La croisière aux nuits blanches

-

Livres
87 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Dianah Love, jeune actrice de cinéma en vogue, fait la rencontre, au casino, du célèbre détective sud-américain Pablo Burke.


Un lien se tisse entre les deux personnalités et le manager de la starlette ne tarde pas à l’inviter en compagnie de l’enquêteur pour une croisière sur son yacht.


Un soir, l’impresario sort en hurlant de sa cabine. Son portefeuille bien garni a disparu d’un tiroir. L’effraction ne fait aucun doute.


Tandis que Pablo Burke se lance sur la piste du voleur, le maroquin est retrouvé dans la veste de son propriétaire...


Sujets

Informations

Publié par
Nombre de visites sur la page 0
EAN13 9782373477214
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0007 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
LA CROISIÈRE AUX NUITS BLANCHES
Roman policier
par Marcel PRIOLLET
AVANT-PROPOS
« Littérature Populaire » !
***
Le terme est souvent lancé comme une insulte à la f ace du lecteur passionné ou occasionnel !
Une littérature qui s'adresse au peuple en oppositi on à celle destinée aux e lettrés et qui est montrée du doigt depuis sa création à la fin du XVII siècle.
Les qualificatifs sous lesquels les condamnent les membres d'une caste supérieure, d'une élite n'ayant d'yeux que pour la littérature savante, celle, inaccessible, par déficit de moyens ou d'éducation aux moins nantis, varient avec le temps tout en conservant les mêmes consonan ces péjoratives. La « littérature mercantile » devient une « littératur e commerciale ». Le « roman à quatre sous » se transforme en « roman de gare ». L a « littérature populaire » se mue en « paralittérature ».
Même la renommée des auteurs évolue au fil du temps et ceux ayant alimenté la littérature populaire d'avant-hier sont aujourd'hui devenus des écrivains avec un grand É et leurs romans, des œuvr es incontournables (Eugène Sue, Alexandre Dumas, Jules Verne…).
Mais la réputation d'un pourvoyeur de cette « sous- littérature » peut également varier du tout au tout en quelques décenn ies. Ainsi, George Simenon, Léo Malet ou Frédéric Dard dorment-ils au Panthéon des « Écrivains » quand tant de leurs confrères de l'époque ou des générati ons précédentes sombrent encore dans un oubli qui sied si peu à leur talent et à leur production.
Parmi ces « écrivains » qui mériteraient amplement de se voir greffer une majuscule,Marcel PRIOLLETfait figure de tête de file.
Il faudrait être fou ou totalement présomptueux pou r espérer dresser une liste exhaustive de la production deMarcel PRIOLLETcelle-ci est tant gigantesque et tant sa vie demeure obscure.
Les romans et feuilletons de l'auteur se déploient sur un demi-siècle de littérature populaire, et sont signés sous de nombr eux pseudonymes(René-Marcel de Nizerolles, Henry de Trémières, Marcel-Re né Noll, René Valbreuse)et ont nourri les nombreuses collections des plus prol ifiques éditeurs de l'époque [Ferenczi & fils, Eichler, Fayard, Tallandier, Le L ivre National, La Librairie Contemporaine, Éditions S.E.T.,…].
Mais si l'auteur, à l'époque, a ému autant de lecte urs, c'est aussi à travers les nombreux genres qu'il a abordés [policier, sent imental, fantastique, aventure…], sachant bien évidemment les mélanger po ur le plus grand plaisir de tous.
Car, siMarcel PRIOLLET s'est fait une spécialité des séries fasciculaires sentimentales qui titillent les glandes lacrymales de son lectorat sur plusieurs dizaines de titres [« Trompée au seuil de la chambre nuptiale »,« La mariée aveugle »,« Née en prison »,…] il sait aussi l'enthousiasmer autour des aventures trépidantes de ses héros [« La vie d'un aviateur »,« Les voyages aériens d'un petit Parisien à travers le monde »,« Les aventuriers du ciel », « Les Robinsons de l'île volante »,…] sans omettre de faire frissonner les amateurs d'émotions fortes et de romans policiers [« Tip Walter, le Prince des Détectives »,« Old Jeep & Marcassin »,« Monseigneur et son clebs »,…].
