La Théorie des cercles

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182 pages
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Description

Après douze ans d’une vie heureuse avec Nathan, Elisa envisageait sereinement un avenir tout tracé. Mais c’était avant de découvrir que son mari la trompait depuis des années avec sa meilleure amie. Anéantie et terriblement seule, elle s’enfonce dans l’unique chose qu’il lui reste, son travail. Mais l’amitié va la rattraper, et avec elle sa passion d’enfance pour les chevaux. Elle va alors réapprendre à aimer :elle-même, la vie, les gens, un autre homme. Mais certains équilibres sont parfois plus fragiles qu’on ne le croit...


Le second roman de Jane TANEL n’a rien d’une romance. C’est une histoire moderne, de femmes fortes ou en devenir, pour celles et ceux qui veulent écrire leur propre vie. Avec des portraits plus vrais que nature, de l’humour et un regard incisif sur les comportements humains, l'auteure nous propose ici sa vision psychologique de la place du couple dans notre quête individuelle du bonheur. Un livre qui donne de quoi s’interroger sur sa propre existence.

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EAN13 9782371690035
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Illustration de couverture :
Couverture : Thibault BENETT
Directrice de collection : Cécile DECAUZE
Correction : Carole CHICOT
ISBN : 978-2-37169-003-5
Dépôt légal internet : juillet 2018
IL ETAIT UN EBOOK Lieu-dit le Martinon 24610 Minzac
« Toute représentation ou reproduction, intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur, ou de ses ayants droit, ou ayants cause, est illici te » (article L. 122-4 du code de la propriété intellectuelle). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon sanctionnée par l’article L. 335-2 du Code de la propriété intellectuelle. Le Code de la propriété intellectuelle n’autorise, aux termes de l’article L. 122-5, que les copies ou les reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective, d’une part, et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustration.
Prélude
Ne pas trouver de quoi allumer sa cigarette lui sou levait l'épiderme. Agacée, Élisa avait fini par secouer son sac à main en espérant qu’un briquet en tombe comme par magie. Mais non. Elle guetta brièvement l’apparition d’un fumeur dans la rue, mais la pluie les avait probablement tous chassés. Elle lorgna le sac en cuir jaune juste à côté d’ell e. Vanessa pouvait avoir ça. Elle fouilla les deux poches extérieures latérales sans succès avant d’explorer le grand dépotoir central. Rien. C’est quand elle élargit l’ouverture du sac qu’elle remarqua su r le côté une petite fermeture cousue sur le tissu. Une pochette secrète. Elle sourit, anticipant déjà le reflet métallique du briquet dans son œil. Elle écarta les deux bords et scruta l’interstice. D’abord elle ne comprit pas. Une impression familière qui dissonait avec un sentiment d’étrangeté. Comme si c ette familiarité n’avait rien à faire là. Doucement, elle approcha sa main et saisit le petit objet entre son index et son pouce, puis l’extirpa de la pochette avec la réticence d’un démineur. Son cœur s’alarmait un peu plus à chaque étape du processus d’identification. Lecture terminée. Elle déglutit. Une fois. Elle déglutit. Deux fois. Sa vision se brouilla et une sensation de malaise l’envahit aussitôt. Elle crut qu’elle allait vomir mais tint bon. Ça ne pouvait pas être ça.
