191 pages
Français

Histoires d'ailleurs

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Description

Contes, récits ou fables, les Histoires d'ailleurs de Nicole Avezard (plus connue sous le nom de Lucienne Beaujon du duo des Vamps) jouent de l'invraisemblance et de l'humour. Dans ces courts tableaux, l'auteur met en scène tout un monde onirique et sans dessus-dessous, où évoluent des personnages touchants, énigmatiques ou rocambolesques.

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Publié par
Date de parution 01 janvier 1999
Nombre de lectures 36
EAN13 9782876234307
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0094€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

HISTOIRES DAILLEURS
NICOLEAVEZARD
HISTOIRES DAILLEURS
Nouvelles
Michel de Maule
Collection dirigée par Claire Mallet
Conception graphique : LES3TSTUDIO ETCHRISIMPENS.
Couverture : Nicole Avezard,Les Stylotes à plume, huile sur toile.
© Michel de Maule, 1999. 41, rue de Richelieu – 75 001 Paris.
LEDROMADAIRE DÉCONFIT
Il avança d’un pas et regarda autour de lui, un peu anxieux : rien d’anormal jusque-là, l’air susurrait un air de Mozart et les vibrations faisaient doucement onduler la transparence du paysage. Pourtant, il n’était pas dans son as-siette aujourd’hui, il ne savait pas pourquoi. Les collines ensablées bien rangées par ordre de grandeur décroissante pour suivre la loi de l’horizon lointain lui apparaissaient d’une mo-notonie navrante, et l’arbre, là-bas, qui s’arra-chait les cheveux de feuilles, sûrement à cause d’une perturbation hormonale, l’énervait au plus haut point. Il fit lentement un deuxième pas, puis passa péniblement la troisième ; il prenait vite de l’allure et le vent lui rabattait les cils qu’il avait
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joliment recourbés. Il arriva près de l’arbre ébouriffé et s’arrêta pour y faire une pause sous l’ombre accueillante. Il soupira un grand coup pour expulser cette nostalgie qui était en lui et il essaya de comprendre. La vie lui paraissait pourtant belle, ce matin : il avait été au marché vendre quelques paquets de Camel et cela s’était bien passé. La société qui l’embauchait l’avait sélectionné quelques jours auparavant parmi trois cents chameaux, ceux-ci avaient d’ailleurs été rapi-dement éliminés avec leurs deux bosses ridicu-les. En échange de son travail, on lui donnait autant de cigarettes qu’il voulait et en plus, il avait eu un beau pin’s Camel qu’il s’était agra-fé sur le poitrail et qui lui donnait fière allure. Les cigarettes, c’était moins intéressant, il ne fumait quasiment pas, mais il avait eu la lumi-neuse idée de s’en servir pour remplacer la viande dans le hachis parmentier. Enfin, tout cela n’expliquait pas son air ron-chon, il avait au contraire, tout lieu d’être heu-reux car il se débrouillait très bien dans la vente. Son pin’s qui scintillait vif sous le soleil du Sud attirait les clients et puis, pas besoin de grands panneaux publicitaires, il s’était teint en
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roux et prenait la pause et l’expression du dro-madaire Camel, alors, forcément, dans la tête des gens, ça faisait tilt, ils achetaient. Il ame-nait sa marchandise dans un panier qu’il portait sur le dos, les clients se servaient et mettaient les sous dans le panier symétrique qui faisait le pendant, cela le rééquilibrait au fur et à mesure. Lui, il n’avait qu’à fermer les yeux et se plon-ger dans un demi-sommeil, se laissant bercer par le tintement régulier des pièces dans le pa-nier, c’était facile.
Il savait que le marché était fini lorsque le bananier en face de lui rassemblait ses tro-gnons vides, alors, il s’étirait, bâillait un coup, remettait sur sa tête son petit chapeau à voilette et repartait vers les dunes.
À cette heure-ci, le sol sableux suait de cha-leur torride mais lui, il s’en fichait, il avait sa bonbonne intérieure en cas de besoin et sa voi-lette anti-poussière. Oui, tout cela, c’était bien, il n’avait pas de soucis à se faire, alors pour-quoi se sentait-il si mou, si à côté de la plaque ? Avait-ce un rapport avec le fait que ses genoux avaient enflé depuis ce matin ? Il faudrait qu’il se fasse faire une petite révision.
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