La misère des exclus

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Extrait : "Paris, le 19 octobre 2000 Cher Ahmed, Je ne sais pas pourquoi je décide, soudainement et avec force et insistance, de t’écrire cette lettre. Je ne sais pas au juste ce que je veux te transmettre à travers ce message. Mais ce qui est certain, c’est qu’une fois que tu recevras l’enveloppe, tu seras surpris. Surprise dont je ne pourrais imaginer l’ampleur. Quand tu liras le nom de l’expéditeur et quand tu jetteras un regard sur le timbre, qui ne ressemble ni de près ni de loin à nos timbres postaux dont la forme n’a pas changé depuis des décennies. "

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Date de parution 23 août 2018
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Langue Français

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DL : 2013MO2187 ISBN : 9954429785
Editions AÏNI BENNAÏ 2013 131, Boulevard d’Anfa 20000, Casablanca, Maroc
Tél. : + 212 (0)5 22 27 09 07 Fax : +212 (0)5 22 20 54 93 E.mail : eds.aini.bennai@wanadoo.net.ma Site web : www.ainibennai.com
NOUR EDDINE YAHIAOUI
La misère des exclus
Roman
Paris, le 19 octobre 2000 Cher Ahmed, Je ne sais pas pourquoi je décide, soudainement et avec force et insistance, de t’écrire cette lettre. Je ne sais pas au juste ce que je veux te transmettre à travers ce message. Mais ce qui est certain, c’est qu’une fois que tu recevras l’enveloppe, tu seras surpris. Surprise dont je ne pourrais imaginer l’ampleur. Quand tu liras le nom de l’expéditeur et quand tu jetteras un regard sur le timbre, qui ne ressemble ni de près ni de loin à nos timbres postaux dont la forme n’a pas changé depuis des décennies. Alors, maintenant, avant que tu ouvres l’enveloppe et que tu commences à lire le contenu de mon message, tu sais qui je suis et que je suis en France et je désire te donner de mes nouvelles. Je me demande, après m’être arrêtée, à plusieurs reprises, après chaque mot et chaque lettre que j’ai transcrite sur cette page blanche, pourquoi je tiens à te parler? Pourquoi je veux réapparaître après être disparue pendant des mois? Puis pour-quoi ce sera toi particulièrement après t’avoir fait mes adieux la dernière fois, les yeux en larmes, terrassée par la douleur et le cha- grin. Peut-être parce que j’ai toujours des sentiments pour toi malgré la colli- sion, lors de notre dernière ren-contre, une grande appréciation et un pro- fond respect. Ou peut-être parce que je suis incapable d’avoir le contrôle sur mon cœur et mes sentiments. On dit que le cœur ne peut être dompté et mon histoire, quoiqu’elle est nie et sévit dans l’oubli m’appartient toujours. Je l’ouvre comme un livre, quelques-unes de ses pages sont parfumées et embaumées; me transmettent tranquillité, chaleur et sérénité dont j’ai besoin dans les moments les plus difciles de ma vie loin de mon pays et de ma famille. Et puis d’autres pages - les dernières, bien sûr - quand je me trouve, certains soirs, dans le besoin de m’enfermer dans un coin sombre et obscur pour me libérer de mes larmes. Je pleure et pleure et pleure jusqu’à ce que j’arrive, à me libérer de la pression qui pèse sur ma poitrine et qui répande le chagrin dans le n fond de mon âme. Que puis-je dire ? Crois-moi, je n’en ai aucune idée. Mais je vais écrire. Peut-être que je suivrai mon crayon tout en espérant qu’il note ce que je sou- haite écrire sans être forcée de penser. Il se pourrait que ce soit ma erté qui m’exhorte à t’écrire cette lettre. Peut-être le gage que j’ai tenu, lors de notre dernière rencontre, quand je me suis jurée de me venger de ma personne à moi-même. Quand j’ai juré que je rappellerai mon âme et ma personne, les purierai de toutes impuretés salissantes qui m’avaient contaminée quand j’exerçais le plus vieux métier du monde juste après la mort de mon père. Peut-être c’est mon orgueil et ma erté qui m’imposent aujourd’hui de t’annoncer ma réussite et pour que tu saches que mes larmes étaient sincères, transparentes et innocentes. Je savais qu’à ce moment-là, le doute t’avait efeuré au sujet de ma sincérité et de mes bonnes intentions. Tu voyais probable-ment dans mes yeux des larmes de crocodile, de mensonge et de ruse. Je t’annonce, que dorénavant le faux pas ne se répétera plus. Oui. Peut-être que je sais ce que je
