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L'impure

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Description

Dans ce récit savamment orchestré, l'auteur entraîne le lecteur dans l'univers d'un transsexuel qui a eu le courage de transgresser les prescriptions de la tradition en affichant publiquement ses orientations sexuelles.

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Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 décembre 2011
Nombre de lectures 37
EAN13 9782296475625

Informations légales : prix de location à la page 0,009€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

L’ IMPURE


ROMAN
Dernières parutions
chez L’Harmattan-Sénégal
(Catalogue en ligne sur harmattansenegal.com )

MBAGKE Khadim, Le parcours d’un arabisant de Touba , collection « Mémoires & Biographies », novembre 2011.
DIOUF Malamine, Sinig , poèmes, « Rimes & Proses », octobre 2011.
GUISSÉ Ameth, Femmes dévouées, femmes aimantes , roman, « Nouvelles Lettres Sénégalaises », septembre 2011.
FOFANA Mamadou Lamine, Maître Abdoulaye Wade. Sa vision libérale de la gouvernance , essai, septembre 2011.
THIOUNE Bassirou, Gott. Le retour vers la terre , roman, « Nouvelles Lettres Sénégalaises », septembre 2011.
DIA Khassimou, Pour une alternative générationnelle : l’humanisme , manifeste, septembre 2011.
DIENG Amady Aly, Histoire des organisations d’étudiants africains en France , essai, août 2011.
DIAGNE Mayacine (Sous la dir. de), La relance du développement local au Sénégal , revue Leeuru , n° 1, août 2011.
NIOUKY Ange-Marie et ROBERT Michel, Les Brames ou Mancagnes du Sénégal et de la Guinée-Bissau. Essai sur leurs us et coutumes , juillet 2011.
DIALLO Kalidou, Le syndicalisme dans l’enseignement public en Afrique occidentale française. 1903-0960. Préface de Iba Der Thiam , juillet 2011.
SARROUSS Ousmane Sarr, Anagrammaire suivi de Prières de Sarrouss , poésie, juin 2011.
TOURE Tamaro, Bracelets d’Afrique , Beau livre, avril 2011.
WONE Malick, La récitation du chapelet , poèmes, « Rimes & Proses », avril 2011.
Félix N ANKASSE


L’ IMPURE


ROMAN
© L’H ARMATTAN- S ÉNÉGAL, 2011
« Villa rose », rue de Diourbel, Point E, DAKAR

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
senharmattan@gmail.com

ISBN : 978-2-296-54889-3
EAN : 9782296548893

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
D ÉDICACE
Je dédie ce roman à mes parents qui m’ont tout donné
À mes frères Gérard, René, Paul, Alphonse et Fernand
À mes sœurs Odile, Martha, Paulina
À Germaine, mon épouse pour son amour et son soutien
Mes enfants : Boniface Dominique, Clotilde Edith, Angèle
Mireille, Christian Edouard pour leurs encouragements
Mes amis d’enfance : Michel BAZAN, Edouard MPAMY, Benjamin LANKIANE, Gilbert KANFOME, Dominique KASSEKAR, Sarany LANKIANE, Ibrahima CAMARA dit Vieux, Gilbert PANDOUPY, Gérard COLY, Pascal MALOU dit Baliya, Dominique BATILLON dit Pocana, Feu Jean KANFOME, Michel BADIANE, Martin DIONOU, Joseph NAPAMA, Habib SECK, Marie-Rose BAS SENE, Marguerite OUDIANE dite « Grenoble », Feu Jean OUDIANE.
À mon filleul Edmond BALOUCOUNE et à mes filleules Nicole dite Aïcha MANDIOUBA, Riane Germaine KANTOUSSAN
À mes homonymes Félix SANKA, Félix DIATTA dit « Petit », Gilbert Félix BARAYE
À É tienne Séverin V. MANDIAMY, Charles Koula TOUPANE, Samba DIAKHATE, Oumou CISSE SY, Malick Maguèye DIAW pour leurs conseils avisés
P RÉFACE
Après avoir fini la lecture de la fiction romanesque de Félix, un sentiment de profond malaise s’est emparé de moi, partagé que j’étais entre une indulgence à l’égard de Tobias, ce héros revenu de loin, sous le masque d’un inconnu, soulager sa famille biologique des tracas d’une existence difficile, et le rejet d’une pratique avilissante pour le genre humain, la transsexualité, qui procède d’une violation des lois de la nature, et que la communauté ethnique d’appartenance de cet « homme-femme » ne pouvait tolérer, encore moins accepter, sans récuser ses us et coutumes.
En abordant ce problème sensible à plus d’un titre, l’auteur a voulu, probablement, amener les uns et les autres à réfléchir individuellement et collectivement sur un phénomène qui frise, de nos jours, la banalité en Occident, mais que les Africains rechignent à reconnaître, dans leur immense majorité, convaincus qu’ils sont de la nécessité de rester fidèles, au-delà de leurs traditions ancestrales, à leur identité biologique première telle que décidée par le divin Créateur, Dieu, maître de l’Univers.
