L'échappée mexicaine

-

Livres
150 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description


Nick et Alex sont des frères que tout sépare, sauf la musique. Avec leur groupe The Mecchanos, ils passent l’audition qui les rendra célèbres. Mais ce jour-là, leurs routes se séparent.


Huit ans plus tard, les deux frères se retrouvent.


L’un a connu la gloire, le succès et la fortune.


L’autre sort de prison avec pour seul trésor un ours en peluche qui les accompagnera lors d’une virée imprévue sur les routes du Mexique.





Sonia Bessone nous livre un premier roman à la fois drôle et très émouvant, aux personnages attachants et profondément humains. Un voyage entre le monde de la musique rock et l ́univers carcéral mexicain où deux frères apprennent, enfin, à se connaître et se comprendre...


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 25 novembre 2013
Nombre de visites sur la page 2
EAN13 9783944812342
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
L´échappée mexicaine
Sonia Bessone
Roman
ISBN : 978-3-944812-32-8
Tous droits réservés 1ère édition - Novembre 2013
Mexico, de nos jours
I
 L’homme tapotait nerveusement sur le volant de sa voiture. Accoudé à la fenêtre, il ne quittait pas, de ses yeux inquiets, l’écran digital qui affichait l’heure sur son tableau de bord. Les minutes avaient une durée peu commune, trouvait-il.  9:00. Enfin ! Prenant une profonde inspiration, i l sortit du véhicule, en claqua la portière et s’y adossa. Et il attendit. Encore. Les lieux étaient déserts en cette heure matinale. Seul, un chien errant passa, renifla et urina sur un grand panneau de bois émergeant d’une paroi grisâtre qui s’étalait sur toute la longueur de la rue. Il n’y avait rien dans cette artère, excepté ce mur sans fin et cette porte. Cette dernière s’ouvrit dans un grincement, et un homme parut, enjambant la contremarche. Il portait une veste de cuir, un jean et un sac en papier.  Il dévisagea celui qui semblait l’attendre sur le trottoir d’en face, puis traversa et le rejoignit.  — Salut !  — Salut. Ça fait longtemps !  — Sept ans, trois mois, quatre jours et… s’arrêta-t-il en jetant un coup d’œil à sa montre, avant de poursuivre. Huit heures. Et je t’épargne les minutes !  — Quelque chose comme quarante-deux – quarante-trois ?  — Quelque chose comme ça, répondit l’homme au cuir en hochant la tête. Tu m’emmènes ?  Son interlocuteur, un Américain de grande taille à la chevelure un peu en bataille, ouvrit la portière avant-droite d’une Pontiac.  — J’étais venu pour ça ! Monte !  Chacun s’installa et ils démarrèrent. Le passager posa son sac à ses pieds et lança :  — Content de te voir, frangin !  — Moi aussi.  Lentement, sous un soleil mexicain qui avait pris ses droits, ils s’éloignèrent de la prison de Mexico.
***
 Un nuage de pollution commençait à s’élever au-dessus des faubourgs de la ville. La circulation dans les artères du centre se densifiait peu à peu. Les deux frères se frayèrent un chemin à travers le quartier des affaires et roulèrent dans les secteur s plus modestes. Ils s’arrêtèrent à un feu. Des hommes estropiés venaient mendier aux vitres, des g amins lavaient les pare-brises de force… Alexander Fuller démarra, accéléra et les distança. Dans son rétroviseur, il put voir les doigts expressifs qui lui étaient adressés.  — Je déteste cette ville ! laissa-t-il échapper.  Un sourire amusé naquit sur les lèvres de Nicholas qui ouvrit la boîte à gants et la fouilla.  — T’as des clopes ?  — J’ai arrêté il y a deux ans ! l’informa Alexander.  — Et moi, commencé il y a sept ! termina son frère dont l’irritation était perceptible dans la voix. Alors, tu vas t’arrêter au premier boui-boui ou au premier vendeur de rues !  — Ces gens-là ne sont pas réglo. C’est de la contrebande.  Nicholas le regarda de travers.  — Qu’est-ce que je m’en tape ! De la contrebande ! Ce qu’il faut pas entendre ! Tu t’arrêteras, c’est tout. D’ailleurs, tu m’emmènes où ?  — J’ai réservé une chambre à l’hôtel International. Demain, je nous achèterai des billets retour…  — Trop bien ! ironisa l’homme aux traits marqués en levant les yeux au ciel. Le grand frère qui ramène la brebis égarée à la maison ! Ne te donne pas cette peine, va ! Je me débrouillerai bien tout seul !
