Le compagnon du foyer

Le compagnon du foyer

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Français
187 pages

Description

Les amateurs de critique généalogique trouveront dans ce recueil de nouvelles la source de quelques textes célèbres d'Honoré de Balzac. Avec modestie, Laure considère ses petits contes comme des marchandises de pacotille, qui ne sauraient être comparées aux pièces de valeur produites par son frère. La découverte de ce matériau brut nous suggérera des réponses et révélera partiellement le soubassement sociologique d'une telle disparité. (Sylvie Camet)

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Date de parution 01 juin 2013
Nombre de lectures 0
EAN13 9782296538290
Langue Français
Poids de l'ouvrage 15 Mo

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Le compagnon du foyer
Les Introuvables Collection dirigée par Thierry Paquot et Sylvie Camet La collectionLes Introuvables désigne son projet à travers son titre même. Les grands absents du Catalogue Général de la Librairie retrouvent ici vitalité et existence. Disparus des éventaires depuis des années, bien des ouvrages font défaut au lecteur sans qu'on puisse expliquer toujours rationnellement leur éclipse. Œuvres littéraires, historiques, culturelles, qui se désignent par leur solidité théorique, leur qualité stylistique, ou se présentent parfois comme des objets de curiosité pour l'amateur, toutes peuvent susciter une intéressante réédition.L'Harmattanau public un fac-similé de propose textes anciens réduisant de ce fait l'écart entre le lecteur contemporain et le lecteur d'autrefois comme réunis par une mise en page, une typographie, une approche au caractère désuet et quelque peu nostalgique. Dernières parutions Solange CLÉSINGER-SAND,Jacques Bruneau, 2013. Jean LORRAIN,Récits fantastiques, 2012. Saveros POU,Nouvelles inscriptions du Cambodge, Volume IV, 2011. Guy SABATIER,Félix Pyat (1810-1889), Publication de « Médecin de Néron », drame inédit de 1848, 2010. Antoine de BERTIN,Œuvres, ed. Gwenaëlle Boucher, 2010. Anthony MOCKLER,François d’Assise. Les années d’errance, 2009. e Gwenaëlle BOUCHER,siècle : Parny, Bertin,Poètes créoles au XVIII Léonard, 2009. VOLTAIRE,Les Amours de Pimpette ou Une Saison en Hollande, 2008. Vincent CAMPENON,Œuvres, 2008.Jean LORRAIN,Histoires de batraciens, 2008. Sylvie CAMET,Les métamorphoses du moi,2007. Léonard de VINCI,Traité de la perspective linéaire,2007. Nicolas-Germain LÉONARD,Œuvre poétique,2007. Pierre CÉROU,L’amant, auteur et valet, 2007. Paul MARGUERITTE,Adam, Eve et Brid’oison,2007. Céleste de CHABRILLAN,La Sapho,2007. H.-M. STANLEY,La délivrance d’Émin Pacha,2006. Zénaïde FLEURIOT,Plus tard,2006. Frantz JOURDAIN,A la côte,2006. Alois JIRÁSEK,Philosophes,2006. Edmond et Jules de GONCOURT,Fragonard,2006. Albert GUÉRARD,L’avenir de Paris,2006. Grazia DELEDDA,Dans le désert,2006.