Des flashback jaillirent des sillons de sa mémoire. Les écailles de l’océan Pacifique qui scintillait sous le soleil tahitien. Le ronron du moteur de la vespa de location. Ses bras enlassant le torse nu de celui qu’elle ne pouvait plus se passer d’aimer. So n sourire emporté par les alizés. Un instant de bonheur absolu, ceux que l’on compte sur les doigts d’une main… Puis ce bourdonnement terrifiant dans son casque et cette douleur sauvage qui irradia dans toute son oreille. Machinalement, elle porta la main à son lobe. Les mots de Nathan résonnèrent : « On fait demi-tour, je t’emmène à l’hôpital, on ne sait pas ce qui t’a piquée ». Puis les trembleme nts, transperçant son corps de part en part, obligeant Nathan à conduire d’une main pour la teni r de l’autre. Il ne l’avait lâchée qu’un bref instant, pour rabattre les deux rétroviseurs vers le bas. Mais elle n’avait pas eu besoin de regarder les petits miroirs rectangulaires pour savoir que tout son corps s’était mis à gonfler. Pour savoir que sa langue prenait de plus en plus d’espace dans sa bouche. Pour savoir que bientôt elle ne pourrait plus respirer. Et cette grande baie qui n’en finissait pas. Et les oiseaux qui les narguaient à grands coups d’aile. Et l’aiguille rouge du cadran qui pointait obstinément les 70km/h. Et l’hôpital qui semblait tout à coup trop loin. Bien trop loin.« Natha é peur »avait-elle réussi à articuler entre ses lèvres boursouflées. Il avait resserré l’étreinte dans son dos. Elle aurait voulu rajouter« de mourir »mais ça avait été trop difficile à prononcer. Ou trop difficile à entendre. Elle se rappela avoir pensé à ses parents. À comment Nathan allait faire pour leur annoncer sa mort. À ce que les gens allaient dire à son enterrement. La seule voiture qu’ils avaient fini par croiser, un vieux pickup rouge rouillé qui toussotait pour avancer, surgit dans ses pensées. P uis l’image tant espérée, celle du petit bâtiment avec l’inscription HÔP ITAL. L’affolement autour d’elle. Les pleurs de Nathan qui résonnaient encore dans la pièce lorsqu’elle perdit connaissance. Son grand sourire à son réveil qui contrastait avec ses yeux bouffis par les larmes. Et ses mots : « Je t’aime de toute ma vie ». Elle visualisa nettement le bracelet qu’il lui offrit après ça. Un petit bracelet serti de graines végétales et de perles, de trois perles grises exactement, chacune encadrée par deux petites graines rouges des îles Marquises.
Elle abaissa son regard sur celui qu’elle tenait dans le creux de sa main. Le même. Elle lâcha sa prise comme s’il lui brulait les doigts. Il retomba sans bruit au fond de la petite poche. Elle ne prit pas la peine de la refermer. Elle leva la tête au moment où le visage de sa témoin de mariage apparut au-dessus de deux grands caféslatte fumants. «What else ? » demanda Vanessa dans un grand sourire à la Georges Clooney.
Élisa renversa sa chaise en se levant et courut jusqu’aux toilettes qu’elle atteignit de justesse. Cramponnée à la cuvette, elle vomit.
Du verre pilé.
1
Rocky Balboa
Élisa alluma une cigarette, inspira longuement et souffla la fumée dans une grande expiration. Elle observa un rouge-gorge sautiller sous la haie. Elle porta le verre à ses lèvres et but une gorgée avant de basculer la tête en arrière. La chaise grinça. Le rouge-gorge s’envola. Il n’y avait que l’air frais pour lui mordre le visage. Le soleil scintillait ailleurs aujourd’hui.
— Salut Élisa !
Elle bondit de sa chaise comme si un Mirage 2000 venait de franchir le mur du son dans son jardin, mais se calma aussitôt en apercevant le visage familier.
— Bon sang tu m’as fait peur ! lança-t-elle sur un ton plus gêné qu’autre chose.
— Pardon. Je voulais pas, répondit gentiment la jeu ne fille en se penchant pour embrasser les joues fraiches de son amie.
Léonore était comme à son habitude, habillée tout de noir avec des espèces de Doc Martins aux pieds, un pantalon en simili cuir ultramoulant qui n’avait rien à mouler, un top noir fendu jusqu’au nombril qui laissait entrevoir un bandeau de la même couleur recouvrant des seins minuscules. Une grosse veste de laine noire enveloppait le tout. So n beau visage fin et délicat lui donnait un air de petite fille qui jurait avec les piercings trouant son sourcil droit, la pommette en dessous, sa narine gauche et ses deux oreilles, du lobe jusqu’au pavillon. De son crâne jaillissait une épaisse chevelure brune dont le volume était d’autant plus impressionnant que ses cheveux comportaient tout un tas de trucs qui avaient plus ou moins à faire dans des cheveux : des fils de couleur, des tubes métalliques, des perles, des mèches violettes, d’autres bleues et des dizaines de dreadlocks. Le tout paraissait tellement chargé que l’on pouvait raisonnablement se questionner sur les enjeux de la gravité de ce petit corps surmonté par une si grosse tête.
— Qu’est-ce que tu fais là ? demanda Élisa sincèrem ent étonnée, pendant que Léonore prenait place sur une chaise en face d’elle.
— Je suis venue te voir.
— Ah. C’est gentil ça.