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veux dire. Mes peines avaient continué pendant un certain temps quand j’ai quitté la ville de Rabat pour Tanger. Mon vent m’apporta enn ce que je désirais et mon heure de salut avait sonné. J’ai émergé du tunnel vers la lumière. Il y avait un prix. Oui, j’ai payé un prix dont je ne pourrais, dans ces circonstances, déterminer l’am -pleur. Mais je peux dire que mon étoile brille après tant d’années de souffrance. J’étais comme quelqu’un qui s’est retrouvé dans un désert. Désert sombre et lu-gubre à ma droite et un autre à ma gauche. Mirage devant moi et un autre derrière qui m’amène au désespoir et à la défaite. Que puis-je dire ? Je ne peux te cacher que je m’ennuie de toi. J’aimerais te voir, te parler pendant des heures et des jours, du passé qui a usurpé nos rêves et nos ambi-tions et parler ensuite du présent et pourquoi pas du futur et les arroser de l’élixir de la vie, l’élixir de la joie et du plaisir. Il me tarde de savoir ce qui a changé pendant mon absence. Pour toi. Pour les gens du quartier. Pour tes amis et leur projet de migration. Je leur sou- haite, de tout mon cœur, bonne chance et j’espère ne jamais entendre de mauvaises nouvelles sur eux qui briseraient certes mon cœur et l’attristeraient. Comme tu le sais, je porte à Ali et à Kamal un amour si pur dont je ne peux et ne pourrai déterminer la profondeur et l’étendue. J’enverrai une deuxième lettre, qui pourrait arriver en même temps quand cette lettre te parviendra. Mais cela dépendra du service postal. Il se pourrait qu’il envoie l’une des deux enveloppes à la ville de Boujdour ou à Wad Zam avant que les res-ponsables ne se réveillent et l’acheminent à son destinataire après un mois ou deux de retard... Peu importe. Le plus important c’est que je vais envoyer à ma mère et mes frères, une bonne somme d’argent. Je ne sais pas si ce que je vais faire, sera une bénédiction ou une malédiction pour eux. Bénédiction, s’ils ont la bonne grâce d’agir et une malédiction s’ils s’opposent entre eux et se battent pour le partager. J’imagine mon frère, dont tu connais l’histoire bien sûr, se disputer avec ma mère, pour répondre à ses dépenses pour ses réunions de cannabis et d’alcool. Je ne vais pas revenir en arrière pour lire ce que je t’ai écrit. Si je le faisais, je raturerais la moitié de ce que j’ai déjà écrit, ou peut-être j’arracherais mes papiers et les jetterais à la poubelle. Imagine que dans ma chambre j’ai un panier où je me débarrasse de ce dont je n’ai pas besoin et ensuite je le dépose au seuil de la porte pour être traité et recyclé. Imagine, ils préservent l’environnement. Ils ont tellement progressé et sont parvenus à faire face à tous les problèmes de leur société puis ils tournent une partie de leur attention à l’environnement. Imagine, où sommes-nous par rapport à ces gens ? Malheureusement, nous n’avons toujours pas mis les pieds sur la bonne voie, car nous n’avons tout simplement aucune idée où elle se trouve, ou plutôt nous l’ignorons pour des raisons qui m’échappent. On ne parle à l’heure actuelle, notamment en France et en Europe en géné- ral, que de la mort de Hassan II et de l’intronisation de son ls sur le trône. Tout le monde veut savoir si le Maroc et les Marocains proteront de cette transi-tion au sommet de la pyramide du pouvoir. La plupart des immigrants afrment que le changement serait possible à cause de
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ce qui différencie les deux personnes. Mais la question est de connaître la direction, l’ardeur et la force ainsi que les bénéciaires de ces changements. La personnalité du nouveau roi nous était vague durant la vie de son père, alors il est difcile de prédire ses priorités. Pour ma part je ne suis pas du tout optimiste. Le cas du Maroc est tragique et ce à tous les niveaux: Pauvreté, analphabétisme, sous-développement, chômage et le éau ravageur de la corruption et le trac d’inuence. Je ne sais pas comment le nouveau roi ferait pour ouvrir ces dossiers et secouer la poussière qui s’est accu-mulée - délibérément et avec préméditation - pendant des décennies. Je l’imagine faire ce que son père t lorsque nous per-dîmes contre l’Algérie en 1979, par cinq buts à un lorsqu’il expulsa tous les joueurs et le staff technique et les remplaça par des jeunes et nouveaux cadres qui ont été capables d’aller loin six ans après cet échec. Aura-t-il la volonté, la capacité et le courage de prendre des décisions audacieuses? Vider, nettoyer, ventiler et dépous-siérer les établissements publics, sans exception ? Sinon... Je te laisse deviner. Changeons de sujet. En résumé, je suis arrivée suivant le plan dont je t’avais parlé précédemment. J’ai atterri puis j’ai rejoint, après avoir franchi les frontières sans être inquiétée, une amie