 — Nick…  — Non. Je n’ai pas vraiment envie que tu prennes ma vie en main ! Tu es qui pour jouer les guides et protecteurs ?  — Je suis ton frère…  — Mon frère ? lâcha Nicholas, amer. J’aurais préféré qu’il vienne me rendre visite plus souvent, mon frère. Ça remonte à quand la dernière fois qu’on s’est vus ?  — À l’enterrement de maman ! maugréa Alexander.  — Voilà, il y a deux ans ! Et tu ne t’es même pas approché de moi !  — Je ne pouvais pas…  — Pourquoi ? Tu avais peur que ça nuise à ta réputation un type menotté et encadré par quatre flics ?  Alex haussa la voix.  — Tu ne sais pas ce que ça m’a coûté pour que tu puisses assister aux obsèques ! Je te raconte pas les bakchichs que j’ai dû verser ! — Et tu ne sais pas ce que ça m’a coûté de sentir tous les regards de la famille Fuller sur moi ! répliqua-t-il avec amertume, avant d’ordonner sèchement. Arrête-toi !  — Quoi ?  — Arrête-toi ! Là ! Tu vas me payer un p’tit dej’. J’ai la dalle !  Il indiquait une minuscule échoppe, comme il y en avait des milliers, qui proposait toutes sortes de denrées comestibles. Alexander accepta de mauvaise grâce et se gara en double file. Son frère avait déjà bondi hors de la voiture et claqué la portière.
***
 Nick avait commandé deux tacos avec double dose de guacamole, deux bières et une cartouche de Marlboro qu’il ouvrit avec empressement. Il en sort it un paquet, se glissa une cigarette entre les lèvres et mendia du feu au comptoir, avant de s’asseoir à une table à même le trottoir, en soupirant de soulagement. Alexander s’installa près de lui et considéra la commande que le restaurateur – qui ne devait pas en être vraiment un – venait d’amener.  — Tu ne crois pas que c’est un peu tôt pour la bière ?  — Y a pas d’heure !  — Ouais, ben je préfère un café !  — À ta guise. C’est toi qui régales ! Je sifflerai ta bouteille !  Alex demanda un expresso à une serveuse qui passait le balai. Elle le posa dans un coin et apporta la tasse fumante. Elle dévisagea Alex, avec un sourire timide.  — Vous êtes Alex desMecchanos?  — C’est moi.  Le rouge monta aux joues de la jeune fille.  — J’adore ce que vous faites ! J’adore ! J’ai tou s vos albums ! Je vous ai vu au Stade Azteca ! Ça me fait bizarre de vous rencontrer là ! Vous… voulez bien me signer un autographe ?  Elle lui tendit une serviette en papier. Alex sourit devant le support éphémère et sortit de la poche de sa chemise une photo deThe Mecchanos, qu’il signa avant de l’offrir à la serveuse.  — Merci, merci ! Je suis… Je ne vais pas m’en remettre ! Vous êtes en tournée ?  — Pas vraiment ! éluda Alex. Content d’avoir illuminé votre journée !  La jeune fille disparut, toute rougissante. Nicholas émit un sifflement.  — Je pensais te demander comment ça marchait pour toi, mais j’ai l’impression que ça tourne pas trop mal ! Combien d’albums ?  — Trois. Et on rentre en studio dans un mois pour bosser sur le quatrième.  — Bien !  Alex nota comme un reproche dans la voix.  — Tu voulais quoi ? Qu’on arrête tout parce que tu étais à l’ombre ?  — J’ai rien dit !  Nicholas tapotait sur sa cigarette pour en faire tomber la cendre.
