Le chien est dans le coup

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Dans une petite ville uniquement perturbée par une série de cambriolages mineurs, le directeur du Grand-Théâtre est retrouvé au petit matin, dans son lit, mort, égorgé par une arme rudimentaire. À ses côtés, Phu-Si, son fidèle danois.


Les policiers ne tardent pas à arrêter le coupable idéal, le mari d’une jeune actrice autour de laquelle tournait la victime.


Pourtant, le médecin légiste en est certain, le chien est dans le coup...


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EAN13 9782373477108
Langue Français

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LE CHIEN EST DANS LE COUP
Roman policier
par Marcel PRIOLLET
AVANT-PROPOS
« Littérature Populaire » !
***
Le terme est souvent lancé comme une insulte à la f ace du lecteur passionné ou occasionnel !
Une littérature qui s'adresse au peuple en oppositi on à celle destinée aux e lettrés et qui est montrée du doigt depuis sa création à la fin du XVII siècle.
Les qualificatifs sous lesquels les condamnent les membres d'une caste supérieure, d'une élite n'ayant d'yeux que pour la littérature savante, celle, inaccessible, par déficit de moyens ou d'éducation aux moins nantis, varient avec le temps tout en conservant les mêmes consonan ces péjoratives. La « littérature mercantile » devient une « littératur e commerciale ». Le « roman à quatre sous » se transforme en « roman de gare ». L a « littérature populaire » se mue en « paralittérature ».
Même la renommée des auteurs évolue au fil du temps et ceux ayant alimenté la littérature populaire d'avant-hier sont aujourd'hui devenus des écrivains avec un grand É et leurs romans, des œuvr es incontournables (Eugène Sue, Alexandre Dumas, Jules Verne…).
Mais la réputation d'un pourvoyeur de cette « sous- littérature » peut également varier du tout au tout en quelques décenn ies. Ainsi, George Simenon, Léo Malet ou Frédéric Dard dorment-ils au Panthéon des « Écrivains » quand tant de leurs confrères de l'époque ou des générati ons précédentes sombrent encore dans un oubli qui sied si peu à leur talent et à leur production.
Parmi ces « écrivains » qui mériteraient amplement de se voir greffer une majuscule,Marcel PRIOLLETfait figure de tête de file.
Il faudrait être fou ou totalement présomptueux pou r espérer dresser une liste exhaustive de la production deMarcel PRIOLLET tant celle-ci est gigantesque et tant sa vie demeure obscure.
Les romans et feuilletons de l'auteur se déploient sur un demi-siècle de littérature populaire, et sont signés sous de nombr eux pseudonymes(René-Marcel de Nizerolles, Henry de Trémières, Marcel-Re né Noll, René Valbreuse)et ont nourri les nombreuses collections des plus prol ifiques éditeurs de l'époque [Ferenczi & fils, Eichler, Fayard, Tallandier, Le L ivre National, La Librairie Contemporaine, Éditions S.E.T.,…].
Mais si l'auteur, à l'époque, a ému autant de lecte urs, c'est aussi à travers les nombreux genres qu'il a abordés [policier, sent imental, fantastique, aventure…], sachant bien évidemment les mélanger po ur le plus grand plaisir de tous.
Car, siMarcel PRIOLLETfait une spécialité des séries fasciculaires s'est sentimentales qui titillent les glandes lacrymales de son lectorat sur plusieurs dizaines de titres [« Trompée au seuil de la chambre nuptiale »,« La mariée aveugle »,« Née en prison »,…] il sait aussi l'enthousiasmer autour des aventures trépidantes de ses héros [« La vie d'un aviateur »,« Les voyages aériens d'un petit Parisien à travers le monde »,« Les aventuriers du ciel », « Les Robinsons de l'île volante »,…] sans omettre de faire frissonner les amateurs d'émotions fortes et de romans policiers [« Tip Walter, le Prince des Détectives »,« Old Jeep & Marcassin »,« Monseigneur et son clebs »,…].
