Les chantiers intimes

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Français
262 pages
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Description

Un journaliste nord-américain raconte ce qui, dans l'homme et la femme, transcende l'origine et la condition sociale. Il s'appelle Marc, un mâle que les tumultes de la bigamie n'effrayent guère. L'univers romanesque ainsi construit est le lieu de déploiement d'une aventure humaine faite de désirs et de grâce, de nostalgie du bonheur et de solitude suicidaire. On y oppose le goût de la liberté et les normes sociales, qui confinent des destins individuels à la clandestinité et à la peur.

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Date de parution 01 avril 2013
Nombre de lectures 22
EAN13 9782296533103
Langue Français
Poids de l'ouvrage 9 Mo

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26ISBN: 978-2-336-00942-1
José Tshisungu
Au bonheur des damnés
Les chantiers intimes
Ecrire l’Afrique Ecrire l’Afrique
Les chantiers intimes
Écrire l’Afrique Collection dirigée par Denis Pryen Romans, récits, témoignages littéraires et sociologiques, cette collection reflète les multiples aspects du quotidien des Africains.Dernières parutions Djibril SALAM,Au bonheur des damnés, 2013. Denis BOMBA-NKOLO,Le rêve du Pygmée Oyoa-Baka, 2013. Jema DAZOABA SILA,Bons vents, 2012. Fweley DIANGITUKWA,Notre vie est un mystère. Cette chambre-là May, 2012. Cyriaque MUHAWENAYO,La guerre des nez au Burundi. Je l’ai vue et vécue, 2012. Élie MAVOUNGOU,Incertitudes, 2013. Serge FINIA Buassa,Une semaine mémorable. Qui a tué Laurent-Désiré Kabila ?, 2012. Isabelle JOURDAN,C’est comme ça, à Ouaga…, 2012.Valentin DIBA KEMENA MUZEMBE,Les démons des rives. Ces maîtres qui corrompent, 2012. Corinne N’GUESSAN,Les vierges folles, 2012. Maurice HASLÉ,Un seul pied ne trace pas le sentier, 2012.Laurence RANDALL,La production littéraire camerounaise, 2012. Arnold NGUIMBI,Pascaline, dans les flots de la chute, 2012. Marilaure GARCIA MAHE,Le mythe de l’enfant fondateur, 2012. Facinet,Kiridi, 2012. Rachel KAMANOU ATSATITO,Mirages de migrants, 2012. Yacine BODIAN,Les bois de Béssir, 2012. Laurès DOSSOU,Alafia. Voyage d’illumination, 2012. Christian MOUBAMBA BAGWANGUI,Le Testament de Mbanga, 2012.G.K MWANABWATO,L’Eden est triste, 2012. Joseph Marie NOMO,Un enfant de la forêt, 2012. Ibrahim O. FALOLA,Odyssée arc-en-ciel, 2012.
José Thisungu
Les chantiers intimes
Du même auteur Les Rives de l’arc-en-ciel, poèmes, Paris, 2012. Les Kasaïens et le démembrement du Congo, essai, Toronto, 2010. Cinvundu, théâtre, Toronto 2009. La Culture politique des Congolais, essai, Sudbury, 2008. La littérature congolaise écrite en ciluba. Histoire politique et recomposition culturelle, essai, Sudbury, 2006. Patrick et les Belges, roman, Sudbury, 2004. Dernières cantilènes, poèmes, Sudbury, 2004. Chemin faisant, poèmes, Sudbury, 2003. Kwanyi kwamba, poèmes, Sudbury, 2003. La Flamande de la gare du nord, roman, Sudbury, 2001. La villa belge, théâtre, Sudbury, 2001. L’alphabétisation interculturelle, essai, Sudbury, 1996. Errances en Flandre, poèmes, Montréal, 1995. Le Croissant des larmes, roman, Paris, 1989. Semences, poèmes, Lubumbashi, 1982. © L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-00942-1 EAN : 9782336009421
À la mémoire  de Mwanza Nkashama et Monsengo Vantibah
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a dernière fois que j’ai vu Luc vivant, mais abité par cetLte effroyable année où, au départ de Pa, la grève des pilotes de l’angoisse, c’était à sa résidence dans le quartier Sainte-Anne, avec vue sur le fleuve majestueux, en début de ligne, tonitruante et désordonnée, m’avait fait rater l’avion deux fois, sans qu’aucun représentant de la compagnie aérienne ne trouvât des mots assez flatteurs pour présenter des excuses aux voyageurs de mon espèce. Je m’en allais, curieux et optimiste, en reportage à Ki, ville ensoleillée et umide, muni du courrier de sa sœur Josiane qui préfère, malgré la communication électro-nique qui nous enserre, l’inusable message épistolaire avec ses incessants retours à la marge, au langage mutilé et itératif des adeptes d’Internet. Lire les lettres longues et cordiales de Josiane, que Luc appelle affectueusement l’élégante dame du nord de l’Amérique, sans nommer expressément notre ville, grande et populeuse, où elle vit, joyeuse et fière, comme traductrice réputée et respectée, semble lui procurer un ravissement mental infini. Quand je suis entré dans le salon privé aux murs tapissés de tableaux des grands maîtres français, il se tenait debout,
