La Dictée miraculeuse

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Un instituteur se délecte à l’avance de proposer la dictée ultime à ses élèves; la descendante de sorciers s’éprend d’un curé; un innocent fonctionnaire de Berlin-Est se retrouve pris au piège par la Stasi; 2020, l’épisode XXIII des "Dents de la mer" sort sur les écrans; un amant inépuisable voit sa vie basculer après avoir rencontré la femme de sa vie… De la satire à la fable, Michel Castaigna signe d’une plume habile une collection de nouvelles tragicomiques, nourries d’humour et de dérision. Une réussite, variée, tout en demi-teintes.

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EAN13 9782748352177
Langue Français

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La Dictée miraculeuse
Michel Castaigna La Dictée miraculeuse
Publibook
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La dictée miraculeuse
Cette fois-ci, ils n’y couperaient pas, il allait leur infli-ger une de ces dictées, qui leur montrerait une bonne fois pour toutes la dimension de leur ignorance et de leur inso-lence. De plus, comme c’était la dernière de l’année, il pouvait se permettre une petite fantaisie qui le paierait de toutes les humiliations et les insultes subies dans l’exercice de sa pédagogie. Surtout le fils du boucher du village, ah celui-là ! joufflu et cramoisi, sûr d’hériter de la boutique, prospère au demeurant, et qui ne concevait pas que l’instruction fût d’une quelconque utilité dans son futur métier, encouragé en cela par son père, béotien pon-tifiant et pilier lucratif du café de la place. Tout à ses pensées vengeresses, monsieur Viguier, l’instituteur du village, accélérait le pas sans s’en rendre compte. L’émotion et l’impatience l’empêchaient de profi-ter du paysage que lui offrait la campagne chaque jour depuis maintenant presque trente ans, le long de cette pe-tite route blanche, une des dernières du canton, bordée d’herbes folles pleines de mille bestioles affairées. Oui, il aurait dû regarder le paysage, monsieur Viguier, il se se-rait aperçu que ce n’était pas un jour comme les autres, il l’aurait senti à la vibration particulière de la lumière, à la couleur des blés, à la douceur de ce vent de juin qui berce les champs et envoie de fugaces messages cabalistiques, au gré des ondulations des tiges. Au lieu de se plonger encore une fois dans ce passage de la dictée, dont les pièges le saisissaient d’horreur et de ravissement, il aurait dû regarder vers le champ du vieux Picot, en contrebas près de la rivière, d’autant que c’est de
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cet endroit de l’itinéraire que l’harmonie du paysage est la plus achevée. Comme il avait beaucoup d’imagination et de sensibilité, il aurait aperçu ou deviné dans le balance-ment des épis une étrange figure qui semblait l’observer avec ironie. De toute façon, il est peu probable qu’il en eût tiré quelque enseignement ou seulement conçu un peu de mé-fiance. Monsieur Viguier était de ces bons et vieux instituteurs pétris de conviction laïque, et pratiquant un anticléricalisme modéré et de bon aloi, juste pour rétablir le bon sens que les superstitions locales et les discours du curé avaient parfois tendance à faire vaciller. Les eût-il effectivement observés, ces vagues signes cabalistiques, pour lui rigoureusement issus du hasard et auxquels seuls les enfants et les illuminés trouvent une signification et une cohérence, n’auraient donc pas été de nature à troubler sa nature sceptique et sa détermination à donner une bonne rossée à ses bons à rien d’écoliers. Cette dictée était vraiment ce qui pouvait se concevoir de pire, un chef-d’oeuvre de perversité, un enchevêtrement d’agaceries. Il jubilait déjà à l’idée des mines déconfites de ses élèves, de leurs yeux délavés par la détresse et la rage, voire la haine, une haine solide, unanime, à laquelle seraient livrés, pêle-mêle, l’instituteur, l’auteur, l’école, les parents, le monde entier, et même l’inventeur de la plume Sergent-Major, avec laquelle on fait pourtant de belles fléchettes. Ce serait son apothéose à monsieur Vi-guier. Il se voyait déjà, déambulant entre les pupitres, prononçant les mots fatidiques, faisant mine de les lire pour la première fois, de façon détachée, mais regardant par-dessus le papier et se délectant des airs apeurés, pani-qués de ses cancres. Ah, quelle belle journée ! Monsieur Viguier vibrait d’impatience ; il arriva pres-que en courant à son école, bien en avance sur son horaire habituel, le souffle un peu court, non de fatigue mais
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