Mais il ne faut pas oublier qu'avant tout,Marcel PRIOLLETest un conteur et qu'il ne se contente pas d'offrir des personnages i ntéressants en se disant que pour le format court des séries fasciculaires, cela suffira à remplir son office. Non, l'auteur prend chaque épisode comme une histoi re à part entière et la fignole de la même manière. Le scénario tient alors la route et est plaisant à lire et les personnages récurrents font office de cerise sur le gâteau d'une lecture de bon goût. Aussi n'est-il donc pas rare, dans un tex te deMarcel PRIOLLET, que les genres se mêlent pour napper les sujets à la mo de de son époque, car, comme tout bon auteur de littérature populaire, il s'adapte à son lectorat et lui propose ce qu'il aime, ce dont il a envie en l'émou vant, le dépaysant, le surprenant… en lui faisant vivre des aventures, tou t simplement.
Enfin, n'occultons pas queMarcel PRIOLLETun écrivain imaginatif et était qu'il n'est pas rare que, malgré la concision de ce rtains textes, ceux-ci se basent sur des idées que l'on aurait pu qualifier de « gén iales » pour tout autre auteur mieux considéré [on notera ainsi l'excellence du nœ ud de l'intrigue de l'épisode « Le bal des disparus »de la série« Monseigneur et son clebs »].
Jusqu'à présent, pour vous rendre mieux compte des dernières qualités de l'auteur mises en avant dans cet avant-propos, vous pouviez vous référer aux deux séries policières rééditées parOXYMORON Éditions [« Old Jeep et Marcassin » et« Monseigneur et son clebs »]. Grâce à la collection éponyme mise en place aujourd'hui, vous pourrez également c onstater les atouts de « bon faiseur » de l'auteur en vous plongeant dans des ti tres issus de l'une des plus e ère cultes collections du début du XX siècle : « Le Roman Policier » [1 série] des éditions Ferenczi & fils.
À travers ces courts romans édités, en premier lieu , en fascicules de 32 à 48 pages, vous pourrez vous délecter des sujets qui passionnaient les lecteurs des années 1920 et découvrir un auteur qui faisait preuve de métier en s'adaptant à une collection dite « policière », mai s dont les titres pouvaient tout
aussi bien concorder avec les collections « aventures » de son éditeur.
Ces divers titres seront d'ailleurs réédités dans l es décennies suivantes, dans les autres collections Ferenczi & fils avant d e disparaître totalement… jusqu'à aujourd'hui.
Si la littérature populaire de l'époque méritait qu 'un éditeur « moderne » la remette au goût du jour et permette que le lectorat actuel puisse la savourer à nouveau,Marcel PRIOLLETr une, lui, de par son travail, méritait au moins d'avoi collection à son nom. C'est désormais chose faite !
Bien que le talent d'un écrivain se juge avant tout , et uniquement – peut-on être tenté de dire, – par ses écrits, voici quelque s éléments biographiques pour conclure cet avant-propos.
Marcel PRIOLLETà Ivry-sur-Seine le 6 août 1884 et meurt à Pa  naît ris le 10 novembre 1960.
Il écrit, au début Julien PRIOLLET.
de
sa
carrière,
notamment,
avec
son
frère
Il est nommé aux grades de Chevalier de la Légion d 'Honneur [1928], et d'Officier de la Légion d'Honneur [1937], pour enfi n être promu Commandeur de la Légion d'Honneur [1952].
Il est enterré au cimetière du Montparnasse.
Comme vous pouvez vous en rendre compte, les élémen ts biographiques connus surMarcel PRIOLLETtrès succincts, mais, heureusement, sa sont production l'est beaucoup moins, pour le plus grand plaisir des lecteurs de l'époque et, dorénavant, des lecteurs d'aujourd'hui .
Bonne lecture.
le.
*1*
SOIR DE RIVIERA
— Soyez prudente, Madame : ne laissez pas traîner v otre sac... et refermez-
À ce conseil, que venait de lui chuchoter une voix inconnue, Dianah Love tressaillit. Elle leva la tête et contempla curieus ement son interlocuteur.
La voix, doucement autoritaire, insistait :
— Soyez prudente...
Depuis deux heures qu'elle avait pris place à la ta ble de baccara, la jeune femme n'avait prêté que peu d'attention aux gens qu i l'entouraient. Tout son intérêt s'était concentré sur le jeu où la partie, cette nuit, était particulièrement animée.