Mais il ne faut pas oublier qu'avant tout,Marcel PRIOLLETest un conteur et qu'il ne se contente pas d'offrir des personnages i ntéressants en se disant que pour le format court des séries fasciculaires, cela suffira à remplir son office. Non, l'auteur prend chaque épisode comme une histoi re à part entière et la fignole de la même manière. Le scénario tient alors la route et est plaisant à lire et les personnages récurrents font office de cerise sur le gâteau d'une lecture de bon goût. Aussi n'est-il donc pas rare, dans un tex te deMarcel PRIOLLET, que les genres se mêlent pour napper les sujets à la mo de de son époque, car, comme tout bon auteur de littérature populaire, il s'adapte à son lectorat et lui propose ce qu'il aime, ce dont il a envie en l'émou vant, le dépaysant, le surprenant… en lui faisant vivre des aventures, tou t simplement.
Enfin, n'occultons pas queMarcel PRIOLLETun écrivain imaginatif et était qu'il n'est pas rare que, malgré la concision de ce rtains textes, ceux-ci se basent sur des idées que l'on aurait pu qualifier de « gén iales » pour tout autre auteur mieux considéré [on notera ainsi l'excellence du nœ ud de l'intrigue de l'épisode « Le bal des disparus »de la série« Monseigneur et son clebs »].
Jusqu'à présent, pour vous rendre mieux compte des dernières qualités de l'auteur mises en avant dans cet avant-propos, vous pouviez vous référer aux deux séries policières rééditées parOXYMORON Éditions [« Old Jeep et Marcassin » et« Monseigneur et son clebs »]. Grâce à la collection éponyme mise en place aujourd'hui, vous pourrez également c onstater les atouts de « bon faiseur » de l'auteur en vous plongeant dans des ti tres issus de l'une des plus e ère cultes collections du début du XX siècle : « Le Roman Policier » [1 série] des éditions Ferenczi & fils.
À travers ces courts romans édités, en premier lieu , en fascicules de 32 à 48 pages, vous pourrez vous délecter des sujets qui passionnaient les lecteurs des années 1920 et découvrir un auteur qui faisait preuve de métier en s'adaptant à une collection dite « policière », mai s dont les titres pouvaient tout
aussi bien concorder avec les collections « aventures » de son éditeur.
Ces divers titres seront d'ailleurs réédités dans l es décennies suivantes, dans les autres collections Ferenczi & fils avant d e disparaître totalement… jusqu'à aujourd'hui.
Si la littérature populaire de l'époque méritait qu 'un éditeur « moderne » la remette au goût du jour et permette que le lectorat actuel puisse la savourer à nouveau,Marcel PRIOLLETr une, lui, de par son travail, méritait au moins d'avoi collection à son nom. C'est désormais chose faite !
Bien que le talent d'un écrivain se juge avant tout , et uniquement – peut-on être tenté de dire, – par ses écrits, voici quelque s éléments biographiques pour conclure cet avant-propos.
Marcel PRIOLLET naît à Ivry-sur-Seine le 6 août 1884 et meurt à Pa ris le 10 novembre 1960.
Il écrit, au début Julien PRIOLLET.
de
sa
carrière,
notamment,
avec
son
frère
Il est nommé aux grades de Chevalier de la Légion d 'Honneur [1928], et d'Officier de la Légion d'Honneur [1937], pour enfi n être promu Commandeur de la Légion d'Honneur [1952].
Il est enterré au cimetière du Montparnasse.
Comme vous pouvez vous en rendre compte, les élémen ts biographiques connus surMarcel PRIOLLET sont très succincts, mais, heureusement, sa production l'est beaucoup moins, pour le plus grand plaisir des lecteurs de l'époque et, dorénavant, des lecteurs d'aujourd'hui .
Bonne lecture.
*1*
— Arthur ! un « crème » et deux croissants. Et en v itesse !
— Vous êtes pressé, monsieur Préval ?
— Plutôt ! Répétition à dix heures, ce matin. Et qu and je ne suis pas là, ces bougres n'en fichent pas une secousse. La pièce pas se dans trois jours et ils en sont encore à lire sur la brochure. Misère ! Quel m étier !...
— Et... qu'est-ce que vous répétez, monsieur Préval ?
— La Dame.
— De chez Maxim's ?
— Non... aux Camélias.