généreuse qui m’a aidé à me trouver l’emploi que j’occupe présentement. Je travaille chez une riche famille suisse vivant à Paris. Je prends soin des enfants. Une lle et un garçon. Mais en dépit des protestations successives de ma patronne, j’exécute d’autres tâches ménagères et surtout la cuisine maro-caine authentique, erté des maisons traditionnelles. Ils me considèrent comme étant membre de la famille ... Malheureusement?.... heureusement ? ... Je ne sais pas. Mais ce qui me désole, c’est que je ne passe pas un instant sans mesurer l’attitude de mes employeurs suisses et leurs homologues marocains. Aucune comparaison du bon traitement et du comportement des pre-miers et de l’hypocrisie de mon employeur marocain qui m’appelait sa lle, avant d’oser mettre sa main sale sur moi un certain soir. Ah, j’ai ni par choisir le terme ... malheureusement je suis reconnue en tant que membre de la famille. En moins d’un mois, Sandra régularisa ma situation en Suisse d’abord et ensuite en France en tant qu’aide familiale. C’est bien mieux que les superlatifs dégradants comme « la bonne ». Ah, un monde qui donne la nausée. Je te laisse résoudre cette énigme. Je pense que j’ai beaucoup parlé et que je te casse la tête avec mes futilités que tu pourrais trouver vide de tout sens. Malheureusement, je me souviens encore, non pas par malice ou par désir de vengeance, de ces moments de colère qui échap-paient à notre contrôle, lorsque tu as xé tes yeux dans les miens et tu m’as avisé que je ne représente rien pour toi. Là, je peux maîtriser ma plume et écrire ce que je veux vraiment. Je t’offre mon aide, si tu veux me rejoindre en Europe. Ce n’est en aucun cas un dû, mais une main qui m’a été tendue dans un moment de désespoir. Main angélique de Sandra et de son mari Paul et je désire tendre cette main à quelqu’un d’autre qui vit dans un désespoir aussi sombre et aussi profond que celui où j’ai vécu. Je n’ai trouvé
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meilleur que toi pour lui offrir mon aide. Je ne m’attends pas à recevoir une réponse à ma lettre. Par ailleurs, je ne veux pas te forcer à prendre une décision que tu ne souhaites pas. Mais si tu le fais, je serai très heureuse de lire ton message et d’y répondre. Mes salutations à toi, à Kamal et Ali. Pour le reste, ma blessure à leur égard n’a toujours pas guéri pour que je n’ouvre mon cœur à d’autres que vous.
Au revoir ou … à Dieu.
Latifa
1 Kamal s’est réveillé tard. Il s’assoit sur une chaise de bois branlante et xe son regard vers l’extérieur à travers la fenêtre ouverte. Il aime passer un temps à penser en écoutant la musique considérée comme l’une des distractions les plus impor-tantes qu’il est, heureusement, capable de s’offrir. Il aime d’autres divertissements, mais seulement à travers la télévision et les journaux. Il aime particulièrement le golf. Il le considère comme une issue qui permet au joueur de vivre dans un monde loin de tout, sur un tapis vert qui semble inni. Un jeu qui exige beaucoup de préci-sions pour que le joueur puisse atteindre le trou avec le minimum de coups. L’autre chose qui l’ébahit, est le niveau d’élégance et de noblesse des joueurs. Des T-shirts luxueux aux couleurs joyeuses. Des pantalons avec une couture et une forme très nes. Et les chaussures sur lesquelles on peut voir son visage alors qu’on s’apprête à frapper la balle et la pousser vers l’avant. Et que dire des montres portées par les joueurs et qui sont choisies parmi les meilleures marques et les plus prestigieuses. Kamal aime aussi le football auquel il s’adonne en compagnie des jeunes du quartier. Ils courent pendant plus de deux heures derrière une balle, qui n’est pas ronde à cent pour cent à cause de sa qualité qui laisse à désirer. Kamal aime d’autres sports qui sont tout simplement étouffés dans son intérieur. Il rêve de belles choses qu’il souhaiterait atteindre. Mais ... À quelques pas de lui, il place le lecteur cassette. Il a pu l’avoir après s’être chica-né avec sa sœur qui écoutait ses chansons préférées, qui souvent, ne dévient pas de la voix de Warda et Abdel Halim Hafez. Des chansons de rêves et d’amour, de belles rencontres et d’intimité, d’attente et de larmes, puis de réconfort et d’adieu. Elle renonce à la vielle machine qui épuise et détruit les bandes des cassettes. Mais elle exige de son frère de monter le son pour qu’elle puisse partager avec lui ses chansons. Elle apprécie le bon goût de son frère par le type de musique qu’il écoute et par sa sensibilité poétique. Il goûte les paroles qui ont un