La fillette aux camélias

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124 pages
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Ces vacances-là furent de loin les plus mémorables de toute mon enfance car j’allais faire la connaissance d’une fillette de mon âge...

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Date de parution 01 janvier 2014
Nombre de lectures 46
EAN13 9782916532325
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,015€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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La fillette aux camélias
Alexis N’GUETTIA
La fillette aux camélias
Roman
Vallesse Éditions 01 B.P. 2290 Abidjan 01 (Côte d’Ivoire) e-mail : edition_vallesse@yahoo.fr
CollectionLire pour demain dirigée par De Landry
© Vallesse Éditions, Abidjan, 2014 ISBN : 978-2-916532-32-5 Toute reproduction interdite sous peine de poursuites judiciaires.
A u x t u t e u r s d e m a r é s i l i e n c e :
- mon père Yao KRA et ma mère Eugénie AKOUA
- mon oncle Désiré Boidy et maman Germaine
- mon grand frère Simplice Kouamé
- mes précieux amis : Marcel Fodjo, Dorian Nasser, Marcelle Mambo, Yadom Kouadio,
Siméon Kouadio, Marthe Ayeri, Carelle Flan, Romain Fossou, Bernabé Yao, Désiré
Lopoua, Bini Ibrahim, Stéphane Zadi.
I
LE PARADIS DE L’ENFANCE ET LES JARDINS DE L’INSOUCIANCE.
J’ai grandi dans une petite campagne lustrée comme un joyau au cœur d’une prairie verdoyante et paisiblement déployée. Ma campagne arborait un sobre relief dont l’horizon pur et dégagé tirait une grande fierté. Dans ces plaines étendues comme des lits de verdure et par tous les sentiers fleuris, la nature se ruait à la rencontre de la vie : aux quatre coins de l’espace, les papillons chatoyants ainsi que les libellules aux yeux rutilants tissaient les couleurs du jour dans un décor quotidiennement repeint. J’en garde encore de brûlants souvenirs ! Ma tendre enfance renaissait ainsi chaque matin aux joies innocentes de la vie. Aujourd’hui encore, c’est pour moi autant de saisons de floraisons qui éclosent quand reviennent courir, dans les couloirs de ma mémoire, ces enfants que nous fûmes, mes compagnons et moi, les nerfs à vif, au coin de tous les bois : c’étaient Quentin, Lilian, Alissa, Marielle, Aurélien, Chanel la cousine de Lilian, Maryline. Sans prétention
aucune, nos vertes années furent richement remplies. Certes, pour la plupart d’entre nous, nous n’étions pas nantis. Cependant, nous n’avions jamais rien voulu de plus puisque nous possédions déjà toutes les joies naïves de l’aurore de la vie, cette vie simple que nous n’avions qu’à rendre compatible avec une pauvreté digne et heureuse qui passait d’ailleurs inaperçue. Pour ma part, fils unique, je n’avais jamais connu mon père ; je vivais donc seul avec ma mère dans une belle petite demeure. Notre campagne était en fait une cité de modestes maisons, toutes pareilles, qu’une société industrielle de plastique et de vernis avait fait construire loin de la ville pour les travailleurs de son usine implantée dans la région. La culture de l’acajou à pommes y était en effet propice et, cette société autrefois appelée la SONAPLAST, aujourd’hui la SAPV, y avait ses plantations industrielles. La matière première en provenance de ces plantations était semi-transformée sur place, dans l’usine où travaillaient nos parents. Deux kilomètres à peu près séparaient nos habitations de cette usine. Sa stridente sirène nous parvenait néanmoins tous les matins, appelant infatigablement les ouvriers à revenir sur les machines et leur assourdissant vrombissement. Et, à l’heure où le soleil achevait sa course dans la douceur vespérale du jour qui s’étiole, nous assistions au retour de nos braves
