La méthode Largo Winch (version enrichie)

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Jean Van Hamme et Philippe Francq vous ouvrent la porte de leurs ateliers. Suivez-les pas à pas afin de réaliser à votre tour votre propre BD.



Cet EPUB est enrichi de vidéos d'extraits du film "Largo" et vous dévoilent les coulisses de la construction d'un album de BD. Et pas n'importe quelle BD : Largo Winch, best-seller absolu, chef-d'oeuvre du genre incontestable. Et vice-versa.



Il y a quelques années, à l'occasion de la sortie du quinzième album de la série à succès Largo Winch - Les Trois Yeux des gardiens du Tao - les équipes de Kanari Films ont suivi Jean Van Hamme, le scénariste, et Philippe Francq, le dessinateur, de leurs ateliers aux repérages à Hong-Kong, explorant avec eux les rouages de la fabrication d'un album de BD. Parcourant le monde dans la foulée du héros milliardaire en baskets, le film donne à voir les longues étapes de recherches, de construction et de réalisation, le travail de fourmi d'un bédéaste au quotidien. C'est ce film, Largo, réalisé par Yves Legrain Crist, dont des extraits sont inclus dans ce manuel.



Livre et vidéos forment un duo idéal : les pages permettent de suivre les différentes étapes de création d'une BD, du scénario à la colonisation, elles recèlent de précieux conseils pour vous permettre à votre tour d'écrire et d'illustrer votre propre album. Les illustrations de Philippe Francq illuminent la lecture, tout en révélant la patience et le labeur nécessaires à l'exercice : croquis, recherches, repentirs, crayonnés définitifs, cases lettrées, planches encrées... Tout se termine chez l'imprimeur, ou plutôt commence...



Attention : cet ebook enrichi ne peut être lu que sur tablette ou avec le lecteur Readium de Google sur pc/mac.