 — On avait des engagements à honorer. On devait te trouver un remplaçant.  — Qui s’appelle ?  — Cliff.  — Montre une photo de votre groupe !  Alex sortit de nouveau un cliché et le tendit à son frère, qui, la clope au coin de la bouche, se mit à sourire.  —Jeff a perdu ses cheveux ! Il n’a plus rien ! Cole devrait arrêter l’héro, il a les yeux explosés. Toi, t’es toujours…  Il observa son frère avant de poursuivre :  — Au top ! Alors, c’est lui, votre guitariste ? Il a l’air cool ! Il est bon, au moins ?  — Nick… C’est toi le meilleur.  — La preuve que non ! De mon temps, personne ne t’aurait réclamé un autographe. Remarque, moi j’ai fait mieux ! On m’a demandé mes empreintes digitales ! Tu peux rivaliser ?  Alex baissa la tête, culpabilisant d’avoir réussi sans son frère.  — C’est pour ça que tu n’es pas venu me voir pendant deux ans ? Tu étais en tournée ?  — Oui… Hong Kong, Kuala Lumpur, Pékin…  — Avec moi, tu n’avais pas joué plus loin que Chi cago ! Tu te souviens de notre premier engagement ?  — LaBirthday Partyde l’ado attardé ? Oh que oui ! J’ai cru qu’après ça, maman ne nous laisserait plus jamais jouer ! La mère du gosse lui avait offert un concert, des litres de rhum et vodka et une…  — Stripteaseuse ! termina Nick en riant.  — Et il était mineur !  — Nous aussi ! fit remarquer Nicholas.  — Toi, pas moi ! Ado, tu étais déjà dans l’illégalité ! Dire que maman avait dû venir te chercher quand il y avait eu la descente de police !  — C’était un sacré plan foireux !  — Mais on s’était bien éclaté !  Nicholas souriait, les yeux posés sur l’incandescence de sa cigarette qu’il écrasa brutalement dans le cendrier. Il s’attaqua à son taco.  — Tu ne manges pas ?  — Nan… un peu tôt pour moi, là !  Nick ne releva pas. Alexander étudia son cadet. Il avait maigri. Beaucoup même. Ses traits étaient marqués, fatigués. Sept ans de prison, ça laisse des traces ! Ses cheveux avaient été rasés et il n’en arborait que deux millimètres sur le crâne. Dire qu e sa longue tignasse brune faisait des ravages… avant. Et cette petite lumière dans son regard, et ce sourire charmeur ! Tous deux semblaient s’être évanouis. C’était avec des joues creusées, le front soucieux qu’il dévorait un taco à 9:30 du matin. Alex chercha dans ses yeux noisette cet éclat de malice qui faisait fureur, faisait succomber tant de filles et entubait leur propre mère ! Mais l’étincelle s’était éteinte, faute de quelqu’un pour la veiller.  — Tes cheveux quand même ! C’est un sacrilège ! dit Alexander, accablé.  Le jeune frère promena sa main sur sa toison tondue.  — Moi, je n’ai pas de regret. Après une journée passée en plein soleil à charrier de la terre pour reconstruire des routes, la première chose que j’ai maudite, ce sont mes cheveux ! Alors, pfffiuut ! Tout coupé !  — Dommage…  — Non. Bénéfique ! conclut-il avant de changer de sujet. Dis-moi, comment va Abby ?  Le visage d’Alex se ferma.  — Tu ne vas pas commencer ! Tu viens juste de sortir…  — Je ne commence pas, je te pose une question. Comment va Abby ?  Alex, pour prendre une contenance, s’empara de son taco et mordit dedans.  — J’en sais rien. maugréa-t-il la bouche pleine, avant de l’essuyer en grimaçant. Comment tu peux manger ça ? C’est dégueulasse ! Je suis sûr que c’est même pas frais…  — Tu t’embourgeoises, Alex ! Alors ? Abby ?  — Je l’ignore…
 — Bien sûr que tu sais ! Dis-moi…  Alex fixa l’en-cas sur la table et y renonça. Il avala une gorgée de bière pour faire passer le goût et, fuyant le regard de son frère, répondit :  — Aux dernières nouvelles, elle se trouvait à Cancún, mais je n’en sais pas plus. Ça remonte à sept ans, Nick. Ça n’a pas suffi pour te remettre les idées en place ? Tu es sorti. Ne pense plus à elle. E lle t’a mené en prison…  Nicholas enfourna sa dernière bouchée, but longuement et alluma une nouvelle cigarette.  — Je voulais juste des nouvelles… dit-il doucement.