Alors, la question s’impose de savoir si cette négation dudit phénomène par les Africains n’est pas, en dernière instance, un combat d’arrière-garde, au regard des mutations sociétales qui s’opèrent là-bas en Occident et qui, par la magie de la mondialisation, ne manqueront pas de gagner les frontières poreuses de nos pays pauvres économiquement et fragiles culturellement ? À l’heure des nouvelles technologies de communication qui font du monde un village, est-il possible de résister trop longtemps à ces changements de mode de vie induits par les changements de nos conditions d’existence, où l’homme se mue en femme, sur la base de sa seule et unique volonté ? Devrions-nous adapter nos textes de loi et intégrer la reconnaissance de ce « droit de l’homme-femme » dans nos corpus juridiques, de manière à favoriser la socialisation de cette catégorie de citoyens entièrement à part et leur intégration harmonieuse dans nos différentes communautés nationales ?
La réponse à ce questionnement dépend de chacun et de chaque pays. Assurément. Mais il faut aussi convenir que ce n’est pas demain la veille, pour la plupart d’entre nous. Si en Europe on a pu adopter, mutatis mutandis, des lois autorisant le « mariage homo » et admettre, dans la foulée, la transsexualité en tant qu’identité du genre humain, chez nous, ici en Afrique, les mentalités ne sont pas encore prêtes à cohabiter pacifiquement avec les transsexuels qui sont perçus, à la limite, comme des mécréants, car niant le décret de la Providence en ce qu’il a de plus important : l’homme dans toute sa poésie originelle.
Le mérite de Félix est d’avoir osé, avec le talent qui est le sien, soulever une problématique aussi grave, sans avoir l’air d’y toucher. Ce livre vient, en quelque sorte, nous réveiller de notre sommeil dogmatique pour nous inviter à anticiper sur ce que devra être demain la vie, que dis-je !, la cohabitation entre hommes et femmes, mais aussi entre hommes et hommes-femmes, dans une Afrique libérée de ses pesanteurs idéologiques et plus ouverte sur le monde, parce que plus tolérante. Ne serait-ce que pour cette raison, L’impure fera date. Et avec lui, Félix !
Marcel MENDY
Journaliste-Ecrivain
I
Le vent poussiéreux qui avait envahi la ville de Ziguinchor, obligeait Kévin à faire la corvée tous les matins en lavant le véhicule du directeur dont il était difficile de reconnaître la couleur originale après le trajet qu’il faisait pour se rendre au service. Il était en train de le nettoyer dans le parking quand le directeur le fit appeler. Il se lava soigneusement les mains, porta sa veste et se rendit auprès de lui. Le directeur qui l’attendait sur le seuil de la porte de son bureau discutait en faisant de grands gestes avec une belle fille qui était venue lui rendre visite. Il lui demanda de conduire sa visiteuse au supermarché du port non loin de la discothèque le « Bombolong », et ensuite de la déposer chez elle. Kévin se dépêcha pour retourner au parking prendre le véhicule, fit marche arrière et vint se garer devant le portail. Il l’avait ouvert à moitié pour surveiller l’arrivée de la visiteuse qui s’entretenait encore avec le directeur. Il époussetait le pare-brise quand elle avait débouché sur le long couloir qui menait à la sortie. Il rangea le chiffon dans la malle et se mit au volant. Elle le salua avec beaucoup de correction une nouvelle fois et s’installa confortablement sur le siège arrière. Quand il démarra, elle engagea la conversation pour rendre agréable le trajet.
« J’apprécie bien ta façon de conduire, tu es vraiment expérimenté. Tu as fait combien d’années de conduite ? le sonda-t-elle.
– Bientôt vingt-cinq ans.
– C’est pourquoi tu maîtrises bien le volant. À la place de ton patron, je te maintiendrai même si je change de poste.
– J’aurais voulu continuer avec lui, mais les chauffeurs suivent rarement les directeurs quand ils sont mutés dans d’autres services.
– Tu auras peut-être la chance d’être avec lui lorsqu’il quittera un jour ce service. À notre prochaine rencontre, je ne manquerai pas de lui faire cette proposition.
– On verra bien ce que cela va donner.
– Tu es de la région ?
– Bien sûr.
– Comment t’appelles-tu ?
– Kévin.
– Moi, c’est Keycha.
– Tu as un joli nom.