  • Les personnages et l'univers


  • Le scénario


  • Les repérages et la documentation


  • Les recherches graphiques


  • Le story-board des planches


  • Les crayonnés


  • L'encrage


  • Le lettrage


  • La colorisation


  • L'impression

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 22 janvier 2013
Nombre de visites sur la page 982
EAN13 9782212200041
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0075 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Du même auteur
Lainé Jean-Marc & Delzant Sylvain, Cahier d’exercices BD : 101 exercices pour réussir sa BD, 2009.
Lainé Jean-Marc, Malgrain Christophe & Dzialowski Jean-Jacques, Créez vos super-héros : 50
archétypes du justicier au super-vilain, 2008.
Dans la collection « Les manuels de la BD »
Lainé Jean-Marc & Delzant Sylvain, La Création d’un univers de fiction, tome I, 2007.
Lainé Jean-Marc & Delzant Sylvain, L’Écriture du scénario, tome II, 2007.
Lainé Jean-Marc & Delzant Sylvain, La Réalisation du story-board, tome III, 2007.
Lainé Jean-Marc & Delzant Sylvain, Le Dessin des planches, tome IV, 2007.
Lainé Jean-Marc & Delzant Sylvain, L’Encrage, tome V, 2008.
Lainé Jean-Marc & Delzant Sylvain, La Colorisation des planches, tome VI, 2008.
Lainé Jean-Marc & Delzant Sylvain, Le Lettrage des bulles, tome VII, 2010.
Révision : Philippe Rollet
Conception graphique et mise en page papier : Stéphane Donnet
Dessins : Francq – Van Hamme © 2010
Couleurs (sur illustrations de Philippe Francq) : Fred Besson / Philippe Francq
Photographies (images fixes issues du film Largo) : © Kanari Films
Extraits du film documentaire Largo : Kanari Films © 2007
© 2010, Groupe Eyrolles
61, boulevard Saint-Germain
75240 PARIS CEDEX 05
www.editions-eyrolles.com
ISBN de la version papier : 978-2-212-12785-0
ISBN de la version numérique : 978-2-212-85427-5 © 2013
Tous droits réservés.
Aux termes du Code de la propriété intellectuelle, toute reproduction ou représentation intégrale
ou partielle de la présente publication, faite par quelque procédé que ce soit (reprographie,
microfilmage, scannérisation, numérisation…) sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants
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L’autorisation d’effectuer des reproductions par reprographie doit être obtenue auprès du Centre
Français d’exploitation du droit de Copie (CFC) – 20, rue des Grands-Augustins – 75006 PARIS.
Attention : cet EPUB est en couleur, et contient des vidéos intégrées. Pour un bon
fonctionnement, nous vous conseillons de lire cet ouvrage sur un support de lecture adapté.Pour une meilleure écoute des vidéos, nous vous conseillons d’utiliser un casque ou des
écouteurs.La méthode
LARGO WINCH
Jean-Marc Lainé
Préface d’Yves Legrain Crist
Avant-propos de Jean Van Hamme et Philippe FrancqS o m m a i r e
Préface d’Yves Legrain Crist
Avant-propos de Jean Van Hamme et Philippe Francq
Introduction
1. Les personnages et l’univers
La BD : un travail d’équipe
L’univers ou le personnage ?
La naissance du projet
Les recherches pour les personnages principaux
Les recherches pour les personnages secondaires
2. Le scénario
La prise de notes et le séquencier
Une écriture en trois étapes
De la page à la case
Le découpage
Le suspense en fin de page
3. Les repérages et la documentation
Les repérages sur les lieux
Le scénario à l’épreuve du repérage
Trier la documentation et se référer au script
Entre véracité et tricherie
Les références : maquettes, modèles et jouets
La documentation livresque
4. Les recherches graphiques
S’éloigner de la documentation
Les personnages : attitudes et portraits
Les calques
5. Le story-board des planches
Le sens de lecture
Adapter le scénario
Les personnages dans les cases
La composition de la planche
L’utilisation du rétroprojecteur
6. Les crayonnésInstaller les textes
Les différentes sortes de crayons
Le miroir
Le cadrage
Effacer et refaire
7. L’encrage
Les outils de l’encrage
Choisir le trait, repasser, confirmer
Le rendu des ombres
La finalisation de l’encrage
8. Le lettrage
Le lettrage et la composition des cases
Aperçu de la planche finalisée
La forme des bulles
Les onomatopées et les idéogrammes
La préparation pour l’impression
9. La colorisation
La numérisation des planches
Les références photographiques
Le choix de l’ambiance colorée selon la scène
Varier les couleurs
Les sources de lumière
10. L’impression
La préparation des fichiers pour l’imprimeur