Laure Surville
Le compagnon du foyer
Préface de Sylvie Camet
ère 1 édition : Daniel Giraud, 1854. © L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00797-7 EAN : 9782343007977
PréfaceLe titre de l’ouvrage de Christine PlantéLa petite sœur de Balzacrésume à lui seul toute la problématique : la sœur, quelle que soit sa place dans la fratrie, ne peut être que petite, par ailleurs, quelles que soient son intelligence ou son énergie, elle ne peut être définie que par le lien à l’autre, jamais en tant que telle, elle ne possède pas de nom. Laure Surville en possède d’autant moins que son illustre frère s’est octroyé un acte de naissance par l’intermédiaire de ses œuvres et a donné sa version adulte du roman familial, ce roman dont Freud donne la description dans son article « Der Familien Roman der Neurotiker », l’appliquant alors aux enfants. Les alliances et ruptures d’alliances compliquent l’arbre généalogique au point d’imaginer celui-ci plutôt que de le fixer : « […] s’il avait un peu partout des frères qui ne portaient pas son nom, et un, auprès de lui, qui le portait légalement sans être issu du même sang (Henri), il était fondé plus que ne l’est en général le petit Bâtard imaginaire à se poser des questions sur la régularité de sa propre naissance, et à les résoudre sans grand scrupule dans le sens tendancieux de son rêve « œdipien » (puisque Henri porte le nom de son père et n’est pas son fils, qu’est-ce qui me garantit que moi, 1 Honoré, je porte le nom de mon vrai père ? » Les intrigues amoureuses multiples qui traversent la vie des deux parents rendent complexe la détermination des filiations. Les réponses que suggère Balzac relèvent de son désir, il devient ainsi de Balzac ; ce signe aristocratique, cette particule surajoutée, qui lui permet de rejeter des origines peu glorieuses, il va s’employer à en légitimer l’octroi en devenant lui-même le géniteur d’une dense comédie humaine : « Le petit faiseur de roman qui s’autorise d’un état civil problématique – problématique partout et spécialement chez les Balzac – pour remanier en quelque sorte raisonnablement sa biographie, deviendra le romancier tout-puissant capable non seulement de créer des vies à foison, mais de concurrencer la seule institution ayant le pouvoir de nommer les individus et de légaliser les 2 filiations » . Capable de conférer une identité vivante à de multiples personnages, il peut façonner la sienne à la manière d’une fiction. Ainsi Laure Surville est-elle deux fois débaptisée, elle porte le nom de son époux acquis par le mariage,
1 Marthe Robert,Roman des origines, origines du roman,Gallimard, Paris, 1972, p. 265 2 Id. p. 265/266
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tandis que son nom d’origine a subi une transmutation : ainsi invente-t-elle à son tour, sur les couvertures de ses ouvrages, la conglutination Laure Surville de Balzac. Cela pourtant n’est que l’aboutissement d’une démarche assez lente : elle a préféré longtemps l’utilisation du pseudonyme, et publie ses premiers textes sous le nom de Lélio dans des magazines destinés à l’enfance.Lélio ou le retour à la vied’Hector Berlioz est joué pour la première fois en 1832, il semble donc que cette source d’inspiration, concomitante des premiers écrits, soit peu probable, il faudrait alors se reporter plus sûrement vers la comédie italienne et ce personnage de l’amoureux satisfait. Il est heureux mais pas de ceux qui déclenchent le rire. Lélio disparaît à la mort du frère, l’adoption du nom de Balzac dans l’écriture s’entend ainsi comme une fidélité et une affirmation orgueilleuse. Le recueil de nouvellesLe compagnon du foyer, peut être examiné comme réflexion sur la conquête d’une place sociale par les femmes. Le petit récit intituléDeux jeunes filles parisiennes, daté de 1843, met en scène deux enfants s’engageant à une fidélité mutuelle leur vie durant. Le serment des deux demoiselles est mis à mal par l’évolution de chacune : Sophie grandit comme une jeune fille vouée au mariage et à qui l’on inculque les arts de salon, le chant et la peinture, tandis que Laure, adonnée avec passion aux choses intellectuelles, semble un parti de moins en moins rassurant pour les hommes. L’occasion est trouvée de discuter de l’éducation des filles ; Laure Surville, qui a donné à son héroïne son propre prénom, accentuant ainsi les risques d’identification, hésite constamment entre deux partis. Elle exalte la prééminence d’un esprit qui a eu accès à toutes les formes de l’instruction et de l’épanouissement réflexif, mais elle ne peut s’empêcher d’y déceler une anomalie : « Laure parlait sur tous les sujets avec une liberté d’idées et d’expressions qui révélaient de grandes supériorités, mais qui faisaient 3 souvent oublier la jeune fille » . Il lui semble que cette concentration conduit au desséchement ; d’ailleurs, l’intéressée impressionne défavorablement les partis, qui préfèrent voir dans leur future épouse une femme modeste et effacée. Le fiancé en espérance de Laure de Villers lui rétorque : « -Ces questions sont bien sérieuses à traiter dans un salon de bal, Mademoiselle, et le Code Napoléon est plus difficile à refaire que vous ne 4 le pensez » . Le terme de bas-bleu est immanquablement prononcé signifiant l’incompatibilité fondamentale entre les attentes de l’esprit et le rôle domestique dévolu aux femmes. Cependant, le récit demeure ambivalent jusqu’au bout : la narratrice préparait son lecteur à l’idée d’une