– C’est ce qu’on ne cesse de me dire. Gare-toi ici, je vais faire quelques achats et je reviens dans un instant, dit-elle, lorsqu’ils sont arrivés au supermarché. »
Quand il parlait avec elle, il jetait de temps en temps des coups d’œil dans le rétroviseur pour bien regarder cette jeune femme qui était très mignonne. Après l’avoir ouvert la portière, il se figea comme une tige de bambou pour mieux l’observer. Elle avait le charme et la grâce qui sont la marque de fabrique des grandes dames. Sa démarche somptueuse et pleine d’assurance avait polarisé les regards de tous ceux qui l’avaient croisée. Du haut de ses escarpins, elle se déhanchait savamment en coordonnant tous ses mouvements. Elégante avec une carrure bien charpentée, elle n’avait pas une forme généreuse comme la plupart des femmes que l’on rencontre dans les rues de la ville, mais elle avait pu mettre en valeur sa taille mince.
La visiteuse du patron qui avait fasciné Kévin n’était pas, il est vrai, une créature ordinaire. Elancée même si les talons de ses chaussures avaient augmenté sensiblement sa taille, elle était de teint clair et avait une peau lisse, ce qui prouvait qu’elle entretenait bien son corps. Elle avait un regard malicieux avec les yeux noirs et pétillants, des joues un peu relevées, des lèvres pulpeuses qu’elle avait enduites avec un produit brillant. La coiffure était soignée et les cheveux noirs qui tombaient sur ses épaules faisaient ressortir la couleur de sa peau. Elle portait des parures en or qui rendaient plus visibles les caractéristiques de son visage bien fait.
Elle était vêtue d’un pantalon large et d’une chemise en coton de couleur beige qui lui allait à merveille. « Cette femme est belle et a de la classe. Les patrons s’accaparent toujours de jolies créatures, mais celle-ci est la plus ravissante de toutes celles qui passent le voir. Pour une fois, il a fait un bon choix et je sais que si son épouse connaît cette femme, elle va tout faire pour les empêcher de se revoir », pensa Kévin qui avait braqué son regard sur Keycha.
Elle avait mis plusieurs minutes dans le supermarché avant de sortir avec un gros sachet cartonné plein de provisions. Kévin alla à sa rencontre et prit le paquet de ses mains qu’il plaça dans la malle. Au retour, elle changea de place en allant s’asseoir sur le siège avant près de Kévin qui humait voluptueusement l’odeur agréable du parfum qu’elle s’était aspergée.
« Depuis quand es-tu installée dans la ville ? l’interrogea-t-il.
– J’ai fait vingt-quatre mois. Je sors rarement, c’est peut-être pour cette raison que je ne suis pas connue. »
Il avait volontairement mis fin à la conversation parce qu’il évitait d’avoir des affinités avec les hôtes du directeur. Il s’était, une fois, fait tirer les oreilles par son ancien patron auquel un visiteur était parti raconter la teneur de leur conversation en déformant ses propos. Ce mensonge éhonté avait provoqué la colère du boss qui lui avait reproché son indiscrétion et pour le punir, il ne le confiait que des missions de moindre importance. Il avait depuis lors changé d’attitude pour ne pas faire l’objet d’une nouvelle mise à l’écart par le nouveau directeur avec lequel il s’entendait bien.
Elle remarqua sa retenue et n’insista pas. Ils restèrent silencieux pendant un long moment et Keycha provoqua à nouveau la conversation.
« Est-ce que tu es marié ?
Perturbé par cette question inattendue, il hésita avant de répondre par l’affirmative.
– Tu as combien d’enfants ?
– Trois dont deux garçons et une fille, dit-il, avec un air agacé.
– Moi aussi, j’ai un garçon et une fille.
– Donc, tu vis avec ton époux ?
– Je suis divorcée.
– Et tes enfants, ils vivent avec toi ?
– Ils sont dans un internat à Dakar et ne viennent ici que pendant les vacances. »
Il marqua une pause et se garda de toucher ce point sensible. Il estimait que le divorce est toujours quelque chose de pénible à évoquer parce qu’il rappelle à la personne qui en est victime des séquences de sa vie dont elle n’aime pas se souvenir. Il était, cependant, mal à l’aise à cause de Keycha qui avait orienté leurs échanges dans un angle trop étroit pouvant le pousser à confondre les sentiments d’amour et d’amitié. À un moment, il s’était dit qu’elle était tombée sous son charme, mais il modifia rapidement son jugement. Une fille aussi belle et aisée ne pouvait pas à travers cette seule rencontre jeter son dévolu sur lui, qui était un simple chauffeur. Perdu dans ses pensées, il avait oublié un court instant sa passagère et reprit son contrôle lorsqu’elle le fit ralentir et lui indiqua du doigt l’endroit où il devait se garer.
« Nous sommes arrivés, lui annonça-t-elle.
– Où se trouve la maison ?
– C’est celle qui est peinte en blanc, dit-elle, en lui montrant le bâtiment. »
La maison au style colonial était bâtie sur une hauteur qui surplombait les autres habitations permettant de la voir de loin. Elle se distinguait de toutes les demeures qui étaient aux alentours par ses tuiles de couleur verte et le grand mur de clôture qui l’entourait avec un imposant portail.
Il voulut l’aider en prenant le sachet pour le déposer, mais elle lui fit comprendre que ce n’était pas nécessaire.