Le calage
Le façonnage
Conclusion
Bibliographie
Lexique
Kanari FilmsLa méthode Largo
Lorsque, pour la première fois, en 2003, j’ai rencontré Philippe Francq (sur le tournage de la
série TV Largo Winch où j’étais venu faire une journée de figuration), je ne connaissais pas
Largo Winch et n’étais plus, depuis longtemps, lecteur de bandes dessinées.
C’est un peu plus tard, lors d’une conversation à la terrasse d’un café parisien, qu’il me parla de
son métier de dessinateur. Plus il parlait, plus j’étais fasciné par l’extrême complexité de son art.
En l’écoutant me raconter la construction d’une planche, le choix d’une couleur, d’un détail de
cadrage, je me rendis compte que je n’avais jamais réellement lu une bande dessinée. C’est alors
que je pris conscience qu’un album nécessitait souvent une année de travail, et plus dans certains
cas !
Ma curiosité naturelle et ce lien d’amitié naissant avec Philippe Francq me poussèrent à
continuer l’exploration du neuvième art. J’entrepris des recherches sur cet univers fascinant dont
Philippe m’avait entrouvert les portes. En matière de film, mis à part un documentaire très
intéressant sur Manu Larcenet, je ne trouvais rien qui étanchât ma soif de découvertes. Une idée
commença alors à germer... Filmer pour la première fois la création d’un album et ses secrets de
fabrication (en l’occurrence le tome 15 : Les Trois Yeux des gardiens du Tao), en suivant pas à pas
ses auteurs. Montrer le long cheminement, depuis les premières ébauches du scénario jusqu’à
l’impression : explorer cette face cachée donnerait encore plus de valeur et d’intérêt à la lecture.
Je prends donc mon téléphone et j’appelle Philippe pour lui soumettre cette idée. Il commence
par refuser, avant de se raviser, finalement tenté par l’aventure. Mais auparavant, passage obligé,
il me met en contact avec Jean Van Hamme, son mythique scénariste... qui refuse net ! Je
propose quand même une rencontre qu’il finit par accepter, par amitié pour son dessinateur.
C’est sur le seuil de sa maison que Jean me fait parler du projet pendant une heure. À la fin de
mon exposé, un silence, très, très long, puis la phrase clé : « Monsieur, vous avez 100 % des
droits de Largo Winch, faites ce que vous voulez. »
À partir de ce moment-là, Philippe et Jean sont devenus des soutiens indéfectibles du projet.
Mes trois premiers films (un court métrage de fiction et deux documentaires) avaient été
produits par Laurent Segal et sa société Kanari Films. Il était naturel pour moi de poursuivre une
collaboration qui, je le savais, allait protéger l’intégrité artistique du projet.
L’accord des auteurs en poche, étape suivante et non des moindres : la recherche des
financements. Mais aucune chaîne de télévision, aucun distributeur, ni même l’éditeur de la
célèbre saga, ne sont alors convaincus par notre idée : « Vous allez donner les secrets de
fabrication, casser la magie ! » ; « Largo Winch... sans intérêt, trop commercial ! » ; « Messieurs,
mais ça intéresse qui, la création BD ? ».
Une à une, toutes les portes se ferment devant nous. Laurent Segal et moi décidons de faire le
pari de l’autoproduction (risqué, quand on parle d’un devis estimé à plusieurs centaines de
milliers d’euros !). Au moins, nous y gagnerons une totale liberté d’écriture et de fabrication. À
l’heure où la bande dessinée est régulièrement revisitée par le cinéma (avec plus ou moins de
bonheur...), nous décidons de faire le chemin inverse : mettre le septième art au service du
neuvième.
Je voulais pouvoir prendre le temps de montrer le long et minutieux travail de Philippe Francq et
Jean Van Hamme. Comment montrer l’inspiration ? le doute ? la précision des repérages, la
frénésie des crayonnés, la minutie de l’encrage ? Mais aussi raconter le rapport fait d’intimité
entre les auteurs et leur personnage.
Grâce à Kanari Films, j’ai pu disposer pour le tournage (qui a débuté en septembre 2005) de
toutes les « armes » du cinéma : caméras HD, éclairages, machinerie, mais surtout des équipestechniques qui ont fait preuve d’un professionnalisme et d’un dévouement hors du commun
pour le sujet, et qui malgré les difficultés et les incertitudes liées au manque de financement sont
toujours restées à la fois enthousiastes et déterminées à mener le film à son terme. En découvrant
les premières séquences tournées, nous comprenons tous que nous tenons un matériau unique,
exceptionnel.

