L'enfer du paradis

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28 pages
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Description

L’enfer du paradis est le titre regroupant deux nouvelles racontant la misère humaine dans toute sa férocité de ce côté-ci de la Méditerranée.
La rage de vivre : ce texte peigne avec des mots crus le quotidien malheureux d’une jeunesse perdue et sacrifiée à l’autel de la bêtise humaine. Il tresse l’existence tout en souffrance de jeunes vivant à l’étroit dans un pays aussi vaste qu’un continent. En effet, il s’agit d’une équation lourde de signification opposant un peuple pauvre dans un pays riche. Des jeunes qui sous d’autres cieux auraient été des catalyseurs au développement vont finir en proies à des poissons en tout genre. Moyennant des barques de fortunes, ils vont tenter le diable, défier l’enfer de la mer pour un ersatz de paradis.
Palikao d’octobre : le fossé se creuse davantage entre les pauvres et les nantis dans un pays aussi riche que varié. L’histoire nous emmène dans les bas fonds de la vermine humaine où survivent des jeunes désœuvrés, des laissés-pour-compte. La trame de malheur sur fond d’amour où la vie se livre d’amers combats pour survivre à l’existence.

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Date de parution 25 novembre 2015
Nombre de visites sur la page 13
EAN13 9782363155016
Langue Français

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L'enfer du paradis

Benak

© 2015

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La rage de vivre

 

 

Œil-De-Rapace gisait comme un cheval mort dans cette plaine abandonnée où chiens et chats errants avaient occupé tous les hameaux ; ils entonnaient au diable vauvert, surtout de nuit, leur édifiant flamenco. Certes, il faisait bon vivre dans ce village qui n’avait nullement besoin des rugissements des lions pour se sentir gladiateur. Il portait mal son âge et ne supportait plus la jeunesse. Il ne gardait de son passé colonial que l’église, dégradée d’ailleurs, mais qui conservait quand même une structure imposante. Ce bourg était tout en fleurs et pas une seule maison n’avait son propre jardin. Elles rivalisaient de beauté en ajoutant une touche agréable au paysage, pour le plaisir des yeux et du cœur. À Œil-De-Rapace, tout le monde se connaissait ; les gens donnaient ici, à l’humanité entière, une formidable leçon de tolérance ; ils se côtoyaient dans une ambiance fraternelle ; pourtant, chacun était au courant des tares et des inepties de l’autre. On retrouvait le moudjahid de la première heure ainsi que le harki de la dernière heure dans le même patio ; voisins, ils cohabitaient dans une entente extraordinaire, en dépassant tous les conflits, sans jamais se tenir rancœur ; au contraire, ils se renvoyaient souvent l’ascenseur. Le marocain avait sa place aussi, mieux encore, il était respecté à tel point qu’on tissât avec lui des liens de parenté. La seule fausse note qui entachait la virginité de cette cité résidait dans l’arrogance de ses riches. Ceux-là avaient opté pour un comportement à la hauteur de leurs fortunes. Non seulement ils regardaient les pauvres de haut, mais ils le faisaient avec dédain. Œil de rapace portait mal ses ans et respirait avec angoisse son histoire qui ne brillait d’aucun éclat. Depuis qu’il a été créé, il ne fait que subir les aléas du temps et l’insipidité des gens. Qu’il vive ou qu’il survive, les choses ne changeaient en rien son devenir et n’influaient aucunement sur son comportement. Il demeurait Œil avec ou sans Rapace.

 

L’indépendance se savait au drapeau accroché et suspendu à la hampe de la mairie ; au-delà, rien ne la rappelait, sauf peut-être cette liberté qu’avaient les villageois à vieillir jeunes ; Œil-De-Rapace distribuait les vingt ans et à défaut de mourir, l’on se fanait bêtement. L’histoire lui reconnaît quand même une qualité : il est le premier village à avoir inventé le « hitisme ». Aucun bourg, avant lui, n’avait su glorifier ce mouvement dont les enseignements firent tache d’huile ; il déteignait sur les autres douars et même sur les villes qui ne se croyaient pas concernées par la daube nationale. Le « Hitisme » (chômage en langage populaire) connut une période faste et prospère, tout à l’honneur de son fondateur, j’ai nommé, l’esprit laudateur. Ses disciples étaient légion. Il rayonnait sur tous les murs qu’ils soient grands, petits, cimentés ou mal lotis. Ils étaient tous logés à la même enseigne. Les murs avaient pris le pli de se prêter à ces rites banals qui n’en finissaient pas à longueur de journée. D’ailleurs, ils portaient dans leurs cœurs de pierre, les stigmates d’une telle action. Les traces indélébiles des dos humains les parsemaient de leur ennui pratiquement quotidien et cafardeux. De nuit, ils laissaient s’échapper des soupirs et des chuchotements comme s’ils se racontaient les histoires pas du tout drôles de leurs hôtes diurnes indésirables. Leurs conciliabules témoignaient de leur refus de servir de soutènement aux ossatures spectrales et fantomatiques d’une plèbe au bord du précipice. En tout cas, ils se liguaient en catimini en vue de créer une association pour défendre leur droit à la liberté ; ils se sentaient à l’étroit avec ces bêtes humaines qui venaient se frotter à leurs peaux rêches et crépues en leur confiant les secrets les plus alambiqués. Les journées s’étiraient en bâillant à l’enfer pour crier leur monotonie par-dessus les toits des maisons qui ressemblaient à des tombes en fleurs.