« Je vais appeler le gardien pour qu’il le dépose à l’intérieur.
– À la prochaine alors.
– Attends-moi, j’arrive. »
Elle alla chercher le gardien qui vint prendre le sachet. Au lieu de le suivre, elle ouvrit la portière et prit place sur le siège arrière en invitant Kévin de s’asseoir à ses côtés. Elle prit sa main et se mit à la masser doucement en le fixant du regard.
« Est-ce que tu vis avec ton épouse ?
– Oui.
– Comment s’appelle-t-elle ?
– Corinne.
– Je sais que c’est une bonne épouse et j’aimerais un jour faire sa connaissance.
– Qu’est-ce qui te le fait dire ?
– À te regarder, on sait que tu es bien entretenu. Et tes frères que font-ils à présent ?
– Ils ne sont pas parvenus à trouver des emplois stables, mais ils se débrouillent.
– Et votre tante, j’espère qu’elle va bien ?
– Comment sais-tu que nous vivons ensemble ?
– C’est le directeur qui me l’a dit, mentit-elle.
– Pourtant, je ne lui ai jamais parlé d’elle.
– Ne t’en fais pas pour ça, les directeurs savent tout du personnel même s’ils font semblant de n’être au courant de rien. »
Ils parlèrent un bon moment puis se dirent au revoir. Mais avant de partir, elle glissa sa main dans sa pochette et prit un gros billet de banque qu’elle l’offrit comme cadeau pour sa disponibilité.
Il était embrouillé par les agissements de Keycha et voulait découvrir ce qu’elle dissimulait derrière cette gentillesse. « Ce n’est pas de l’amour que cette jeune femme manifeste à mon égard, car elle m’a interrogé sur des points précis touchant à la famille comme si elle me connaissait de longue date », s’était dit Kevin. Après cette commission, il retourna directement au service où l’attendait le directeur.
II
Kévin roulait à vive allure pour repartir au service. Il trouva devant le portail tous les autres chauffeurs. Il freina à leurs pieds et leur demanda si le directeur était encore à son bureau. Ils l’informèrent qu’il l’avait attendu et ne l’ayant pas vu, il avait pris un taxi pour rentrer chez lui. Il était devenu tout blême en se disant qu’il avait commis une bourde pour avoir accordé trop de temps à Keycha et pensait déjà aux réprimandes qui allaient s’en suivre. Ils éclatèrent de rire pour se moquer de lui en voyant l’expression de son visage et lui dirent qu’il avait réussi à accrocher la visiteuse du patron raison pour laquelle il avait mis beaucoup de temps avec elle. Il nia et leur fit savoir qu’il l’avait accompagnée sur ordre du patron faire des courses avant de la ramener chez elle. Ils firent des commentaires sur la beauté de Keycha qui était, selon eux, la plus belle de toutes celles qui fréquentaient le service. Ils enviaient Kévin parce que chacun voulait sympathiser avec elle. Ils ne ressentaient pas de l’amour envers Keycha, mais la simplicité avec laquelle elle les avait salués, illustrait sa bonté. Elle était belle à couper le souffle et en plus elle était aimable.
Ils n’avaient pas encore terminé leur conversation quand le directeur était sorti pour aller assister à une réunion en ville. Kévin qui n’avait rien dit à ses collègues concernant sa discussion avec Keycha de peur que cela soit mal interprété sentit la venue du directeur comme une délivrance. Il pensait que la parenthèse sur Keycha était refermée, mais c’était le directeur qui avait pris le relais en lui demandant si Keycha était bien rentrée chez elle. Il affirma s’être acquitté de cette mission et ne s’évertua pas à lui dire autre chose.
« Keycha est une femme attachante, tu ne trouves pas ? dit le directeur.
– Elle est ouverte en effet.
– Je suis convaincu qu’elle t’a fait parler tout le long du trajet.
– Nous avons un peu discuté.
– Je trouve son attitude un peu bizarre en faisant le choix de venir s’installer dans cette ville au lieu d’aller vivre à Dakar où elle a plus d’opportunités.
– Elle a peut-être ses raisons.
Il alluma une cigarette et après avoir tiré une longue bouffée, il se pencha vers Kévin pour lui faire une surprenante confidence.
– Cette femme m’intrigue et je suis certain que tu as eu la même impression.
– Je partage ton avis. »
Il lui relata alors les circonstances de leur rencontre et lui jura qu’il n’avait nullement l’intention de la courtiser. C’était une amie et il n’entendait pas détruire cette relation amicale pour la remplacer par d’autres sentiments. En vérité, il était amoureux fou de Keycha et en homme expérimenté, il avait senti que cette femme qui était douce d’apparence avait de l’envergure, et ne reculerait devant rien si ses intérêts étaient menacés. Il s’était dit qu’il fallait tisser de bons rapports avec elle en s’abstenant d’aller au-delà de ce cadre parce que cela pouvait avoir des conséquences graves sur la stabilité de son ménage. Son sixième sens avait stoppé son élan, car Keycha n’était pas le genre de femme qu’un homme pouvait manipuler à sa guise. Elle savait organiser sa riposte quand il le fallait pour rendre les coups lorsque quelqu’un lui manquait de respect. Il lui raconta ensuite la manière dont elle l’avait approché à la réception d’un mariage qui avait eu lieu au centre-ville. C’est de là qu’était née leur relation et il l’avait même invitée chez lui, afin qu’elle fasse connaissance avec son épouse.