Detroit, huit ans plus tôt
 L’aire de jeu du jardin public résonnait encore des cris des enfants, qui s’attardaient en cette belle journée de printemps. Des cascadeurs avaient pris d’assaut les hautes branches d’un cèdre pour se faire rappeler à l’ordre par un gardien. De jeunes mères poussaient leur landau en se dirigeant tranquillement vers la sortie et des bambins pataugeaient joyeusement dans le bac à sable. L’air était doux et empreint d’insouciance lorsqu’un cri de gue rre troubla cette sérénité. Une petite fille s’apprêtait à se laisser glisser du toboggan.  — Papa ! Papa ! Regarde-moi !  — Je te regarde, ma puce, je te regarde !  — Non, papa, tu regardes pas ! Regaaarrrdde !  Le ton geignard fit lever la tête à Nick qui admira la lamentable prestation de sa fille de six ans. Elle venait de dévaler la rampe du jeu, d’atterrir sur ses pieds et de terminer sa parade par une roue… qui n’y ressemblait pas du tout. Il ne put s’empêcher de sourire devant son air réjoui et fier. Ses boucles brunes toutes emmêlées, son pantalon rose – il s’avérait impensable de lui suggérer une autre couleur – , son tee-shirt tout débraillé, ses bras nus, son teint hâlé… Nicholas était dingue de cette petite.  — C’était bien ?  — Magnifique !  — Mais en vrai, papa, c’était comment ?  — Magnifique !  Elle tapa du pied.  — En vrai de vrai !  — Tu dois encore t’entraîner, mais c’est un bon début ! concéda-t-il avant d’ajouter, on va rentrer, ma puce. Il est tard !  Sans discuter, elle vint trottiner à ses côtés alors qu’il se dirigeait vers les grilles du parc. Il rangea son portable dans la poche de son jean, retroussa les manches de sa chemise blanche jusqu’au coude et lui tendit la main. Elle la saisit et se mit à gambader joyeusement, ses petits doigts prisonniers de la grande paluche de son père.  — Elle est où maman ?  Il hésita quelques instants avant de répondre.  — Elle est partie.  — Où ? Chez grand-mère ?  Chez sa belle-mère ou quelqu’un d’autre ! Il n’avait pu s’empêcher d’y penser. La fillette, les joues rougies par l’activité et la chaleur, continua :  — Tu crois qu’elle va me ramener un cadeau ?  Que répondre ? Il n’en savait strictement rien. D evant les yeux ardents et la mine interrogatrice et confiante de la petite, il confirma :  — Oui, Abby. Je suis sûr qu’elle va penser à toi.
***
 Ils rentrèrent à la maison. La petite fille fila chercher son tigre en peluche et se blottit dans les bras de son père, assis sur le canapé, qui pianotait toujours sur son téléphone.
 — Tu appelles qui ?  — Maman… répondit Nick doucement, en caressant les boucles de l’enfant.  — Elle n’est pas partie chez grand-mère, hein ? Elle nous aurait dit au revoir !  — Non, tu as raison, ma chérie, dut avouer Nick. Elle est juste partie.  — Où ?  — Je ne sais pas, Choupette. Je n’arrive pas à lui parler. Allez! invita-t-il avec tendresse. Viens là !  Il l’aida à grimper sur ses genoux pour lui faire face. Il prit une grande inspiration.  — Maman et moi… on s’est disputés. Très fort. Et maman est partie.  — Elle nous aime plus ?  — Si, elle t’aime toujours. Tu es sa petite fille. C’est juste… maman et moi, on ne s’entend plus.  — Quand elle revient, tu lui feras un bisou… et puis voilà !  — Et puis voilà ! imita-t-il avant de reprendre son sérieux. Ce n’est pas aussi simple, Abby. Elle va revenir et on essaiera de ne plus se disputer… En attendant, je dois répéter, ce soir.  — J’peux venir, j’peux venir ? S’il te plaîîîît !  Elle se jeta à son cou et le câlina. Il la repoussa doucement.  — Hors de question. Ça va se finir tard et tu as école demain. Et vu que maman n’est pas rentrée, tu vas rester chez Sally.  Elle se mit à bouder, croisant ses bras potelés sur sa poitrine.  — Ça fait au moins huit mois que je vais chez Sally !  Nick éclata de rire devant la mauvaise foi de son enfant.  — Au moins ! Ça fait trois jours.  — J’te ferai dire que ça fait quatre jours ! corr igea-t-elle en montrant les cinq doigts de sa main droite.  — Et j’te ferai dire que non. Que ça fait que tro is jours, que tu vas chez Sally ce soir, et que demain… on ira... tous les deux…  Il fit durer le suspense quelques secondes et, devant la mine renfrognée de la petite, termina :  — Au McDo’ et au cinéma !  — Ouaaiiiis !  Elle avait poussé un cri de joie. Il s’en voulait un peu. Un film et de la malbouffe, est-ce que ça remplaçait une maman ? Qu’est-ce qu’Abby commanderait dans son Happy Meal ? Un hamburger ? Une glace ? Une maman…?  — Allez, ma puce, on va chez Sally. File chercher ton pyjama !  La fillette courut et reparut aussitôt, serrant son tigre et une masse informe de tissu rose roulé en boule contre elle. Il lui tendit les bras et elle sauta. Il l’attrapa au vol, la fit tourner sur elle-même et la jucha sur ses épaules.  — Allez, au galop, cheval ! Au galop !  Et la monture et sa cavalière traversèrent juste le palier, pour aller frapper chez la voisine.
