Le mort sonne à 21 heures

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Alors que Mary Dawson est chez elle en compagnie d’un ami proche, quelqu’un sonne à l’entrée du pavillon.


Il est 21 heures, la bonne va ouvrir la porte, le directeur de la banque locale s’écroule, un couteau planté au milieu des deux omoplates.


Un journaliste arrivé peu après ne tarde pas à souligner les similitudes entre le meurtre du financier et celui du personnage qu’il avait inspiré à Mary Dawson pour son dernier roman.


Mais les similitudes entre fiction et réalité ne vont pas s’arrêter là !...


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EAN13 9782373477191
Langue Français

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AVANT-PROPOS
Pour ceux de nos lecteurs qui ne se seraient pas familiarisés avecBILL DISLEY et son existence trépidante de journaliste détective, nous rappelons que notre sympathique héros est le plus brillant reporter au« Star Express », grand quotidien londonien dontBOB, dit « le Gros Bob », est rédacteur en chef. L'habituel comparse de Bill estJEFF, ancien pickpocket notoire, géant à la compréhension lente, mais à la « droite » impeccable, dévoué corps et âme au journaliste qui le tira autrefois d'un mauvais pas. L'inspecteurMARTINdans la plupart des est, enquêtes, mêlé aux agissements de Bill. C'est un petit homme ponctuel, bourgeois et sévère, qui professe une grande amitié et une sorte d'admiration pour Bill, bien qu'il soit souvent heurté par la désinvolture avec laquelle notre reporter traite Scotland Yard, ses œuvres et ses pompes.
J.-A. FLANIGHAM.
PROLOGUE
Le cabriolet stoppa devant la façade grise qui abri tait le siège de la succursale de la Banque Crawford and C° à Blisvelle , petite localité anglaise.
Trente secondes après, Miss Dawson, souriante, appa rut aux employés de la succursale.
À son«Bonjour, messieurs ! », les trois hommes répondirent par un « bonjour, miss », déférent.
La jeune fille s'était dégantée, avait tendu une ma in fine à chacun des employés, s'était arrêtée auprès du directeur, jeun e garçon d'une trentaine d'années :
— J'ai besoin d'argent, monsieur Putt !
Elle sortit son carnet de chèques, en détacha un ap rès l'avoir rapidement rempli, le tendit, puis ajouta dans un sourire :
— « Votre » roman est terminé, monsieur Putt ! J'ai mis la dernière touche à cette étrange histoire que vous m'avez inspirée, et je vous ai réservé un exemplaire. Voulez-vous passer ce soir, prendre le manuscrit chez moi ?
Après avoir tendu le chèque au caissier, le Directe ur, épanoui, approuva dans un balbutiement timide. Son regard terne s'éta it allumé d'une joie éperdue. Les taches de son qui parsemaient son visage en par urent subitement plus accentuées...
Et lorsque Mary Dawson, après un léger « Au revoir » de la main, quitta la petite pièce, Putt, longtemps, resta rêveur. Il se tourna enfin vers les deux autres employés :
— Mon roman est terminé !
— « Votre roman ! » fit le caissier, il ne faudrait tout de même pas exagérer !
— Tout au moins, le roman que j'ai inspiré à Mary D awson ! C'est quelqu'un, miss Dawson !
— En somme, fit l'employé aux écritures sans rire, vous êtes sa muse !
— Un peu, oui ! fit Putt rêveur.
Le caissier se pencha un peu plus sur ses comptes p our dissimuler le sourire que ne manquait de suggérer l'idée de « la muse Putt », Putt, aux épaules étroites, au cheveu rare, au teint bilieux.
Putt se leva, fit quelques pas en silence, puis, le regard perdu sur la place tranquille de la petite ville anglaise :
— Au fond, plus j'y songe, plus je reste persuadé q ue ma vie s'est mal embranchée ! J'étais fait pour toute autre chose qu e pour la paperasserie indigeste d'une banque de province...
En passant derrière l'employé aux écritures, le cai ssier souffla :
— Parole ! Miss Dawson et ses romans fantastiques o nt complètement chamboulé le pauvre type !
I
MEURTRE À BLISVELLE...
Il ne serait pas inutile, en passant, de jeter, un petit coup d'œil sur Blisvelle, petite localité anglaise au sud de Londres et à 100 kilomètres de la capitale. Tout, à Blisvelle, se passait normalement, sans heu rts. Chacun s'y couchait tôt, il n'y avait plus une âme dans les rues à partir de huit heures du soir. La vie, à Blisvelle, se passait au ralenti, dans une espèce d e demi-somnolence.
