel, avait, dans une extrême mansuétude chargé un de ses subalternes, le Maître éternel de l’eau et de la connaissance, de veiller sur le nouveau-né en devenir que j’étais. Je devais donc me sentir rassuré, même avant d’avoir commencé la longue et tumultueuse aventure de ma vie. Quelques fractions de jour auparavant, alors que le soleil n’était pas encore tout à fait à son zénith, une des femmes de mon père sortit, capricante, de sa hutte en pisé ocre, son bonco, et, à l’adresse de son époux,
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s’écria « Koké ! Koké ! », appellation conventionnelle et de rigueur car une femme ne devait jamais nommer son époux : – Koké, Koké ? Il ne répondit pas, mais la regarda et l’invita à livrer son message attendu et espéré : – C’est un garçon, Koké ! Mon géniteur était, je le suppose, sous un rônier en train de jouer au jeu traditionnel de damiers, le wori, en compagnie d’autres nababs du même rang que lui. De toute vraisemblance, mon père se leva et partit loin pour préparer officiellement ma venue au monde : la fête devait avoir lieu le soir même, afin que j’échappe au risque, toujours réel, de me voir enlevé et expédié, ad vitam aeternam, aux abîmes de l’insondable Gwonna, le légendaire village invisible, bagne de forgerons condamnés à travailler, sous terre, entre fer rouge et feu crépitant et où ils ne verront plus jamais la lumière du soleil. Une excommunication expiant le péché d’orgueil de ne pas avoir observé scrupuleusement et hum-blement les immémoriaux us et coutumes hérités des aïeux. L’interdit couvrait trois générations ascendantes et autant, descendantes. Comme beaucoup d’enfants issus de la haute et moyenne noblesse de Tombouctou, mon père ne trouvait quasiment plus d’occupation digne de son rang après la conquête des Maures. La prestigieuse cour du Mansa avait été remplacée par celle d’un Gouverneur plénipotentiaire marocain, un Pacha entouré de Blancs qui n’avaient que mépris et condescendance pour nous, les Bambaras.
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