Jean Van Hamme et Yves Legrain Crist dans les Tournage de nuit à Hong Kong, caméra
rues de Hong Kong – Novembre 2005. embarquée !
Le tournage de douze semaines s’étale sur une période de près de deux ans, et nous conduit de
Saint-Tropez à Bruxelles, de Cassis à Hong Kong. Le montage et la post-production
nécessiteront plus de trente semaines. En tout, trois ans de travail pour raconter, par le détail, ce
qu’est une bande dessinée.
Aujourd’hui, après toutes les difficultés rencontrées pour faire aboutir le projet, l’aventure de ce
film est devenue belle. Le film Largo a été diffusé début 2010 par Canal+ ; une version 52 minutes
(Il était une fois... Largo Winch) a aussi vu le jour sur les chaînes Public Sénat et TV5 monde.
Avec ce livre, voici que nous en sommes à notre troisième édition vidéo en trois ans, avec plus
de 16 000 DVD écoulés ! Pour un film qui ne devait intéresser personne...
Laurent Segal et moi-même continuons d’aller de ville en ville, dans des salons de bande
dessinée, des médiathèques ou des salles de cinéma d’art et d’essai qui diffusent et relaient notre
travail. Grâce à ces différentes projections, nous avons finalement réussi à rencontrer notre
public.
Certains nous ont même fait part de leur enthousiasme par le biais de la plume ou du clavier :
« Le documentaire est très instructif, il fait découvrir beaucoup de choses aux non-initiés et
permet de lire la BD d’une façon totalement différente et intéressante. Un grand merci pour ce
moment de découverte » ; « On a l’impression d’être plongé dans une aventure de Largo
Winch » ; ou bien encore l’avis d’un célèbre dessinateur qui, tout en admettant son peu d’intérêt
pour la série des Largo Winch, a décrit notre documentaire comme un hommage enfin rendu à
toute la profession.
Dans l’antre du dessinateur avec Fred Besson, Avant-première du film avec Philippe Francq –
coloriste – Décembre 2006. Novembre 2007.
Ce film est né d’une passion. Non pas d’une passion pour Largo Winch, ni même pour la bande
dessinée, mais pour l’acte créatif, pour l’envers du décor, qui à mon sens, loin de détruire le rêve,
le renforce et le rend encore plus noble.
Au-delà du processus de fabrication d’une bande dessinée, je voulais avec Largo faire découvrir
au spectateur le mystère qui lie la création et le créateur, en suivant, de manière intime,
l’élaboration d’une véritable œuvre d’art.
Yves Legrain Crist, réalisateur – Paris, le 26 mai 2010A v a n t - p r o p o s
En dépit des nombreux manuels du type Comment écrire un scénario, j’estime qu’il n’y a pas de
théorie du scénario. Cela ne s’enseigne pas. Je suis bien placé pour le savoir puisque j’ai été
pendant dix ans prof de scénario à l’IAD (Institut des arts de diffusion), l’école de cinéma de
Louvain-la-Neuve en Belgique. Cela s’apprend sur le tas, en le pratiquant, et la manière varie
selon le type d’histoire qu’on veut raconter et le genre de public auquel on espère s’adresser.
J’avais donc divisé mes étudiants en sous-groupes et nous travaillions à tour de rôle sur les
projets de film de fin d’études choisis par chacun d’entre eux sans que j’intervienne dans ces
choix. Je me demande si je n’ai pas appris davantage qu’eux au cours de ces exercices.
Le scénario est un art appliqué. Il n’y a pas de règles, seulement des contraintes. Soit celles,
nombreuses, qu’on se donne soi-même (le rythme, le choix des ellipses), soit celles imposées
par le genre (la durée et le budget pour un film ou téléfilm, le nombre de pages pour une BD).
Je ne pense pas que le présent ouvrage vise à vous apprendre à créer une bande dessinée. Il
vous explique, à partir de diverses interviews et sur base d’une analyse de l’auteur, comment
Philippe Francq et moi-même réalisons les albums de Largo Winch. Et l’auteur en déduit
certains conseils narratifs ou graphiques. À vous, lecteur et/ou candidat auteur, de choisir
parmi ces conseils ceux qui vous sembleront les plus appropriés à votre tempérament et à vos
capacités.
Il est très facile de définir ce qu’est une bonne histoire. Cela tient en dix petits mots : un bon
début, un bon milieu et une bonne fin. Point. Le problème est évidemment l’appréciation de
chacun de ce qui est bon et de ce qui ne l’est pas. Voyez la peinture contemporaine, par
exemple. Certaines toiles paraîtront superbes aux uns et affreuses aux autres. Il en est de même
en littérature, cinéma ou bande dessinée. Dans la surproduction actuelle de BD, il y a pas mal