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près du bar, un verre de vin rouge à la main, tout sourire. J’avançais vers lui, moi l’époux de Josiane qui sais ce que cace cette élégante assurance. Moi qui lis toutes ses lettres adressées à sa sœur dans lesquelles le présent de l’indicatif porte les récits, courts et émotifs, des méandres de sa vie professionnelle dans la ville la plus éclatée du continent clair-obscur. Je le regarde avec une curiosité excessivement vorace. Et il comprend que tout dans l’expression de mon visage le pousse à décarger sa conscience, à enlever son masque. Je n’avais pas encore fini mon premier verre de vin quand il m’avoue avoir demandé à la iérarcie d’être relevé de ses fonctions d’ambassadeur plénipotentiaire de la République des Herbivores à Ki. J’ouvre grandes les oreilles, moi qui n’ignore pas que l’époque n’est pas à l’abandon de poste ; ici et là, des êtres de cair s’accrocent à leur gagne-pain, priant les forces du destin pour qu’elles leur épargnent un licenciement inattendu et psycologiquement dévastateur, éprouvant. Il me montre sa lettre de démission. Mes yeux la parcou-rent : « Monsieur le Ministre, la détérioration du climat des affaires et la persistance de la répression politique interdisent tout soutien de notre pays à ce régime en déliquescence. Plus rien ne justifie ma présence à Ki. » Vivement souaitée, la réponse du ministre n’est jamais venue. Au mépris de l’entou-rage du politicien s’est mêlé le silence. C’était la tradition des Affaires étrangères. On les connaît plus actives dans l’ombre que dans la lumière. Et dans le cas de Luc, même l’ombre ne s’est nullement manifestée. Très nombreux furent alors les jours d’attente que je ne puis comptabiliser avec précision, très angoissantes aussi les eures de dépression nerveuse vécues par ce pauvre Luc, serviteur loyal d’un État oublieux de ses commis les plus méritants. Puis, durant un jour de grand soleil, est tombée la nou-velle de cet assassinat planifié ailleurs, ensuite commis
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discrètement à Ki, une ville peu préparée à pomper le sang d’un lointain descendant de Bonaparte. Une vidéo enregistrée par un vidéaste local montre Valérie, la veuve éplorée, au milieu des officiels qui s’approcent un à un du cercueil de Luc pour lui rendre un ultime ommage. Elle s’adresse au vidéaste en mâcant deux mots exemplaires de sa profonde révolte : crime d’État. Elle s’époumone à dire que l’assassinat était précédé d’une kyrielle de messages électroniques provenant d’expéditeurs inconnus, aux adresses aussi fantaisistes qu’étranges, et de citer de mémoire des monstruosités syntaxiques qui ne feraient ni rire ni amuser le plus ilare des umains de ce siècle discré-dité par la violence. On l’entend les prononcer à voix aute devant les proces qui l’écoutent avec une compassion toute religieuse : cricia.décembre@lasalle.org cristian.toulouse@farceur.com noella.aimelecocolat@bonjour.uk lavérite.desurnes@église.org irène.téléponebeaucoup@passion.com batsiumbu.démocratie@demba.com Les auteurs des messages, entêtés et décaînés, servaient à Luc un avertissement singulier : l’imminence d’un attentat spectaculaire. Mais personne à l’ambassade ne considérait un tel geste comme de l’ordre du possible, un tel acte comme imaginable sous l’équateur, une zone non encore contaminée par le terrorisme revancard. Les services secrets si prompts à précéder les événements et à déjouer les conspirations tout aussi multiples que mystérieuses n’y pensaient guère. Pas plus qu’ils n’avaient, l’année précédente, analysé en profondeur les rumeurs de plasticage des écoles consulaires, rumeurs pou-rtant persistantes et crédibles, ils n’ont attiré l’attention de l’ambassadeur sur le sérieux des menaces proférées.
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