— Ah ! J'aurais préféré... C'est plus rigolo. Oh ! ce n'est pas que je dédaigne le genre dramatique. J'étais dans la salle, hier so ir. Très bien rendu, votre « Maître de Forges ». Tout le monde pleurait. Gina Rhodes a été épatant e dans Claire de Beaulieu. Je crois l'entendre encore : « Voici votre chambre... voici la mienne... » Magnifique !...
— Mon café, Arthur... Je vous répète que je suis pressé.
— Tout attendant ?
de suite, monsieur
Préval. Voulez-vous« L'Éclaireur » en
— Pour ce qu'il raconte, votre canard ! Il ne se pa sse jamais rien, dans cette ville.
— Jamais rien ? Et les exploits de Saute-Murailles ?
— Laissez-moi rigoler ! Saute-Murailles ? Un bandit à la noix...
— N'empêche que...
— Allez-vous me servir, oui ou non ?
— On y va, monsieur Préval !
***
Presque chaque matin, Geo Préval venait ainsi prend re son petit déjeuner au « Café du Théâtre ». On l'y revoyait aussi aux h eures de l'apéritif, surtout avant le dîner, où il ne dédaignait pas de faire un e belote avec quelques notables du pays. Et plus fidèlement encore, il rev enait après le spectacle
« s'envoyer un demi ou deux derrière la cravate », comme il disait. Un bon client, en somme.
Il avait de l'autorité, voire même de la popularité . On faisait volontiers cercle autour de lui, pour l'entendre raconter ses souveni rs d'artiste. Maintenant, il ne jouait plus. Ici, à N..., il remplissait les foncti ons d'administrateur général, metteur en scène. C'est à lui qu'incombait la lourd e tâche de « monter », pour la saison d'hiver qui battait alors son plein, plus de trente pièces : drames, vaudevilles, comédies légères... indépendamment des levers de rideau qui venaient corser les programmes.
De taille moyenne, replet, le visage rond et, comme il se doit, tout rasé, Préval avait la réputation d'un « gueulard ». Mais bon gars, au fond. L'orage passé il n'y pensait plus.
Pour l'instant, il jetait un coup d'œil sur« L'Éclaireur », le journal local, et grommelait :
— Ils me font marrer avec leur Saute-Murailles ! Un épouvantail à moineaux, rien de plus... On se distrait comme on peut, dans ces provinces...
La porte du café, en s'ouvrant brusquement, l'inter rompit dans son monologue. Un homme entra avec précipitation et se dirigea vers lui.
— Julien ! reconnut-il. Tu viens me rappeler à l'or dre, je parie ? C'est ce lambin d'Arthur qui n'en finit pas de me servir. To ut le monde est sur le plateau ?
— Non... Oui... Je ne sais pas ! bredouilla l'arriv ant.
— Mais qu'est-ce qui se passe, Julien ? T'en fais u ne tête !
L'homme s'appuya des deux mains à la table, avala s a salive, chercha du souffle, mais demeura muet, pâle, un peu tremblant.
Ce Julien était, lui, le second régisseur de la tro upe. Directement placé sous les ordres de Geo Préval, il s'acquittait de besogn es humbles, mais multiples. Présent aux répétitions comme aux représentations, il était chargé de leur « conduite », c'est-à-dire d'informer chaque artist e de sa prochaine entrée en scène. Il dirigeait les machinistes, surveillait la plantation des décors, frappait les trois coups, commandait les baissers de rideau, devait être partout à la fois. Entre temps, il s'occupait des costumes et des perr uques, faisait la course aux accessoires, surveillait l'affichage. En résumé, un e sorte d'homme à tout faire, sur qui pleuvaient les malédictions quand quelque c hose accrochait.
Julien – de son vrai nom Julien Ravolet – avait le physique de l'emploi. Une quarantaine d'années, petit et maigre, avec un visa ge émacié, sans couleurs et qui semblait porter le masque indélébile de sa cond ition de paria. Toute sa personne, un peu souffreteuse, le désignait à l'omb re, aux rebuffades, aux tâches sans gloire. Il était très simplement vêtu. Rien d'un artiste. On savait, au demeurant, qu'il n'était jamais monté sur les planc hes autrement que pour y
préparer le succès des autres. La rampe, qui crée l 'illusion, n'avait pas eu à éclairer cette face terne, chafouine et où rien, vr aiment rien n'attirait particulièrement le regard. Le type accompli du pau vre bougre.
