Le Feu de Dieu

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178 pages
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Franx a prévu le cataclysme planétaire qui détruira une grande partie de l'humanité. À l'aide de trois autres familles, il a réalisé une arche dans un coin perdu du Périgord, un domaine appelé le Feu de Dieu prévu pour une autonomie totale de sept ou huit ans, afin de passer les années difficiles. Mais les familles se sont lassées, disputées, et ont abandonné le projet l’une après l’autre. L’histoire commence quand Franx, à Paris pour quelques jours et apprend que ses amis les plus fidèles viennent à leur tour de quitter le Feu de Dieu, y laissant seuls sa femme et ses deux enfants. Seuls ? Pas tout à fait : Jim, un parasite, s’est incrusté dans la communauté et ne semble pas décidé à en partir. Quand le cataclysme se déclenche sous ses yeux à Paris, Franx comprend tout et décide derentrer immédiatement chez lui. Il entame alors son périple dans un pays dévasté, une obscurité perpétuelle et un froid de plus en plus intense. Au sortir de Paris, une femme mourante lui confie sa petite fille muette qui semble autiste mais n’est peut-être pas étrangère aux visions et aux perceptions étranges de Franx. À deux, ils vont entreprendre l’impossible voyage vers le Périgord, peinant à pieds dans des ténèbres perpétuelles. Pendant ce temps, dans le Feu de Dieu, Alice et les enfants transforment l’arche en bunker autarcique dont Jim se croit bientôt le maître… Prenant sur leur terrain les grands du scénario catastrophe, Bordage conduit son roman à un rythme et dans un suspense impitoyables. D’un côté, la fuite solitaire à travers une France dévastée et des ténèbres gelées, de l’autre le huit-clos claustral d’une femme et deux ados terrorisés, aux prises avec un psychotique paranoïaque. Le lecteur suit, halluciné, cette quête pour la survie dont il sortira, comme les personnages du roman, transformé, pacifié et grandi. Merci Monsieur Bordage et, nous, heureux lecteurs, transformons ce cadeau en succès de librairie !

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Date de parution 05 juillet 2012
Nombre de visites sur la page 1 863
EAN13 9782846264501
Langue Français

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Franx a prévu le cataclysme planétaire qui détruira une grande partie de l'humanité. À l'aide de trois autres familles, il a réalisé une arche dans un coin perdu du Périgord, un domaine appelé le Feu de Dieu prévu pour une autonomie totale… Quand tout à coup demain la Terre inversera ses cycles : un grand roman apocalyptique ! Prenant sur leur terrain les grands du scénario catastrophe, Bordage conduit son roman à un rythme et dans un suspense impitoyables. Né en 1955 en Vendée, Pierre Bordage est l’auteur de plus de trente romans et recueils lauréats de nombreux prix (Grand prix de l’Imaginaire, Prix Tour-Eiffel, Prix des Comités d’entreprise, Prix Paul-Féval de Littérature populaire, Prix polar des lecteurs du Livre de Poche…). Écrivain visionnaire et conteur hors pair, l’imaginaire trempé dans les mythologies, il est un des grands romanciers populaires français.
