Les Vieilles histoires

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124 pages
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Description

Amis mystérieusement disparus, secrets de famille, choix de vie reconsidérés, blessures anciennes, mythes fondateurs, deuils inaccomplis... Plusieurs femmes se souviennent tour à tour de ces vieilles histoires qui surgissent inopinément dans la mémoire et dont la charge émotionnelle s'accentue à mesure que le temps passe. L'écriture leur procure la finition qui leur manquait dans le désordre du souvenir sans toutefois en résoudre l'énigme... L'auteur prête à ses neuf narratrices une mémoire sans concessions qui fait renaître dans le présent les souvenirs que l'on croyait enfouis. Parfois désabusée, toujours touchante, cette galerie de portraits incarne la féminité sous ses multiples visages et frappe par son authenticité.

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Date de parution 03 octobre 2013
Nombre de visites sur la page 21
EAN13 9782342012422
Langue Français

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Les Vieilles histoires
Marie-Claire Mir Les Vieilles histoires
Publibook
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L’histoire de Mélanie On ne sait pas exactement quand elle est morte. Dans la nuit, a dit le médecin. Et il a ajouté : vraisemblablement. Il a dit exactement : elle est morte dans la nuit, vraisembla-blement. C’est Gisèle qui l’a trouvée et qui a appelé le médecin. Rupture d’anévrisme, sans doute, a-t-il ajouté un peu plus tard, après l’avoir examinée, sans conviction m’a dit Gisèle, car elle était morte, et bien morte. Pour ce qui est de la cause, il pouvait y en avoir cent mille ; les proches demanderaient quelle pouvait être la cause d’une mort si soudaine, trente-trois ans, tout de même, c’est un âge pour lequel on peut questionner la mort, s’interroger sur le fait soudain avéré, ce fait-là : on ne la reverrait plus vivante, c’était une évidence, elle était morte. Mais comment ? Comment cela avait-il pu arriver, voilà qui avait de quoi lancer l’imagination à l’assaut du chagrin. Il ne me restera qu’une photo d’elle sur la balançoire de son jardin. Heureusement, Floriane était chez son père. Rupture d’anévrisme. Mmmoui… Je n’étais pas là quand Gisèle l’a trouvée, elle m’a tout raconté dans le détail quand nous sommes descendus, Bernard, elle et moi, à Saint-Privat : le lit défait, les cou-vertures poussées aux pieds, les oreillers par terre et les yeux grands ouverts. Elle s’était débattue, apparemment. Sent-on la mort venir quand on « fait » une rupture d’anévrisme ? A-t-on le temps de se débattre ?
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Rupture d’anévrisme : éclatement d’un anévrisme sous la pression du sang. Anévrisme : dilatation d’un vaisseau sanguin. Violents maux de tête, lumière rendue insupportable, convulsions. Dans le tiers ou la moitié des cas la mort est foudroyante. Facteurs de risques : le tabac, l’hypertension. Causes fréquentes de la rupture : effort qui fait monter la pression, défécation, coït, soulèvement de charges lour-des. Au lycée, Mélanie était professeur de français et Gisèle professeur de mathématiques. Elles se connaissaient de-puis l’enfance. C’était de vieilles amies. Des amies, vraiment, je ne crois pas qu’il se soit passé entre elles quoique ce soit de sensuel ou de sexuel. Moi, j’étais arri-vée récemment, lors de la précédente rentrée, venue de la région parisienne d’où l’administration projette vaillam-ment les nouveaux professeurs vers des contrées brumeuses et sans grâce où il faut bien faire ses classes en début de carrière. Dans la plaine évasée, plate, labourée bien grasse l’hiver et moissonnée bien sèche l’été, il y avait, sertie sur l’horizon, la silhouette incroyable de Mé-lanie. Cette femme me bouleversait je ne saurais même expliquer pourquoi, sinon que je subodore la réminiscence de quelqu’un qui aurait beaucoup compté pour moi dans mon enfance. Il y a des gens comme ça, vous les ren-contrez, ils vous rappellent quelqu’un, vous ne savez pas qui, et il vaut mieux ne pas le savoir sinon la magie n’opérerait plus. Comment dire sans naïveté excessive qu’elle s’était tout de suite, dès mon arrivée, signalée à moi comme la personne qui valait la peine qu’on m’ait exilée dans cette ville dont j’ignorais jusqu’au nom avant qu’on ne m’y envoie. Dès les premiers jours je l’ai aimée, violemment, avec indécence, et nous ne nous quittions plus. Elle n’était pas dupe et elle me disait : tu verras,
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