Kévin qui pensait qu’il allait lui crier dessus parce qu’il avait trop duré était pris de court par la douceur avec laquelle il s’adressait à lui. Le relâchement du directeur qui avait l’habitude de garder le silence sur ses visites avait troublé Kévin. Il s’était confié à lui alors qu’il n’ignorait pas qu’en sa qualité de chauffeur, il ne pouvait pas lui dire ce qu’il pensait au risque de l’importuner. Kévin s’était contenté de l’approuver en émettant des avis favorables pour lui faire plaisir et avait qualifié son comportement d’exemplaire vis-à-vis de Keycha. Dès que le directeur était descendu du véhicule pour rejoindre la salle où devait se tenir la réunion, il s’était remis à penser à Keycha. Comme son patron, il avait des sentiments mitigés et s’interrogeait sur la nature des liens qu’il pouvait entretenir avec la jeune femme. Il fit un résumé de la situation et trouva juste de rester à sa place pour ne pas vivre une déception qui lui causerait inutilement des ennuis. Pour l’instant, il comptait exploiter au maximum cette relation pour conforter sa place auprès du directeur. La façon dont ce dernier s’était enflammé en parlant d’elle montrait qu’il l’admirait et qu’en faisant partie de ses amis, il pouvait bénéficier de certains avantages que le directeur lui concéderait. Son calcul s’arrêtait à ce stade alors que les questions de Keycha sur sa famille devaient l’inciter à chercher les motifs de l’intérêt qu’elle avait pour lui.
III
Keycha était inconnue dans la ville malgré le temps qu’elle y avait passé. Elle s’enfermait tout le temps chez elle et cette rare sortie qu’elle avait effectuée en plein jour avait eu des retombées positives en termes de popularité. Un petit nombre de personnes connaissaient ses activités, car elle ne sortait que la nuit et ne se rendait qu’à des endroits huppés où le grand public n’était pas admis. Elle recevait exceptionnellement des visites et ceux auxquels elle accordait ce privilège pouvaient se compter sur les doigts d’une main, parce qu’elle était rigoureuse dans le choix de ses amis. Même quand elle devait se coiffer, la femme qui se chargeait de faire ce travail venait à la maison. Et comme elle était une bonne cliente qui payait cash, les gens se déplaçaient pour la trouver chez elle lorsqu’elle avait besoin d’un service.
Elle s’était arrangée de telle sorte que sa vie était un mystère et peu de gens pouvaient dire qui elle était et ce qu’elle faisait. Apparemment, elle n’avait pas d’activités connues, mais disposait d’argent en permanence et s’habillait comme une princesse.
La bâtisse qu’elle avait prise en location comprenait quatre pièces avec deux grands salons jumelés et une piscine à l’arrière-cour où elle passait son temps libre. Elle avait décoré avec goût les salons et avait accroché les tableaux d’art en quinconce sur les murs ; ce qui leur donnait un aspect majestueux. De gros fauteuils en cuir étaient disposés au milieu des salons et dans le second elle avait placé une table à manger plus une grande télévision à écran plat. Elle aimait les choses simples, mais avait la capacité de les rendre valeureuses par la manière de les utiliser.
Particulière par sa façon de vivre, Keycha s’était imposé une ligne de conduite à laquelle elle était restée fidèle. Nul ne pouvait la faire dévier de ce chemin qu’elle s’était tracé parce qu’elle n’ignorait pas que de lui dépendait toute son existence. Dotée d’un pouvoir charismatique qu’elle maniait avec talent pour exercer une fascination sur ses semblables, Keycha ne laissait à personne la possibilité de voir en elle ce qui pouvait entacher sa réputation.
Lorsqu’elle se levait à la mi-joumée, elle prenait son déjeuner et se rendait à la piscine où elle nageait seule pendant des heures. Elle sortait de l’eau une fois épuisée et s’allongeait sur le lit de plage couvert par un parasol qu’elle avait placé au bord de la piscine pour s’adonner à la lecture. Elle ne quittait cet endroit qu’à la tombée de la nuit pour aller se doucher et suivre les informations à la télévision avant de prendre son dîner. Pour rester seule, elle avait organisé les deux femmes de ménage qui travaillaient à la maison en donnant à chacune son emploi du temps. La cuisinière venait le matin pour préparer le déjeuner et le dîner qu’elle mettait dans le réfrigérateur à charge pour Keycha de les réchauffer quand elle voulait se restaurer puis rentrait chez elle. Quant à la femme chargée de nettoyer la maison, elle arrivait après son réveil. Ce curieux planning l’arrangeait parce qu’elle tenait à garder le secret sur sa vie privée. Elle n’avait pas confiance à ces employées de maison qui jetaient des coups d’œil partout, afin d’avoir des choses à raconter dès qu’elles étaient hors de la maison. C’est le téléphone qui la reliait avec le monde extérieur, car c’est à l’aide de ce moyen de communication qu’elle réglait tous ses problèmes.