Pierre Bordage Le Feu de Dieu
Chapitre 1 Chapitre 2 Chapitre 3 Chapitre 4 Chapitre 5 Chapitre 6 Chapitre 7 Chapitre 8 Chapitre 9 Chapitre 10 Chapitre 11 Chapitre 12 Chapitre 13 Chapitre 14 Chapitre 15 Chapitre 16 Chapitre 17 Chapitre 18 Chapitre 19 Chapitre 20 Chapitre 21 Chapitre 22 Chapitre 23 Chapitre 24 Chapitre 25 Chapitre 26 Chapitre 27 Chapitre 28 Chapitre 29 Chapitre 30 Chapitre 31 Chapitre 32
Table desmatières
Chapitre 33 Chapitre 34 Chapitre 35 Chapitre 36 Chapitre 37 Chapitre 38 Épilogue
Pour Hamama, À jamais
1 « Allô, papa. » La voix de Zoé, oppressée. Pas dans ses habitudes d’appeler à l’aube. « Papa ? T’es là ? — Hmmm… » Les yeux de Franx glissaient sur le miroir piqueté et scintillant de la Seine. Arrivé une demi-heure avant l’ouverture de l’étude du notaire, il ânait sur le Pont-Neuf et contemplait le lever du jour sur Paris, ciel couleur de plomb, aucun souffle d’air, moiteur étouffante. « Ils sont partis… — Hmmm… » Pas étonnant : ils, les Jeanneret, parlaient de déserter depuis des semaines. Ils avaient exploité les quelques jFranx pour s’enfuir de la communauté, comme les deux autres familles avant eux.ours d’absence de « Julie est plus là maintenant, j’ai plus de copine. » Des éclats de reproches dans la voix acide de Zoé. « Jim, lui, est resté. Je l’aime pas. J’aime pas sa façon de tourner autour de maman. J’aime pas comment il me regarde. » Jérémie, dit Jim, un échalas de trente ans et presque deux mètres, brun, mince, cheveux noirs et bouclés, visage légèrement grêlé, yeux globuleux, venu dans les bagages d’une famille de la communauté, laquelle déjà ? et, depuis, tapant l’incruste, mangeant et buvant comme quatre, squattant une grande chambre et un lit à deux places, paresseux, sarcastique, arrogant, charme vireux qui fascinait la plupart des femmes –y compris Alice. « Quand est-ce que tu rentres, papa ? » Le temps de régler la succession de la tante Maëlle décédée une semaine plus tôt. Franx héritait, en tant e qu’unique neveu, de son trois pièces du VI arrondissement. Il prévoyait de le mettre en vente, puis, avec la manne récoltée, d’offrir de longues vacances au soleil à sa famille avant de commencer une nouvelle vie. S’il n’était pas trop tard. Si Alice consentait à lui offrir une deuxième chance. « Je les ai entendus hier soir. Ils ont dit du mal de toi. Ils ont dit que tu étais taré, que t’étais… prana… panar… — Paranoïaque. — … qu’ils ont été fous de t’écouter, toi et tes histoires de n du monde. Ils ont dit qu’ils avaient perdu plein d’argent à cause de toi et qu’ils… enfin, j’ai pas tout compris, ils parlaient de t’envoyer en justice. » Le Feu de Dieu n’était qu’une communauté autarcique sans règle religieuse ni disciplinaire, une association d’individus adultes et consentants, mais les anciens compagnons de Franx se retourneraient contre lui pour abus de conance et escroquerie. Le comportement d’adeptes repentis d’une secte, consternés tout à coup par leur crédulité et leur aveuglement. « Et maman… » La respiration de Zoé, au bord des larmes, se t saccadée. « Eh ben, elle était d’accord avec eux. Elle a dit qu’elle en a marre elle aussi de la vie que tu nous fais mener. Qu’elle va s’en aller. Te laisser tout seul comme… comme un… con au Feu de Dieu avec tes réserves d’eau, d’essence, tes conserves et tes sacs de farine. Elle dit que tu nous as empêchés de vivre et qu’elle regrette de t’avoir écouté. » Alice et Franx s’étaient éloignés l’un de l’autre en silence, ils ne se désiraient plus, ne se touchaient plus, ne s’affrontaient plus, ne se airaient plus, ne se regardaient plus. Ils ne s’étaient sans doute jamais vraiment aimés. Comme les Jeanneret, comme les autres, elle le jugeait coupable de la médiocrité de son existence,
