Les métamorphoses de Méol

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104 pages
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A Méol, un pays imaginaire de l'Afrique de l'Ouest, le président dictateur vient de mourir. L'armée installe un de ses fils au pouvoir, au grand dam d'autres prétendants et en violation de la Constitution. En plus des contestations de l'opposition, s'ajoute la saga des héritiers, avec son corollaire d'arrestations arbitraires sur fond de tentatives de coup d'Etat et de guerres fratricides... Les métamorphoses de Méol dressent le sombre tableau d'une Afrique dont les fils aspirent à la démocratie et à l'Etat de droit.

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Date de parution 02 novembre 2017
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EAN13 9782140049644
Langue Français

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SénamBELBEDI
LES MÉTAMORPHOSES DE MÉOL Les soubresauts d’une dictature
Roman
Les métamorphoses de Méol
Sénam BELBEDI Les métamorphoses de Méol Les soubresauts d’une dictature Roman
Du même auteur Méol. Roman,Awoudy, Lomé, 2013. Délicieuses Amours. Nouvelles,éditions St Augustin Afrique, Lomé, 2016
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12842-9 EAN : 9782343128429
I.LA SAGA DES PRISONNIERS
Le minable de cuisinier ou de lave-vaisselle là se trouve où pour me laisser crever ce matin comme un chien qu’on veut enrager contre des voleurs ? Se de-mandait Podogan avant d’apercevoir le prisonnier-cuisinier entrer dans le salon, les deux mains chargées comme un âne et le visage qui exprimait une certaine façon de quémander de l’aide. Alors, compagnon de misère, s’empressa-t-il d’enchaîner lorsque Gbadagli eut fini de remplir la table avec sa charge. Aujourd’hui, on va beaucoup causer, tu es mon seul confident dans ce trou. Moi, je n’ai rien à causer, je n’ai aucune histoire, tu le sais, je ne suis qu’un minable condamné pour manifestation interdite et outrage à l’ordre public. Toi tu es un prisonnier royal ou présidentiel, un de la grande classe, moi c’est la crasse, j’ai seulement eu la chance de savoir cuisiner sinon ma vraie place, ce n’est pas une résidence pareille, c’est dans le hall po-pulaire. On dirait que mon ami n’est pas d’humeur ! Viens et ne te fais pas de bile, taille-toi une place et
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écoute ce que je vais te raconter. Si nous avons la chance de sortir tous les deux, je te sortirai de la crasse pour la grande classe. Mais j’ai le sentiment que je ne sortirai d’ici que sur une civière. Atteinte à la sûreté de l’Etat, tentative de coup d’Etat, des termes assez ronflants pour écarter des ennemis politiques. Si je sors, d’une façon ou d’une autre, il faut que la vé-rité soit connue, c’est pour cela que je veux tout te raconter. Tout. Que ferai-je moi de ces histoires d’éléphants qui se battent, moi un rat, ou moins qu’un rat ? Ecoute jeune-homme, c’est l’histoire de ton pays, ton Méol natal et si tu te retrouves ici, c’est parce que nous nous battons et vous, vous payez le prix dans les rues. Balles réelles ou en caoutchoucs, gaz lacrymo-gènes, canons à eau, matraques, la liste est longue. Tu as raison, commençons par le ministre Nad-job, il m’intéresse plus que toi d’ailleurs. Je vais te filer tout, ce sont eux qui ont tout plani-fié pour me foutre dans cette merde. Son histoire s’entremêle avec la mienne. Le jour où je le trouverai quelque part, sur terre ou dans les cieux, en enfer comme au paradis, je le dévorerai tout cru comme ils ont fait dévorer mes disciples par les lions de mon père. Quoi ? Quelle cruauté ? Ma popularité allait toute grandissante dans le pays et j’avoue que mon frère n’avait pas d’ambition présidentielle, mais c’est lui que feu notre père et sa
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famille politique ont choisi. Avec mon soutien surtout il a retrouvé peu à peu le sang présidentiel… Arrivé à ce niveau de son récit, il eut un vertige soudain et s’écroula sur le plancher. Gbadagli courut à son secours, alerta par une sonnerie les gardiens de la prison. Ceux-ci ne tardèrent pas un seul instant et en moins de temps qu’il n’en faut à un margouillat pour tourner la tête afin d’éviter le caillou d’une fronde, il se retrouva en soins intensifs à l’infirmerie de la pri-son d’où il ne sortira que trois jours plus tard. Au lendemain de son rétablissement, il avait perdu le fil de son histoire et c’est Gbadagli qui le remit sur les rails. Nous parlions de ton ancien partenaire Nadjob, celui qui aurait escroqué un richissime Emirati. Voilà, je me retrouve, la vie est faite souvent de trous noirs dans le cerveau surtout quand on est dans une situation pareille. Le mal est qu’on ignore cette vérité quand on va bien. Tu forges une arme avec brio contre tes ennemis, mais les balles n’épargnent pas leur créateur dès qu’elles sortent sous la pression de la gâchette. L’Emirati était à la recherche d’un marché sur le territoire et avait besoin de longs bras pour que ses affaires aillent au mieux. Sur recommandation de Batin Galbert, un de ses frères, Nadjob reçut l’homme d’affaires en audience et lui promit une aide. Celui-ci avant de sortir du large bureau du ministre lui offrit une montre en or, ce que le ministre n’avait pris que sur insistance de son frère qui lui avait garanti toute discrétion. Sans prudence, il usa de son pouvoir pour
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