Le Roi Contumace

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241 pages
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Serge-Ours Noiseux, dit Sournois, grand essayeur de bancs publics, peinturlureur, mandoliniste, petite célébrité du Plateau Mont-Royal à Montréal, Québec, Canada, est propulsé roi d’un ensemble de constellations. Ce petit changement d’échelle dans l’appréciation qu’il est forcé de porter sur lui-même ne laisse par le gars tout à fait de marbre mais enfin, on a connu plus estomaqué. Tout de suite, Serge-Ours égrène commentaires et questions, tandis que le protocole s’agite autour de lui, l’inondant de gros billets de banque et de facilités entremêlées d’un peu de mondanité et d’un solide petit ensemble, ardent et imprévisible, d’opportunité amoureuses.
Ce roman inattendu et jouissif nous fait faire un petit voyage en touristes dans le Montréal des artistes de rues autant que dans les hautes sphères de l’autocratie sidérale décomplexée. Une problématique politico-artistique s’y esquisse. C’est qu’en compagnie du roi Contumace, on fait plus ample connaissance avec ce petit morceau de bravoure fictionnelle qu’est la monarchie constitutionnelle. On confirme que cette dernière vide le roi de ses pouvoirs alors que son peuple le garde, pantin scintillant, gonfalon flacotant, phare pulsionnel en rythme. Sous monarchie constitutionnelle, on charrie en pleine vie publique certains des éléments les plus tragicomiques des contes de fée. Le Roi Contumace, qui écrit en Je dans un style flamboyant, goguenard et lapidaire, nous parle de son court règne et ce, en le traitant ouvertement dans l’angle délirant, l’angle barbouilleur, l’angle narcomane, l’angle dadaïste, l’angle amoral aussi, cruel, roide, arbitraire, inquiétant. Le lecteur est ici, aussi, convié à une rencontre métissante entre l’héritage du sceptre anglais et celui de la guillotine française (sans oublier les tempêtes de neige soviétiques, donc nordiques). Le résultat est une petite satire bouffonnement post-coloniale autant que suavement cosmologique.

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Date de parution 19 janvier 2015
Nombre de visites sur la page 21
EAN13 9782923916897
Langue Français