parents ; Ils rentraient le pas lassé et le front lourd comme une aube crépusculaire tombée de la morosité du ciel d’occident. À leur visage où tout sourire se dissipait, nous savions seulement qu’ils étaient éreintés comme de beaux diables. Telle était leur vie : Ils rentraient pour trouver du repos et se refaisaient des forces pour encore partir dès le lendemain. Ma mère ne travaillait pas à l’usine ; elle lavait et repassait le linge au quartier des « patrons », chez monsieur-le-directeur-de-la-production. Quand, le soir, elle rentrait de travail, ma mère était envers moi d’une tendresse inouïe. Pourtant très jeune encore, elle s’était consacrée à son seul univers que j’étais en m’enveloppant d’un amour sans fêlure. Lequel, pour elle, n’était jamais assez parfait pour combler le vide de mon père que je n’avais jamais connu. Chaque fois qu’il me faut évoquer le souvenir de ma mère, une scène quasi quotidienne de mon bas âge me revient inlassablement : Chez nous à la campagne, le lever de soleil était une véritable féerie de la nature ; à peine l’horizon achevait de miroiter son bleu pur et frais que dans le ciel fluait la lumière tiède du soleil dévoilé dans les contours de sa parfaite rondeur. Apparaissant de la sorte, on croirait volontiers voir de près le soleil sortir de terre et rouler à fleur de la verdure comme une énorme boule en or. Tout petit garçon que j’étais, je m’accrochais au bras de ma mère et, pleurant
chaudement, j’insistais pour qu’elle m’amène prendre ce « grand ballon » posé sur l’herbe. Alors, sans m’opposer une quelconque forme de refus, ma mère me prenait calmement dans ses bras, puis me câlinait autant qu’elle pouvait jusqu'à ce que j’oublie cette puérile folie de vouloir empocher l’astre. Ô ma mère ! Comment, alors que j’écris ces lignes, ma pensée peut ne pas se porter à la contemplation du rempart qu’à jamais tu seras autour de moi. Ton amour était ferme comme du porphyre et ta tendresse vaste comme un palais éblouissant. Telle la lumière lunaire, ton sourire s’émerveillait chaque fois que j’ai fait un pas de plus dans cette vie. Oui, je n’ai jamais eu richesse en ce monde que, maman, tu ne m’as déjà donnée. Tous les jours, ma mère se réveillait de bonne heure. Je l’entendais donner les premiers fracas de ménage au seuil de l’aurore à peine échappée des entrailles de la nuit. Puis, à l’heure où les traits de soleil descendaient dans ma chambre en filtrant à travers les persiennes, je me réveillais et filais prendre mon bain. Je rejoignais ensuite ma mère à la cuisine. Là, je l’embrassais d’un geste toujours appuyé afin de lui soutirer son premier sourire de la journée. Elle me désignait en retour mon petit-déjeuner déjà servi et, tandis que je le savourais, elle tirait calmement une chaise et s’asseyait près de moi. Maman n’était pas bavarde ; chacun de ses
silences revêtait autant de tendresse qu’elle aurait bien pu exprimer par des mots. Puis, comme elle se mettait à vérifier le contenu de son sac à main pour s’assurer qu’elle n’avait rien oublié avant de se rendre au travail, je savais que l’heure des recommandations était venue : – Ne t’en vas pas aujourd’hui encore te rouler dans le sable pour salir tes vêtements, me disait-elle calmement. Je feignais alors de marronner puis, elle continuait : – Reste donc sage pendant que je ne serai pas là. – M’achèteras-tu donc un biscuit en rentrant ? marchandais-je. – Bien sûr, répondait ma mère, si tu es sage. Puis, quand ma mère s’arrêtait un instant de parler, je sentais qu’elle posait longuement sur moi un regard lourd d’affection. – Quand la sirène de l’usine retentira pour la troisième fois, reprenait-elle, ce sera midi : tu pourras juste réchauffer ton repas et le manger. Il reste suffisamment de charbon de bois dans le seau noir ; mais n’en use pas plus qu’il n’en faut. Ma mère parlait et insistait sur les mêmes choses. Je savais qu’elle aurait bien voulu retenir le temps si elle en était capable afin seulement qu’on puisse rester plus longtemps ensemble. En effet, pour chaque jour qui se lève et jusqu’à la