Les vigiles qui assuraient la garde devant le portail ne voyaient à la maison que les livreurs quand ils venaient déposer les gâteaux ou des pizzas qu’elle commandait aux pâtisseries lorsqu’elle voulait changer de menu. Ils ne comprenaient pas très bien la manie de cette femme qui se cloîtrait toute la journée à la maison sans recevoir de visites. Elle quittait son domicile la nuit et rentrait seule à cinq ou six heures du matin.
Keycha que les hommes convoitaient déclinait toutes les invitations qu’ils lui faisaient et préférait mener sa vie dans l’ombre que de s’exposer inutilement. Elle avait ses milieux de fréquentation où elle rencontrait des gens avec lesquels elle partageait des points communs. Cette vie austère qu’elle avait choisie n’était pas facile, mais elle avait des choses à cacher et faisait en sorte que sa vie privée ne soit pas connue par le commun des mortels. Elle était consciente de la précarité de cette existence, car tout pouvait basculer à chacun de ses moindres faux pas. Elle mesurait tous ses gestes et ne faisait rien qui pouvait la compromettre. C’est pourquoi elle avait dicté à son personnel des restrictions qui les empêchaient d’accéder à son intimité.
Un jour, le vigile qui était de service avait commis une imprudence qu’elle n’avait pas du tout digérée. Il s’était permis de conduire sans autorisation un visiteur à la piscine au moment où elle se baignait. Elle avait posé ses mains sur le rebord de la piscine pour sortir de l’eau quand elle tourna la tête par réflexe et vit sur le long du mur de clôture l’ombre d’une personne qui se dirigeait vers l’endroit où elle se trouvait. Elle replongea, précipitamment, dans l’eau pour ne pas exhiber son corps en attendant de voir l’individu qui venait dans ce lieu interdit aux visiteurs. Pour s’excuser de passer outre ses instructions, le vigile avait arboré un large sourire, mais cela n’avait pas suffi à faire tomber le masque qui assombrissait le visage de Keycha. Elle avait voulu le renvoyer et avait renoncé à le faire quand son voisin qui avait la maison en face était apparu derrière lui. Elle se calma tout en restant dans l’eau. Le vigile lui expliqua qu’il était obligé de transgresser ses directives sur la demande expresse de son voisin dont le fils était souffrant et qu’il voulait le conduire à l’hôpital, mais que son véhicule était en panne. Elle s’adressa à ce dernier avec courtoisie et le pria de l’attendre au salon. Après leur départ, elle sortit de l’eau pour aller s’habiller. Elle quitta la maison sans rien dire et à son retour elle avait déversé toute sa colère sur le vigile et l’avait menacé de renvoi la prochaine fois qu’il répéterait la même erreur.
IV
À la descente, après avoir déposé le directeur à la fin de la réunion, Kévin était méditatif en se souvenant de Keycha. Il était embarrassé par le comportement de la jeune femme qui paraissait le connaître alors qu’il ne l’avait vu qu’au cours de cette unique rencontre. Elle était attirante, mais ce qu’il ressentait pour elle était très fort. Il était attaché à elle sans savoir qui elle était et d’où elle venait. Il croyait devenir fou parce qu’il était resté avec Kecha moins d’une heure de temps et elle ne quittait plus son esprit.
Il se dépêcha d’arriver à la maison puisqu’il avait hâte de parler de cette femme à son épouse ainsi qu’à ses frères. Il ne prit pas la peine d’aller prendre sa douche avant de retrouver les membres de la famille dans la cour où ils se réunissaient tous les soirs à la tombée de la nuit. Corinne qui connaissait bien son époux le taquina pour savoir la nouvelle qu’il s’apprêtait à leur annoncer. Chaque fois qu’il venait directement les rejoindre, il avait souvent une information à leur donner. Cette fois, il ne s’était pas laissé distraire et leur parla posément. Il leur raconta sa rencontre avec Keycha et le contenu de leur conversation. Son épouse a été la première à réagir à ce qu’il leur avait dit.
« Ne serais-tu pas tombé amoureux de cette femme ?
– Ce n’est pas de l’amour que je ressens pour elle. On dirait que je la connais depuis fort longtemps.
