L’œil de la caméra

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Visionnant un documentaire sur le lancement d’un navire projeté dans une salle de cinéma, le célèbre détective Ramsey SUCCESS est témoin, par écran interposé, d’un larcin commis par un pickpocket dans la poche d’un individu.


Grâce à sa perspicacité et avec l’aide d’une vieille et horrible Chinoise, il va réussir à identifier la victime.


L’homme, un orfèvre, raconte à l’enquêteur que le bijou dérobé, de grande valeur, appartenait à un client, et que son remboursement lui a causé sa ruine et son malheur.


Ramsey SUCCESS lui promet, alors, de retrouver l’objet et son voleur...


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EAN13 9782373477061
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0007 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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L’ŒIL DE LA CAMÉRA
Roman policier
par Marcel PRIOLLET
AVANT-PROPOS
« Littérature Populaire » !
***
Le terme est souvent lancé comme une insulte à la f ace du lecteur passionné ou occasionnel !
Une littérature qui s'adresse au peuple en oppositi on à celle destinée aux e lettrés et qui est montrée du doigt depuis sa création à la fin du XVII siècle.
Les qualificatifs sous lesquels les condamnent les membres d'une caste supérieure, d'une élite n'ayant d'yeux que pour la littérature savante, celle, inaccessible, par déficit de moyens ou d'éducation aux moins nantis, varient avec le temps tout en conservant les mêmes consonan ces péjoratives. La « littérature mercantile » devient une « littératur e commerciale ». Le « roman à quatre sous » se transforme en « roman de gare ». L a « littérature populaire » se mue en « paralittérature ».
Même la renommée des auteurs évolue au fil du temps et ceux ayant alimenté la littérature populaire d'avant-hier sont aujourd'hui devenus des écrivains avec un grand É et leurs romans, des œuvr es incontournables (Eugène Sue, Alexandre Dumas, Jules Verne…).
Mais la réputation d'un pourvoyeur de cette « sous- littérature » peut également varier du tout au tout en quelques décenn ies. Ainsi, George Simenon, Léo Malet ou Frédéric Dard dorment-ils au Panthéon des « Écrivains » quand tant de leurs confrères de l'époque ou des générati ons précédentes sombrent encore dans un oubli qui sied si peu à leur talent et à leur production.
Parmi ces « écrivains » qui mériteraient amplement de se voir greffer une majuscule,Marcel PRIOLLETfait figure de tête de file.
Il faudrait être fou ou totalement présomptueux pou r espérer dresser une liste exhaustive de la production deMarcel PRIOLLET tant celle-ci est gigantesque et tant sa vie demeure obscure.
Les romans et feuilletons de l'auteur se déploient sur un demi-siècle de littérature populaire, et sont signés sous de nombr eux pseudonymes(René-Marcel de Nizerolles, Henry de Trémières, Marcel-Re né Noll, René Valbreuse)et ont nourri les nombreuses collections des plus prol ifiques éditeurs de l'époque [Ferenczi & fils, Eichler, Fayard, Tallandier, Le L ivre National, La Librairie Contemporaine, Éditions S.E.T.,…].
Mais si l'auteur, à l'époque, a ému autant de lecte urs, c'est aussi à travers les nombreux genres qu'il a abordés [policier, sent imental, fantastique, aventure…], sachant bien évidemment les mélanger po ur le plus grand plaisir de tous.
Car, siMarcel PRIOLLETfait une spécialité des séries fasciculaires s'est sentimentales qui titillent les glandes lacrymales de son lectorat sur plusieurs dizaines de titres [« Trompée au seuil de la chambre nuptiale »,« La mariée aveugle »,« Née en prison »,…] il sait aussi l'enthousiasmer autour des aventures trépidantes de ses héros [« La vie d'un aviateur »,« Les voyages aériens d'un petit Parisien à travers le monde »,« Les aventuriers du ciel », « Les Robinsons de l'île volante »,…] sans omettre de faire frissonner les amateurs d'émotions fortes et de romans policiers [« Tip Walter, le Prince des Détectives »,« Old Jeep & Marcassin »,« Monseigneur et son clebs »,…].
