Les aventures de Harry Smithson

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Récit composé de deux histoires :




L’INVISIBLE DE LA SIXIÈME RUE


Une série de cambriolages a eu lieu dans différents immeubles de la Sixième Rue de New York.


Le dernier ayant viré au drame – une domestique est retrouvée étranglée dans l’appartement visité – le commissaire de police décide de solliciter Harry SMITHSON, un détective prometteur, et le charge de l’affaire.


Très vite, celui-ci détermine que tous les bâtiments ciblés sont l’œuvre du même cabinet d’architecte...




LE DOLLAR DU DIABLE


Un représentant du territoire d’Oklahoma réclame l’assistance de la police new-yorkaise pour l’aider à endiguer une vague de vols dans des ranchs.


Harry SMITHSON, un enquêteur dont la réputation a dépassé les frontières, est chargé de l’affaire.


Il va rapidement être confronté aux arcanes du pouvoir et au fonctionnement de la Chambre des Députés...


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EAN13 9782373478013
Langue Français

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LES AVENTURES DE HARRY SMITHSON
L’INVISIBLE DE LA SIXIÈME RUE
Par Nole TOPËNT
L'INVISIBLE DE LA SIXIÈME RUE
Cette affaire n'a certainement rien qui la fasse remarquer par son étrangeté. Cependant, comme elle est la première qui me fut confiée, que j'assumais en quelque sorte la responsabilité de sa solution et que ce fut de celle-ci que dépendit ma carrière de détective, ainsi que ses heureuses conséquences, je ne puis résister au désir de la relater.
Ce matin-là, tandis que le chef de la police de New York se disposait à prendre connaissance de son courrier, un coup de téléphone l'appela :
— Allô ! Allô !
— Allô ! Qui ça ? — … — Commissaire police Strattford ! Bien. Il y a ? — … — Vol avec tentative d'assassinat ! Où ça ? — … — Encore Sixième Avenue ! Numéro ? — … — Vous dites ? — … — 89 ! chez Frahmer ? J'envoie. — Fred ! cria-t-il auboy, voyez si M. Harry Smithson est arrivé. Une minute ne s'était pas encore écoulée que j'entrais. Je me trouvais, en effet, à côté, d'où j'avais pu tout entendre. Il faut tout d'abord vous dire – c'est bien le moins que j'esquisse mon portrait, ne fût-ce que pour mes futurs collègu es – que je suis de taille moyenne, mais que je possède une musculature d'acier, que ma tête est forte, ma mine futée, mon œil ouvert, ma vue perçante, et que l'on me dit intelligent. Ajoutez à cela un nez dont les papilles sont aussi sensibles que chez le chien, et une oreille dont le tympan distingue à un millième près, les vibrations à la seconde d'un diapason.
— Ah ! c'est vous, Harry.
— C'est moi, chef.
— Il vient d'être commis un crime, Sixième Avenue, n° 89.
— Faut-il prévenir Jacobsen ?
— N'en faites rien ! c'est vous qui serez chargé de cette affaire.
— Moi ! chef, fis-je, croyant avoir mal entendu.
— J'ai dit : vous-même. Divers rapports vous présentent comme très habile, je ne suis pas fâché de saisir cette occasion qui va me permettre de me faire une opinion personnelle.
— Tout va bien !
— Vous n'ignorez pas, Harry, bien que vous n'ayez pris aucune part dans la recherche de leurs auteurs, que c'est le quatrième vol qui, depuis un an, se commet dans la même avenue. — Je sais. — Que l'on n'a pas encore mis la main sur les coupables. — Je sais. — Que le public finit par penser que nous avons de la complaisance pour eux. — Je n'ai jamais... — Non, vous ne l'avez pas entendu dire, mais, à moi , on me l'a rapporté. Vous comprenez donc, Harry, que si l'on pense cela des vols précédents, que va-t-il en être de celui-ci qui se complique d'assassinat. Il y a donc une importance capitale pour le bon renom de la corporation à ce que les criminels soient arrêtés.
— Oui, chef.
— En êtes-vous bien pénétré ?
— Très pénétré. — C'est bien. Allez ! et si vous arrivez à un bon résultat, sachez que je ne l'oublierai pas. Dans les douze mois, en effet, qui venaient de s'écouler, fait encore inconnu dans les annales de New York, c'était le quatrième vol dont la Sixième Avenue venait d'être le théâtre. Ç'avait été d'abord au n° 937, ensuite au 325 et au 133, et enfin au n° 89. Le premier avait été commis il y avait exactement onze mois et douze jours, le second sept mois et le troisième remontait au plus à quatre.