d’albums que je considère comme totalement nuls. Mais il est évident que ce n’est pas l’avis de
leurs auteurs et de leurs éditeurs puisque ces albums ont été publiés. Je vous rassure, j’ai lu des
critiques qui estiment que les Largo ne valent pas tripette. Comme quoi...
Notre objectif, à Philippe et à moi, est pourtant clairement annoncé : nous voulons raconter des
histoires destinées au grand public, si possible intelligemment construites et graphiquement
efficaces. Il y a tout de même une règle : ne pas prendre nos lecteurs pour des attardés mentaux
et ne pas les emmerder avec des circonvolutions pseudolittéraires et un dessin qui ressemble à
du sous-Picasso passé au micro-onde.
Quant à la technique narrative, dont le présent ouvrage vous parle essentiellement, elle tient en
trois étapes. Invention. Construction. Transmission. L’imagination est un muscle comme les
autres, qui a besoin de s’entraîner pour bien fonctionner. Voyez les petits enfants jouer. Ils
débordent d’imagination, adaptant sans limite leurs lectures, leurs jeux vidéo ou les dessins
animés vus à la télé. Puis, un jour, ils attrapent des poils sous les bras et ils cessent de jouer car
ils sont devenus grands. Leur imaginaire tombe alors en sommeil. Ce qui me fait dire que le
poil est le pire ennemi de l’invention. Sauf pour les inventeurs, qui sont restés de grands
enfants. Ou les scénaristes, qui ne valent pas mieux.
Puis vient la construction. Le découpage en chapitres, en séquences, en vignettes. Pour
inventer, il faut rêver. Mais pour construire, il faut devenir le comptable de ses rêves.
Saucissonner, rejeter, choisir, évaluer le poids de chaque séquence, soigner les enchaînements,
surprendre, émouvoir si possible... Le scénariste est donc un être double, un Janus à deux
cerveaux antinomiques. La structuration de l’histoire représente 80 % du boulot.
Vient alors la transmission. Du travail du scénariste de BD, seuls les dialogues parviendront au
lecteur final, écrits dans les petits ballons. Le reste sera interprété par le réalisateur-comédien-costumier-décoriste qu’est le dessinateur. Si ce que vous avez voulu faire ressentir au lecteur a
été mal transmis au dessinateur, il risque de l’interpréter de travers et la mayonnaise ne prendra
pas. Cela arrive plus souvent qu’on ne le croit.
Bref, comme le démontre également le film d’Yves Legrain Crist, faire une BD qu’on espère
bonne n’est pas un boulot à la petite semaine. Cela demande du temps, de la recherche, de la
sueur et, pour malheureusement encore beaucoup d’auteurs, des larmes quand ils reçoivent
leur relevé de droits d’auteur.
Jean Van HammeUne suite d’histoires
Pour commencer, il est peut-être intéressant que le lecteur sache que ce livre est l’ultime étape
d’une aventure qui a débuté en 2003, un jour où Yves Legrain Crist, le réalisateur du film qui
accompagne cet ouvrage, nous a demandé à Jean et moi si nous étions partants pour tourner un
long métrage documentaire sur l’élaboration d’un album de notre série Largo Winch.
Un projet à l’époque... il lui restait encore à trouver un producteur enthousiaste.
J’étais loin d’imaginer que la chose se ferait un jour, et cette incertitude me rassurait... je ne suis
finalement pas pédagogue et encore moins acteur.
Pourtant, un film et quelques années plus tard, me voici aujourd’hui en train d’écrire
l’avantpropos de ce manuel dont le sujet n’est ni le dessin, ni le scénario, mais plutôt « Comment
marier ces deux disciplines dans un tout qui s’appelle une bande dessinée ? »... Et ce, de la
manière la plus fluide, efficace et harmonieuse possible, avec comme seul objectif : servir au
mieux les histoires que Jean écrit.
C’est au cours du tournage et par le biais des questions qui m’étaient posées, que j’ai tenté
d’expliquer précisément ce que je fais d’habitude instinctivement.
Les préceptes repris ici par Jean-Marc Lainé sont évidemment tirés d’une expérience
personnelle, donc souvent éloignés de toute objectivité, mais sont surtout le résultat d’un
héritage prestigieux reçu de mes prédécesseurs et de ceux que j’avais choisis comme maîtres.
C’est aussi le fruit d’un long décryptage de leur savoir-faire au travers des livres qui ont bercé
ma jeunesse alors que j’aspirais encore à ce qui me semblait n’être qu’un rêve inaccessible :
devenir dessinateur de bandes dessinées. Bien que cela puisse paraître étrange aux yeux de ceux
