Le Village endormi

-

Livres
84 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Pas d’eau sur ce rocher, sinon celle des toits ; donc, impossibilité à une usine de s’y installer ; avec cela, un site presque inaccessible et reculé aux fins fonds du canton ; toutes les commodités, comme tu vois. C’est le village endormi par le goût des gens, et aussi par la force des choses. Le village endormi !... un titre de roman !... Tandis qu’à côté Remoncourt a bien près de quatre mille habitants, et ce chiffre doublera avant une vingtaine d’années. Il deviendra un des centres les plus industrieux de la région, et dépassera peut-être Montbéliard, comme Montbéliard a fait de Saint-Hippolyte... De plus, il est tête de ligne de tramway, alimenté d’eau par le Gland, qui est de force à actionner n’importe quelles usines et enfin, il est central, chose essentielle... » Mais, ce village, il fait si bon y vivre, les relations sont authentiques, on y vit en lien avec la nature, avec les traditions. Dans ce roman, l’auteur a laissé percer tout l’amour qu’il avait voué à son pays natal, son écriture renferme des peintures délicates de notre vie provinciale en Franche-Comté, empreintes de beaucoup de poésie et de vérité. Un beau roman de terroir.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 30 octobre 2013
Nombre de visites sur la page 177
EAN13 9782365752183
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0049 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Georges Riat
(1870/71-1905)
Le Village endormi
Roman
À Monsieur Adrien Hébrard
Directeur du Temps
Première Partie
I. Les fiançailles
Un matin pluvieux de juillet, le docteur Ozanne, maire de Remoncourt, et son fils, Pierre, reçu depuis peu agrégé d’histoire, se rendaient en voiture au village d’Apremont.
– Quel vilain temps ! fit soudain le jeune homme. P as moyen de voir le paysage. Pour ma première sortie de vacances, je n’ai vraiment pas réussi !
– C’est curieux comme tu me rappelles ta pauvre mèr e ! Quand elle m’accompagnait, sa seule préoccupation était de regarder la nature et de rêver. Tu as les mêmes goûts qu’elle ; – n’étaient tes moustaches, – tes cheveux blonds, tes yeux bleus, t a petite figure ovale, ton teint pâle me feraient illusion. Tu es tout son portrait. Ah ! tu ne tiens guère de moi !
– Comme je te connais, cela ne devait pas t’amuser beaucoup, ces contemplations et ces rêveries. Que faisais-tu pendant ce temps-là ? – Moi, j’essayais de dormir. Et, si tu le veux bien, je vais encore en faire autant. Voilà plusieurs nuits que je passe à courir les routes de la montagne ; un peu de sommeil me fera du bien. Il allongea ses jambes sous le tablier, cala sa grosse tête hirsute dans un repli de la capote, et ferma les yeux…
Alors, Pierre, songeur, évoquant la fine image de sa mère, morte depuis deux ans, se demanda quelle mystérieuse attraction avait rapproché deux êtres aussi dissemblables : l’un très grand, énergique, pratique en diable, et politicien dans l’âme, l’autre, petite, frêle de corps et de volonté, sentimentale, portée à la poésie, – et qui, malgré ces différences, avaient réussi à former un couple des plus aimants et unis.
– Allons ! c’est encore comme au temps de ta mère ! dit, au bout d’un instant, le médecin un peu dépité. Te sentir là, comme elle autrefois, me coupe le sommeil. Eh bien ! causons ; nous ne sommes pas si souvent ensemble… Tiens, tiens ! le temps se lève ! Il fera peut-être une magnifique journée. – Si tu pouvais dire vrai ! Ce brouillard, en plein été, glace les os, et on ne voit rien !
La voiture venait de quitter le village de Glay, et, suivant la route du Lomont, longeait une prairie où l’on entendait le ruisseau d’Yeuse glouglouter sous la brume. Soudain, la buée grise blanchit, se teinta de rose, papillota comme la poussière dans un rayon, puis, tout d’un coup volatilisée, tomba sur la plaine, qui, sous le soleil radieux, vibra de millions de diamants.
– Quelle merveille ! s’écria le jeune homme enthousiasmé. Et Apremont, là haut, dans le ciel, c’est féerique !