Arthur, cependant, apportait le « crème » et les cr oissants. Il s'avisa de la présence du second régisseur.
— Et pour vous, monsieur Julien, qu'est-ce que ce s era ?
Julien écarta le garçon d'un geste, comme on fait d 'une mouche importune. Puis, penché vers Préval, il retrouva un peu de voi x pour articuler :
— Le... le patron...
— Eh bien quoi... le patron ?
— Le patron a été assassiné... cette nuit !...
L'autre bondit :
— Qu'est-ce que tu me chantes-là ?
— La vérité, monsieur Préval ! C'est Vong, qui a to ut découvert. Il s'est empressé d'accourir au théâtre. Il m'a dit la chose . Assassiné, oui...
— Mort ?
— Hélas !
— Mais où cela ?
— Chez lui...
Un juron accueillit cette dernière précision. Puis Geo Préval, bousculant tout, fila vers la porte et disparut.
Le garçon de café et le régisseur se retrouvèrent s euls. Il y eut un silence. Enfin :
— C'est pas une blague, dites, monsieur Julien ?
Ravolet dédaigna de répondre. Ou il ne le put. Il v enait de se laisser tomber assis. Son regard figé semblait sonder toute l'horreur du drame.
Arthur, alléché, insista :
— Racontez-moi ça. J'ai encore peine à y croire... Quand vous dites « le patron », vous voulez bien parler de M. Martin, le directeur du Grand Théâtre ?
Julien se contenta d'incliner la tête. Puis il alou rdit son front dans sa main. L'événement le dépassait, le terrassait.
— Une fine, pour vous remettre ?
— Non, merci...
— Vous avez tort. Ah ! je comprends que vous soyez sonné, mais c'est pas une raison pour en faire une maladie. Tout de même, quand je pense qu'à l'instant même Préval disait qu'il ne se passait ja mais rien dans notre ville... Ça va en faire du bruit ! Quant à prétendre que votre patron sera pleuré par beaucoup de gens, c'est une autre histoire. Pas trè s sympathique, hein ?
Julien ne répondit pas.
À ce moment, deux clients de passage entrèrent dans le café. Puis ce fut me M Laure, la caissière qui, parée et pomponnée, se gl issa pour aller trôner derrière son comptoir. Enfin apparut le cafetier lu i-même, venant jeter le coup d'œil du maître.
Arthur, sûr de son effet, jeta à haute voix :
— Il paraît qu'on a assassiné le directeur du théâtre !
Il fut immédiatement entouré, questionné. Le garçon ne savait rien de précis, bien entendu. Il ne pouvait que se faire l'écho de la nouvelle apportée par ce pauvre M. Julien, qui s'était contenté de dire la c hose à Préval, lequel était parti comme un fou.
À cette déclaration, la curiosité générale fit bloc et s'abattit sur le second régisseur. Était-ce possible ? Que savait-il au jus te ?
Mais lui, comme hébété, trouvait seulement la force de hocher la tête, en signe de confirmation.
— Moi, ça ne m'étonne pas ! proclama le patron, doc toral.
— Pourquoi dites-vous que cela ne vous étonne pas ? demanda l'un des deux clients.
— Il ne m'a jamais fait bonne impression, ce Martin . Il vous avait de ces façons mystérieuses... Si je vous disais que depuis près de deux ans qu'il est installé à N..., il n'est pas entré ici une seule fois !
— Menu grief ! ricana l'autre client. Et de là à être assassiné...
me M Laure, la caissière, plaça son mot :
— Un crime dans notre ville, un vrai crime ! C'est passionnant !
Le cafetier reprenait :
— Il suffisait de le regarder, d'ailleurs, pour voir que ce n'était pas un homme ordinaire. Toujours dans les nuages. Jamais un bonj our, jamais un coup de chapeau. Et cette façon de vivre dans la seule comp agnie d'un serviteur annamite, guère plus liant que lui... Et certaineme nt très riche, avec cela. Soyez sûrs que le vol a été le mobile du crime. Pas vrai, monsieur Julien ?
La réponse fusa, imperceptible :