Dianah Love ignorait donc à quel moment elle avait eu pour voisin cet homme qui, debout auprès d'elle, lui désignait le s ac emperlé négligemment posé sur la table et dont le fermoir de vermeil, gr and ouvert, laissait apercevoir des liasses de billets, une boîte à poudre enrichie de brillants, l'étui d'or d'un bâton de rouge à lèvres, tout cela représentatif d'une créature riche et coquette.
Coquette, Dianah l'était certainement. Quant à sa f ortune, elle semblait en passe de se trouver ébréchée, car bien des billets, déjà, venaient de s'évader du sac.
La jolie fille n'en avait cure. Le jeu, pour elle, était vraiment un amusement. On ne la voyait pas pâlir, sous le fard, lorsque le râteau du croupier raflait sa mise.
L'argent, il est vrai, s'accompagnait pour Dianah L ove d'une célébrité fulgurante, à laquelle les journaux de la Principau té de Monaco avaient consacré de longs articles quand, quelques jours au paravant, l'Hôtel Métropole avait ouvert ses portes à la star.
Car Dianah Love était une des modernes reines de l'écran.
Les feuilles monégasques avaient mentionné ses dern iers triomphes et publié d'elle maintes photographies. Aucune n'était à la hauteur de la réalité. Dianah, blonde et rose, avec d'immenses yeux verts, était tout simplement ravissante.
Chacun de ses gestes, aussi, avait une grâce partic ulière, même celui par lequel, en ce moment, elle se décidait à faire claq uer le fermoir du sac.
— Merci, Monsieur ! dit-elle simplement.
Mais elle avait pris le temps de contempler l'étran ge conseilleur.
C'était un garçon d'une trentaine d'années, grand e t brun, au corps bien pris dans un smoking d'irréprochable coupe. Il avait un visage un peu hâlé, des lèvres rouges et charnues, des yeux sombres, incend iés d'une flamme qu'on devinait tour à tour énergique, ardente ou caressan te.
S'agissait-il d'un des inspecteurs attachés à l'éta blissement ? Dianah ne pouvait le croire. La voix avait laissé chanter un léger accent étranger. La sûre élégance du personnage combattait aussi l'hypothèse .
Cependant, une nouvelle partie commençait. En un « banco » hardi, Dianah Love risqua d'un seul coup toutes les « plaq ues » qui demeuraient en sa possession.
Elle gagna et accueillit le retour de la chance ave c une joie d'enfant, qui fit s'incruster dans ses lèvres l'émail de ses petites dents.
Audacieuse jusqu'à la témérité, elle aventura de no uvelles sommes. Ce fut encore avec le même succès.
Mais à nouveau, voici que la voix de tout à l'heure conseillait :
— Maintenant que vous êtes en gain, ne tentez pas e xagérément la fortune. C'est une capricieuse dame.
L'artiste ne releva pas le propos. Mais, comme tous les joueurs, elle était un peu superstitieuse. Il lui sembla donc qu'elle se d evait d'écouter cette voix sage. Et si douce...
Elle rangea l'argent, ramassa le sac, sollicita les services du changeur puis, après une nonchalante promenade autour des autres t ables, s'achemina vers la sortie.
Peu de monde, au vestiaire. Dianah reçut d'un servi teur la cape d'hermine dont elle s'était dépouillée à l'arrivée.
— Permettez, Dianah Love...
La jeune femme sursauta. En un même instant, elle é prouvait deux surprises. L'homme au smoking était là, l'aidant à jeter la blanche cape sur ses épaules, que dénudait discrètement une robe couleur de nuit, pailletée de bleu lunaire. D'autre part, l'inconnu lui avait donné so n nom de Dianah Love.
— Vous savez donc qui je suis ? demanda-t-elle en s e pelotonnant dans le neigeux vêtement.
— Comment pourrais-je l'ignorer, Madame ? J'ai eu s i souvent tant de plaisir à contempler votre mouvante image et à entendre la musique de votre voix. Mais ce n'était qu'une image et la voix n'était qu' une voix de conserve, si j'ose
dire. C'est pour moi un honneur et une joie de pouv oir enfin vous contempler, véritablement vivante, et combien plus séduisante e ncore que sur l'écran !