Trois individus, cependant, tenaient le haut du pav é de Blisvelle.
Ils étaient considérés, par le peuple de cette peti te ville, comme les célébrités, les attractions de ce pays sans histoires.
C'étaient : tout d'abord la très jolie, très spirit uelle et déjà célèbre Mary Dawson, le plus populaire auteur de romans policier s de toute l'Angleterre. Elle était arrivée à Blisvelle depuis cinq ans.
L'attraction n° 2 était le châtelain, Raoul Guindin , menant joyeuse vie, bien que la fortune familiale fût, au su de chacun, dang ereusement ébréchée. Il était sympathique, pétri de flegme, d'un cynisme déconcer tant et qui n'était pas sans charme.
Le n° 3 était Kurt Mayenne, reporter principal au j ournal local. La vie incongrue menée par Kurt donnait heureusement à la population bourgeoise un sujet de conversations inépuisables, tant il y avai t à épiloguer sur ses mœurs dissolues, son amour pour les boissons dites alcool isées. Sur son passage, certaines mères faisaient rentrer leurs filles. Il y avait environ cinq années qu'il était arrivé à Blisvelle, lui aussi. On chuchotait qu'il avait dû avoir un très beau passé derrière lui, mais qu'il avait gâché tout cel a par un chagrin d'amour en se lançant dans tous les plaisirs de la vie comme un f orcené qui aimerait pouvoir oublier quelque chose.
Ce soir-là, dans le cottage qu'habitait Mary Dawson , la romancière et le châtelain bavardaient en attendant Kurt, qui devait passer la soirée avec eux. Raoul était en habit de soirée et portait à ses lèv res un cocktail d'une étrange couleur, fabriqué par l'hôtesse.
À l'instant précis où débute cette scène, Mary riai t. Elle avait un joli rire et le laissa s'attarder quelques instants de plus qu'il n 'était normal, portant sa jolie tête en arrière.
— Mais non, Raoul, dit-elle, je ne suis ni féroce, machiavélique !
ni particulièrement
Le sourire de Raoul se fixa sur le coin de ses lèvr es, ce qui le rendit
particulièrement séduisant ou irritant. On eût dit un sourire de série appliqué sur la face pour une durée de temps inconnu et qui n'en saurait bouger avant qu'un nouvel échange se produisît.
Il eut un geste de la main :
— Mary ! Ne vous rendez-vous pas compte que ce peti t employé de banque est follement amoureux de vous ?
Elle éclata à nouveau d'un rire un peu forcé, sans répondre.
— Depuis quand Putt est-il venu ici pour la première fois ?
— Dix jours environ. Le soir où je l'avais prié de passer pour prendre le manuscrit de«Le mort a des regrets ! ».
— Combien de fois est-il revenu ?
— Trois fois, Raoul ? Ce soir sera la quatrième !
Raoul s'approcha de la jeune femme :
— Vous êtes féroce, Mary, d'avoir introduit ici ce garçon qui ne peut être que gêné par la personnalité de Kurt, la vôtre et la mi enne. Sans être habité par un orgueil démesuré, j'ose prétendre que notre ami le journaliste, vous charmante et moi-même formons un trio sinon d'élite, mais tou t au moins un assemblage d'individus vivant en marge de certaines opinions, de certaines formules de vie, de traditions et de préjugés ! Nous aimons bavarder dans le flou, nous avons fait nôtres des professions de foi qui feraient hurler t out Blisvelle à la démence, et vous introduisez dans notre groupe un petit directe ur de succursale de banque timoré, craintif, pour lequel, dans la vie, tout es t principe, et rien que cela !
— M. Putt m'amuse, fit Mary. Et je fais sur lui une étude de caractère !
Raoul retint un geste irrité :
— Vous apportez le trouble dans un crâne qui était constitué pour une formule de vie unique, Mary ! Il ne concevait rien d'autre ! Vous avez renversé pour M. Putt toutes les formules anciennes, toutes les valeurs ! Ne croyez-vous pas avoir apporté la souffrance dans sa vie, avec c ette vision d'un monde jamais connu jusqu'alors, un monde un peu fou qu'il côtoie depuis quelques jours seulement, mais dont il ne pourra JAMAIS être ?
Mary eut un geste désinvolte :
— Vous êtes pétri de charité chrétienne, ce soir, R aoul ! Mais je ne suis pas de votre avis ! Nous avons révélé à M. Putt...