***
 Nick se hâta ensuite de rejoindre le garage où i l répétait avec son groupe,The M ecchanos. L’orthographe anarchique était l’œuvre d’une étourderie de Cole la première fois qu’il avait passé commande chez l’imprimeur du quartier. Nick, lui, avait initialement suggéré ce nom, car pour avoir la permission de travailler leurs créations musicales sous le toit de la maison familiale, leur mère leur avait posé, à lui et son frère, une condition. Réparer la vieille voiture entreposée là depuis des lustres et la revendre. Ils y avaient passé du temps. Ils s’étaient barbouillés de cambouis, s’étaient traités « triple andouille, pauv’ nase, ducon... », s’étaient menacés à coups de clefs et s’étaient ruinés en pièces détachées.  — C’est la tête d’allumage. avait assuré Alex.  — J’ai une tronche de tête d’allumage ? C’est la batterie ! Elle est HS ! Tu l’as dégotée où ?  — Sur une caisse de flics !  — T’es trop con !  Et ils avaient enfin dégagé cette foutue bagnole. Ils l’avaient vendue à un type qui la prenait pour
la… désosser !The Mecchanos! La gloire pouvait désormais leur sourire !  Chassant ses souvenirs, Nick poussa la porte.  — T’es…  — En retard, je sais, je sais ! Melinda n’est toujours pas revenue. Je devais m’occuper d’Abby ! se justifia-t-il en serrant les mains de Jeff et Cole.  Alex, une cigarette à la bouche, soupira.  — Et pourquoi c’est toi qui t’occupes de sa mioche ?  — Parce que c’est la mienne aussi !  — N’importe quoi ! rétorqua le chanteur, en buvan t une bière au goulot. Melinda t’a bouffé jusqu’au trognon, et tu ne lui sers que de baby-sitter ! Elle doit s’envoyer en l’air avec un autre type à l’heure qu’il est, pendant que tu bordes sa fille. Car c’est SA fille, pas la tienne ! On t’avait prévenu que c’était pas une bonne idée d’entamer une relation avec une mère célibataire.  Nick retira la bière des mains de son frère.  — Alors déjà, tu vas arrêter de boire, parce que bientôt, tu vas te prendre mon poing dans la gueule. J’ai tenté de construire quelque chose… Tu peux en dire autant, toi ? Tu dors toujours dans ta chambre d’ado avec tes posters Hardcore accrochés au mur ! Moi, j’ai mon appart et une famille ! Et même vous ! lança-t-il en s’adressant à ses amis. Vous pouvez en dire autant ? Vous avez plus de vingt-cinq ans et vous n’avez rien ! Qu’est-ce que tu as encore fumé, Cole ?  — Bah ! De l’herbe ! répondit lentement le bassiste. C’est de la bonne ! T’en veux ?  Nick se détourna de lui. Seul Jeff, le batteur, semblait tenir la route ! Et encore…  — Tu n’as rien ! Melinda…  — Stooop ! On arrête de parler de ma vie et on joue ! Parce que dans trois jours…  Il ne termina pas sa phrase. Ils savaient tous qu e dans trois jours, ils avaient un engagement à honorer. Nick se demandait déjà si la voisine voudrait bien garder Abby.