Des hommages de ce genre, Dianah Love en avait reçu des milliers. Mais ce soir, le compliment prenait pour elle une valeur spéciale. Elle le sentait sincère. Il s'y était mêlé aussi la nuance exacte d u respect.
Elle remercia d'un sourire. Puis, quelques pas plus loin, elle franchissait la porte du Casino.
Elle fut littéralement assaillie. Un groom lui offr ait ses services. Deux vendeurs de journaux se disputaient l'honneur de sa clientèle. L'inconnu la rejoignait, lui aussi.
— Fuyons ces importuns ! dit-il en riant.
Elle le regarda résolument, comme pour lui demander jusqu'où irait son audace.
Mais lui, s'inclinant en parfait homme du monde, ju geait bon de se présenter.
— Pablo Burke ! dit-il.
— Pablo Burke ! souvenirs.
répéta-t-elle
interrogativement, co mme fouillant ses
Un trait de lumière. Elle avait beaucoup voyagé et sa mémoire la plaçait sur la bonne voie.
— Seriez-vous Pablo Burke, le fameux policier, celu i que ses exploits ont conduit à la célébrité dans les deux Amériques ?
— Je suis Pablo Burke, le seul et unique Pablo Burk e ! confirma-t-il avec un bel éclat de rire, qui découvrit une saine denture de jeune loup.
— Oh ! fit la star. Enchantée... ravie de vous conn aître !
Elle n'hésitait plus à lui tendre la main, une main qu'il prenait, dégantait à demi et baisait un peu au-dessus du poignet, là où tintinnabulait toute une cascade de cercles d'or. Elle ajoutait :
— J'ai lu les récits de vos prouesses dans les jour naux, monsieur Burke. Et je puis vous confier que j'adore les histoires poli cières, surtout lorsqu'elles sont vraies.
— Je vous en raconterai.
— Votre métier vous laisse donc tant de loisirs ?
— Sachez que, pour la première fois de toute ma car rière, je m'offre des vacances. Je suis venu les passer sur la Riviera. I l m'est doux, croyez-le, de pouvoir oublier mes préoccupations habituelles.
— N'empêche, cher Monsieur, que vous avez agi en po licier, tout à l'heure, lorsque vous m'avez conseillé de ne pas laisser tra îner mon sac ouvert.
— Habitude professionnelle ! Et puis, il rôde de drôles de gens, parfois, dans les maisons de jeux...
Tout en devisant ainsi, Dianah Love et Pablo Burke s'étaient éloignés du casino, après que la jeune femme eut donné à son ch auffeur l'ordre de partir sans elle.
Elle avait décidé de rentrer à pied. D'un tacite co nsentement, elle autorisait le détective à faire quelques pas en sa compagnie.
Ils ne se hâtaient pas. Tous deux semblaient trouve r plaisir à cette promenade nocturne.
Ils s'interrogeaient maintenant sur leurs métiers r espectifs. Chacun rivalisait de modestie pour attribuer à l'autre beaucoup plus de célébrité, plus de mérite aussi qu'à lui-même.
Ils arrivèrent ainsi à la porte du Métropole.
— Je suis descendu à l'Hermitage ! indiqua le polic ier.
Il ajouta, avec une indicible timidité qui ne pouva it que lui valoir un bon point dans l'esprit de son interlocutrice :
— Aurai-je la faveur de vous revoir ?
— Je ne sais pas. Je dois partir incessamment, dema in peut-être, pour une longue croisière. Cela dépend de...
— De M. Nicolas Busboom ! termina de lui-même Pablo Burke.
— Vous savez cela ? s'étonna la star.
— Moi qui sais tant de choses, comment pourrais-je ignorer que votre manager ne vous quitte guère et qu'il est arrivé ic i avec vous. Je sais encore que son yacht, leBatavia, est dans le port de Monaco, sous pression. Il ne me reste donc plus qu'un vœu à formuler : je souhaite que votre départ n'ait pas lieu trop tôt et qu'ainsi l'occasion de vous rencontrer à nouveau me soit offerte.
Sur ces mots, l'homme serra la main que lui tendait Dianah Love.
Ils se séparèrent un peu brusquement. On eût vraime nt dit que Pablo Burke répugnait à laisser de lui le souvenir d'un importu n.
Maintenant, la star pénétrait dans le hall du palac e, gagnait la cabine d'acajou de l'ascenseur et arrivait vite à la porte de son appartement.
Une femme de chambre, qui avait attendu son retour, lui ouvrit.
Dianah se laissa débarrasser de son manteau. Elle q uestionna :