sens et du goût. Il se trouve dans les chansons d’Oum Kalthoum qui chantait pour les plus grands poètes tels Chawki et Ahmed Rami. Des artistes qui maîtrisaient et excellaient. Il goûte et apprécie sa voix magistrale et sa haute performance, les mélodies qui donnent au verbe un avant-goût et l’amène à l’oreille dans un ux spirituel. Mais ce matin, il préfère écouter autre chose. Il passe une série de cas- settes et nit par en choisir une. Il la place dans la machine et appuie sur le bouton. La bande libère la chanson qu’il aime énormément, car il vague, à travers ses vers, vers le point le plus lointain de l’univers et l’emmène aux terres des rêves qu’il brûle d’atteindre un jour. Il chante à haute voix avec Charles Aznavour : Vers les docks où le poids et l’ennui... Me courbent le dos... Ils arrivent le ventre alourdi... De fruits les bateaux... Moi qui n’ai connu toute ma vie...Que le ciel du nord...J’aimerais débarbouiller ce gris... En virant de bord... Je perds la notion des choses...Et soudain ma pen-sée... M’enlève et me dépose... Un merveilleux été Sur la grève... Un beau jour sur un raot craquant... De la coque au pont... Pour partir je travaillerais dans... La soute à charbon… Prenant la route qui mène... A mes rêves d’enfant...Sur des
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îles lointaines... Où rien n’est important Que de vivre... Je fuirais laissant là mon passé... Sans aucun remords... Sans bagage et le cœur libéré... En chantant très fort... Emmenez-moi au bout de la terre...Emmenez-moi au pays des merveilles... Il me semble que la misère… Serait moins pénible au soleil. C’est sa chanson qui exprime exactement ce qu’il ressent et à quoi il pense depuis un certain temps. On dirait que c’est lui qui l’avait écrite puis l’avait envoyée à Charles Aznavour pour la forger dans cette mélodie très rafnée. Kamal est âgé de vingt-sept ans, vient d’une famille modeste. Son père est professeur de l’enseignement secondaire. Il a pu avec enthousiasme et encouragement de son père, étudier et exceller et a ni par obtenir une licence en littérature française depuis deux ans. Présentement, il chôme. Il n’a pas réussi à trouver un emploi, ni dans son champ d’étude ni dans un autre domaine. Cette situation a eu un impact sur son psychique. Il a commencé à rééchir chaque jour, avec ses deux amis qui vivent les mêmes souffrances, à une manière pour sortir de ce vide, qui est devenu insupportable. Tous les trois pensent sérieusement à immigrer clandestinement quelque part. Franchir illégalement les frontières du pays et ensuite se fondre dans un autre pays sans passeport ni papiers d’identité. Kamal n’a approché personne, sauf ses amis, qui partagent la mise en œuvre de ce projet. Il n’a pas osé en discuter avec les membres de sa famille parce qu’il sait très bien la réaction de chacun: le rejet total de cette idée folle et insensée. Il a essayé, plusieurs fois, de tâter le terrain avec ses parents en commentant les nouvelles de jeunes gens qui sont morts dans les profondeurs de la mer, de ceux qui ont été interceptés à leur arrivée sur le sol espagnol ou italien et de ceux qui ont été arrêtés dans les eaux avant même qu’ils n’atteignent la terre sèche. Son père était clair : il n’y a rien dans l’univers qui mérite que nous risquions notre vie pour. Sa mère, dont le cœur bat aux vues des images spectaculaires de ces faits, est affectée par ces jeunes et leur trouve des excuses pour ce qu’ils font à cause de leur situation difcile.
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Kamal se dirige vers le café et trouve son ami Ali en train de résoudre les charades des mots croisés. Ahmed, son deuxième ami, se penche sur un journal et lit les dernières nouvelles sur le peuple irakien qui gémit sous la malédiction du nouveau colonialisme occidental des États-Unis. Kamal s’adresse à Ali : - Est-il possible de reprendre ma place ? Ahmed répond ironiquement sans quitter des yeux la page du journal: - je ne pense pas que tu aies inscrit cette place dans un registre foncier. Je suppose que tu veuilles prendre le chemin de ceux qui occupent les postes de responsabilité ici et là et ils croient qu’ils leur appartiennent et qu’ils sont nés pour être présidents et directeurs. Ils pensent fermement que s’ils ne nous étaient pas mandatés, le pays serait décomposé et tout arrêterait dans notre beau pays. Ahmed intervient ironiquement: - Mes chers amis, ces gens-là sont les seuls capables de diriger ce pays parce que
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