Mais il ne faut pas oublier qu'avant tout,Marcel PRIOLLETest un conteur et qu'il ne se contente pas d'offrir des personnages i ntéressants en se disant que pour le format court des séries fasciculaires, cela suffira à remplir son office. Non, l'auteur prend chaque épisode comme une histoi re à part entière et la fignole de la même manière. Le scénario tient alors la route et est plaisant à lire et les personnages récurrents font office de cerise sur le gâteau d'une lecture de bon goût. Aussi n'est-il donc pas rare, dans un tex te deMarcel PRIOLLET, que les genres se mêlent pour napper les sujets à la mo de de son époque, car, comme tout bon auteur de littérature populaire, il s'adapte à son lectorat et lui propose ce qu'il aime, ce dont il a envie en l'émou vant, le dépaysant, le surprenant… en lui faisant vivre des aventures, tou t simplement.
Enfin, n'occultons pas queMarcel PRIOLLET était un écrivain imaginatif et qu'il n'est pas rare que, malgré la concision de ce rtains textes, ceux-ci se basent sur des idées que l'on aurait pu qualifier de « gén iales » pour tout autre auteur mieux considéré [on notera ainsi l'excellence du nœ ud de l'intrigue de l'épisode « Le bal des disparus »de la série« Monseigneur et son clebs »].
Jusqu'à présent, pour vous rendre mieux compte des dernières qualités de l'auteur mises en avant dans cet avant-propos, vous pouviez vous référer aux deux séries policières rééditées parOXYMORON Éditions [« Old Jeep et Marcassin » et« Monseigneur et son clebs »]. Grâce à la collection éponyme mise en place aujourd'hui, vous pourrez également c onstater les atouts de « bon faiseur » de l'auteur en vous plongeant dans des ti tres issus de l'une des plus e ère cultes collections du début du XX siècle : « Le Roman Policier » [1 série] des éditions Ferenczi & fils.
À travers ces courts romans édités, en premier lieu , en fascicules de 32 à 48 pages, vous pourrez vous délecter des sujets qui passionnaient les lecteurs des années 1920 et découvrir un auteur qui faisait preuve de métier en s'adaptant à une collection dite « policière », mai s dont les titres pouvaient tout
aussi bien concorder avec les collections « aventures » de son éditeur.
Ces divers titres seront d'ailleurs réédités dans l es décennies suivantes, dans les autres collections Ferenczi & fils avant d e disparaître totalement… jusqu'à aujourd'hui.
Si la littérature populaire de l'époque méritait qu 'un éditeur « moderne » la remette au goût du jour et permette que le lectorat actuel puisse la savourer à nouveau,Marcel PRIOLLET, lui, de par son travail, méritait au moins d'avoi r une collection à son nom. C'est désormais chose faite !
Bien que le talent d'un écrivain se juge avant tout , et uniquement – peut-on être tenté de dire, – par ses écrits, voici quelque s éléments biographiques pour conclure cet avant-propos.
Marcel PRIOLLETris le naît à Ivry-sur-Seine le 6 août 1884 et meurt à Pa 10 novembre 1960.
Il écrit, au début Julien PRIOLLET.
de
sa
carrière,
notamment,
avec
son
frère
Il est nommé aux grades de Chevalier de la Légion d 'Honneur [1928], et d'Officier de la Légion d'Honneur [1937], pour enfi n être promu Commandeur de la Légion d'Honneur [1952].
Il est enterré au cimetière du Montparnasse.
Comme vous pouvez vous en rendre compte, les élémen ts biographiques connus surMarcel PRIOLLETtrès succincts, mais, heureusement, sa sont production l'est beaucoup moins, pour le plus grand plaisir des lecteurs de l'époque et, dorénavant, des lecteurs d'aujourd'hui .
Bonne lecture.
*1*
L'AMATEUR DE CINÉMA
Un bureau américain semblable à tous les bureaux am éricains. Mais ici, les fauteuils de cuir avaient les ressorts détendus, et le bois des meubles aurait eu besoin d'un sérieux coup de vernis pour donner l'il lusion du neuf...
Un homme déjà âgé, au visage glabre, aux cheveux bl ancs, était assis derrière une grande table. D'un air accablé, il feu illetait les pages d'un épais registre. Il semblait faire et refaire mentalement une addition, qui ne lui donnait jamais satisfaction.
Tout à coup, une porte s'ouvrit. Un personnage de t aille moyenne, vêtu d'un costume de sport de teinte gris clair, entra dans l a pièce. Il se découvrit et sa chevelure brune et brillante apparut. Tout de suite , il s'informa, d'une façon laconique :
— John Hartfort ?...
Le calculateur releva les yeux. Il sembla témoigner d'une vive contrariété. Avec sécheresse, il répliqua :
— C'est bien moi John Hartfort ; mais je n'ai pas p our habitude de recevoir le premier venu...
« Veuillez ressortir !... Vous trouverez mon groom dans l'antichambre. Vous lui donnerez votre carte de visite ; il me l'apport era et je verrai alors si j'ai du temps à perdre avec vous !