oubliant à une vitesse étonnante le principe, qu’elle avait pourtant défendu avec conviction, de la responsabilité individuelle. « Papa, quand est-ce que tu rentres ? Jim me fait peur. » Franx, qui avait compté sur l’aide de Ludo Jeanneret, doux colosse d’un mètre quatre-vingt-quinze et de cent dix kilos, pour virer le parasite, devrait donc se charger seul de Jim avant qu’il n’occupe tout le nid. Le comportement ambigu d’Alice ne lui faciliterait pas la tâche : depuis quelque temps, elle utilisait une gamme insoupçonnée de sourires, pauses et minauderies pour attirer le regard de l’intrus. Franx faillit balancer son mobile dans la Seine. À en croire la conversation qu’elle avait eue avec les Jeanneret avant leur départ, Alice avait tiré une croix sur leurs quinze années de vie commune et l’avait peut-être déjà remplacé. « Demain, je pense. Et Théo, comment va-t-il ? — Oh, lui, c’est bien un garçon ! Il passe son temps à jouer aux Indiens avec son arc et ses èches, toujours seul, il s’intéresse même plus à ses jeux vidéo… Tu sais, papa, moi, je ne pense pas comme les autres. — Hmmmm… » Zoé, douze ans et encore l’âge des illusions. Bientôt, sa poitrine pousserait, son sang de femme coulerait et son père cesserait d’être un héros. Le téléphone de Franx émit l’exécrable sonnerie qui annonçait la décharge imminente de la batterie. « On va être coupés. — T’as encore oublié de recharger, hein ? » Tout dans l’abstrait, rien dans le concret, aurait persié Alice. Abstraite, la n du monde prophétisée par les anciens mythes, les voyants et de récentes études pseudo-scientiques, abstrait, le projet de l’arche du Feu de Dieu dans un coin paumé du Périgord noir, abstraits, le bouleversement planétaire, l’inversion des pôles et le passage à la nouvelle ère, abstraits, les mythes eschatologiques, l’Apocalypse, le calendrier et le cinquième soleil des Mayas… D’abstrait à absurde, il n’y avait qu’un pas, franchi par tous ceux que Franx avait entraînés dans l’aventure. À l’enthousiasme du départ avaient succédé le découragement, le doute, le ressentiment, la haine. On avait amassé d’énormes réserves d’énergie, d’eau et de nourriture pour franchir les années terribles annoncées par les prophètes de tous bords, on avait consolidé la toiture et les fondations de l’ancienne ferme, on avait creusé un puits ainsi qu’une immense réserve souterraine parfaitement étanche et munie d’un système d’aération intégrée, on avait fermé la cour intérieure avec une grille épaisse et opaque, on avait planté des pointes métalliques et des tessons de bouteilles sur les murs et les toits, on avait comblé avec du béton toutes les ouvertures, meurtrières ou fenêtres qui donnaient sur l’extérieur. Les bâtiments, granges, habitations, avaient maintenant l’allure d’un bunker hostile, d’autant plus difficileà approcher qu’entouré d’une douve de six mètres de largeur et de profondeur, elle-même bordée de buissons épais, épineux, toxiques. Les habitants des villages voisins en parlaient comme d’un « asile » et traitaient ses occupants de « fadas » ou de « gouyas ». Ils disaient, l’œil glauque et le ventre important, qu’il s’en passait de belles là-dedans, que tout le monde couchait avec tout le monde, parfois tous ensemble, et qu’il y avait les enfants dans le tas, lles et garçons. Vilipendée par les populations extérieures, la communauté avait ni par se désagréger de l’intérieur, les effets de l’isolement, du connement, ambiance croupie, désirs rentrés, silences vénéneux, lent pourrissement, premières ssures, reproches larvés, discussions orageuses, affrontements de plus en plus violents jusqu’à la menace physique et la rupture. Franx avait mis les autres en garde contre le mécanisme implacable qui, depuis la nuit des temps, disloquait les groupes humains rassemblés autour d’une idée, d’un désir. « Papa ? » Franx avait voulu tout contrôler, fort de cette conviction, sans doute inepte, que seuls les prévoyants survivraient dans les années à venir. Il errait maintenant comme un astre mort dans un vide obscur et glacé. Il lui fallait vendre au plus vite l’appartement de sa tante, le brader au besoin, ouvrir en grand les portes et les fenêtres de la cage dans laquelle il avait enfermé les siens, descendre enn du monde des esprits pour réintégrer la chair, tenter de rattraper et de reconquérir Alice, reconnaître qu’il s’était trompé, lui demander pardon, une démarche mortifiante pour un orgueilleux de son espèce.