– Prends garde avec les visites de ton directeur…
– Je te jure qu’il n’y a rien entre nous et d’ailleurs, je n’aurais jamais les moyens de l’entretenir même si je l’aimais. »
Bernardin qui avait suivi Kevin dans ses explications, n’était pas du même avis que Corinne. Il avait soutenu son frère en l’encourageant de poursuivre cette relation qui pouvait déboucher sur des liens d’amitié forts et à la longue le servir. Les autres participèrent au débat et il devint animé. La conversation était passionnée à cause des points de vue contradictoires de ses frères sur les motivations de cette femme. Il les laissa et alla se changer. De la chambre, il entendait encore leurs voix et la déclaration de Féodor avait attiré son attention sur un point qu’il avait négligé. Il se demandait maintenant comme lui, pourquoi Keycha avait fait le choix d’envoyer ses enfants dans un internat ?
Il n’avait pas pensé à cela lorsqu’elle le lui avait dit et à présent que cette question était soulevée, il s’interrogeait sur la vraie personnalité de Keycha. Était-elle une fille de joie ou quelqu’une qui voulait vivre seule pour mener sa vie en toute liberté ? Il s’étala un court instant sur le lit les bras étendus, les yeux fixés sur le plafond et essayait d’approfondir son raisonnement. Sachant qu’il lui était impossible de percer cette énigme, il se releva et se mit à rire tout seul à cause de sa légèreté. Il n’avait ni de près ni de loin un lien de parenté quelconque avec cette inconnue et voulait la guider. Il s’était dit qu’il n’avait pas le droit de s’immiscer dans la vie d’autrui et devait se limiter à échanger des amabilités avec Keycha que de vouloir régenter son existence. Il mit une croix sur ce sujet et alla se coucher après le dîner parce qu’il avait eu une journée très chargée.
Le lendemain, il se rendit au service tôt pour récupérer un document que le directeur avait oublié au bureau. Il devait le lui rapporter chez lui puisqu’il en avait besoin pour l’ouverture du séminaire qui avait lieu dans la matinée à l’Hôtel de Ville. Il le trouva sur la table et vit une photo à côté de la pile de classeurs. Poussé par la curiosité, il la prit et reconnut le directeur, son épouse, ses enfants et Keycha. Il étudia l’expression des visages pour tenter de découvrir les circonstances dans lesquelles cette photo avait été prise. Debout côte à côte, les deux femmes souriaient en se tenant la main, ce qui montrait qu’elles avaient sympathisé. Maintenant, il était certain que le directeur ne lui avait pas raconté des mensonges en lui disant qu’il avait convié Keycha à déjeuner. S’il avait eu le courage de lui présenter son épouse, c’est parce qu’il était sincère. Rassuré, il quitta le bureau et se remit de nouveau à penser à Keycha. Il était sûr qu’un flou entourait sa vie, mais la connaissant depuis peu il n’était pas parvenu à lever le voile sur les réelles intentions de cette femme. Ce qu’il tentait de découvrir n’était pas chose aisée puisque Keycha avait fermé toutes les portes pour empêcher les gens de voir au-delà de ce qu’elle leur montrait.
V
Confinée dans sa bulle et ne laissant rien apparaître sur sa vie, Keycha brouillait à merveille les pistes. Les gens qu’elle fréquentait avaient eux aussi une double vie, ce qui lui permettait de s’assurer leur silence. Elle évoluait dans un vase clos et était satisfaite de cette situation d’autant qu’elle sécurisait ainsi ses arrières. Changeant ses habitudes, Keycha qui était tout le temps enfermée multipliait depuis quelques jours les sorties dans la journée. Elle partait faire du shopping et revenait immédiatement à la maison. Les habitants du quartier où elle résidait venaient ainsi de découvrir le visage de cette voisine qu’ils connaissaient à peine. Ce quartier résidentiel où les gens se fréquentaient rarement arrangeait bien Keycha parce qu’elle adorait ce mode de vie où chacun s’occupait de ses affaires.
Les vigiles étaient pris au dépourvu par ces sorties répétées et se demandaient ce que mijotait la maîtresse des lieux. Elle s’affairait sans souffler mot à personne en préparant en douce l’arrivée de ses enfants qui devaient venir passer leurs vacances à la maison. Lorsqu’ils débarquèrent une matinée de la voiture de leur mère chacun tenant une valise à la main, le vigile qui était de service ce jour-là, avait failli la démentir quand elle les lui avait présentés. Il ne croyait pas que Keycha avait des enfants.
« Je suis content de savoir que tu as des gosses et en plus ils sont charmants.
– Je suis certaine que tu te disais que je suis célibataire sans enfant.
– C’est ce que je pensais.
– Tu n’es pas le seul à le croire.
– Je suis un peu gêné de te le dire, mais franchement tu as conservé ta jeunesse.
– La femme doit pouvoir garder sa ligne et le fait d’avoir des enfants ne peut pas lui faire oublier de prendre soin de son corps. »
Cette remarque faite par le vigile avait rendu Keycha heureuse et c’est toute radieuse qu’elle était rentrée dans la maison pour se mirer dans la grande glace accrochée au salon. Elle avait découvert à travers le regard des hommes qu’elle gardait encore cette fraîcheur qui permet à la femme de faire tourner la tête à ses admirateurs. La nage qu’elle pratiquait tous les jours avait donné à son corps une musculature qui lui avait permis de conserver, malgré les aléas de la vie, cet air juvénile.