qui connaissent un peu la série Largo, dès le début ce n’est pas le dessin qui m’a fasciné, mais
plutôt une envie de voir vivre des personnages sur le papier.
Et très paradoxalement, c’est quand le dessin s’efface au profit de l’histoire, que le lecteur a
l’impression que les personnages prennent vie, un peu comme au cinéma quand il est servi par
de bons acteurs.
En conclusion je dirais encore que la BD est un art de contraintes qui ne satisferait ni
l’illustrateur, ni le peintre, mais qui enchante les dessinateurs de fiction dont je fais partie.
On pourrait bien évidemment prendre le contre-pied de tous les principes et conseils énoncés
ici et imaginer un espace plus libre, sans contrainte, où le dessinateur utiliserait le scénario afin
de mettre sa virtuosité en avant, mais je pense, et mon complice Jean Van Hamme serait
d’accord avec moi, que cela ne s’appellerait plus une « histoire ».
Philippe FrancqI n t r o d u c t i o n
Tout commence par un documentaire.
Il y a quelques années, à l’occasion de la sortie du quinzième album de la série à succès Largo
Winch : Les Trois Yeux des gardiens du Tao, les équipes de Kanari Films ont suivi Jean Van
Hamme, le scénariste, et Philippe Francq, le dessinateur, de leurs ateliers aux repérages à Hong
Kong, explorant avec eux les rouages et les coulisses de la fabrication d’un album de BD.
Parcourant le monde dans la foulée du héros milliardaire en baskets, le film dévoile le long
travail de recherche, de construction et de réalisation, le patient travail de fourmi d’un bédéaste
au quotidien.
Mais en fait, ce n’est pas tout à fait ça.
Tout commence par une BD.
Largo Winch est un succès incontestable. Les aventures de l’héritier réticent de Nerio Winch
ont séduit des centaines de milliers de lecteurs. Les scripts précis et tendus de Jean Van
Hamme, en prise directe avec la réalité des lecteurs mais offrant une part de rêve évidente, entre
jets privés, hôtels de luxe et complots financiers, emportent les lecteurs dans un tourbillon de
champagne et de robes du soir. Le dessin précis, détaillé, élégant et réaliste de Philippe Francq
donne à ces récits « jamesbondiens » en diable une présence évidente. Le sourire de Largo,
l’humour optimiste de Simon, le charme des capiteuses créatures qui croisent leur chemin, les
intrigues enracinées dans le monde de la finance : autant d’atouts pour une série qui aura su
séduire son public. Et le garder.
Non, ce n’est pas ça non plus.
Tout commence par un roman.
Avant d’être le héros d’une série BD à succès, le héros de Jean Van Hamme a donné son nom à
une suite de romans d’aventures mêlant finance, exotisme, complot et sensualité. Déjà, l’esprit
du neuvième art planait sur la série, qui a connu au fil des rééditions des couvertures de
Pichard ou de Dany. Cependant, le succès ne fut jamais aussi grand que celui de la BD. Jean
Van Hamme et Largo Winch ont la vie dure, et sont revenus entre les cases d’un premier album
de BD, L’Héritier, publié chez Dupuis en 1990.
Entre le Largo des romans et celui des albums, bien des changements sont apparus.Des changements physiques, d’abord. Philippe Francq sentit dès
le début que « le personnage qui est décrit dans les romans était
[1]très bien pour l’écrit, moins bien pour le dessin . » Il précise :
« Il y avait une chose qui m’embêtait, ses cheveux noirs et il était
très maigre. Dessiné, cela passait mal. Il fallait qu’on sente ce côté
vulnérable dans son regard et son physique, mais pas trop
vulnérable quand même, il fallait trouver un équilibre. »
Mais passer de l’écrit au dessin a également demandé des
changements de la part du scénariste, qui a adapté son récit, mais
aussi sa façon de raconter les histoires. « Dans un roman, par
exemple, il est plus facile de communiquer au lecteur ce qui se
passe dans la tête d’un personnage », nous explique Jean Van
[2]Hamme . « Le roman joue davantage l’identification. On vous
décrit ce que ressent le personnage. Tandis qu’en BD, on essaye de
vous le suggérer par l’image. »
La BD est un moyen d’expression qui a ses propres codes, son
propre fonctionnement. On ne raconte pas une histoire de la
même manière que dans un roman ou un film. La BD est une
succession de séquences montrées par des images fixes. Un album
est en général réalisé par un auteur complet ou, comme c’est le cas
pour Largo Winch, une équipe réduite qui travaille de manière
étroite.