***
 Il rentra tard. Très tard. Jeff devait se mettre au point. Il peinait à trouver le tempo. Cole n’avait pu s’empêcher de venir défoncé et Alex… malgré son ivresse, il était parfait. Cette voix, rocailleuse et si chaude à la fois, ces doigts qui pinçaient les cordes et faisaient naître de la magie… Et lui-même… Sa guitare, sa voix… et ses préoccupations.  Il vivait avec Melinda et sa fille depuis trois ans. Cela avait été le coup de foudre, puis il avait appris qu’elle avait un enfant. Il avait eu un instant d’hésitation et avait fait connaissance avec Abby. Un véritable coup de cœur. Habiter ensemble s’était révélé comme une évidence et le « papa » était venu naturellement dans la bouche de la petite fille. Nick se casait. Mais sa mère n’aimait pas Melinda, qu’elle soupçonnait volage. L’existence de la gamine en était, selon elle, la preuve. Elle avait décidé que jamais elle ne voudrait avoir affaire avec Abby ou sa mère. Alex, lui, voyait d’un mauvais œil son frère arriver en retard aux répétitions.The M ecchanosétait leur vie ! Les deux frangins en étaient venus aux mains lorsque Nick avait décrété qu’il viendrait en avance que le jour où le groupe lui donnerait à manger à lui et sa famille.  Ce groupe, Nicholas l’appréciait, l’aimait… Mais Melinda et Abby avaient pris une place plus importante dans son existence.  Melinda était partie en pleine nuit, quatre jour s plus tôt. Suite à une dispute. Il était persuadé qu’elle l’avait remplacé. Elle n’avait pas démenti. Il l’avait senti venir. Elle rentrait de plus en plus tard, l’appelait moins, lui laissait de plus en plu s la responsabilité de la petite… et voilà. Elle était partie… et il savait qu’elle ne reviendrait pas. Une famille qui se désagrégeait !  Ses pensées l’accompagnèrent jusque chez lui. Sur le palier, il hésita à frapper à la porte de Sally. Et si Abby dormait ? Mais il ne put résister à cette petite voix qui lui disait que la fillette lui en voudrait « à mort », s’il ne venait pas la chercher. Il se devait de l’envelopper dans une couverture, la prendre dans ses bras et lui faire traverser le couloir pou r la coucher dans son lit. Une caresse dans les cheveux… un bisou… Il frappa. Quelque peu ensommeillée, Sally lui ouvrit.  — Je suis désolé si je te dérange. Je passe prendre la puce !  Il repoussa sa longue chevelure en arrière et l’attacha avec un vieil élastique. Sally sembla tomber
des nues.  — Mais… mais Abby n’est pas ici !  — Comment ça ? Et elle est où ? s’enquit-il sans comprendre.  — Melinda est venue la chercher…  Nick sentit son sang ne faire qu’un tour et tenter de quitter ses veines par les extrémités de ses doigts. Il se précipita chez lui. Sally, inquiète, attrapa sa robe de chambre et l’y rejoignit. Il vociférait :  — Abby ? Abby ? Melinda ? Vous êtes là ?  Il se rendit directement dans sa chambre et ouvri t les placards. Vides. Il débarrassa ses propres étagères sur le sol pour s’assurer que les affaires de Melinda ne se cachaient pas derrière. On ne sait jamais ! Rien ! Le cœur débordant de rage, il pénétra dans la chambre de la fillette. Les armoires avaient été également vidées. Les robes, le manteau rose, le bleu, les pyjamas, les chaussons et le tigre en peluche avaient disparu. Melinda avait fait le vide et lui avait pris ce à quoi il tenait le plus. Il ne lui restait plus qu’une pièce déserte aux murs surchargés de dessins, de cœurs et de « papa » écrits en rose.  — Je suis désolée… dit Sally, qui l’avait suivi. Mais c’est sa mère !  — C’est ma fille ! bredouilla-t-il.  — Je ne pouvais pas refuser… Nick, c’est sa fille, pas la tienne !  — Elle m’appelle papa…  — Nick…  Les yeux brillants d’émotion, il lui demanda :  — Elles vont revenir ?  Sally secoua doucement la tête.  — Je ne pense pas.  — Mais il y a école, demain. Elle ne peut pas manquer un jour de classe !  Il guettait une réponse rassurante de sa voisine. Elle posa une main sur son épaule.  — Je suis désolée… Je sais que tu te démenais pour Abby. Mais c’est sa fille…  Il s’assit sur le lit de l’enfant et attrapa un o urs qui gisait sur la couche, comme abandonné. Une peluche grise de poussière, avec un œil décousu.  — Elle n’a pas emmené son Monsieur Boom ! Elle va venir le rechercher, hein ? Monsieur Boom est copain avec son tigre !  Sally considéra le jeune homme avec compassion. Il n’était pas très vieux, même pas vingt-cinq ans, et avait pris à cœur son rôle de père. Ses cheveux longs et sa veste de cuir lui donnaient un air de rock-star. D’ailleurs, n’était-il pas musicien ? Et un bon guitariste ! Et un chanteur à la voix douce… Pourtant à cette heure de la nuit, il n’était plus rien. Il était tombé dans la déchéance. Le rocker avait perdu de sa superbe et serrait contre lui Monsieur Boom, qui ne possédait plus qu’un œil.  — Nick… je… si tu as besoin… Je suis à côté…  Il leva la tête et posa sur elle un regard éperdu.  — Je devais l’emmener au McDo’ demain !