Les fossoyeurs

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95 pages
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Un journaliste établi à Vancouver profite d’un séjour à Québec pour faire des recherches, à la demande d’une amie, sur le passé de son aïeul chinois. Il découvrira un visage méconnu de sa ville natale : celui des sépultures de la communauté chinoise et d’un possible trafic d’ossements, celui d’un tunnel inachevé et des marginaux qui s’y retrouvent et celui des tragiques incendies, nombreux, qui ont stigmatisé la vieille capitale.

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Date de parution 11 octobre 2011
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EAN13 9782895971610
Langue Français

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DANS LA MÉMOIRE DE QUÉBEC LES FOSSOYEURS
DU MÊME AUTEUR
Nouvelles Le tribunal parallèle,Ottawa, Éditions David, 2006. Études Le roman québécois contemporain : les voix sous les mots,Montréal, Fides, 2004. Les mots des autres. La poétique intertextuelle des oeuvres romanesques d’Hubert Aquin,Québec, PUL, 1992.
André Lamontagne
Dans la mémoire de Québec
Les fossoyeurs
Roman
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada Lamontagne, André, 1961-Les fossoyeurs / André Lamontagne. (Dans la mémoire de Québec) (Voix narratives) ISBN 978-2-89597-147-4 I. Titre. II. Collection: Lamontagne, André, 1961- . Dans la mémoire de Québec. II. Collection : Voix narratives. PS8623.A486F68 2010 C843’.6 C2010-904005-8 ISBN format ePub : 978-2-89597-161-0 Les Éditions David remercient le Conseil des Arts d u Canada, le Secteur franco-ontarien du Conseil des arts de l'Ontario, la Ville d'Ottawa et le gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du livre du Canada.
Les Éditions David 335-B, rue Cumberland Ottawa (Ontario) K1N 7J3 Téléphone : 613-830-3336 / Télécopieur : 613-830-2819 info@editionsdavid.com www.editionsdavid.com Tous droits réservés. Imprimé au Canada. e Dépôt légal (Québec et Ottawa), 3 trimestre 2010
La mémoire de la plupart des hommes est un cimetière abandonné, où gisent sans honneurs des morts qu’ils ont cessé de chérir.
Marguerite YOURCENAR Nous vivons tous dans une maison en feu, et personne pour éteindre celui-ci, et pas la moindre issue, uniquement les fenêtres du dernier étage, par lesquelles regarder au-dehors, pendant que le feu consume la maison et nous-mêmes qui y sommes enfermés, pris au piège.
Tennessee WILLIAMS
ROMAN
I
Pour entrer dans cette histoire, il faut imaginer l a sensation de la terre dans la bouche, visualiser la topographie inaliénable qui d ivise Québec entre la ville basse et la ville haute et saisir la géographie fra gile de Vancouver, ouverte à toutes les eaux. Il faut aussi avoir la foi des dés espérés et croire en des filiations souterraines. Mon récit prend naissance sous la pluie, une pluie qui tombait sur Vancouver depuis cinq jours lorsque Rachel Ng vint frapper à ma porte et rompre ainsi la monotonie d’un dimanche de novembre. Ma voisine possédait une maison modeste, un jardin magnifique et une rare maîtrise du français. Je savais peu de chose d’elle sinon qu’elle avait étudié plusieurs années à Paris et qu’elle gagnait sa vie comme interprète. Je ne lui connaissais ni mari ni enfants. À l’œil, je lui don nais une cinquantaine d’années. Rachel habitait avec son père qui, à un âge vénérab le, faisait le commerce de la porcelaine et autres articles d’importation dans un e boutique de la rue Pender, en plein cœur du quartier chinois. Jusqu’à ce matin de novembre, mes conversations cou rtoises avec Rachel avaient toujours eu lieu le long de la ligne imagin aire qui démarque nos propriétés contiguës. Informée de mes origines québ écoises et de mon travail de journaliste, Rachel se faisait un point d’honneu r de toujours s’adresser à moi en français. — Père est mort il y a une semaine, me dit-elle d’u ne voix contenue, le seuil de ma porte à peine franchi. Je lui offris mes condoléances et l’invitai à s’ass eoir pour prendre une tasse de thé. — Du thé anglais, précisai-je en manière d’excuse a vant de disparaître dans la cuisine. Lorsque je revins au salon, Rachel regardait la plu ie ruisseler sur la fenêtre. Elle accepta avec un sourire poli la tasse que je l ui tendais, la déposa sur une table et m’exposa le but de sa visite. — J’aurais un service à vous demander. — Tout ce que vous voulez, répondis-je, imaginant q uelque détail d’ordre pratique. — Voilà. J’ai commencé à ranger les papiers de Père . Rachel s’interrompit pour observer le mobilier défraîchi du salon, sans se douter qu’elle cultivait l’attente. — Oui? — Quand Père s’est établi à Vancouver dans les anné es quarante, après la guerre, il arrivait de la ville de Québec. À mon air étonné, Rachel jugea bon d’expliquer, d’u n ton qui laissait entendre que ce n’était pas la première fois: — Vancouver n’était pas une bonne ville pour les Ch inois au début du siècle. Il y avait lahead tax, les lois d’exclusion, les émeutes racistes. En 19 07, le commerce de mes grands-parents a été saccagé. Alors comme beaucoup d’autres, ils ont émigré dans l’est du pays. Mon pè re est né dans la basse-ville de Québec.
Cela me revint tout à coup: la rue Saint-Vallier, u n immeuble décrépit qui arborait l’enseigne du Parti nationaliste chinois. J’avais grandi à Québec, mais je ne connaissais de la présence chinoise dans la vill e que ce seul vestige. Plusieurs années plus tard, j’avais vu une pièce de théâtre qui évoquait ce quartier chinois aujourd’hui disparu, enseveli sous une autoroute. Je racontai tout cela à Rachel, qui avait soudain pris un air i nquiet: — Vous voulez dire qu’il n’y a plus de traces? C’es t embêtant. À voir son air chagrin, j’eus l’impression d’avoir occasionné un deuxième deuil. Je nuançai mes propos: — Non, les maisons n’ont pas toutes été détruites. Mais une autoroute a sectionné les artères du quartier, curieuse autorou te avec sa bretelle qui ne sert à rien et vient s’écraser sur une falaise. — Si les maisons sont toujours debout, vous croyez que les numéros ont changé? — Je ne sais pas. Pourquoi? — C’est que je voulais vous confier un petit travai l de recherche. Vous allez retrouver votre famille à Québec pour les fêtes de Noël? Je ne saurais dire ce que j’avais révélé à Rachel l ors de nos conversations à bâtons rompus. J’étais beaucoup moins discret qu’el le. Avais-je expliqué le départ de Katia et des enfants? Avais-je justifié n otre séparation à l’amiable par des raisons d’ordre professionnel? La vérité est qu e Katia en avait eu marre de Vancouver, que j’en avais eu marre d’elle et que je n’avais rien fait pour la retenir. Aux yeux de Rachel, cela n’avait sans dout e rien d’inhabituel. De nombreux couples chinois se retrouvaient séparés pa r le Pacifique: le mari à Hong Kong, la femme et les enfants à Vancouver. — Oui, je vais passer Noël avec Katia et les enfants, répondis-je. — Demain, je vais vous apporter des documents. J’ai merais que vous fassiez quelques vérifications et preniez quelques photos pour moi, si ce n’est pas trop vous demander. — Bien sûr, répondis-je, sans savoir dans quoi je m ’embarquais. Rachel se leva, me remercia avec mille formules de politesse et me laissa à ma tasse de thé refroidi.