— Je suis venue te parler plus exactement.
— Ah oui ? Et de quoi ?
— De toi. Tu bois ? la réprimanda Léonore en désignant de la tête la bouteille sur la table.
— Oui, mais tu n’es pas très bien placée pour dire quoi que ce soit sur ce type d’usage, Léo.
— Lisa, je ne consomme pas à quatre heures de l’après-midi.
— Mais moi non plus ! se défendit-elle en feignant l’outrage.
— Élisa…, s’exaspéra son amie.
— Oh c’est bon Léo ! s’énerva Élisa en retombant brusquement en arrière sur la chaise qui grinça à nouveau.
Elle aspira une bouffée et but une longue rasade. Puis elle se mit à pleurer.
Léonore porta la main à son front et le frotta avec ses doigts. Ce n’était pas son truc les gens qui pleuraient. Elle saisit le paquet de cigarettes sur la table et en alluma une. Il y avait également le petit carnet beige d’Élisa sur la table, celui où elle griffonnait ses poèmes. Elle voulut lire le dernier en date pour évaluer la situation mais se ravisa. Ne sachant ni quoi dire ni quoi faire, elle se contenta d’observer son amie. Un leggin noir tout simple plissait au niveau des fesses tellement Élisa avait maigri. Elle portait des chaussettes d’un blanc douteux, un pull ample à manches longues de la même couleur et un chèche noir avec des étoiles blanches . Ses cheveux d’un châtain terne tombaient inégalement sur ses épaules, alors qu’une frange beaucoup trop longue lui barrait maladroitement le visage. Élisa avait de beaux yeux noisette rieurs qu’elle s’entêtait à durcir depuis quelque temps avec un maquillage noir exubérant. Avec les larmes, tout le kôhl et l’eyeliner avaient coulé sous ses yeux. Elle ressemblait à une prostituée qu’on aurait passée à tabac. À moins que ce ne soit à un panda en voie de disparition… Finalement, Élisa prit une longue inspiration et expira doucement. Elle avait dû pleurer assez longtemps, car sa cigarette s’était consumée jusqu’au filtre.
— T’as déjà vuRocky 4? demanda-t-elle avec une voix chevrotante, la tête baissée sur ses mains qu’elle tortillait.
— Non je n’ai pas eu ce plaisir, s’empressa de répo ndre Léonore, trop soulagée que son amie entame la conversation. Mais toi, Lisa, t’as vraime nt vuRocky 4s’étonna-t-elle. Toi qui ne ? 1 supportes pas l’idée de voir un film étranger en version française, qui es abonnée à l’Utopia depuis que t’as l’âge de lire des sous-titres et qui as po ur référence absolue un film belge sous-titré en flamand, TOI, tu as vuRocky 4?
— Ben je sais pas. Surement puisque je me souviens de ce film. Mais je ne me rappelle pas où, ni avec qui.
— Non, la vraie question ici, Lisa, c’est COMMENT ? Comment peut-on aller voir un navet pareil ?
— Léo, on discute critique cinématographique là, ou tu écoutes ce que j’ai à dire surRocky 4?
Léonore serra les lèvres en mimant une fermeture qu’elle tira le long de sa bouche.
— C’est l’histoire de Rocky qui doit venger son ami boxeur en battant un champion de boxe soviétique, commença Élisa. Mais tu vois, c’est pas gagné pour Rocky, car il doit aller le vaincre chez lui à Moscou, et il est pas du tout prêt sur le plan physique. Donc Rocky décide de partir là-bas et de s’entrainer dur.
Rien qu’avec ça, Léonore était morte de rire.
— J’imagine très bien ! Un rôle de composition pour Stallone ! s’amusa Léonore qui avait déjà retrouvé l’usage de ses lèvres.
— C’est ça, un véritable étalage de toute sa force physique. On le voit courir en grimaçant sur les sommets enneigés, effectuer des séries interminables d’abdos dans le vide ou pire, porter des troncs d’arbre que toi t’envisagerais même pas de remuer. Un vrai carnage. Mais tu vois, tout ça condensé en une séquence de film sur une petite musique entr ainante fait qu’on ne peut que remarquer les progrès effectués. On voit ce qui au départ paraissait insurmontable devenir possible. On sort de là avec l’idée que triompher de l’adversité est à la portée de n’importe qui, pourvu qu’on s’en donne les moyens.