3 Le compagnon du foyer, p. 131. 4 Id., p. 133.
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condamnation de Laure au célibat et néanmoins elle la marie avec un prince italien – ce qui est tout le contraire d’une mésalliance –. Cependant, le rapide portrait de l’époux le dévirilise : « Quand on demande des 5 renseignements sur le prince, on répond : C’est le mari de la princesse » . En langage familier, c’est la femme qui porte la culotte. Cette conclusion prend une valeur dépréciative, la portée de la nouvelle cherche à condamner ce renversement des places traditionnelles ; pourtant, le rôle majeur est bien dévolu à Laure et les louanges qui lui sont adressées sont nombreuses. On ne peut manquer de souligner cette contradiction comme l’écho d’un débat intérieur chez la romancière, celle-ci s’employant à respecter la morale dominante tout en octroyant à une femme une importance qui détruit partiellement cette morale, puisqu’elle affirme au moins la possibilité d’une intelligence féminine supérieure dans le domaine de l’abstraction, ce que le contexte de l’époque va jusqu’à dénier. Cette tentative de conforter les stéréotypes peut s’entendre comme une manière de réassurance personnelle. Si les femmes perdent beaucoup de leur sensibilité à étudier, les petits contes de Laure Surville, qui n’ont pas la prétention de rivaliser avec ceux d’Honoré de Balzac, constituent un excellent compromis entre réserve et exposition au monde. Ce lot de consolation permet de surmonter une part de la frustration, de se donner une raison acceptable de ne pas explorer plus avant ses ressources créatrices. Cette résignation s’entend à travers le titre même de l’œuvreLe compagnon du foyer; on lit derrière cette appellation le resserrement sur le domestique et le peu d’ambition du travail qui a vocation à accompagner le quotidien de la famille en lui fournissant les éléments d’un divertissement, d’un délassement. Il y a dans cette étiquette un sous-entendu moral, qui è correspond à ce que les éditions bien-pensantes du XIX siècle conçoivent comme lectures adaptées et sans risques. Dans un même ordre d’idée la 6 critique Solange Hibbs-Lissorgues, dans un article à propos de l’Espagne , dit d’Angela Grassi qu’elle est une romancière prolifique qui semble avoir voulu justifier son activité de romancière par une production offrant « les caractères de l’innocuité idéologique et du didactisme ». Une femme ne peut se faire pardonner ses écrits que si ceux-là jouent leur petit rôle d’instruction civique ou de prêche, ils ne doivent pas outrepasser cette dimension sans quoi leur auteure tomberait sous le coup de la réprobation collective.
5 Id., p. 175. 6 « Femmes et lectures au XIXème siècle en Espagne : doctrine et pratiques », in Biblioteca virtual Miguel de Cervantes.