— On n'est pas plus aimable ! Je vous remercie infi niment du bon accueil que vous voulez bien me réserver.
« Je regrette seulement d'être obligé de vous rafra îchir un peu la mémoire, John Hartfort. Vous avez renvoyé le garçon qui serv ait d'introducteur il y a quelques jours encore... et vous ne l'avez pas remp lacé !
À ces mots, le vieil homme rougit. Il maugréa quelq ue chose d'incompréhensible et qui ne sembla pas impressionn er celui qui avait osé pénétrer dans son antre sans y être autorisé.
L'inconnu, en effet, ne s'était pas déconcerté pour si peu. Déjà, il reprenait :
— Nous perdons, je crois, un temps précieux ! Il me suffit de savoir que vous êtes bien John Hartfort, directeur de l'Excelsior-Cinéma-Palace, pour que je ne songe pas à quitter votre bureau avant de vous a voir dit ce qui m'amène !
Le hardi personnage s'était avancé dans la pièce. T oujours désinvolte, il se
laissait tomber dans un fauteuil, face au directeur.
Celui-ci ne manquait pas d'être intrigué par les fa çons de cet homme. Il comprenait en outre qu'il ne se débarrasserait pas aisément de lui. Il se résigna donc à entamer la conversation.
Quittant sa pose accablée, il se redressa et, avec une certaine morgue, il exposa :
— C'est moi, effectivement, qui ai l'honneur de pré sider aux destinées de ce remarquable établissement, la plus importante et la plus brillante exploitation cinématographique de San Francisco.
— Très intéressant ce que vous me dites là, John Ha rtfort ! Vos confrères ne seraient peut-être pas d'accord avec vous, s'ils vo us entendaient. Mais peu importe. C'est à vous que j'ai affaire et pas à d'a utres !...
« Me permettez-vous de vous poser quelques question s ?
— Vous êtes bien bon de me demander mon avis. Il fa ut bien que je vous écoute ; c'est la seule façon que j'aie de retrouve r la tranquillité !
— All right !onseille de meTout va bien. Je vais vous interroger et je vous c répondre avec franchise.
— Drôle de manière d'agir ! J'ai l'impression d'êtr e dans le cabinet du juge d'instruction !
L'autre eut un rire bizarre ; mais il ne fit aucune remarque au sujet de cette dernière réflexion. Entamant son interrogatoire, il demandait :
— Pouvez-vous me dire combien votre salle contient de spectateurs ?
Subissant décidément l'ascendant de son visiteur, J ohn Hartfort répondit sans hésiter :
— Sept cents places !
— Le prix des places ?
— Elles ne sont pas toutes au même tarif ! Les faut euils sont à un demi-dollar. Les balcons à vingt-cinqcentset les bas-côtés à dixcents !
— Combien de places à un demi-dollar ?
— Deux cent cinquante !
— À vingt-cinqcents ?
— Trois cents !
— Parfait ! Sans être un fameux calculateur, j'en c onclus qu'il y a cent cinquante places à dixcents !
— Je ne peux pas vous contredire sur ce point, Mons ieur. Mais j'aimerais
assez savoir où vous voulez en venir ?
— Ne vous montrez pas impatient ! Vous n'allez pas tarder à être fixé. Le temps de faire une petite opération et je vous soum ettrai une proposition qui sera susceptible de vous intéresser !
Le personnage dont on pouvait croire qu'il était un peu fou, sortit un papier et un crayon de sa poche et traça, sur la feuille, quelques signes cabalistiques. Puis, toujours énigmatique, il reprit :
— Si je ne me trompe, lorsque l'Excelsior-Cinéma-Palacesalle comble, fait votre recette est de deux cent quinze dollars !
— Très juste !
— Bon ! Je vous offre deux cent quinze dollars de l a prochaine représentation que vous allez donner, à condition, toutefois, d'être le seul spectateur et de fixer moi-même le détail du progra mme !
Le directeur était visiblement éberlué par cette pr oposition inattendue. Il dévisageait son interlocuteur, comme s'il n'était p as certain d'avoir bien compris.
Le visiteur, toujours autoritaire, ne lui permit pa s de réfléchir. Il insista :
— Acceptez-vous ? Oui... ou non ?
John Hartfort, qui, à la vérité, voyait rarement sa salle pleine, ne voulut pas laisser échapper une telle aubaine. Il s'exclama :
— Si ce n'est pas une plaisanterie, j'accepte !... Seulement, permettez-moi de vous faire remarquer que les placeurs, boys, mar chands de programmes, sont lésés dans l'histoire. Ils vont subir un préju dice considérable et il faudrait...
— Combien exigez-vous ...