— Le rêve américain quoi, commenta Léonore en haussant les épaules.
Elle ne voyait rien d’original là-dedans. Élisa leva son masque noir sur son amie.
— J’ai cru que ça se passerait comme dansRocky 4! lâcha-t-elle avant d’éclater en sanglots.
Et merde, pensa instantanément Léonore qui s’était remise à se frotter le front avec ses doigts. Parce qu’Élisa avait vraiment essayé. Elle avait to ut fait comme dans le manuel de « Comment réussir à rebondir après une rupture sentimentale douloureuse, en trois étapes ». Premièrement : réaliser des actes symboliques forts. Déchirement de photos, brûlage de lettres et passage par la fenêtre de presque tous les cadeaux. Bref, la tête tournée vers l’avenir, elle s’était débarrassée de tout ce qui pourrait la faire replonger. Deuxièmement : s’engager dans la voie du renouveau. Nouvel appartement, nouveaux meubles et pendaison de crémaillère avec nouvelle coupe de cheveux de circonstance. Elle y aurait porté un T-shirt avec l’inscription « Je prends un nouveau départ et vous ? » que ça n’aurait pas été plus clair. Troisièmement : se sociabiliser par tous les moyens. Elle sortait avec des copines et s’était inscrite sur un site de rencontres. Elle était même allée à quelques rancards. Sur le papier c’était parfait, elle avait appliqué à la lettre la règle des trois R : Radier, Rebondir et Rayonner. Oui, sauf que la réalité était tout autre. Côté « Radier », elle avait conservé le numéro de Nathan en remplaçant quand même « Loulou » par « Super Connard », mais dès que son téléphone annonçait un texto, elle priait pour que ce soit lui. Elle lui avait bien écrit une lettre amère et haineuse mais elle n’avait jamais eu le courage de lui envoyer. Et surtout, le monde entier la ramenait à lui. Tous les mots commençant par le son « Na », et il y en a beaucoup plus qu’on pourrait le penser... À chaque fois qu’elle croisait une Audi break bleu marine (ce qui arrivait aussi beaucoup plus souvent qu’on…). À chaque fois qu’elle allumait la télé et qu’il y avait du sport (et ça aussi arrivait…). Elle vivait un enfer, condamnée à vivre dans un monde parfumé de l’existence de Nathan, comme une mauvaise odeur tenace qui s’accro che au fond de la bouteille. Au niveau « Rebondir » ce n’était pas mieux. Ne supportant pas l’idée de passer une soirée seule, elle enchainait les heures au boulot jusqu’à épuisement, si bien qu ’une fois chez elle, il lui restait à peine assez de force pour se mettre au lit. Elle ne s’était jamais faite à sa nouvelle coupe de cheveux. À chaque fois qu’elle se regardait dans une glace, ça lui rappelait combien elle détestait sa nouvelle vie. Sur le plan « Rayonner », chaque soirée était une source d’ango isses indescriptibles. Elle affichait un sourire de circonstance presque naturel à force d’entrainement, qui disparaissait dès qu’elle avait l’occasion de se retrouver seule, c'est-à-dire lorsqu’elle s’éclipsait aux toilettes. C’était donc naturellement dans ces lieux qu’elle passait une bonne partie de ses s oirées, avec quelques immondices pour toute compagnie. Au bout de quelques jours sur AdopteUnMec.com, elle était allée à un rendez-vous avec un jeune homme avec lequel elle avait sympathisé en ligne. Pleine d’espoirs, elle était restée tard à se réjouir de sa charmante compagnie autour d’un verre. Jusqu’au moment où il lui avait demandé si elle avait envie d’entendre quelque chose qui allait la faire rêver. Prudente mais curieuse, elle avait répondu quelque chose comme : « Heu… Oui… Pourquoi pas ? » Lentement, le type s’était approché d’elle, avait planté deux grands yeux bleu s intenses dans les siens et là, il avait lentement entrouvert ses lèvres pour en sortir quatre mots : « Je suis super chaud ». Elle s’était désinscrite du site dans la foulée. Tous les jours depuis, ses yeu x outrageusement maquillés de noir affichaient ostensiblement l’obscurité de son cœur.