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D’être une petite sœur signifie témoigner d’une petite audace. C’est pourquoi un article tel que celui de Philippe Havard de la Montagne, qui montre comment certaines des nouvelles de Laure de Surville servent de canevas à Balzac, n’analyse pas la situation dans sa totalité ; en posant que la jeune femme est médiocrement talentueuse, que son frère reprend magistralement quelques bonnes idées émises ici et là, il ne pèse pas la charge d’interdits qui entravent cette écriture. Pour en revenir à l’idée de Virginia Woolf dansUne chambre à soi, une femme vraiment douée ne pourrait exhiber son don, elle ne pourrait que le retourner contre elle en énergie négative. Que Laure ne soit pas Balzac, c’est probable, mais rien n’autorise à l’affirmer, pas plus que l’on ne peut affirmer savoir ce qu’est une femme dans un monde d’hommes. D’ailleurs, cet écart entretient la différence des perceptions et nourrit la curiosité des commentateurs : s’agissant du portrait de la cousine Bette, il diffère assez profondément de celui de la cousine Rosalie peint par Laure Surville, tandis que le modèle supposé, Michèle-Victoire Sallembier, est une seule et même personne : « Mon frère prétendait que je l’avais vue en beau et que mon portrait était flatté. Il s’étonna beaucoup que deux personnes puissent voir si différemment un même caractère, prétendit que j’avais donné dans l’idéal et la sentimentalité et voulut me montrer vrai. Il se trouva que de cette légère discussion naquit un chef-d’œuvre :Les Parents 7 pauvres» . Le plus piquant de l’affaire est néanmoins que cetteCousine Rosaliesemble le canevas de laCousine Bette.André Lorant a fait justice de cette antériorité 8 dans son étudeLes Parents pauvres d’Honoré de Balzac, il est bien anecdotique de se demander qui de l’une ou de l’autre a saisi avec le plus de justesse le portrait de l’aïeule, mais il est en revanche plus amusant de voir se profiler l’ombre de Laure derrière la massive stature d’Honoré. Quelques épisodes de collaboration sont signalés au détour de la correspondance, c’est le cas notamment d’un personnage comme celui du capitaine de Jordy dans l’histoire duquel Balzac n’est pas remonté : Laure Surville mentionne au 9 passage qu’elle « a fait un roman sur son passé » et l’a « conté à Honoré » , elle ajoute que « de telles préoccupations ne lui déplaisaient pas ». Cependant, il est seul du métier : « Si tu te doutais de ce que c’est que de pétrir des idées, de leur donner forme et couleur, tu ne serais pas si leste à
7 Cité par André Lorant, « Histoire de Lélio »,L’année balzacienne, 1960, p. 182. 8 Éd. Droz, 1967. 9 Laure Surville,Balzac, sa vie et ses œuvres d’après sa correspondance,Les Introuvables, L’Harmattan, 2005, p. 61.
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10 la critique ! » . La sœur est tout au plus un amateur qui broche quelque récit par distraction et plaisir. Cette disproportion est incontestable, mais les pas qu’il faut franchir pour entrer dans la réalité littéraire ont une ressemblance intéressante : dans « L’auberge de la grâce de Dieu » Laure Surville donne la parole à un médecin dont les récits ressemblent à des 11 contes d’Hoffmann , cela signifie que dans les années 1830, elle s’adonne aux mêmes lectures que son frère et subit les mêmes influences d’un fantastique romantique. La part accordée au rêve et aux enseignements qu’il transmet coïncide avec le contexte nouveau où la rationalité ne s’affirme pas toujours comme triomphante. L’atmosphère ainsi suggérée est propice au mystère et le sens ultime ne se lit pas de manière univoque. Il n’en demeure pas moins que sans l’intercession involontaire de l’écrivain Balzac, ces récits seraient aujourd’hui tombés dans l’oubli. « Si [Laure Surville] incarne l’écrasement de la femme par les conventions sociales, c’est de façon infiniment moins tragique que la petite sœur de Shakespeare è dans la fable imaginée par Woolf, mais à la manière du XIX siècle bourgeois : dans le triomphe apparemment serein d’une certaine 12 médiocrité » , écrit Christine Planté. Un triomphe serein, non, les contradictions sont trop flagrantes pour ne pas révéler l’intensité du refoulement, mais certainement, l’introjection des rôles de sœur, d’épouse, de mère a-t-elle permis de ne pas tenir le sacrifice comme sacrifice. Sylvie Camet Bibliographie Les Femmes de H. de Balzac, Paris, Janet, 1851 Le Compagnon du foyer, Paris, Giraud, 1854 La fée des nuages ou la Reine Mab, Paris, Giraud, 1854 Balzac, sa vie et ses œuvres d’après sa correspondance, Librairie nouvelle, 1858 Les Rêves de Marianne, Paris, Calmann-Lévy, 1878 Lettres à une amie de province (1831-1837), Paris, Plon, 1932 10 Id., p. 147. 11 Le compagnon du foyer, p. 61. 12 Christine Planté,La petite sœur de Balzac,Seuil, 1989, p. 154.
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