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LE ROI CONTUMACE
PAUL LAURENDEAU
© ÉLP éditeur, 2015 www.elpediteur.com elpediteur@yahoo.ca
ISBN 978-2-923916-89-7
Image de couverture : Berger
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Sournois
Sournois badine avec la vie. Il en joue comme d’une bastringue Et sa moralité malingre Tergiversaille et compatit. Ce qu’il y a de roué, d’adroit Dans la synthèse de notre type Se synthétise en lui, Sournois. Il danse avec les belles danseuses, Avec les fumeurs, bourre sa pipe. Et sa maison, c’est sa vareuse. Si Sournois a si peu la cote, C’est qu’il grappille et boursicote…
Tiré du recueil « Vers entre nous » dans l’ouvrage de Paul Laurendeau,Poésie d’Outre-ville, ÉLP Éditeur, 2009, p. 81.
1- Une Vitaline et ses Vitalinois
C’est bien toujours la toute première rencontre qui vous marque le plus radicalement. Comme je regarde un peu fixement la jeune passante aux cheveux roux, déam-bulant majestueusement sous un soleil radieux, elle s’ar-rête pile et me toise sans aménité, avec une cruauté par-ticulièrement acérée dans le regard. Les paroles sui-vantes giclent hors d’elle comme un venin qu’elle aurait sciemment craché :
« Pourquoi tu me regardes, le barbu ? — Parce que tu es fondamentalement regardable, rien d’autre. — Comment tu t’appelles ? — Serge-Ours Noiseux. — Serge-Ours Noiseux… T’es pas le quêteux du Fau-bourg Saint-Laurent que tous et chacun par là-bas sur-nomment Sournois ?
— C’est bien moi, oui. Mais ce surnom malotru est une sinistre médisance. Les gens sont si méchants… — Ouais… ouais… En tout cas, t’as l’air d’un vieux barbon gelé comme une balle. Je veux pas que tu me regardes. — Dans ce cas-là, j’ai bien peur qu’il va falloir m’arra-cher les yeux, avec ton couteau. » Affable, mielleux, je me pense, en plus, finfin, subtil et comique en débitant une telle ligne, indice de mon inté-grale placidité niaise, à cette beauté féroce. Je l’ai pour-tant proférée, cette ligne qui me vient du fond du cœur, sans me douter qu’il arrive parfois dans la vie qu’on se fasse décoder la jacasse au sens bassement littéral. La jeune voyoute en habits branchés et chics, aux cheveux de feu et aux lèvres sanglantes, plisse ces dernières d’un air souverainement agacé. Elle tape sa fesse arrière (elle en possède deux comme ça, d’une splendeur égale), en dégaine un bon couteau à cran d’arrêt de bonne propor-tion et émettant de bons scintillements sous le bon soleil de juin. Elle se met à me le faire danser devant le visage comme si elle voulait me faire la barbe avec.
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« T’arracher les yeux ? Ça pourrait arriver, tu sais. Baisse les yeux tout de suite, le p'tit vieux. — Ben là non, Roussette de mon cœur. Tu me pointes une lame dans le visage. Il faut maintenant que je te sur-veille, oui, oui, que je reste sur la défensive. Pas possible de faire quoi que ce soit d’autre que de te contempler intensément, maintenant, dans de telles conditions. » Je dis ça doucement, avec mon naturel si… naturel. Et on dirait que, contre toute attente, l’argument lui toque sur le front comme un petit caillou. Roussette (je ne lui connaîtrai jamais aucun autre nom) replie son cran d’ar-rêt, l’empoche et se place les bras en delta et les mains ouvertes, pour bien me montrer qu’elle n’entend plus dégainer son arme. Elle perpétue soigneusement le tout de sa tronche irascible et me toise hargneusement d’un air de dire : « Voilà, je suis sans arme maintenant ». Je penche donc alors la tête, penche les yeux, penche tout mon être à vrai dire. Je regarde le sol en me faisant une visière de la main. Et je dis : « C’est triste de m’interdire de te regarder, comme ça.
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— C’est l’époque… » qu’elle me répond. Et elle dispa-raît sans qu’il me soit possible de la revoir… du moins pour le moment. Une semaine plus tard (je vous mens pas, une semaine, précisément), je suis au Rectangle Saint-Louis, sur le Plateau Mont-Royal, et j’ai disposé mon baratin bien en ordre, comme si c’était un petit tréteau. Il y a un beau lot de touristes sur Montréal, cette année. Et ils parlent de plus en plus un français impeccable, nos beaux touristes de cette si vaste planète. Soleil éclatant. Température au beau fixe. Ma routine est solidement rodée. Je connais ma ritournelle. Je suis un ancien acteur et poète maudit (comme dans : mauditement méconnu car inconnu) devenu, il faut bien le dire aussi, clochard, musicien et chanteur de rue. Ils en veulent, je leur en donne. Assis sur le banc faisant face au buste sur socle d’Émile Nelligan, au coin sud-ouest du Rectangle, je prends la pose. J’ai retiré ostensiblement ma mandoline de son étui et j’accorde ce bel instrument vieillot et fri-meur, bien serré entre mes jambes ouvertes. Quelques baguenaudeurs et baguenaudeuses se manifestent déjà. Ils regardent le buste du Petit Rimbaud montréalais, me regardent, s’attardent. La mandoline est accordée. Une
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mélodie atonale s’installe. De ma voix que l’on dit belle et chaude, je psalmodie le titre d’une première églogue rythmée :Notule sur l’Épormyable et sur le Je!L’attroupe-ment va doucement acquérir de la densité à mesure que je chante, haut et fort, en appuyant le texte des accords roucoulants et amis de la mandoline :
L’agape ligaturée crache à chat et déjante Hippartiri d’ermatel en talent recalé Sibel rotol et calchimine cochinchiquette Kermesse pâle et châles il m’est inné d’hennir Cirer servimir jaunir jamais Je suis crabure je suis irisé J’allume des chalands au bout des bobèches d’arstride J’allana jarnac alla jalna là Je suis crabure je gis aporisé
Jaunir jamais Je non
Jehe jehanne je henni hànné Je suis l’Épormyable Et le Je.
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Je laisse s’alanguir un solo de bonne proportion en souriant à la cantonade puis, à la fin, je plaque un der-nier accord. Un honnête lot d’applaudissements clapote. Des piécettes et des billets de banque en papillotes sont jetés dans le chapeau. La journée s’annonce aussi fruc-tueuse que magnifique. Une voix masculine jaillit alors de la petite foule. Un grand moustachu au crâne brillant souriant radieusement, les bras croisés, me toise comme au tout premier jour de son existence et de la mienne. Un dialogue dramatisé s’engage. Une toute petite saltim-banquerie, configurée pour me faire valoir en un graduel crescendo soliloque, se met discrètement, quoique osten-siblement, en place. « C’est pas un syllabation rythmée du poète Ovide Érignaque que tu viens de nous mettre en musique, drette là, le quêteux ? — Absolument, Moustache, absolument. Tu connais tes modernes. — Un trippeux rare, le Ovide Érignaque. Un dans ton genre.
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