Elle pleurait toujours et Léonore poursuivait son gommage frontal. Elles se connaissaient depuis l’enfance grâce au poney-club de Michel qui jouxtait leurs communes voisines. Un jour où Élisa pleurnichait pour ne pas remonter sur un Shetland q ui l’avait mise par terre, Léonore s’était approchée avec le sien et lui avait proposé d’échanger. Dès lors, le duo Lisa-Léo avait été inséparable jusqu’à la terminale. Ensuite, Léonore fut virée du lycée pour y avoir introduit et vendu du cannabis. Là, leur grande histoire d’amitié s’était déjà un p eu compliquée. L’année suivante, Élisa avait rencontré Nathan. Très vite, elle avait couru s’enfermer dans un grand palais d’argent avec son preux chevalier alors que Léonore, après avoir obtenu son bac S avec mention Bien en candidate libre, était partie vivre dans ses premiers squats. Les nouvelles entre les deux amies étaient alors devenues sporadiques, surtout lorsque Léonore s’attaqua à la drogue dure. Aujourd’hui, après plus de vingt ans d’amitié, la situation était encore différente. Léonore avait quitté les squats, la défonce et les loosers grâce à Michel qui, littéralement, était venu la sortir de la rue par la peau des fesses pour lui offrir, dans ses écuries, une nouvelle manière de penser la vie avec un travail et un petit appartement. Élisa venait d’apprendre que son mari, avec qui elle venait de partager près de douze ans de sa vie, l’avait trompée avec sa meilleure amie. Et elle n’avait rien vu. Depuis, Léonore et Élisa s’étaient retrouvées comme si elles ne s’étaient jamais quitt ées. Sûrement parce que le temps qui passe n’atteint pas les véritables alliées. Léonore, sachant plus que n’importe qui ce que c’était que de toucher le fond, était bien décidée à l’aider. Elle se rapprocha de son amie qui pleurait toujours,
s’agenouilla à côté d’elle et posa sa main sur son épaule.
— Lisa, ça va aller ma Lisa, lui murmura-t-elle dans l’oreille.
Et les pleurs d’Élisa redoublèrent. Devant l’échec cuisant de cette tentative, Léonore se rassit sur sa chaise, alluma une autre cigarette et se servit un verre. Elle retourna la bouteille à moitié vide pour lire l’étiquette : Chablis Grand Cru Valmur, 1 997. Léonore ne douta pas une seule seconde de la provenance de cette bouteille. Directement de la cave de Nathan. Et Léonore paria qu’Élisa, à chaque gorgée, savourait l’affront qu’elle faisait à Nathan en buvant ce millésime toute seule à quatre heures de l’après-midi comme s’il s’agissait d’une vulgaire 1664 aromatisée à la pêche. Finalement, dans toute descente aux enfers il y a d u bon à prendre, se dit-elle en appréciant la splendide saveur minérale envahir son palais. Elle eut la présence d’esprit de remettre à niveau le verre d’Élisa et cette nouvelle technique paya. Son amie se redressa aussitôt, expira et but une gorgée.
— Allez Lisa, maintenant t’arrêtes et on parle sérieusement
Élisa ne répondit rien et reprit son activité préférée du moment, le tortillage de doigts.
— OK c’est terrible ce qui t’arrive, tu te sens conne, trahie, humiliée et…
Léonore s’arrêta en apercevant deux grosses larmes rouler sur les joues d’Élisa.
— Oui bon, OK tout ça, mais il n’empêche que t’as l e choix Lisa. Soit tu continues à te morfondre en faisant semblant d’exister – certes avec du chablis grand cru –, soit tu décides de regarder droit devant, d’ouvrir grand les yeux et de vivre. Je ne te cache pas que la première option est bien plus pénarde que la seconde. Mais ce n’est que le second choix qui t’offrira la possibilité d’écrire une suite, ta suite.
— Je n’ai jamais été forte pour prendre des décisions. Je ne sais pas choisir, ça me tétanise.
— C’est sûr que c’était cent fois mieux quand c’éta it Nathan qui décidait pour toi, siffla Léonore.
— J’étais heureuse Léo, rétorqua Élisa comme une évidence.
— Mon cul ! Tu faisais des châteaux de sable sur un arc-en-ciel avec les bisounours, Lisa ! Mais ça, ça s’appelle pas être heureuse, ça s’appelle être à côté de la plaque ! Sur terre Lisa, il fait froid, il pleut, il vente, et toi tu débarques avec ton bikini à fleursHello Kittydemandant où est passé en Bambi ? Tu comprends Lisa, tu peux pas continuer co mme ça. Faut que tu mettes une doudoune, un bonnet et des moufles pour survivre dans la vraie v ie, parce que tu vois, ici, Bambi il se fait dégommer la tête par le premier enculé de chasseur qui passe par là. Et c’est triste.