Cet ouvrage se donne pour but de jeter sur la construction d’un
album de BD une lumière éclairante. Les différentes étapes, du scénario aux couleurs, seront
commentées et illustrées par les témoignages et les archives des auteurs.
Jean Van Hamme et Philippe Francq vous ouvrent les coulisses de leur album et la porte de
leurs ateliers. Ensemble, nous allons les suivre pas à pas afin que vous puissiez à votre tour
réaliser votre propre BD.
En premier lieu, nous allons découvrir les étapes de la naissance du héros.
Car tout commence par un nom.
Largo.
[1] Interview de Philippe Francq, SWOF n° 25, automne 1997.
[2] Interview de Jean Van Hamme, Zoo n° 12, mars-avril 2008.La BD : un travail d’équipe
La plupart des albums de BD sont réalisés par une équipe d’auteurs.
Les deux principaux sont le scénariste et le dessinateur. Ensemble,
ils travaillent à l’élaboration des personnages, de leur univers et de
tous les éléments utiles à leur récit. Puis ils se répartissent les tâches.
Il arrive cependant qu’un seul auteur s’occupe à la fois du scénario et
du dessin : c’est le cas bien entendu d’Hergé, le père de Tintin, mais
aussi, plus près de nous, de Jacques Tardi, le créateur d’Adèle
BlancSec, ou d’Enki Bilal, celui de La Foire aux Immortels. Certains auteurs
travaillent parfois en partenariat avec un scénariste, puis réalisent des
projets personnels. Jean Giraud, également connu sous le pseudonyme
de Moebius, a alterné collaborations et œuvres en solo. Inversement,
de grandes séries franco-belges sont nées de la rencontre de deux
personnalités fortes. Ainsi, Astérix naît de la collaboration de
Goscinny (scénario) et d’Uderzo (dessins) ; plus récemment, Lanfeust
de Troy est la création d’Arleston (scénario) et de Tarquin (dessins).
Dans le cas de Largo Winch, Jean Van Hamme remplit la fonction de
Largo Winch : scénariste, développant l’histoire, les péripéties, les coups de théâtre et
un aventurier moderne. leur répartition dans les quarante-six pages de l’album. Philippe
Francq occupe la fonction de dessinateur. Il met en images l’histoire inventée par son
scénariste, lui apportant parfois des retouches ou des modifications, exploitant la
documentation rassemblée avant la réalisation des planches, déterminant l’allure des nouveaux
personnages.
Tandem d’artistes
Travailler en équipe, pour Van Hamme et Francq, c’est d’abord établir un dialogue constant.
Toutes les équipes travaillent de la sorte, échangeant des avis et des idées, jouant une sorte de
ping-pong imaginatif où chacun apporte sa pierre à l’édifice. Les discussions doivent donc être
nombreuses, face à face ou par téléphone, e-mail, webcam ou messagerie instantanée.
Les deux auteurs peuvent chercher ensemble l’intrigue, les personnages et la structure du récit,
ou discuter des sujets qu’ils veulent aborder, des endroits qu’ils veulent mettre en scène.
Comme le dit Philippe Francq, il est important de « raconter des histoires en s’amusant, sinon
[3]ce n’est pas la peine de continuer . »La complicité entre les deux pères de Largo Winch est évidente.
La communication au sein de l’équipe est essentielle à la bonne réalisation de l’album.
Faire et défaire...
Il est cependant possible que le dessinateur apporte des modifications au découpage, même
quand ce dernier est très détaillé. Là encore, Philippe Francq explique que le dessinateur a un
réel impact sur la manière de raconter : « Jean n’a qu’une seule exigence : que tout mon travail
soit fait dans le sens de son histoire. Donc si je rajoute des détails, cela respectera son travail et[4]surtout sa logique de l’intrigue . »
Inversement, un scénariste chevronné peut offrir à son dessinateur des scènes, des décors ou
des personnages qu’il affectionne, ou avec lesquels il est plus à l’aise. C’est ainsi que pratique
Jean Van Hamme avec ses différents dessinateurs. Le tandem scénariste/dessinateur pédale
ensemble dans le même sens. Chacun apporte ses forces et ses compétences, et met en valeur ce
qui constitue la personnalité de son partenaire. Philippe Francq précise : « En fait, il est très
difficile de faire la part des apports respectifs du scénariste et du dessinateur dans le produit
[5]final .»
Votre support de lecture ne lit pas la vidéo. Rendez-vous sur :
http://www.st1.eyrolles.com/9782212854275/LW_videos.zip
(241 Mo, le téléchargement peut prendre plusieurs minutes).
[3] Interview de Philippe Francq, SWOF, n°25, automne 1997.
[4] Ibid.
[5] Ibid.