Chose plus extraordinaire, car notre police est la meilleure du monde, on n'avait pas encore mis la main au collet des coupables. C'est pour cela qu'un discrédit commençait à envelopper notre très honorable corporation, et, qu 'à notre honte, les habitants de la Sixième Avenue ne cachaient pas qu'ils n'attendaient que d'eux-mêmes la sauvegarde de leurshomes. Il s'était même formé une brigade de volontaires, « Les Vigilants »(the Watchfuls), chargés de faire des rondes de nuit pour surveiller et arrêter ceux qui leur paraîtraient suspects. On vient de voir, par la communication téléphonique, avec quelle habileté le crime avait su déjouer cette précaution.
Pour arriver plus vite, je pris uncab.déjà connu du quartier, avait attiré L'événement, quelques voisins qui se montraient, du doigt, l'éta ge des victimes, et commentaient avec aigreur le rôle de la police. Je fis arrêter ma voiture à quelques mètres du groupe et me mêlai
à celui-ci comme un simple curieux.
Ne remarquant rien qui put m'être utile, j'entrai dans l'immeuble, une espèce deFrench House,ou maison de rapport, avec appartements, à l'instar de Paris. Le commissaire de police, son secrétaire et un agen t subalterne étaient là, dans le vestibule, attendant l'envoyé de Central-Police. — Ce n'est donc pas M. Jacobsen qui vient ? fit le commissaire. — Non, c'est moi, répondis-je. Or, comme vous ne me connaissez pas, souffrez que je me présente : Smithson. — Harry ?
— Oui, Harry Smithson.
— Pardon, je vous connais. C'est vous qui, le premi er, avez avancé que l'assassin de Mistress Burmaff était mutilé d'un doigt de la main droite !
— L'auriculaire ! C'est en effet moi.
— J'ajouterai même, continua le commissaire, que c'est grâce à cette indication qu'on a pu l'arrêter, il y a huit jours, dans le Far West.
— Vraiment ! vous êtes bien au courant, fis-je en lui serrant la main ; puis, venant au but de ma visite : la victime est-elle morte ?
— Non, mais bien malade.
— Volé combien ?
— Vingt mille dollars.
— Quel étage ?
— Nous y sommes arrivés, le troisième, chez M. Frahmer.
— N'a-t-on rien dérangé, au moins ?
— Rien que je sache. D'ailleurs, j'ai mis un planton pour surveiller.
— Tout va bien.
Dès qu'on eut sonné, un homme, paraissant énervé, vint nous ouvrir. — Voilà M. Frahmer, me dit le commissaire en me le présentant, et voici le délégué de Central-Police, ajouta-t-il en me désignant. Je dois dire, avant de continuer, que je m'étais im posé comme règles primordiales de fixer les yeux dans les yeux tout individu devant lequel je me trouvais pour la première fois ; ensuite, si j'étais chargé d'aller sur place, de ne rien écouter ni rien demander sauf le strict nécessaire, tant que je n'avais pas moi-même inspecté les lieux. On comprendra aisément pourquoi cette dernière : je voulais tout d'abord que mon instinct de détective agisse seul. — C'est chez vous qu'on a tenté de tuer ? demandai-je à M. Frahmer, qui soutint mon
regard sans effort.
— C'est chez moi.
— Quelle est la victime ?
— Ma servante.
— Conduisez-moi auprès d'elle, voulez-vous ?
Celle-ci se trouvait dans un tel état de coma qu'il me fut impossible de la questionner. En examinant son cou, je constatai qu'on avait essayé de l'étrangler. La trace qui s'y voyait indiquait clairement que l'on s'était servi non d'u ne corde, mais d'un mouchoir ou d'un tissu quelconque.
— Voyons maintenant les lieux du crime. Où est-ce, monsieur Frahmer ? — Là, au fond de ce couloir ; la porte devant laquelle se tient l'agent. — En quel endroit la victime a-t-elle été trouvée ? — Devant la même porte, la partie inférieure du cor ps seulement donnait dans le vestibule, et l'autre partie dans la pièce même. — Sapristi ! On a tellement piétiné ici qu'il est impossible... enfin.
— Je suppose... voulut commencer M. Frahmer. — Dans un instant, je me permettrai de vous poser quelques questions. Je considérai la porte, en vérifiai les gonds, en examinai les serrures et les panneaux, puis je l'ouvris toute grande et m'arrêtai sur le seuil, embrassant d'un coup d'œil toute la pièce – tels ces médecins auprès d'un malade cherchent dans l'aspect subit de sa physionomie des indications a priori plus précieuses souvent que le s renseignements obtenus par consultations. D'ailleurs, ainsi que je l'ai dit, c'était une règle pour moi d'agir ainsi.
L'intérieur de la pièce n'offrait rien de ce que l'on aurait pu s'attendre à y voir. Tout y paraissait en ordre, sauf un meuble admirablement sculpté, moitié coffre et moitié armoire, au pied duquel gisaient divers papiers.
Me tournant vers Frahmer :