Léonore avait lâché ça d’une traite sans vraiment réfléchir et se dit aussitôt qu’elle était allée trop loin. Elle osait à peine regarder Élisa, le regard plongé dans ses doigts torturés.
— Triste pour Bambi tu veux dire ? répliqua Élisa en levant brusquement les yeux vers Léonore dans un demi-sourire.
Léonore éclata de rire, soulagée.
— Ouais, pour cet enfoiré de Bambi.
— Tu veux dire que finalement c’est une bonne chose ce qui m’arrive ? tenta sans conviction Élisa.
— Non Lisa, non, je dis pas ça. Je dis juste qu’il y a du positif…
Elle s’interrompit.
— Lève le bras, lui intima-t-elle.
— Quoi ? demanda Élisa surprise.
— Tu m’as très bien comprise. Lève ton bras.
— Mais, Léo je suis en train de fumer ma clope, se plaignit Élisa qui n’en avait aucune envie.
— Ben, lève le gauche alors.
À contrecœur, Élisa s’exécuta.
— Bon maintenant fais comme si tu n’avais pas levé le bras.
— Quoi ?
— Allez ! Fais comme si tu ne l’avais pas levé !
— Mais Léo, je peux pas ! Il est déjà levé ! T’es con ou quoi ?
— Ben voilà, c’est exactement ça, tu ne peux pas changer ce qui est. Donc, la seule manière d’agir c’est sur ce qui n’est pas encore, c’est-à-dire demain Lisa. Mais ce n’est pas parce que tu ne peux rien y changer, qu’il faut faire comme si ça n’avait jamais existé. C’est comme un boomerang, plus tu t’acharnes à éloigner le passé de ton histoire et plus il te revient en pleine face. Tu comprends, Lisa ? Heu Lisa, je pense que tu peux baisser ton bras.
— Ah, oui, répondit-elle négligemment, comme si ce bras ne lui appartenait pas vraiment. Et où est le positif dans tout ça alors ?
— Le positif c’est que tu ne te trimballeras plus à poil au prochain coup de blizzard, parce que maintenant tu vas te fabriquer une super doudoune en duvet d’oie avec capuche intégrée, que même chez PATAGONIA ® ils n’en font pas des comme ça.
— Ouais…, lâcha Élisa peu convaincue.
— Et pour rester dans le positif, tu as quitté le monde des bisounours pour revenir ici avec nous dans l’impitoyable réalité de la vraie vie.
— Et c’est bien, ça ?
— Et comment ! T’as déjà vu un bisounours s’envoyer du chablis grand cru à quatre heures de l’aprèm toi ? déclara Léonore en buvant une longue rasade de son verre.
Élisa amorça un sourire mais le rata.
— Lisa, je comprends que là, tout de suite, tu trou ves rien de positif à tout ça mais je te promets, juré craché – et Léonore cracha par terre – que dans quelque temps, je sais pas moi, un mois, six mois ou un an, tu me diras : « Les Bambi fourrés au x bisounours, Léo, je les bouffe au petit-déjeuner et après j’ai encore faim. »
Léonore tendit son petit doigt et Élisa le serra très fort avec le sien.
Le catalogue d'IL ETAIT UN EBOOK / IL ETAIT UN BOUQUIN
Roman Sur la route de ses rêves, Marie-Laure BIGAND
Derrière l’objectif, Marie-Laure BIGAND
Et son ombre sera légère, Marie LEROUGE
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Anne la maison aux pignons verts, L. M. MONTGOMERY (nouvelle traduction de L. VALENTIN)
Anne d’Avonlea(Tome 2), L. M. MONTGOMERY (nouvelle traduction de L. VALENTIN)
La Théorie des cercles, Jane TANEL, parution 1er juillet 2018
Polar Le parfum du Yad, Philippe FAUCHÉ
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Afrika Vendetta, Cédric OBERLÉ, parution courant 2018
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Forminx. Le Roi s’éveille, Mathieu ARNAUD
Jeunesse France se pose des questions…, C. GRÉAU / M. GUILLON-RIOUT
Les Contes secrets de la Nature, S. BÜHR / M. GUILLON-RIOUT
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