LE GARAGE, épisode 1 / Reconstruire un homme mort (Sébastien Gendron)
53 pages
Français

LE GARAGE, épisode 1 / Reconstruire un homme mort (Sébastien Gendron)

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Description

LE GARAGE #1 - RECONSTRUIRE UN HOMME MORT 1 LE GARAGE #1 - RECONSTRUIRE UN HOMME MORT SÉBASTIEN GENDRON ISBN 978-2-36315-119-3 2 LE GARAGE #1 - RECONSTRUIRE UN HOMME MORT © février 2014 StoryLab Editions 48 rue René Clair, 75018 Paris Les éditions StoryLab proposent des fictions et des documents d’actualité à lire en moins d’une heure sur smartphones, tablettes et liseuses. Des formats courts et inédits pour un nouveau plaisir de lire. www.storylab.fr 3 LE GARAGE #1 - RECONSTRUIRE UN HOMME MORT Ce texte est publié en partenariat avec OÜI FM www.ouifm.fr 4 LE GARAGE #1 - RECONSTRUIRE UN HOMME MORT 5 LE GARAGE #1 - RECONSTRUIRE UN HOMME MORT 6 LE GARAGE #1 - RECONSTRUIRE UN HOMME MORT Des moyens, Gabriel Orvitz avait toujours pensé qu’il en avait peu. Toujours est peut-être un bien grand mot. Disons qu’à partir de ses dix-sept ans, il s’était imaginé en homme de peu. Peu d’argent, peu d’énergie, peu d’engouement. Peu de beauté aussi. Sans doute d’ailleurs était-ce ce dernier point qui avait validé le manque d’estime dans laquelle il s’était tenu pendant longtemps. Gabriel Orvitz, sans être une gueule cassée, fut, à une époque, partiellement défiguré. Le 17 juin 1988, une balle de 7.

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Date de parution 15 février 2014
Nombre de lectures 43
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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LE GARAGE #1 -RECONSTRUIRE UN HOMME MORT
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LE GARAGE #1 -RECONSTRUIRE UN HOMME MORT
SÉBASTIEN GENDRON ISBN 978-2-36315-119-3
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© février 2014 StoryLab Editions 48 rue René Clair, 75018 Paris Les éditions StoryLab proposent des fictions et des documents d’actualité à lire en moins d’une heure sur smartphones, tablettes et liseuses. Des formats courts et inédits pour un nouveau plaisir de lire. www.storylab.fr
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Ce texte est publié en partenariat avec OÜI FM www.ouifm.fr
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Des moyens, Gabriel Orvitz avait toujours pensé qu’il en avait peu. Toujours est peut-être un bien grand mot. Disons qu’à partir de ses dix-sept ans, il s’était imaginé en homme de peu. Peu d’argent, peu d’énergie, peu d’engouement. Peu de beauté aussi. Sans doute d’ailleurs était-ce ce dernier point qui avait validé le manque d’estime dans laquelle il s’était tenu pendant longtemps. Gabriel Orvitz, sans être une gueule cassée, fut, à une époque, partiellement défiguré. Le 17 juin 1988, une balle de 7.65 perfora sa pommette gauche, éventrant le globe oculaire avant de
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rebondir sur l’arcade sourcilière pour ressortir par le sommet de l’arête nasale.
En quelque sorte, la vie de Gabriel avait pris fin cet après-midi-là, vingt-cinq ans plus tôt. Sa main droite avait lâché le sac dont il venait de se saisir alors que sa tête partait en arrière et que le reste de son corps suivait, effectuant un soleil qui l’envoya promener à trois mètres de là. Il ressentit très précisément le choc de l’atterrissage, les omoplatesen entrant contact avec le sol gravillonneux, puis le dos, le coccyx, la mollesse des fesses et enfin les talons qui heurtèrent le bitume, les pieds qui s’écartèrent, le visage qui se coucha sur le côté, la vision périphériqueen trois dimensions qui disparut,réduite à la portion congrue d’un extrait de paysage. Le cerveau coupa alors peu à peu tous les centres névralgiques pourne préserver quel’essentiel: cœur, poumons.
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Dans une dernière série de clins d’œil incontrôlés, Gabriel avait pu voir le tireur. Un homme qu’en arrivant sur les lieux il avait cru mort au milieu des autres : couché à terre, il perdait son sang par un trou sombre dans son uniforme. Or, cet homme était maintenant debout. Un pistolet brandi devant lui, il s’avança en boitant, se baissa pour ramasser le sac que Gabriel venait de lâcher, et disparut hors champ. Avant de sombrer dans le coma, le garçon avait ouvert une dernière fois son œil encore en fonction: l’homme à l’uniforme était là, couché à quelques pas de lui. Un filet de bave au coin des lèvres, il le fixait en riant. Un rire sifflant.
L’homme en question s’appelait Max Lostut. C’était un petit gabarit. Pas frêle, mais presque. En apparence en tout cas, sous sa tenue un peu trop grande pour lui. À croire qu’il avait eu du piston pour intégrer
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cette entreprise de transport de fonds. Il avait 44 ans à l’époque des faits et, malgré une balle qui, dans l’affrontement, lui avait arraché une partie du foie, il s’en était tiré avec deux mois d’hospitalisation et une haine farouche pour le genre humain. Cette haine se cristallisa sur Gabriel Orvitz. Et tout au long du procès de ce jeune homme, Max Lostut la lui déversa dessus. Car oui, procès il y eut.
Une fois que le corps médical avait été tout à fait certain que le garçon de dix-sept ans, nonobstant son œil crevé et son visage couturé, était apte à sortir de l’hôpital et à subir ses premiers interrogatoires, on l’avait traîné devant un juge d’instruction et il avait été sommé de s’expliquer.
Mais s’expliquer sur quoi?
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L’affaire tenait dans un dossier de près de trois tomes. En substance, ces milliers de pages racontaient l’affaire suivante:
Max Lostut et ses deux collègues, Éric Van Dermott et Claude Pouton, venaient de quitter le centre-ville pour rejoindre la Korso, la société de transport de fonds qui les employait. Fin de tournée, la cabine forte était pleine, soit dix-sept sacs renfermant la somme de trois millions et demi de francs en provenance des divers commerces de la localité. Comme chaque jour, c’est à la dernière minutequ’on leur communiqua par radio l’itinéraire de retour. Selon les normes de sécurité internes de la Korso, c’était là le meilleur moyen de parer à toute tentative de guet-apens. Van Dermott, qui conduisait le camion, avait immédiatement répondu à l’agent en charge des transports :
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