— C'est dans ce meuble... Je m'arrêtai et par un esprit de vanité, d'orgueil, de virtuosité peut-être que je me reproche aujourd'hui, car il ne pouvait être d'aucu ne utilité pour mon enquête, je l'interpellai : — Pourquoi donc dites-vous que je ne découvrirai pas les coupables ?
— Moi ! monsieur, mais...
— Certainement, vous. Voici vos propres expressions : « Oh ! ce n'est pas la peine qu'il se donne des airs, il en sera de même ici qu'il en a été ailleurs. » Hein ! est-ce cela ?
— Je vous affirme... — Vous pouvez l'en croire, monsieur Smithson, intervinrent à la fois le commissaire et son secrétaire. Nous nous trouvons à côté de lui et nous vous certifions... — Que vous avez de mauvaises oreilles, dis-je en les interrompant, et de mauvais yeux, car, regardant M. Frahmer comme vous le faites, vou s auriez dû remarquer que ses lèvres venaient de figurer toutes les lettres contenues dans : « Cet homme est donc le diable ! » Est-ce encore vrai, cela, hein ?
— Ma foi ! veuillez m'excuser monsieur, j'avoue, ré pondit l'interpellé, rouge de confusion. Cependant, en vérité ! il n'y a que le diable... ou Dieu pour avoir entendu ce que j'ai à peine soufflé tout à l'heure, et ce que je n'ai fait que penser à l'instant. — Allons, allons ! remettez-vous, fis-je en riant. Vous êtes un nerveux, monsieur Frahmer, et vous ne vous apercevez pas que, malgré vous, vos lèvres répètent les mouvements de vos lobes. Puis, me retournant vers l'intérieur de la pièce, je passais aux détails de mon impression générale.
Un tapis rouge, à poils longs, recouvrait le parquet entièrement. En face de la porte se trouvait une fenêtre paraissant fermée. Sur la gauc he, deux chaises et un fauteuil style Louis XV, et sur la droite, presque en face de ceux-ci, quatre chaises du même style. Mais, tandis que ces dernières avaient leurs sièges paral lèles aux ouvertures, les premiers obliquaient diversement dans la direction du bahut et de la porte. Au milieu de la pièce se voyait une table en marqueterie sur laquelle on remarquait un plateau vieil argent, chargé de deux carafons de liqueurs entamés et de plusieurs verres retournés, sauf un. J'entrai et me baissai. Sur le tapis, entre la porte et le meuble, se voyait un va-et-vient de pas. — Monsieur Frahmer, vous êtes allé jusque-là, n'est-ce pas ? — Il l'a bien fallu pour me rendre compte de l'importance du vol. Parvenu près du bahut, je m'arrêtai et me mis à exa miner le tapis. Ces détails vous paraîtront peut-être oiseux, mais c'est ma première affaire, et là, je vous le dis franchement, j'éprouve une sorte de rajeunissement à en retracer les moindres circonstances. De l'autre côté de la table, les empreintes disparaissaient, mais de ce côté-ci, dans la perpendiculaire du verre, une station plus longue sans doute avait laissé deux marques encore bien apparentes.
Ce qui aurait pu paraître bizarre, c'est que celles-ci, bien que rapprochées l'une de l'autre, paraissaient être faites par deux pieds n'appartenant pas à la même personne. Et, cependant, à les examiner attentivement, elles indiquaient bien qu'il y avait un pied droit et un pied gauche, car leur rapprochement, ainsi que leur isolement, étaient la preuve, irréfutable, que la même personne en était propriétaire.
L'une de ces empreintes, celle de droite, vers la fenêtre, avait trente-cinq centimètres de long sur dix de large, et ne formait qu'un seul tenant, indiquant par là une semelle usée ;
l'autre, celle de gauche, vers la porte, se divisait en deux parties, dont l'une, celle antérieure, à l'extrême pointe, mesurait cinq sur dix, et l'autre, celle postérieure, cinq sur cinq ; entre elles se trouvait un espace où le tapis était intact.
Je pris soigneusement les contours de ces marques sur une feuille de papier. Le verre ne portait pas de trace, sauf un restant de cognac qui en dorait le fond. En passant à l'inspection de la fenêtre, il me fut aisé de constater que les châssis n'en étaient que poussés. Elle donnait sur une cour rectangulaire, sur laquelle s'ouvraient les fenêtres d'une construction doublant ou plutôt faisant face à celle dans laquelle je me trouvais. Aucune particularité bien remarquable si ce n'est que, parmi ces dernières, s'en trouvait une qui était à la même hauteur que celle de Frahmer, et servait, sans doute à l'éclairage d'un escalier, du moins à en juger par son veuvage de rideaux.
Revenant vers le bahut, je constatai qu'il avait été fracturé. On voyait des traces de pesées qui n'avaient nécessité que peu d'efforts...