Le soir de leur arrivée, elle était sortie régler quelques problèmes et était rentrée aussitôt. Les enfants, qui avaient entendu le bruit fait par leur mère, avaient quitté leurs chambres pour venir voir la personne qui était dans le salon.
« Maman, tu es déjà de retour, je pensais que tu allais durer en ville, dit Gervais.
– Je me suis dépêchée parce que je ne voulais pas vous laisser seuls trop longtemps.
– Il ne faut pas t’en faire pour nous, nous sommes à présent des grands. »
Les paroles de Gervais l’avaient amusé. Elle les considérait comme de petits enfants et avait continué de les traiter comme tels. Elle les aimait et n’avait pas fait le choix de les inscrire dans un internat situé dans la capitale pour s’éloigner d’eux. Elle avait pris cette pénible décision pensant qu’elle était nécessaire pour des raisons qu’elle seule connaissait. Elle avait des pincements au cœur en les regardant grandir dans un milieu autre que celui qu’elle souhaitait leur offrir. Durant leur séjour, Keycha avait pris la résolution de suspendre ses sorties nocturnes, afin de mettre à profit le temps qu’ils devaient rester ensemble pour les divertir. Ils ne passaient jamais plus de trois mois dans l’année et elle avait décidé de se consacrer à leur épanouissement.
Les enfants qui ne pouvaient pas s’enfermer tout le temps à la maison avaient commencé à sortir pour se promener dans le quartier. C’est ainsi qu’ils avaient fait connaissance avec les jeunes du coin qui venaient leur rendre visite. Pour les inciter à venir leur tenir compagnie, Keycha les avait accueillis à bras ouverts, afin de leur montrer qu’ils étaient les bienvenus. Elle leur avait donné l’autorisation de se baigner dans la piscine. Elle ne nageait pas avec eux et restait sur le perron où elle avait installé une chaise pour les surveiller. Quand ils se lassaient de la piscine, elle les emmenait au cinéma ou au restaurant. C’est lorsqu’ils se retrouvaient seuls qu’elle profitait pour leur parler. C’est ainsi qu’elle avait su que Gervais avait une petite copine qui habitait non loin de leur école. Keycha s’était inquiétée de la précocité de son fils dont elle ne pensait pas qu’il était déjà en mesure de tomber amoureux. Elle lui parla longuement pour lui faire comprendre qu’à son âge, il devait plutôt s’intéresser aux études. L’établissement où elle les avait inscrits était réputé et assurait aux élèves une bonne éducation. Donc, si Gervais avait pu avoir une copine, c’était fortuit puisque le règlement contraignant de cette institution ne leur permettait pas de sortir hors de l’enceinte de l’école. D’ailleurs, elle avait constaté qu’ils avaient appris beaucoup de choses là-bas, car ils savaient bien se comporter. Ils étaient disciplinés et obéissaient à leur mère en se conformant aux conseils qu’elle leur donnait. C’est au cours d’un moment de détente où ils se disaient tout que Gervais lui avait demandé, sans chercher à l’humilier, pourquoi il n’avait pas le même nom de famille que sa sœur. Elle fit une moue pour tenter de dédramatiser cette redoutable question qui pouvait avoir des conséquences négatives sur la cohésion de sa famille. Elle prit le temps nécessaire pour s’exprimer et lui donna des réponses brèves. Il n’était pas satisfait, mais pour éviter d’indisposer sa mère, il n’avait pas insisté. Il s’était contenté de ce qu’elle lui avait dit et avait accusé intérieurement son père d’être égoïste en laissant tomber sa mère. Parlant de toute autre chose, Violette l’avait interrogé sur les raisons qui l’avaient poussé à les placer dans un internat alors que son frère et elle pouvaient bien vivre à ses côtés puisqu’ils formaient une merveilleuse famille. Keycha se leva de sa chaise, fit quelques pas pour s’éclaircir les idées et revint s’asseoir. Elle regarda longuement sa fille dans les yeux, afin de lui prouver sa sincérité et se lança dans d’interminables explications pour conclure sur les motifs qui l’avaient obligé à les inscrire dans cet établissement. Elle leur avait dit avec un ton anxieux qu’il lui arrivait des moments où elle avait envie d’aller les chercher. Mais qu’elle avait jugé utile de les laisser terminer leur scolarité avant de prendre une autre décision, car ce qui était important pour elle, c’était leur réussite. Heureux de savoir que leur mère les chérissait, les enfants lui demandèrent la permission d’aller chez leurs copains. Elle leur donna son accord et alla s’étendre sur le lit pour se reposer parce qu’elle était vraiment troublée par toutes ces questions.